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2012. Grande dépression, non. Grande perdition, sans doute. A quand les visionnaires ?

L’idée des mutations de civilisation n’a pas encore livré ses conclusions quant aux ressorts efficients conduisant les sociétés à se transformer. Les traits fondamentaux des mutations ont été saisis de manière parcellaire et ce champ d’étude est suffisamment riche pour être exploré par les philosophes et autres chercheurs en sciences sociales. L’hégémonie d’obédience positiviste a certainement occulté ce qui maintenant paraît essentiel : le regard de l’homme, l’horizon de la conscience et ses contenus, comment l’homme se perçoit, se représente sa trajectoire personnelle, se forge une idée de la nature, de la société, de son monde et de Dieu si affinités. L’homme s’inscrit dans un espace d’idées, d’intuitions et dans le temps et il s’écrit par une succession d’actions effectuées dans l’instant. Les grandes transformations de civilisation sont accompagnées de mutations profondes de cette inscription de l’homme dans la conscience. La nature, la société et Dieu sont aussi inscrits. Comme le résultat combiné de l’expérience et de l’éducation qui est donnée par les instituteurs, clercs et autres savants si nombreux qu’en fait, il faut faire des choix et sur le tard, c’est chaque homme qui se donne une instruction à travers ces choix dans la lecture et l’écoute des autres.

Acte I. L’Europe a traversé semble-t-il trois grandes mutations. Celle qui va du monde médiéval clos et de sa scolastique au monde moderne des princes, des philosophes et des nobles, advenu entre 1500 et 1700. Descartes s’occupa de l’espace intérieur de la conscience, Vauban et Colbert, c’était le territoire de l’Etat français émergeant. Cette mutation a été accompagnée d’une conversion du regard qui nous renvoie à l’étude menée par Carl Havelange sur la métamorphose du visuel à partir de la Renaissance. Ce visuel étant indissociable du culturel. Sans doute pourrait-on également scruter les mutations à travers la musique. L’esthétique, l’intellect et l’affectif (morale et religion) sont les trois pôles fondamentaux de la mutation des consciences. A partir de 1500, l’Europe sera le terrain d’une interminable querelle entre modernistes et conservateurs. On repère dans les textes la trace de ces controverses portant sur la manière de « voir » les choses, dans le sens de les apprécier, interpréter, les juger pour leur valeur intellectuelle, esthétique, morale.

Acte II. Une autre mutation s’est dessinée. Difficile de cerner des dates. Disons entre 1800 et 1830. C’est celle qui a propulsé le monde contemporain avec ses industries mais aussi la mise en place du contrôle rationalisé des territoires et des personnes. La science s’est faite beaucoup plus précise, que ce soit dans le domaine des machines ou bien de la médecine. Le 19ème siècle sera celui de l’Histoire mais aussi du positivisme et de la mise en place du technocosme. Au début du 20ème siècle, les uns ont peur de prendre place dans une automobile fonçant à 40 à l’heure, alors que les futuristes font de la vitesse un culte. Peut-être que le propre de cette civilisation contemporaine est d’avoir engendré une mutation incluant le fait même de muter en permanence. Avec des transformations intenses perceptibles à l’échelle d’une ou deux décennies et qui ont suscité les réflexions d’un Zweig sur son « monde d’avant ».

Acte III. Le 20ème siècle, surtout la seconde moitié, a vu une accélération des changements qu’on repère aisément dans le domaine esthétique, avec les courants musicaux se succédant et faisant qu’une décennie ne ressemble pas à la précédente. Ce 20ème siècle me laisse perplexe tant sa lecture est ambiguë et même insaisissable. Y a-t-il eu une mutation ? Si cette éventualité s’offre comme plausible, alors on pourra la situer autour de 1970. Je réfléchis souvent à cette thèse roborative de l’homme seul subtilement déclinée par Claude Frochaux qui voit dans la décennie 1960 la fin d’un long processus entamé depuis le néolithique. En ligne de mire, l’individualisme. Mais pour bien comprendre l’évolution des sociétés vers la fin du 20ème siècle, il faut prendre en considération les médias de masse dont l’impact a été déterminant. L’homme est un animal dont l’essence est d’être le maître et gestionnaire de l’espace cognitif, autant que du monde terrestre. Les médias de masse se sont comportés comme une éponge, absorbant le monde puis le régurgitant. Ces médias de masse ont rencontré le tsunami (venu des décennies précédentes) des espérances collectives (pour ne pas dire collectivistes) et des passions pour le changement, le progrès et les émancipations. Le rêve n’a duré qu’une quinzaine d’années. De 1962 à 1976. Des Beatles aux Sex Pistols. Après avoir relayé les rêves collectifs, les médias se sont mis au service des combats personnels, des facéties de célébrités, des narcissismes contemporains, des promotions culturelles, des divertissements de télé réalité dont le point commun les jeux télévisés est de mettre en compétition des individus qui s’éliminent. Reste à savoir si l’individualisme signe l’avènement d’une mutation profonde de nos sociétés, tout aussi importante et radicale que les deux précédentes ou bien si ce n’est que la phase terminale d’un processus de matérialisation de l’existence.

Pour saisir si le monde a muté radicalement à partir de 1970, ou s’il s’est transformé progressivement en se plaçant dans le prolongement de la précédente mutation, il faut interroger le regard, celui des individus mais aussi celui des élites, de ceux qui gouvernent, ceux qui pensent, ceux qui en tant qu’artistes représentent le monde en adoptant une manière de voir. Ou alors expriment leur monde intérieur. Il se peut bien qu’une transformation profonde repose non pas sur ce qu’on « voit » mais comment on « voit » car l’avènement des réseaux de communication modifie les appréhensions mentales du monde. L’éponge médiatique devient de plus en plus puissante, elle absorbe le monde et le déverse sous forme d’inondation, avec les infos en streaming, les publications sur le Net et maintenant ces innombrables tweets qui permettent au gens de s’exprimer et créer de l’info sans passer par le filtre des agences de presse. Ce qui ne peut qu’accentuer cette culture de l’égoïsme et du narcissisme apparue dans les années 1970 aux Etats-Unis selon Lasch. L’une des conversions contemporaines du regard réside dans le regard que porte l’individu sur lui-même et l’effort qu’il mobilise pour se donner en spectacle, du moins lorsqu’il fait partie des extrovertis.

En scrutant dans l’archivage de ma conscience, je revois les précédentes décennies et je finis par dater plus précisément ce tournant sociétal où une hypothétique mutation se dessina. Ce serait 1990, date éminemment symbolique puisqu’elle signe la chute du bloc de l’Est, l’échec de son économie planifiée et de ses intentions géopolitiques mais surtout, l’abandon d’un rêve collectif car c’est tout un symbole que cette chute. Et là, les intellectuels européens ont montré quelques signes de faiblesse, pénétrés d’une mélancolie soudaine, révélant en fait la volatilité et la fragilité de leurs engagements passés pour le vivre ensemble et le progrès social. La société s’est fracturée, avec ses individualismes, ses intentions de profiter en cercle fermé des libéralités acquises grâce aux affaires ou à l’Etat. Les syndicats gèrent les plans sociaux et les âmes affamées se retrouvent aux restos du cœur. La croyance au progrès s’est estompée et nous sommes bien loin de l’aurore du monde contemporain il y a deux siècles. L’une des grandes tendances après 1990, c’est la segmentation et ce faux paradoxe de l’hypercommunication et des réseaux sociaux qui produisent en fait de l’isolement. Le monde n’est plus à aménager, comme depuis la naissance des Etats centralisés et des conquêtes territoriales, le monde est voué à l’appropriation, à la dévoration. Les centres-villes se bunkérisent, offerts le soir aux nouveaux autochtones sortant la carte de crédit dans les pubs branchés alors que la journée, les hordes de consommateurs déferlent dans les boutiques. Les sociétés se sont scindées en groupes disposant d’accès différenciés aux biens et services. Les inégalités se dessinent autant au niveau des risques que des revenus.

En 2012, nous pouvons penser que le monde est entré dans une zone à risque, comme du reste la France où se dessinent quelques signaux forts dévoilant les mutations à travers l’inadéquation des dispositifs sociaux et économiques mis en place il y a cinquante ans. Le système de santé a dérivé, avec les coûts grandissants, les mauvaises gestions, la médecine d’acharnement, les dépassements, le jeu duplice des mutuelles, le nombre grandissant de gens privés de soin pour des raisons financières. La Sécu n’est plus adaptée à l’état du système de santé et ne comptez pas sur moi pour jouer les aboyeurs contre les « vilains patrons du Medef qui veulent en finir avec le programme du CNR ». Le patronat n’y est pour rien dans le délitement du système de santé. Par contre il a sa responsabilité dans l’inadéquation du système des retraites par répartition. On a constaté les efforts pour sauver les retraites depuis deux décennies. Livres blancs et calculs des cotisations à l’appui. Pourtant, ce système n’est plus adapté car la structure du travail ne permet plus d’assurer la possibilité de cotiser suffisamment. Le système des retraites marche sur la tête et fonctionne à l’inverse de ce pour quoi il fut fondé, car il participe à l’injustice sociale.

Le propre de la mutation ne serait-il pas d’être une grande perdition, celle de l’appréciation de la réalité. Les gouvernants et les intellectuels se gargarisent de mots pour s’enfumer et nous enfumer, pratiquant ce classique des classiques en sciences psychologique, le déni de réalité. J’emprunte le vocable de grande perdition à François Leclerc (auteur de chroniques sur le site de Paul Jorion) avec lequel je ne partage pas l’analyse sur la responsabilité à sens unique des politiques libérales. La grande perdition, c’est surtout les dénis de réalité, les interprétations erronées, celles sur le système de santé, sur les retraites et j’aurais pu y ajouter l’égarement de l’université et la recherche. Les rapports bidonnés, qui malgré le fiasco de l’autoroute Pau Bordeaux, continuent à justifier des équipements inutiles et certainement pas prioritaires pour le bien public, lignes TGV en surplus, Bordeaux Bayonne, Lyon Turin, aéroport près de Nantes, grands stades… Ce déni pouvant aller jusqu’au délire, avec ceux qui croient que la planète terre est comme une grande pièce dont on peut contrôler la température et qui nous incitent à limiter les rejets de gaz carbonique quitte à l’enfouir industriellement. De quoi faire entrer du profit dans les caisses des commensaux et autres auditeurs d’effets de serre. Moi, je connais une technique d’enfouissement du Co2, c’est le végétal. Il suffit de planter des arbres. L’idée est simple mais sans doute nos experts sont trop cons pour y penser. En plus, le végétal absorbe du rayonnement solaire qui se transforme en matière organique au lieu de produire de la chaleur. En fait, nos experts ne sont pas si cons que ça. Parler du réchauffement, ça permet à des Lepage et Hulot de se donner en spectacle, ça permet à des Jancovici et autres Al Gore de faire du pognon et ça justifie les émoluments des conseillers gouvernementaux à qui le contribuable offre un séjour au soleil à Doha.

La grande perdition se conjugue aux évolutions géopolitiques. Beaucoup de zones à risque. Pays arabes, Afrique, Afghanistan et Pakistan. Recomposition des influences régionales avec la Turquie, la Russie et surtout la Chine dont il faudra surveiller les velléités nationalistes. Quant aux States, ils sont mal barrés avec la question du budget et de la dette. La grande perdition a pour ressort le matérialisme et la fuite des individus dans la consommation et la technologie. La grande mutation n’a pas encore eu lieu. Nul ne sait si elle arrivera avant que le système soit en faillite sociale et morale. On peut juste prévoir que cette mutation concernera l’intelligence et s’accompagnera d’un renouveau du spirituel et du religieux. Encore et toujours une manière de voir. Nos experts qui voient dans le guidon, les techno-prophètes qui se noient dans le trou noir de la singularité et les vrais visionnaires dont la conscience accueille les nouvelles lumières de l’universel. Capter les énergies divines permettra d’envisager un salut pour ce monde en perdition qui s’abîme dans les conflits, violences, profits carriéristes et addictions.

Je prophétise la jonction entre la philosophie, la religion et la science mais je crains la solution finale de l’holocauste technologique.


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13 réactions à cet article    


  • Piere CHALORY Piere Chalory 5 décembre 2012 08:15

    Bonjour,


    ’’Capter les énergies divines permettra d’envisager un salut pour ce monde en perdition qui s’abîme dans les conflits, violences, profits carriéristes et addictions.’’


    Je vous suis sur cette phrase, mais vous dites aussi : 


    ’’ L’hégémonie d’obédience positiviste a certainement occulté ce qui maintenant paraît essentiel : le regard de l’homme, l’horizon de la conscience et ses contenus, comment l’homme se perçoit, se représente sa trajectoire personnelle, se forge une idée de la nature, de la société, de son monde et de Dieu si affinités’’


    Hélas peu d’hommes se posent et comprennent ces sortes de questions.


    ’’Dieu si affinités’’ : séparer Dieu de l’homme, de l’athée à tout craint se croyant seul au monde au fanatique religieux prêt sur sa foi aveugle en des racontars à se suicider pour atteindre un ’’paradis’’ idéalisé par des dogmes insensés me semble incompatible avec la spiritualité authentique.


    Les rationnalistes caractérisés remplacent obligatoirement Dieu par autre chose, à l’instar des soviétiques qui ont détruit les lieux de culte, envoyés au Goulag les popes et tous les libres penseurs pour les remplacer par une doctrine scientiste ; le cosmisme. Cette idéologie soviétique décrétait que l’homme est Dieu, et qu’il est éternel, la ’’science’’ et la technique devaient rapidement rendre les hommes immortels, physiquement.


    Des expériences démentielles ont eu lieu pour prouver la réalité d’une hérésie, le communisme soviétique a implosé, de même que le nazisme, reste le capitalisme.





    • julius 1ER 5 décembre 2012 10:50

      plus précisément ce tournant sociétal où une hypothétique mutation se dessina. Ce serait 1990, date éminemment symbolique puisqu’elle signe la chute du bloc de l’Est, l’échec de son économie planifiée et de ses intentions géopolitiques mais surtout, l’abandon d’un rêve collectif car c’est tout un symbole que cette chute.

      je suis d’accord avec l’essentiel de cet article tant au niveau des interrogations que des conclusions,
      plus j’étudie l’économie soviétique et plus je fais la distinction entre stalinisme et communisme, je crois que le problème n’est pas tant l’économie planifée que son appropriation par un groupe de gens qui n’ont d’intérêt que le leur, car on voit bien qu’une économie privée aux mains de quelques individus engendre les mêmes tares .
      pour ce qui est de l’ex-URSS, c’est vraiment le complexe militaro-industriel qui a ruiné le pays car je pense qu’il absorbait bon an mal an la moitié des richesses produites ; (d’ailleurs très peu d’études ont été menées à ce sujet et pour cause !!!!!) c’était devenu une machine prédatrice ,au même titre que la machine financière dont on est les victimes aujourdhui et qui va nous détruire. Ce qui m’amène à penser que s’il n’y a pas un réveil citoyen, nous allons nous trouver dans une situation de plus en plus difficile, car la face obscure ( pour reprendre un terme imagé) est omnipotente et représente une force inerte et hostile à tout changement..

      • volt volt 5 décembre 2012 12:25

        Bonjour,

        Je vois peu de raisons d’hésiter sur le tournant du début du 19e, il suffirait de la charnière Chateaubriand pour que cela soit encore plus lisible, on peut aussi le tracer entre Kant, Hegel et conséquences... Mais après ce grand chamboulement fin 18e, il semble justement, vous le dites presque, qu’il n’y a plus de cassure significative - en tout cas sur ce plan-là - avant les seventies.
        Et justement, la rapidité avec laquelle 68 fut évacué en dit long. Il n’est resté de tout cela que cette fleur inégalée de la musique des seventies, avant que Mikaël Jackson ne vienne tristement poser l’épitaphe. 

        Quant à 1990, oui c’est la chute du mur, mais c’est encore et surtout la non-chute à Tien-an-men, quelque chose serait resté en suspens durant cette grande cassure ? Le Liban, qui avait si précisément pris le relai du Vietnam quant à cette portance de la guerre froide, éteignait ses derniers feux, et surtout : c’est le boom informatique qui allait donner à la mondialisation ses moyens les plus réels.

        Or cette dernière avancée, loin d’être un simple ajoût technologique agréable, s’accompagne semble-t-il d’une crise de la représentation. Qu’est-ce qui empêche à l’heure actuelle - comme cela fut récemment proposé sur Agoravox - que ma souris ou mon iPhone devienne mon député ? Soyons réalistes : pas grand chose... un peu de pédago et de préparation et le tour est joué.

        Et ce qu’on pourrait pointer en termes de « plainte », voire déperdition, n’aurait-il pas toujours été là, sous d’autres formes ? Cela serait donc moins une crise de fin de civilisation que surtout de recomposition, dont les instruments sont déjà advenus, avant que nous en mesurions pleinement la portée. Une fois possiblement « en Assemblée », votations quotidiennes, continues... que devient la représentation politique ? Elle ne disparaît pas, mais se cantonne autrement.

        Prenons une simple preuve en schéma : Les anciennes manifs (tout le 19e et le 20e...) ont bien changé ; maintenant sur le réseau se décide la manif qui va se faire, pour se voir et se constater sur le réseau... donc à quoi bon la manif ? puisqu’elle n’est plus qu’une manière de dire « y’a réseau ! ». On peut lire là le plus clairement comment l’avancée technologique n’est pas un « en plus », mais qu’elle a phagocyté la vie sociale toute entière.

        Par conséquent le politique n’a plus du tout le même statut, en tout cas mode opératoire disons, même s’il s’obstine à fonctionner encore selon les schémas valables au temps de Chateaubriand. 

        Avant de comprendre qu’avec le bâton il peut décrocher la banane suspendue, le singe tape autour sur tout ce qui bouge et il s’en amuse longtemps (facebook, twitter, etc.), mais une fois qu’il a saisi l’amplitude de l’usage... il ne l’oublie plus.


        • Shawford Shawford34 5 décembre 2012 14:38

          Le dernier paragraphe de votre commentaire sur l’appropriation de l’internet par l’humain à l’image du singe, est excellent et fort a propos.

          Perdus dans notre pessimisme morbide, comme si c’était plus bisounours du temps de la Saint Barthélémy, on trouve quand même bel et bien pour beaucoup d’entre nous Internet comme exutoire sans équivalent jusqu’ici dans l’histoire.

          On oublie un peu trop l’importance que révèle le changement de paradigme issu du fonctionnement en réseau numérique (ou autre d’ailleurs, on a jamais été aussi « alter », la philosophie libertaire des années 60 n’a sans doute jamais atteint une telle proportion de « rebelles » au sein de la population occidentale).

          Qu’on le veuille ou non c’est un changement de taille civilisationnelle qui est en jeu et qui dépasse l’aspect seulement technologique.
          Or on voudrait que la société change en son entier à l’échelle de temps d’un upgrade de logiciel.
          C’est à la fois paradoxal et presque infantile.
          Comme tout va très vite sur le plan uniquement technique, comme on a l’impression de pouvoir avoir tout tout de suite (illusion consumériste) on voudrait changer des règles et conditions de vie suprasociétales en moins de temps qu’il ne faut pour ne serait-ce qu’édifier de nouvelles règles et conditions de vie plus viables et équitables (et alors même que les grandes utopies récentes n’ont pas encore été digérées).

          En fait plus que de dépression ou de perdition, lesquelles -qu’on le veuille ou non, se sont en permanence succédées jusqu’ici dans l’histoire, on ferait mieux de parler d’initiation.


        • volt volt 5 décembre 2012 17:34

          Oui le net exutoire (blogs, voire forums), ou le net coiffeuse (facebook) - toutes les applications sont là. 


          Mais revenons sur 2011 : 

          Nous avons affaire à des régimes depuis longtemps réputés inamovibles, sclérosés ; 
          or c’est précisément lorsque certains cables sous-marins permettent un 3G digne de ce nom en Méditerranée, 
          et surtout lorsque la coiffeuse facebook est détournée de son récital narcissique de base 
          que tous ces régimes vont chuter en dominos. 

          On peut presque dire qu’il s’agit moins des réseaux mis au service des révolutionnaires (dont morsi, comme al-nahda racontent encore l’absence organisée), 
          que simplement le fait qu’une série de « j’aime » partagés sur ces réseaux ont permis de prendre consience d’un nombre, tenant lieu de vote

          Le terrain démocratique ayant gagné là toute la plénitude de son efficience, 
          le reste ne pouvait que s’écrouler comme non-lieu. 

          L’affaire n’a donc pas grand chose d’arabe, 
          c’est plutôt le moment où l’Instrument commence à toucher aux vrais lieux de toute son efficace - il est donc raisonnable de faire l’hypothèse que cette vaste acsension aura plus d’un étage.

          Mais comme le balayage du rez-de-chaussée est toujours en cours, les assis du 1er et au-delà ne se doutent de rien, s’imaginant que leur vieille femme de ménage a ses humeurs...


        • retraité ayant un don de « prédicteur » vérifié : pas de fin du monde en 12.12 mais 12.13

          CHERCHE CAUSE PETITE RETRAITE A 65 ANS UN EMPLOI DE PRE...OU VOYANT..
          -dernière prédiction ...allèguée

          - la france n’a pas besoin de sous marins d’attaque (contre qui vatican...andorre...)

          NI DE 650000 ELUS TROP GATES.........LES JOURNAUX EN PARLENT DE PLUS EN PLUS...DE CES 2 SUJETS....VORACES EN.....EUROS


        • j ai oublie de signer LE VISIONNAIRE


        • astus astus 5 décembre 2012 15:15

          Les visionnaires existent déjà car la mutation civilisationnelle que nous vivons est celle du divorce qui s’établit actuellement sous nos yeux entre la conception d’un homme pourvu de conscience et d’ intériorité, c’est-à-dire de profondeur et de spiritualité, et celle d’une sorte de cyborg, que les prophètes du transhumanisme appellent de leur vœux, qui serait idéalement pour eux un robot sans psychisme mais doté de possibilités uniquement fonctionnelles : rapidité, efficacité, performances. Enfin débarrassés de l’intériorité, et de toutes ses complications inutiles (émotions, créativité, conscience, réflexion, imagination, empathie) ces nouveaux prophètes rêvent d’un monde qui pourrait se passer de langage et se contenterait de réagir à des signaux dépourvus d’intentionnalité sur le mode binaire spécifique aux ordinateurs. A terme, la perte du langage ou son remplacement par une novlangue, entraînerait une disparition progressive de la pensée qui faciliterait, comme dans 1984, l’exercice du pouvoir. D’ailleurs on ne parlerait plus de politique, de santé, de justice ou de liberté mais seulement de norme. En France, où nous sommes comme d’habitude en avance sur les autres pays, nous avons déjà élu un homme « normal » pour nous préparer à ces temps nouveaux.

          Amitiés

           


          • Lion vert 5 décembre 2012 16:55

            Dans mon commentaire antérieur http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/l-europe-ne-mute-pas-elle-s-12690, j’avais délaissé  le terme «  mutation » qui était central dans votre précédent article et qui est remis au premier plan dans celui-ci. Sans doute parce que la définition que j’accorde à ce terme relève de la biologie (Grand Robert : « Modification brusque et permanente de caractères héréditaires, due à une lésion de la molécule d’ADN qui constitue le gène. ») et, qu’outre le fait qu’une mutation est rarement bénéfique pour un organisme vivant, le mot en lui-même n’est qu’un cache-sexe bien commode utilisé par les adeptes de la religion du progrès pour expliquer les mécanismes de l’évolution des espèces(*) (qui dans une large mesure restent opaques et incompris). Or, je penche plutôt pour l’affirmation de Leibnitz, « Natura non facit saltum. ». Ce qui est vrai pour un organisme vivant l’est aussi pour un organisme social également sujet à des interactions complexes.  Je ne vois dans le terme « mutation » qu’un mot-creux, purement conjuratoire (comme ces cérémonies et autres processions de temps révolus qui n’avaient d’autre visée que d’éloigner l’ombre de l’épidémie des cités anciennes mais qui échouaient inéluctablement à repousser la pestilence).

            Dans une logique systémique, un système clos est bouclé sur lui-même, entravé par ses propres redondances. Tout le monde rêve d’un changement inespéré qui rebattrait les cartes, renouvellerait le cosmos, ferait basculer l’ordre ancien ; en ce moment, l’on parle beaucoup sur la toile de « fin du monde » (http://www.lachainedelafindumondebysyfy.fr/) et d’aucuns sont allés jusqu’à en fixer la date comme s’il leur tardait de voir se matérialiser un écroulement attendu impatiemment depuis des générations. (« Et les disciples vinrent en particulier lui poser cette question : Dis-nous, quand cela arrivera-t-il, et quel sera le signe de ton avènement et de la fin du monde ? » Évangile de Matthieu). Mais toutes les promesses de Parousie sont restées lettre-morte. Aussi est-il clair qu’une mutation est impossible puisque c’est le chaos qui prévaudra à terme si l’on veut bien raisonner en dimensions planétaires (on en perçoit les prémices dans la situation actuelle au Proche/Moyen-Orient) : l’ouverture de certaines barrières – chute de l’URSS, mondialisation du commerce, prévalence du modèle libéral dans la pensée économique, nouveaux moyens de communication et montée en puissance des systèmes experts et de la robotique – a simplement provoqué une accélération létale (en faisant croître l’entropie donc le déséquilibre). Peut-être, faudrait-il penser la société globalisée comme un « système dissipatif » à l’instabilité croissante (et peut-être chercher du côté de Feigenbaum, par exemple, quels modèles projectifs mathématiques élaborer pour en appréhender le destin). Le scientifique n’aura de cesse de chercher les clefs et croira parfois avoir trouvé quelque grande explication, l’équation ultime permettant d’anticiper les événements du futur lointain, mais toujours la réalité ultime lui échappera :

            (http://www.amazon.fr/Les-arbres-l%C3%A9volution-Laurent-Nottale/dp/2012355528/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1354716625&sr=8-1)

            Ainsi, lorsque L. Nottale, J. Chaline, P. Grou ont cru identifier les lois d’échelle universelles qui gouvernent peut-être l’évolution de la Vie, de l’économie ou du Cosmos, ils ont également repéré un « nœud » supposé sur lequel l’Humanité (sans disparaître) va butter entre 2015 et 2080. Mais cela ressemble davantage, à mon humble avis, à une prophétie auto réalisatrice (il est facile d’affirmer qu’un navire qui prend de la gîte risque de couler) qu’à une véritable étincelle de génie.

            La péroraison qui clôt votre article me laisse profondément sceptique ; « Je prophétise la jonction entre la philosophie, la religion et la science … ». À l’heure où nous parlons, la Philosophie est une discipline désormais achevée qui a définitivement accompli son tour : passée des Grecs antiques, à l’Italie, la France, la Hollande et l’Angleterre de la Renaissance et du XVIIe siècle, elle a fini par jeter ses derniers feux en Germanie (le cas des Lumières en France montre déjà combien le terme de « Philosophes » pouvait être devenu ambigu et galvaudé) : si la Philosophie est essentiellement liée à une logique langagière, à une rhétorique parfaitement dominée, à l’esprit d’une langue dont le locuteur maîtrise les moindres nuances, on comprend que dans notre époque décatie, ses charmes se soient considérablement étiolés…

            (Voir par exemple cette analyse d’un film-culte que tout le monde devrait avoir vu http://www.scriptoblog.com/index.php?option=com_content&view=article&id=751:idiocracy-mike-judge&catid=72:cinema&Itemid=55 car il se révèle prémonitoire à plus d’un titre [et je ne parle pas du fait que l’infirmière qui reçoit le héros aux urgences se sert de Windows 8 Modern Ui pour faire un pré-diagnostic et que les USA sont dirigés par un président… noir])

            Aucun schéma neuf à l’horizon, nul concept qui pourrait fournir de nouvelle clefs, éclairer notre lanterne ; rien qu’un discours, certes roboratif, mais dont seuls peuvent s’alimenter les rares sages qui ont survécu au désastre intellectuel ambiant et à la déliquescence des cerveaux. La version édulcorée et affadie de la Philosophie diffusée par les pseudos intellectuels médiatiques de l’Hexagone relève de la télé-réalité plus que du désir d’instruire les masses. Bruit ambiant sans consistance, sans queue ni tête.

            Si la Philosophie a passé la main à la Science, lui abandonnant son héritage, c’est qu’elle n’en fut jamais dissociée. Des disciplines intermédiaires, anthropologie et sociologie, ont ramassé son flambeau et poursuivent le chemin ouvert en d’autres temps. La Religion, quant à elle, cette autre explication du monde, épouvantail creux aux oripeaux dévorés par les mites, illusion à laquelle se raccrochent les esprits faibles qui n’ont pas eu le courage de réfléchir fermement à la condition humaine, garde encore son immense pouvoir de discorde et de nuisance  dans un monde traversé de fractures qui résultent du poids conjugué des mentalités archaïques. Apparue autour des feux de camps qui éclairaient les nuits des hommes primitifs, elle constituait alors un corpus rassurant de croyances mythiques qui servait à justifier l’existence du monde et des êtres. Encore, en ce temps-là, permettait-elle de conserver un lien animiste avec le monde naturel et de diviniser chaque bribe de l’environnement des premières tribus, donc d’en préserver les ressources. Mais l’abomination du monothéisme prit corps lorsque les hommes, passés du rang de chasseurs-cueilleurs à celui d’agriculteurs,  se rassemblèrent dans des cités : chaque enceinte close de murailles se revendiqua d’une divinité éponyme et tutélaire ; outre le fait que la Religion était devenue un système d’asservissement social au service d’une élite, elle fut aussi le berceau d’une identification identitaire qui engendra des guerres entre cités rivales : des peuples qui se considéraient de manière univoque comme une race supérieure, protégés par une divinité puissante, s’entrebattaient, exterminant les rivaux malchanceux ou leur imposant leur propre culte. Beaucoup plus tard, et à plus grande échelle, cela donna les Croisades, les Guerres de Religion (où les différents partis rivalisaient en fanatisme), l’extermination des Aztèques et la conversion des survivants. L’inanité des Religions terriennes apparaît clairement à quiconque se pose la question de savoir à quelle religion adhèrent les myriades de civilisations qui peuplent les myriades de Galaxies de notre Univers : sûrement à aucune de celles qui sont familières aux primates qui peuplent cette planète… Comment peut-on être Persan ? dirait Montesquieu, suggérant de déplacer son point de vue afin de ne pas rester prisonniers de l’illusion. Enfin, le dernier élément cité, la Science, laisse de marbre : peut-on encore lui faire confiance et lui attribuer toutes les vertus dans la mesure où ses réussites indubitables ont été mise au profit de d’une finance prédatrice, des complexes militaro-industriels, de la conquête destructrice du vivant ? Au sein même de cette institution s’exercent des conflits d’intérêt : champs de luttes intestines et de pouvoir, parfaitement modélisés par Bourdieu en son temps, et qui produisent des effets pervers. Dans ce milieu, l’innovation véritable est vue d’un œil mauvais car elle pourrait remettre en question la suprématie des mandarins en place ; les projets les plus pharaoniques y sont privilégiés afin d’assurer des rentes prolongées aux nombreux intervenants, trop contents d’avoir trouvé une niche assurée au sein de cette foire d’empoigne d’où sont exclus les moins arrivistes et les moins prédateurs. Outre que le monde des scientifiques obéit aux mêmes règles que celui des Babouins hamadryas, cette science piétine misérablement

            http://www.amazon.fr/Rien-plus-physique-L%C3%A9chec-th%C3%A9orie/dp/2757812785/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1354721575&sr=8-1

            L’Univers physique reste une profonde énigme dont l’Homme n’a fait qu’égratigner le vernis.

            Aussi, en conclusion, peut-on dire que l’espoir est vain. Les sociétés sont étroitement dépendantes de lois mathématiques http://fr.wikipedia.org/wiki/Jeu_de_la_vie qui régissent leur évolution systémique. La Terre est identique à une boîte de Pétri dans laquelle s’est développé un parasite ; lorsque se trouvera épuisée la gélose nutritive qui a produit son développement, il sera temps de parler d’autre chose…

            --------------------------------------

            Note (*) : Cette prétendue évolution positive des organismes a servi d’alibi pour que la technoscience s’arroge le droit de bricoler le vivant sous prétexte qu’une manipulation des gênes est forcément porteuse d’une amélioration et constitue un progrès.


            • BA 5 décembre 2012 21:16

              Les capitaux fuient de plus en plus hors de l’Espagne, hors de l’Italie, hors de la Grèce, de l’Irlande, du Portugal.

               

              Ces cinq pays vont se déclarer en défaut de paiement, les uns après les autres : ce sera l’explosion de ces cinq bombes atomiques.

               

              Pour mettre à l’abri leurs capitaux, les investisseurs internationaux ont choisi cinq abris antiatomiques. Aujourd’hui, les investisseurs internationaux placent leurs capitaux dans cinq Etats considérés comme résistants et solides : l’Allemagne, les Pays-Bas, la France, la Finlande et le Luxembourg.

               

              http://a407.idata.over-blog.com/1/68/76/76/Dettes/20121021-Target-2-balances.jpg

               

              Nous, Français, sommes surpris de cet afflux de capitaux vers la France. Pourtant, c’est un fait : les investisseurs internationaux considèrent que la France sera un abri antiatomique solide, qui résistera à l’explosion de la zone euro. Ils se précipitent pour acheter les obligations de l’Etat français.

               

              Lundi 3 décembre 2012, la France a lancé trois emprunts. La France a payé des taux historiquement bas.

               

              Emprunt à 3 mois : le taux a été négatif : – 0,022 %. Ce taux est en baisse par rapport à la dernière émission à 3 mois : c’était – 0,020 % le 26 novembre.

               

              Emprunt à 6 mois : le taux a été négatif : – 0,008 %.

               

              Emprunt à 12 mois : le taux a été de 0,016 %. Ce taux est en baisse par rapport à la dernière émission à 12 mois : c’était 0,019 % le 26 novembre.

               

              http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/finance-marches/actu/afp-00482050-la-france-a-emprunte-6-77-mds-eur-a-court-terme-a-des-taux-encore-tres-bas-516780.php

               

               

              La dégradation de la France par les agences de notation n’a pas modifié la tendance : les investisseurs internationaux ont continué à se ruer vers les obligations de l’Etat français.

               

              Mercredi 5 décembre 2012 : taux des obligations à 10 ans : 2 %. Record historique battu. Les taux n’avaient jamais été aussi bas.

               

              http://www.bloomberg.com/quote/GFRN10:IND



              • lloreen 5 décembre 2012 23:31

                La mutation , la voilà.

                http://www.youtube.com/watch?v=9bjY0h7au80&feature=player_embedded

                Souveraineté et libre arbitre
                Ceux qui ne sont pas capables de se responsabiliser continueront à faire la joie de la politicaille .


                • lloreen 5 décembre 2012 23:44

                  C’est quand même effarant de voir fleurir ces articles de« fin du monde ».
                  Toutes les solutions sont là et prêtes à l’emploi.
                  Mais certains prennent un malin plaisir à ignorer tout ce qui ne fait pas leur jeu de « chérie, fais moi peur »...
                  Les bonnes nouvelles de l’Islande :

                  http://fr.sott.net/article/11783-L-Islande-va-tres-bien-merci

                  Les seuls qui n’iraient pas très bien suite à la cure (pour le pas dire la curée) islandaise seraient ... : les banksters.C’est vrai qu’ils n’ont pas eu besoin d’être expulsés à coups de coup de pied au derrière...étant donné qu’ils ont tous filé sans demander leur reste.

                  http://www.wikistrike.com/article-islande-le-proces-qui-en-fait-trembler-plus-d-un-104163567.html

                  http://www.bakchich.info/international/2012/06/27/les-banquiers-detestent-lislande-61472

                  Après d’être débarrassés de ces escrocs de la finance, une partie des dettes hypothécaires de la population islandaise a été annulée.

                  http://www.express.be/business/fr/economy/une-autre-leon-tiree-du-nord-lislande-procede-a-lannulation-dune-partie-des-emprunts-hypothecaires-de-ses-citoyens/166179.htm


                  • Soi même Soi même 6 décembre 2012 01:49

                    La société humaine c’est du vivant, et tant qu’elle est vivante, il y a toujours des impulsions d’avenir à l’œuvre à coté d’impulsion retardataire, et l’on confond vonlonté les impulsions retardataires pour des impulsions pérennes,c’est une illusion.
                    Cela ne dure qu’un temps, car les implusions d’avenir sont déjà à l’œuvre même si elles passent inaperçues pour le plus grand nombre !

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