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Accueil du site > Actualités > Société > Grandeur et décadence de la valeur travail

Grandeur et décadence de la valeur travail

De la Bible aux Lumières, le labeur a longtemps été considéré comme un fardeau, voire un anathème. Dans le monde actuel, la croyance affirme au contraire qu’il est noble de travailler : ce qui occupe nos journées – et parfois nos nuits – devrait de surcroit nous épanouir et nous rendre heureux.

La valeur travail

Nous devons considérer deux archétypes de la « valeur travail » : l’un est économique, l’autre est idéologique. Deux valeurs travail qui s’imbriquent aujourd’hui dans une interdépendance où il est difficile de distinguer la frontière nette entre chacune d’elles.

Les sociétés primitives ne connaissent pas la valeur travail idéologique. Certaines n’ont même pas de mots distincts pour séparer les activités productives des autres comportements humains.

Les activités nécessaires de ces sociétés correspondaient à des besoins tels que la faim, la soif, la sécurité, la protection contre les intempéries ; agir sur l’environnement permettait de satisfaire ces besoins, par l’action du travail qui produit un bien ou un service consommable, d’où résulte l’assouvissement du besoin, en peu de temps et avec le minimum d’efforts. L’idée de besoins illimités était inexistante, la logique d’accumulation, de croissance, et de production pour l’échange aussi. Quand les besoins sont satisfaits, on passe à d’autres activités plutôt sociales : celles qui structurent la société.

Au fil des siècles, le travail change de forme et surtout de statut pour devenir tel qu’on le connaît aujourd’hui.

De l’homme condamné à réparer le péché d’Adam par le travail « à la sueur de son front », on passe progressivement à l’ère du développement industriel avec une volonté du patronat de changer les mentalités pour créer des esclaves à qui l’on fait croire à l’épanouissement dans le travail… Le plus déconcertant, c’est que les capitalistes ont parfaitement réussi ce tour de passe-passe ! En particulier la femme tombe dans le piège, et troque la dépendance à son mari contre celle de son esclavagiste. En 1925, Émile-Auguste Chartier publie sous son pseudonyme Alain un recueil de morale bien pensante qu’il intitule « propos sur le bonheur ». En bon idiot utile des capitalistes il y fait l’apologie du travail en écrivant par exemple : « Le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice et le besoin ». Le mot travail est à remplacer par activité pour ne pas tomber dans un moralisme d’arrière garde.

À la fin du XVIIIe siècle dans les écrits de penseurs bourgeois comme Benjamin Franklin, Denis Diderot ou Jean-Jacques Rousseau, le travail est non seulement un moyen de gagner de l’argent, mais aussi une façon de devenir soi-même.

Le protestantisme joue un rôle important dans l’essor du capitalisme, car l’attitude face au travail jusque-là négative change : travailler avec rigueur et honnêteté, gagner de l’argent, l’épargner ou le réinvestir n’est plus synonymes de déchéance morale, mais d’un nouvel ascétisme dans le monde. Le sociologue allemand Max Weber soutient que la Réforme a favorisé l’esprit du capitalisme.

Avec la révolution industrielle, la machine travaille plus vite que l’homme. Elle le remplace dans les tâches pénibles, laissant croire que l’on n’aura bientôt plus à travailler, ou si peu. On peut produire en grande quantité des biens et des services mis à la disposition d’hommes toujours plus nombreux. La science permet à l’homme d’agir sur la nature, de transformer le monde, le travail est une solution pour accéder à une nouvelle existence, à l’abondance universelle.

En réalité, c’est une course folle qui pourrait bien à terme conduire l’humanité vers son autodestruction.

En 1776, le philosophe et économiste Adam Smith publie son livre « Recherches sur les causes de la richesse des nations ». Il s’intéresse au travail humain qui permet de créer de la valeur. C’est lui qui est à l’origine du travail conçu comme un facteur de production de richesses et de lien social. Sa conception s’est transformée en cheval de Troy du capitalisme :

La conception du travail par Adam Smith : le cheval de Troy du capitalisme

Une partie de l’activité humaine peut être vendue ou louée

Vision esclavagiste du travail

Le travail est désormais le moyen de l’autonomie de l’individu

Prévalence de l’individualisme sur la fraternité

Le travail humain lui-même peut avoir un prix

Enrichissement des élites et appauvrissement des masses

 

Tout est en place pour constituer le travail salarié et le salariat : des personnes louent – moyennant rémunération – leur force de travail à d’autres qui sont propriétaires des moyens de production (usines, machines, terres…) ; elles produisent un bien ou un service pour satisfaire des besoins. Leurs propres besoins ou ceux des autres.

La régulation économique installe le travail au fondement de la vie sociale et oblige la société – si elle veut exister – à ne pas cesser de produire, d’échanger, de travailler. Le paradigme diabolique de la croissance est en germe, encore invisible, mais prêt à éclore, comme le souligne les propos de la philosophe et sociologue Dominique Meda :

« Même si au XVIIIe siècle le travail devient le fondement de l’ordre social (notamment parce que l’ordre qu’il détermine, fondé sur les lois d’airain de la contribution et de la rétribution, semble suffisamment “naturel” et non arbitraire pour ne pas être sans cesse remis en cause), l’activité de travail elle-même n’est en aucune manière valorisée, glorifiée. »

C’est seulement au XIXe siècle que le travail prend une acception positive. Il est alors vu comme l’acte de création et d’expression de l’intelligence humaine, source d’épanouis­sement individuel et outil majeur de civilisation. Grâce au travail, l’univers est prétendu humanisé, la nature façonnée, le monde environnant maîtrisé.

Hegel (1770-1831) contribue à cette vision du travail :

le travail fait souffrir, mais nous élève au-dessus de notre animalité. On travaille par obligation ou pour de l’argent, mais en même temps, on peut se réaliser et être heureux.

Reprenant Hegel, Karl Marx affirme que le travail est le propre de l’homme, ce qui le distingue de l’animal. Un siècle avant Jacques Ellul, Marx dénonce le travail aliénant, celui qui empêche toute liberté créatrice et tue le rêve : « En tant que valeurs toutes les marchandises ne sont que du travail humain cristallisé ». Le travail devient synonyme d’œuvre : « Nos productions seraient autant de miroirs où nos êtres rayonneraient l’un vers l’autre ».

Michel Sapin

Dominique Meda remarque :

« sur la sphère de la production se sont fixées soudainement toutes les attentes et toutes les énergies utopiques : d’elle viendra non seulement l’amélioration des conditions de vie matérielles, mais aussi la pleine réalisation de soi et de la société. »

Le Saint-Siège va jusqu’à affirmer que « le travail est un droit et l’expression de la dignité humaine ».

Aujourd’hui, nous en sommes encore là, malheureusement. Le désenchantement ne semble pas parvenir à changer ce paradigme du travail. Actuellement, la société capitaliste a su imposer à tous la nécessité du travail salarié. Le travail est un moyen au service de la logique capitaliste. Il est apparu dès le départ pour augmenter les richesses produites, il est un moyen d’acquérir un revenu pour l’individu et de produire du profit pour les possédants. Le travailleur est devenu une marchandise comme les autres.

Le capitalisme a même réussi à faire aimer et désirer aux travailleurs leur marchandisation et leur asservissement. L’ouvrier est allé jusqu’à revendiquer le droit au travail, revendication absurde : le droit d’enrichir les plus riches en se faisant leurs esclaves !

Le mouvement ouvrier ne serait-il jamais radicalement sorti de l’idéologie bourgeoise ?

La lutte contre le chômage se limite à réclamer un meilleur partage du travail, mais pas le partage des richesses produites par le travail. Cela entretient le mythe d’une sortie de la crise par le partage du travail, à défaut du retour d’une croissance utopique. Cela renforce l’idée que le libéralisme est indépassable, qu’il n’y a plus d’alternative.

De quoi renforcer la domination bourgeoise en nous empêchant de réfléchir et d’imaginer d’autres rapports sociaux non fondés sur le travail salarié. Au-delà de la lutte contre le chômage qui nous fait nous mobiliser pour conserver les emplois, il nous faut lutter plus globalement contre la déchéance humaine qu’engendre le capitalisme.

Paul Ariès nous dit que les milieux populaires ne pourront se libérer de l’idéologie du travail que s’ils s’émancipent en même temps de l’idéologie de la consommation. Nous resterons des forçats du travail tant que nous serons des forçats de la consommation. Une force démocratique anti-productiviste, qu’elle soit de gauche ou de droite, ne pourra donc bousculer le champ politique que le jour où elle sera enfin capable de proposer des solutions concrètes pour en finir avec la société du « toujours plus » avec le vieux rêve de l’abondance. Toute croissance a une fin.

Assistera-t-on alors à la « fin du travail » ? En tout cas une remise en cause profonde de son paradigme. Comme le prédit Jérémy Rifkin (économiste américain),

« la transition d’une société s’appuyant sur l’emploi de masse dans le secteur privé à une autre fondée sur l’adoption de critères non marchands dans l’organisation de la vie sociale exige un bouleversement de notre vision du monde ».

Y sommes-nous prêts ?

Sapin Ayrault

En 1988, le philosophe André Gorz écrivait :

« L’économie n’a plus besoin – et aura de moins en moins besoin – du travail de tous et de toutes. La société du travail est caduque ».

Nous savons tous que le chômage ne cessera de croitre. Jadis, il fallait des travailleurs parce qu’il y avait du travail, aujourd’hui, les choses sont renversées : il faudrait du travail parce qu’il y a des travailleurs… L’utopie est aveuglante : les travailleurs ont été remplacés par des machines travaillant mieux, plus vite et moins cher.

Le « tu gagneras ton pain à la sueur de ton front » s’est transformé en « tu ne mangeras pas parce que ta sueur est superflue et invendable ».

Quel étrange paradoxe ! Cette société qui, à force de progrès techniques, tend à libérer l’homme du labeur a dans le même temps fait du travail le fondement même de l’épanouissement personnel et de l’intégration sociale.

André Gorz souligne de façon très pertinente que :

« jamais la fonction irremplaçable, indispensable du travail en tant que source de lien social, de cohésion sociale, d’intégration, de socialisation, d’identité personnelle, de sens, n’aura été invoquée aussi obsessionnellement que depuis qu’il ne peut plus remplir aucune de ces fonctions. »

En 1958, dans la condition de l’homme moderne, Hannah Arendt prophétisait : « ce que nous avons devant nous, c’est la perspective d’une société de travailleurs sans travail, c’est-à-dire privés de la seule activité qui leur reste. On ne peut rien imaginer de pire. »

Indubitablement, nous y sommes !

Je terminerai ce billet avec cette citation de Lafargue dans « le droit à la paresse » :

« Une étrange folie possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste. … cette folie est l’amour du travail, la passion fusionnelle du travail poussé jusqu’à l’épuisement des forces vitales de l’individu et de sa progéniture… »

La loi du marché est cruellement implacable pour les travailleurs, et tout à l’avantage des recruteurs : plus les candidats en recherche d’emploi sont nombreux, plus la cote de la « valeur travail » monte, et plus le prix du travail (salaire) baisse. Inversement, si le nombre des demandeurs d’emploi venait à baisser, les employeurs seraient amenés à revaloriser les salaires pour les motiver.

Que dit aujourd’hui l’employeur à son employé qui demande une revalorisation de son salaire ? « Si tu n’es pas content, des centaines voire des milliers de candidats sont prêt à te remplacer pour un salaire de misère. »

Ainsi, quand un Revenu de Base inconditionnel verra le jour, ce qui arrivera inéluctablement tôt ou tard, les exploiteurs d’esclaves se verront contraints à offrir des salaires plus alléchants pour incliner les nouveaux attributaires à travailler. Juste retour des choses.

Un sondage de juin 2012 révèle que les sympathisants de gauche sont favorables à 58% à l’instauration du revenu de base, ceux du centre sont défavorables à 62%, et ceux de droite défavorables à 72%. Les sondés qui ne se déclarent proches d’aucune formation politique sont partagés à 50-50. Depuis, les perspectives d’un retour de la croissance semblent définitivement abandonnées. Une prise de conscience est en route pour concevoir un pays, la France, où non seulement la croissance n’est plus la solution pour un avenir meilleur, mais qu’elle serait source de désastres tant écologiques qu’humains.

Documentation sur la valeur travail et le Revenu de base :

Mediapart.fr : le blog de Gérard Foucher 

Le Revenue de Base : utopie d’hier, réalité d’aujourd’hui

Réponses aux objections sur le Revenu de Base

Initiative Citoyenne Européenne pour le Revenu de Base

Votez pour l’application du Revenu de Base

Texte officiel de l’Initiative Européenne pour le Revenu de Base

L’Allocation Universelle vue par l’économiste Marc de Basquiat

Autres ressources pédagogiques

 

Crédit image :

Economie et société

La nouvelle République.fr

 


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91 réactions à cet article    


  • Robert GIL ROBERT GIL 9 avril 2013 09:23

    Le travail est de plus en plus remplacé par des machines et c’est tant mieux... ce qu’il manque ce n’est pas du travail mais un revenu pour vivre.

    voir : REMETTRE LE TRAVAIL A SA PLACE …

    et pour ceux qui ceux qui preferent les vidéos : http://2ccr.unblog.fr/category/film/


    • devphil30 devphil30 9 avril 2013 09:28

      Merci pour cet article de très bonne qualité et très documenté


      Philippe 

      • jpm jpm 9 avril 2013 16:02

        Article trés interessant en effet, qui aborde sous un jour nouveau le revenu de base inconditionnel smiley


      • Le Yeti Le Yeti 9 avril 2013 09:53

        Très bon article mais avec au bas mot 40 ans de retard.
        Car ...
        Le travailleur n’est plus qu’une matière première comme une autre. Les dogmes d’hier sont morts.
        Nos modèles industriels, sociaux et économico-financiers touchent à leurs fins imminentes (ce dont l’article ne tient pas compte).
        Le sens des mots et les valeurs ont subit leur ’’inversion des pôles’’.
        Or penser ’’à l’endroit’’ dans un monde ’’à l’envers’’ est un contre-sens suicidaire.

        A plus de 7 milliards sur la planète, quelle place sociale, quelle Vie pour chacun ; pour aujourd’hui comme pour demain ?
        Est-il encore viable de devenir artisan dans CE monde ?
        Est-il encore simplement possible pour chacun d’y vivre décemment ?

        Il y a deux ans, j’écrivis ici que le monde connaissait un ré-équilibrage majeur. J’ai furieusement l’impression que les faits me donnent raison.
        Donc cet article : oui [et je le souhaite !], un jours peut-être ...
        Qui sait ? Comme dit l’adage, « chassez le naturel, il revient au grand galop ».


        • Loup Rebel Loup Rebel 9 avril 2013 12:55

          Bonjour Le Yeti,

          L’inversion des pôles. C’est bien là ce qui est difficile à prendre en compte. Et je comprends les résistances ici ou là pour changer le fonds des choses dans CE monde. Mais j’ai le sentiment que la prise de conscience a atteint un point de non-retour. Chacun ici y participe.

          Je serais intéressé par ce que vous avez écrit sur le ré-équilibrage majeur, si vous voulez bien donner le lien. Merci.

          Bonne journée smiley


        • Le Yeti Le Yeti 9 avril 2013 17:11

          Bonjour Loup.

          Hô là ! Mon pauvre .... Je serais bien incapable de retrouver ces vieuuux commentaires (ici et ailleurs sur le web).
          En gros je disais (et je n’ai pas changé d’opinion) que le monde, dont toutes les composantes sont désormais extrêmement imbriqués, fonctionnait à l’envers tant en terme de discours et de pensée [depuis, le terme de novlangue emprunté à 1984 à fais son retour] que d’actes et de choix. Que les perversions et autres disproportions qui en découlaient devenaient telles qu’il était de moins en moins possible de ne pas les ressentir et d’y réagir un minimum (ne serait-ce qu’inconsciemment ou par réflexe) et que de plus cette philosophie de Ponzi atteignaient les limites qu’elle a créées, ce qui d’une manière ou d’une autre implique un changement ... (Et j’ai souvent rappelé que dans la nature rien d’inutile ne subsiste.)
          Et donc, que, grosso modo, ce que l’on a appelé ’’crise’’ est en fait un effondrement ou plus exactement un ré-équilibrage majeur et global.
          L’exemple concret le plus facile à comprendre (à défaut d’être le plus explicite) est sans doute le climat : on n’a pas un climat identique en simplement plus chaud ou plus froid mais bien un nouveau climat à 2 saisons et plus.... fantasque ! A l’échelle climatique, ce changement est brutal et, je pense, transitoire [avec pourquoi pourquoi pas un retour à un climat relativement habituel] mais il ne s’agit pas d’une légère adaptation ’’dans l’air du temps’’.

          Je constatait également (et là aussi mon impression se renforce) une scision des mentalités avec d’un côté une minorité (moins marginale aujourd’hui) de gens qui reprenait conscience (pas forcément des problèmes mais plus en terme d’éveil, de sentiment d’exister et que la réalité existe) face à une majorité qui elle au contraire s’enfonçait dans le superficiel, l’habituel, le conventionnel établi, en un mot l’illusion.

          Je reformulé ces grandes lignes il y a quelque jours dans un bilan sommaire de nos sociétés en utilisant un ton très ironique pour justement mettre en avant ce côté "on nous la joue à l’envers’’ (ci-dessous) :
          Ne vivons nous pas enfin dans un monde de partage où tous n’ont envie que de se faire des bisous !!?
          Le preuve que si : même la police et la gendarmerie sont en voie d’extinction.

          Le marché du travail se porte à merveille ; on refuse même du monde !
          L’économie encore mieux, les investissement réalisés par les états, malencontreusement nommés « dettes », sont presque tous supérieurs à 100% (au bas mot) du PIB.
          La paix règne dans le monde grâce aux efforts sans précédent de pacification.
          Malgré le zèle suspicieux de la justice, les dirigeants de tout poil sont régulièrement disculpés, preuve s’il en était encore besoin de la justice et de la probité de nos société.
          Quant aux ressources naturelles, il en reste encore bien plus qu’il n’en faut pour finir l’année.
          Et sans parler des Etats Unis, toujours à l’avant-garde du progrès, qui viennent même de faire une avancée sociale majeure en dispensant de travail 50 millions de leur concitoyens (1 sur 8) désormais gracieusement nourris par des ’’food stamps’’. (Remarquez, ce n’est pas très surprenant ; côté nourriture, ils ont toujours été timbrés ...)

          Réveillez vous : nous vivons désormais dans monde moderne, fait de paix, de joie et d’harmonie. Voici venu le temps, des rires et des chants ...


        • Bubble Bubble 9 avril 2013 10:20

          « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front », ce n’est pas une punition, même le mythe de la création montre un dieu qui travaille et se repose. Et dans l’Eden, l’homme a déjà un travail, régner sur les animaux ; ce dont il ne dispose pas, c’est de la capacité à prendre l’initiative. Il l’obtient lorsqu’il en sort, ce qui donne lieu à un changement de type de travail ; avant, il s’agissait de s’occuper de l’héritage laissé par dieu, après, il s’agit plus d’une démarche de projet, puisque tout est à construire par soi même ; d’où la sueur, d’où aussi la remarque d’Hegel que vous donnez dans votre article. La tentation, c’est le choix entre une vie enfantine et une vie avec effort et possibilité de réalisation de soi.

          Si vous voulez une vision plus explicite de la Bible à l’égard du travail dans une société humaine (parce que la création ne se place pas dans ce contexte), lisez donc les paraboles des « ouvriers de la dernière heure » et des « talents », vous verrez que la Bible continue à avoir une vision positive du travail mais qu’il n’est pas forcément lié à la satisfaction des besoins vitaux, et une vision de l’héritage (qui malheureusement reviendra toujours sur le tapis, sous forme économique ou sociétale) non pas comme un acquis qu’on laisse aux enfants pour les aider mais comme une obligation de projet.


          • Le Yeti Le Yeti 9 avril 2013 10:38

            Pas une « obligation » de projet : une nécessité. La différence entre un état végétatif et Vivre pleinement.

            C’est en autre à cela que je faisais allusion en parlant de chasser le naturel.  smiley


          • Bubble Bubble 9 avril 2013 10:41

            Oh, oui vous avez tout à fait raison !


          • Bubble Bubble 10 avril 2013 10:29

            @Loup Rebel : Je vois que vous répondez souvent aux commentaires, et pour tout dire j’aimerais bien avoir votre point de vue là dessus, s’il vous plait, pour voir quelle analyse vous faites des paraboles que je vous ai mentionné.


          • Philippe VERGNES 9 avril 2013 10:46

            Bonjour Loup Rebel,

            Un bon article qui met en valeur un sujet central dans notre société actuelle dont le paradoxe majeur est fort bien relevé par André GORZ auquel vous faîtes référence : « Jamais la fonction irremplaçable, indispensable du travail en tant que source de lien social, de cohésion sociale, d’intégration, de socialisation, d’identité personnelle, de sens, n’aura été invoquée aussi obsessionnellement que depuis qu’il ne peut plus remplir aucune de ces fonctions. »

            Il est cependant regrettable, compte tenu de votre description, que vous n’ayez pas eu la curiosité d’approfondir ce thème et d’enrichir ce débat en vous inspirant du très bon documentaire sur « La mise à mort du travail » réalisé en 2009 et rediffusé récemment (partie 1 : La Dépossession ; partie 2 : L’Aliénation ; partie 3 : La Destruction). Vous y auriez trouvé pléthore d’arguments pour défendre de RU. D’autant que de plus en plus de professionnels dénoncent l’absurdité des contraintes du travail tel qu’actuellement pensé.

            Des contraintes paradoxales faut-il le souligner, que n’y avez-vous songé ? Serait-ce volontaire de votre part afin de nous présenter une suite à cet article ?

            Cordialement,


            • Loup Rebel Loup Rebel 9 avril 2013 12:42

              Merci Philippe pour votre commentaire.

              Vous dites... regrettable  ? smiley

              Pour tout vous dire, mon texte initial comporte plus de 45000 mots... et le format standard d’un billet AgoraVox est fixé à 900 mots. C’est vous dire la réduction que j’ai dû opérer pour aboutir au final à un peu plus de 2000 mots.

              Si le sujet de ce billet vous passionne, vous serez bienvenue si vous en faites les développements que vous souhaitez.

              Enfin, c’est précisément en rapport avec ma description que j’ai censuré la dimension « psy », car elle m’a fortement été reprochée dans des précédents billets.

              Bref, il est bien difficile de tenir des propos qui recueillent l’adhésion du plus grand nombre, et de toute façon ce n’est pas mon premier objectif. Sinon, je ne choisirais pas AgoraVox pour publier ce que j’ai à dire (les forums psy pullulent sur la toile).

              Bonne journée  smiley


            • Philippe VERGNES 9 avril 2013 14:41
              Remarque judicieuse que vous faîtes bien de corriger : vous mettez en italique ce que j’aurais du mettre entre guillemets (selon mon « code » d’expression que j’utilise lorsque j’emploie un mot en dehors de son acceptation commune ou qui nécessite des précisions, mais j’oublie souvent ce détail là bien que je fasse un usage, parfois « excessif » des guillemets dans mes écrits). Regrettable est à entendre ici dans le sens de l’expression exclamative de : Quel dommage( !) que... ; très difficilement traduisible par écrit. Ceci dit vous l’avez parfaitement bien compris.

              « 45 000 mots » ???

              En effet... je comprends beaucoup mieux. J’ai un peu le même souci, mais je n’ose pas autant « m’autocensurer » : je fais difficilement moins de 4000 mots. Sûrement un « zeste » de narcissisme dû à mon « jeune » âge smiley smiley smiley !!!

              Vous dîtes : « Si le sujet de ce billet vous passionne, vous serez bienvenue si vous en faites les développements que vous souhaitez. »

              Ha oui... ça je confirme ! Pour me « passionner », il me « passionne ». J’ignore cependant si je peux qualifier mon intérêt pour ce thème de « passion » (c’est beaucoup plus complexe que cela et pourtant, les « passions », c’est déjà pas bien simple), mais par contre, c’est une activité qui m’occupe à temps plein... et bien plus encore  smiley

              La preuve, les développements sont ici (les commentaires qui font suite sont encore plus explicites dans le cadre de votre article) : Le « pouvoir », les « crises », la communication paradoxale et « l’effort pour rendre l’autre fou »... et je suis loin d’en avoir terminé.

              Pour avoir lu pas mal de vos billets, je pense comprendre votre premier objectif : je pourrais affirmer sans risque de me tromper qu’il est assez similaire au mien, cependant, je trouve « regrettable » justement (cf. ci dessus) que vous ne développiez pas plus avant le « pourquoi » selon votre vision des choses.

              Je m’explique :

              Lorsque j’ai rédigé le texte cité en lien, j’ai été très surpris de la relative absence d’études (bien que se développant exponentiellement ces dernières années, mais ce phénomène d’accélération est récent) concernant les liens que j’ai tenté d’articuler entre la dégradation actuelle de la « valeur travail » (et des liens interindividuels dans tous types d’institutions : familles, entreprises, états, etc.) et le management (les relations humaines en général y compris les rapports que nous entretenons avec nos élus) par imposition de paradoxes de plus en plus contraignant vécu comme un véritable fléau par tous ceux qui subissent cette forme de « gouvernance ».

              De part votre expérience personnelle, il me semble que vous pouvez permettre à un plus grand nombre de comprendre ce « pourquoi ». Compréhension d’un pourquoi auquel le grand public n’a pas accès bien qu’elle soit la condition sine qua non pour se libérer de « l’emprise de l’Empire ».

              La tribune s’y prête et les débats aussi. Pourquoi dès lors tenir compte de l’avis de « grincheux » qui bien souvent ne prennent même pas le temps de lire correctement vos articles ???

              L’essentiel étant, bien évidemment, que les notions psys soient compréhensibles par le plus de lecteurs possibles (ce qui n’est pas toujours aisé, je le conçois bien).

              Bonne journée également


            • Loup Rebel Loup Rebel 9 avril 2013 17:01

              Peut-être avez-vous de bonnes connaissances dans « l’art de la guerre » ?

              Si vous avez suivi la chronologie de mes propos ici, vous avez probablement démasqué mon objectif. D’ailleurs je ne m’en cache pas. Tout (ou presque) est résumé dans ces quelques mots d’Étienne Chouard, suivi d’une citation d’Alexis de Tocqueville :

              « Il y a quelque chose d’imparable dans la mécanique électorale, c’est le consentement : le peuple consent à sa propre dominationC’est le mécanisme même de toute escroquerie. Les escrocs sont toujours des gens très séduisants, jamais des affreux qui font peur aux enfants. Ils nous piègent en nous flattant et en détournant la puissance libératrice de notre volonté : “puisque vous votez, vous êtes le souverain”, nous disent-ils. »

              Et la citation d’Alexis de Tocqueville :

              « Je ne crains pas le suffrage universel : les gens voteront comme on leur dira. »

              Pour revenir à la faiblesse du discourt « psy », dans mon précédent billet j’ai fait allusion au consentement du peuple à sa propre domination en résumant ainsi : « le peuple est comme un enfant qui cherche la protection d’un père ». Un troll a relevé, affirmant que j’avais dit « le peuple est un enfant ».

              La seule cause que j’estime défendable en politique, c’est celle du peuple, celle de sa souveraineté, qui lui permettra de reprendre le pouvoir confisqué par les oligarques.

              Je considère les partis politiques comme des mafias mesquines dirigées par de petits caïds, plus ou moins puissants avec l’aide des barons de la finance qui en font des idiots utiles. C’est d’ailleurs le propos de ce billet, que le plus grand nombre a parfaitement compris.

              Mon expérience psy (passée) est juste un outil, une arme que je n’ai pas cachés ici par honnêteté intellectuelle, et surtout par méconnaissance dans l’art de la guerre. Mais j’apprends vite, comme le caméléon. Et je m’associe avec un nombre grandissant de rebelles dans mon genre, plus jeunes, et pourtant plus habiles que moi en matière de révolution. La mienne remonte à 1968, et depuis le monde n’est plus le même. Mise à jour obligatoire !


            • Xtf17 Xtf17 9 avril 2013 19:28

              Pourquoi ne pas publier vos 45000 mots en plusieurs épisodes ? Je pense qu’il y aurait de l’audience et du débat.


            • Philippe VERGNES 10 avril 2013 11:36

              Bonjour Loup Rebel,

              « L’art de la guerre » dîtes-vous ??? smiley

              C’est un domaine dans lequel je possède effectivement quelques connaissances et des « faits d’armes » qui ont fait « trembler » (de peur) plus d’un élu dans ma circonscription sur des dossiers locaux impliquant des détournements de fonds publics et autres magouilles. Mais j’évite de trop en dire sur la question : une des règles majeures dans « l’art de la guerre » consiste à ne jamais trop se dévoiler. smiley

              Toutefois, je sais où sont mes « ennemis » et je ne choisi pas mes cibles sur des forums ou autres lieux de débats publics. Je sais faire la part des choses et abandonner devant l’insistance de certains lorsqu’ils expriment une position de déni et si je m’obstine parfois, ce n’est que pour amener mon contradicteur à prendre conscience de ses propres paradoxes et donc à lui permettre de lever certaines de ses inhibitions. Mais il y a des cas totalement réfractaires à toutes remises en question smiley ce qui fait le bonheur de tous nos gouvernants qui n’ont finalement pas grand chose à faire pour s’imposer à nous.

              Je suis les travaux d’Étienne CHOUARD depuis quelques années déjà et je dois dire que, réticent au départ, ses arguments et sa démarche (auto-corrective par l’analyse et les retours d’info de ses interlocuteurs ou opposants) ont fini par me convaincre. J’émets cependant un bémol qui concerne le sujet principal que je traite dans mes articles que l’on peut résumer à l’étude de la « malignité humaine » ou l’un de mes auteurs préféré est un certain Scott PECK que je n’ai pas encore eu le temps de citer. Scott PECK prêchait pour le développement d’une psychologie du « Mal » dont l’idée commence à faire de plus en plus « d’adeptes » probablement en raison du climat de tension qui se « matérialise » de plus en plus de nos jours. Je n’ai jamais lu, ailleurs que dans ses écrits, des descriptions de cas clinique qui nous fassent aussi bien comprendre ce que peut être la « banalité du mal » (j’en ai pourtant lu des centaines, si ce n’est des milliers). Ses analyses sont si limpides qu’elles permettent à tout un chacun de comprendre « où est le mal » en l’homme. J’essaierai d’en présenter une dans un prochain article.

              Tout comme le RU et la « valeur travail », ce thème possède certaines comorbidités (voir des comorbidités plus que certaines) avec la souffrance au travail (cf. Christophe DEJOURS : « Ils ne mourraient pas tous mais tous étaient frappés », parties 1, 2, 3, 4 - les témoignages - et 5 - l’analyse à écouter très attentivement en priorité). Ceci est bien évidemment en mettre en lien avec le reportage cité en référence dans mon précédent post : « La mise à mort du travail », mais c’est également en lien avec certaines situations de souffrance vécu en famille ou à des niveaux interrelationnels plus larges tel que, par exemple, celui du « peuple » avec ses édiles.

              Mais le plus important de l’histoire, réside dans le coût de cette souffrance causée par ce phénomène. Il y a plus de deux ans de ça j’avais évalué ce coût entre 78 et 156 milliards d’euros pour la France (fourchette élargie volontairement dans un rapport à destination d’élus pour ne pas trop les effrayer en première lecture) par rapport à des études faîtes dans d’autres pays occidentaux (notamment au CANADA). Un rapport d’information très récent du Sénat (une synthèse ici) fait état d’un coût de 107 milliards d’euros. Il me semble qu’en ces temps d’austérité imposé à la population, cette problématique est suffisamment caractérisée pour être déclarée prioritaire, or, si vous écoutez la cinquième partie du reportage mis en lien, vous pourrez constater qu’il n’en est rien et que nos politiques sont curieusement frappés de « cécité » lorsque l’on aborde ce problème (je peux vous citer les élus qui, à l’Assemblée ou au Sénat, se battent pour faire reconnaître cette réalité ; ils ne sont guère nombreux et se comptent sur les doigts d’une main sur les deux assemblées).

              Pour répondre à votre citation d’Alexis de Tocqueville :« Il y a quelque chose d’imparable dans la mécanique électorale, c’est le consentement : le peuple consent à sa propre dominationC’est le mécanisme même de toute escroquerie. Les escrocs sont toujours des gens très séduisants, jamais des affreux qui font peur aux enfants. Ils nous piègent en nous flattant et en détournant la puissance libératrice de notre volonté : “puisque vous votez, vous êtes le souverain”, nous disent-ils » ; je dirais pour ma part que si « le peuple consent à sa propre domination » c’est avant tout parce qu’il a été mis sous « emprise ». Ce que je traiterais dans un prochain article.

              Petite précision toutefois : « le mécanisme même de toute escroquerie » est le socle de la théorie de la perversion narcissique (mais je n’ai pas encore évoqué ce fait-là) telle que je l’ai présentée dans 5 de mes articles et non pas telle qu’elle est présentée dans nos médias traditionnels.

              Ce qui m’amène à apporter une petite précision concernant ce que vous résumez ainsi : « le peuple est comme un enfant qui cherche la protection d’un père » ; pour ma part je dirais plutôt que le peuple est traité comme un enfant à qui l’on fait croire qu’il a besoin de la protection d’un « père ». Une illusion soigneusement entretenue qui est un puissant moteur contribuant à l’asservissement des populations. Ce qui, du point de vue de la religion judéo-chrétienne, constitue une régression du nouveau testament vers l’ancien. Sous l’impact d’idéologies absconses et grâce à l’avènement des techniques modernes de communication, nous sommes revenus à plus de deux mille ans en arrière du point de vue de nos croyances, même si celles-ci prennent désormais de toutes autres appellations, le fond reste le même : la soumission au père « tout-puissant » qui s’oppose à l’émancipation prêchée par la parole de Jésus (ceci étant à interpréter au sens métaphorique des évangiles dont « ma » lecture adhère aux thèses de René GIRARD surtout en ce qui concerne la violence victimaire et le bouc émissaire).

              Pour ce qui est des « mises à jours » concernant les « révolutions » (ou les « guerres ») à mener, les choses peuvent aller très vites à condition de comprendre « les mécanismes de toutes escroquerie » et donc, chapitre important voir central, la relation d’emprise, car nous en sommes tous « victimes » (à des degrés divers).

              Cordialement,


            • Loup Rebel Loup Rebel 11 avril 2013 12:21

              [...] pour ma part je dirais plutôt que le peuple est traité comme un enfant à qui l’on fait croire qu’il a besoin de la protection d’un « père ». Une illusion soigneusement entretenue qui est un puissant moteur contribuant à l’asservissement des populations. [...]

              Philippe,

              Pour le « soigneusement entretenue », je suis bien de cet avis aussi.

              Mais l’illusion en elle même fait partie du propre de l’Homme, comme l’a démontré Gustave Le Bon dans sa « Psychologie des foules », archétype repris par Freud dans « Totem et tabou » et « Psychologie des foules et analyse du moi ».

              Le paradoxe n’est pas une invention intellectuelle des psys, mais une réalité « naturelle » intrinsèque de l’univers, donc de la vie. Le premier qui me vient à l’esprit, dans le domaine de la physique classique, est celui du concept de « force » (lien Wikipédia). Dans le symbolisme du tarot de Marseille, c’est l’arcane VII, le chariot, qui en porte l’archétype (Wikipédia et autres liens).

              Dans les situations où le manipulateur s’appuie (consciemment ou inconsciemment) sur la double contrainte pour dominer l’autre, il n’invente rien lui non plus. Les escrocs nagent là dedans comme des poissons dans l’eau, c’est évident.

              Pour le reste, je dirais juste que dans la métaphore du tireur à l’arc, ce n’est pas l’arc ni la flèche qui doit retenir l’attention de l’archer, mais la cible.

              Cela dit, je vous l’accorde, l’artiste doit d’abord apprendre la parfaite maitrise de ses instruments et des techniques pour les utiliser avant de pouvoir les oublier dans l’accomplissement de ses œuvres. Comme le violoniste oublie son violon, le peintre oublie ses pinceaux... et... le psy oublie les théories apprises... !
              Bonne journée smiley


            • Philippe VERGNES 12 avril 2013 10:53
              Bonjour Loup Rebel,

              Ho mais... nous sommes bien d’accord ! smiley

              Ce n’est pas pour rien que j’ai conclus mon dernier article en citant Mary-Catherine BATESON, la fille de Grégory BATESON lorsqu’elle écrit : « La double contrainte décrit une distorsion parfois pathogène que l’on peut découvrir dans la communication lorsqu’on l’envisage d’une certaine manière ; mais pour comprendre la double contrainte, il est nécessaire d’apprendre une nouvelle façon de penser la communication, qui repose sur une épistémologie des relations qui est à la base à la fois de la pathologie et de la créativité – ou plutôt désapprendre une épistémologie que la plupart d’entre nous considèrent comme allant de soi. […] L’humour et la religion, l’art et la poésie restent mystérieux, mais peuvent s’avérer essentiels pour l’espèce humaine parce que notre existence sur cette planète est en elle-même une double contrainte et que les doubles contraintes peuvent déclencher la prise de conscience tout autant que le conflit ».

              Si je m’intéresse au « côté » pathologique du paradoxe, je n’en nie absolument pas le « côté » vertueux. Deux pôles d’attractions vers lesquels notre cœur balance. Sauf qu’actuellement, il existe à mes yeux un réel déséquilibre qui fait pencher la balance vers le pathologique. Mais peut-être est-ce là une nécessité pour permettre les prises de conscience nécessaires à un rééquilibrage.

              Pour les illusions, c’est pour moi un peu la même chose : il y a des illusions « positives » et d’autres plus « négatives ».

              Je dis souvent que nous vivons à l’heure actuelle une crise paradigmatique : notre cadre conceptuel actuel ne nous permet pas de penser la complexité du monde d’aujourd’hui d’où le climat de tension qui en résulte. C’est pourquoi je me réfère souvent à Alfred KORZYBSKI qui a fortement inspiré Henri LABORIT pour créer son concept de pensée complexe tel que l’a ensuite défini Edgar MORIN.

              Lorsque je parle ici d’illusion soigneusement entretenu en référence aux croyances que l’on nous inculque, ce n’est que pour souligner qu’il existe d’autres façons de vivre nos illusions. D’autres façons tout aussi valident faut-il préciser.

              Ainsi, vous n’avez pas tort en disant que : « le peuple est comme un enfant qui cherche la protection d’un père » tout comme je n’ai pas tort non plus en renchérissant par : «  je dirais plutôt que le peuple est traité comme un enfant à qui l’on fait croire qu’il a besoin de la protection d’un père » de même que l’interprétation qui vous a été reproché en déformant vos propos telle que : « le peuple est un enfant » peut également avoir un sens dans certains contextes.

              Les problèmes surgissent lorsque nous croyons qu’un seul de ces trois exemples de représentations est valide. Ce qui fait naître dogmes, idéologies « sectaires », « jusqu’au boutisme », (partie politique smiley), etc.

              Je suis cependant un peu plus sceptique quant à l’analogie que vous faîtes entre les outils des artistes et ceux des psys. Si l’image est assez belle, une différence majeure existe cependant entre eux : pour les artistes leurs outils sont « concrets » (ils peuvent les appréhender manuellement), mais pour les psys leurs « outils » sont « abstraits » (ils ne sont appréhendés qu’intellectuellement), ce qui rend la comparaison difficile en les situant sur un même plan. Du fait même de la spécificité de leurs outils, les psys ne devraient-ils pas plutôt les garder à l’esprit tout en restant vigilant aux faits susceptibles de les remettre en question afin d’éviter les éventuelles erreurs conceptuelles qui ne manquent pas d’émerger au fur et à mesure de notre évolution ?

              Bonne journée


            • JL JL 9 avril 2013 10:49

              L’article commence par cette phrase : ’’De la Bible aux Lumières, le labeur a longtemps été considéré comme un fardeau, voire un anathème.’’

              Mon Larousse me dit : ’’ 1 : excommunication majeure prononcée contre un hérétique ; 2 : condamnation publique ; blâme sévère : jeter l’anathème sur quelqu’un’’

              Le labeur considéré comme un anathème, ça n’a aucun sens. Une malédiction peut-être ? Mais ce n’est pas du tout la même chose.

              Et là je m’interroge : que peu bien avoir d’intelligible à nous dire un auteur qui tord ainsi le sens des mots et des concepts ?

              Par acquis de conscience, je poursuis ma lecture, je lis : ’’L’idée de besoins illimités était inexistante, la logique d’accumulation, de croissance, et de production pour l’échange aussi.’’

              Besoins illimités ? Fichtre : l’auteur confondrait-il besoins et désirs ? Alors je consulte sa fiche : psychanalyste !!! Ben mon colon : drôle de psychanalyste que voilà !

              Ce n’est pas pour l’échange que les riches accumulent des fortunes car tout ne s’achète pas : c’est pour le pouvoir. Notamment le pouvoir de rendre tellement pauvres les pauvres, que ces derniers sont prêts à tout pour satisfaire leurs besoins élémentaires : et ce tout est destiné à satisfaire les désirs illimités des riches.


              • Loup Rebel Loup Rebel 9 avril 2013 12:16

                Merci JL

                Désolé que ma prose heurte vos connaissances linguistiques.

                Si cela peut vous aider à élargir l’ouverture de votre esprit, je vous donne un lien Wikipédia qui développe un peu plus que le Petit Larousse l’étendue du signifiant anathème : https://fr.wikipedia.org/wiki/Anath%C3%A8me#.C3.89tymologie

                Vous y découvrirez entre autres signifiés, comment votre spécialité ici est justement de jeter l’anathème sur les auteurs dont les propos n’entrent pas dans l’exiguïté de votre esprit.

                Maintenant que vous avez gentiment exprimé le fond de votre pensée, je vous remercie de ne pas insister en jetant l’anathème sur les commentateurs qui ne pense pas comme vous. Merci également de ne pas vous livrer à votre sport favori du harcèlement.


              • JL JL 9 avril 2013 12:31

                Désolé,

                - jeter l’anathème sur quelqu’un, sur quelque chose, je sais ce que c’est.

                - être un anathème, je ne sais pas : j’attends que vous me le disiez.

                Très drôle, cette phrase : ’’... votre spécialité ici est justement de jeter l’anathème sur les auteurs dont les propos n’entrent pas dans l’exiguïté de votre esprit.’’

                La Rochefoucauld disait : « Les esprits médiocres condamnent d’ordinaire tout ce qui passe à leur portée »

                Qui croire ?

                 smiley

                Toujours pas de réponse sur la confusion des désirs et des besoins ?


              • foufouille foufouille 9 avril 2013 14:33

                La Rochefoucauld disait : « Les esprits médiocres condamnent d’ordinaire tout ce qui passe à leur portée »

                JL ne se sent pas concerne ?


              • JL JL 9 avril 2013 11:24

                La fin du travail, un mythe démobilisateur : ’’Le sociologue Robert Castel s’élève contre ceux qui diagnostiquent la fin du travail et montre comment ce dernier constitue toujours le mode dominant d’insertion sociale. Selon lui, c’est dans le cadre d’un renouvellement de la société salariale que devrait se penser la lutte actuelle contre le chômage et la précarité.’’ Voir la publication des bonnes feuilles de sa contribution à un ouvrage collectif, « Le Monde du travail », sous la direction de Jacques Kergoat et Danièle Lienart aux éditions La Découverte (Paris).


              • Loup Rebel Loup Rebel 9 avril 2013 12:22

                JL, je comprends vos arguments, mais comprenez que de s’élever contre le diagnostic d’un cancers ne le supprime pas, ne le guérit pas, et pire encore peut faire obstacle aux soins à mettre en place sans attendre.


              • JL JL 9 avril 2013 12:43

                Ah ? Et c’est quoi, le cancer ici, selon vous ?


              • JL JL 9 avril 2013 19:24

                Surtout ne répondez pas !

                 smiley

                Pfff !


              • Montagnais Montagnais 9 avril 2013 11:14
                Excellent article, plein d’info’s souvent ignorées, plein de fines observations, dont celle-ci ..

                « Paul Ariès nous dit que les milieux populaires ne pourront se libérer de l’idéologie du travail que s’ils s’émancipent en même temps de l’idéologie de la consommation. »

                et puis celle-ci ..

                « L’économie n’a plus besoin – et aura de moins en moins besoin – du travail de tous et de toutes. La société du travail est caduque ».



                D’autant plus qu’avec l’économie casino récemment bricolée avec brio, César palace, Las Vegas, les dollars et les Euros ruissellent .. sont directement créés par échange de fafiots, passe-passe et boneteau et autres ficelles .. 



                Mais pas pour tous, pas pour prolo, sommé de continuer à se bourrer la panse et le cerveau parce qu’il le veau .. bien .. juste à côté de bobo qui fait bien la voix de son Maître ..

                .. Le fin pognon, la grosse braise, les bifetons en camion, c’est pour les gros .. saltibanques, tabarins, fouteux, banquiers, financiers, politiques .. l’élite quoi .. les caïds du boxon ..


                « Nous savons tous que le chômage ne cessera de croitre » dites-vous

                On va pas se plaindre que Travail-Famille-Patrie ait enfin été remplacé universellement par

                Chômedu-partouze-pour-tous-Disney-Paris


                Proprole et bobo ont vocation d’esclave, quel que soit le modèle, c’est leur nature .. depuis le début de la « révolution industrielle », il ont été fabriqués comme ça .. y veulent plus du tout sortir de leur cage, y veulent continuer à pâturer gras, à regarder leur spectron, qu’on les emmerde pas ..

                Hessel .. il aurait du gueuler : « révéillez-les ! »

                • Xtf17 Xtf17 9 avril 2013 19:32

                  D’accord avec votre mise en relief de la proposition d’Aries. Mais comment résoudre le fait que les besoins primaires de se nourrir/loger/habiller/chauffer sont une forme de consommation indispensable et non négociable pour chacun ?!


                • Blé 9 avril 2013 12:50

                  Si le travail était aussi épanouissant que le disent les théoriciens, on devrait tous se jeter dessus. Mais jusqu’à la preuve du contraire, les travaux pénibles et nécessaires au bien être collectif (hygiène, nourriture, etc...) sont réservés à ceux et à celles qui n’ont comme capital que la force de leur bras ou de leur cervelle.

                  La fatigue d’ un artiste qui travaille du matin jusqu’au soir n’est pas la même que la fatigue d’un individu qui est sous la pression d’un chef pour être payé une misère. Je pense que dans ce domaine, on n’ a pas quitté le moyen âge voire l’empire romain.


                  • PhilVite PhilVite 9 avril 2013 13:22

                    Très intéressant.
                    Par contre, vous auriez dû balancer en arrivant un petit coup de bombe anti-connard afin que le fil des commentaires ne soit pas polluer par un abruti particulièrement obtus qui rôde en ces lieux comme une âme en peine !


                    • sleeping-zombie 9 avril 2013 13:50

                      Hello,

                      Conclusion complètement déconnectée du contenu. Quasiment tout l’article parle de la notion de valeur liée au travail, mais le revenu universel ne se pose que dans une optique de répartition.
                      On peut faire un revenu universel dans un pays en pleine famine, ça nourrira personne...


                      • ecolittoral ecolittoral 9 avril 2013 14:03

                        Encore un article intéressant...que j’ai lu en diagonal (trop long). Mais ! Pourquoi ne pas partir de l’existant ?

                        Dans les années 1980, le gouvernement a instauré les 35 heures et la 5 ème semaine de congés payés....et il n’y a pas eu d’émeutes !!!
                        Dans mon entourage, je vois des personnes heureuses de partir (enfin) à la retraite. 
                        Pour les marins pêcheurs et cultivateurs, je comprend. Mais la coiffeuse et le contrôleur aérien ! Eux aussi, sont heureux d’être à la retraite...même s’ils me parlent de temps en temps de leur « ancien travail ». En auraient ils un nouveau ?
                        Pourquoi tous ces regards insistants sur la montre ? Parce qu’il est 16 h 45. Plus que 15 minutes avant la fin de la journée de travail.
                        Pourquoi toutes ces discussions et ces sourires au mois de juin ? Devinez ?
                        Ces « rendez vous professionnels » à 15 heures le vendredi après midi ?
                        Je vous laisse le soin de compléter ce début de liste.

                        Ayant beaucoup voyagé, j’ai vu énormément de personnes, ne rien faire....avant de m’apercevoir qu’ils faisaient, mais autrement ! Ils vendaient du temps ET de la présence.
                        Deux jours pour réparer une bricole sur ma moto...et encore deux jours pour réparer le guindeau du bateau. Quelle bande de....jusqu’au jour ou vous aussi vous vous mettez à apprécier le temps et la présence.
                        Loin de la milli seconde pour le temps. Loin du « télé » phone, « télé » vision, « télé » autre chose.
                        Le rendement n’est pas toujours celui qu’on croit.

                        • JL JL 9 avril 2013 14:15

                          Quand on répare le guindeau de son bateau, quand on fait son ménage, quand on cultive son jardin,

                          on travaille, certes, et on produit. Mais on produit pour soi. En vertu de quoi irait-on présenter la note au Trésor public ?

                          Sleeping zombie écrit ci-dessus : ’’ Conclusion complètement déconnectée du contenu’’

                          C’est bien ce que je voulais dire dans mon premier post, sachant évidemment où il voulait en venir : l’auteur énonce des positions de principe, allant jusqu’à dire que le travail a toujours été une calamité - c’est son propos qui est une calamité -, puis déclare sans rime ni raison : ’’ Je veux un RU !’’

                          Il n’est même pas foutu de produire une argumentation convenable, mais voudrait appeler ça travail et être payé pour ? Un comble !


                          • Le péripate Le péripate 9 avril 2013 15:09

                            Comment peut-il exister un droit sur la vie d’autrui ? Car un « droit » à un revenu pour X implique bien qu’il y ai un « droit » à supprimer un revenu pour Y.


                            • Loup Rebel Loup Rebel 9 avril 2013 15:47

                              Que le meilleur gagne, et le perdant crève ?
                              Vous devez avoir pas mal d’amis qui rêvent de vous voir perdre smiley

                              Je vous invite à consulter le commentaire de PhilVite ici http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/grandeur-et-decadence-de-la-valeur-133905#forum3683419

                              Le seul truc, je n’ai pas trouvé la bombe qui marche bien smiley

                              Compliment sur votre chapeau, il vous va à ravir smiley


                            • JL JL 9 avril 2013 15:59

                              Lire, de Claude Guillon : ’’L’idée d’un « revenu garanti » est défendue depuis les années 30, et plus encore depuis la fin des années 70, par des groupes et des personnalités très disparates quant à leur motivations politiques et au contenu qu’ils donnent à cette notion, que l’on retrouvera d’ailleurs sous des appellations variées.’’

                              I. Les sources du « garantisme »

                              II. Le duboinisme

                              III. De la bienfaisance à l’autonomie

                              IV.Suite

                              V.Néo-taylorisme, souffrance & identification

                              VI.Droit naturel & justice sociale


                            • jpm jpm 9 avril 2013 16:05

                              Merci JL pour ce lien très intéressant vers l´ouvrage de Claude Guillon : Économie de la misère consacrés au « revenu garanti ».

                              http://claudeguillon.internetdown.org/article.php3?id_article=53

                              Il donne un aperçu historique de l’idée du « Garantisme » qui a permit l’émergence du revenu de base inconditionnel ou revenu universel. Je comprends mieux maintenant les nombreuses discussions et batailles idéologiques qui traversent constamment le mouvement.

                              Malgré tout, je suis heureux que les différents partisans issus de plusieurs pays aient pu se mettre d’accord sur une définition commune et organiser cette initiative citoyenne européenne pour le revenu de base inconditionnel.

                              http://basicincome2013.eu/ubi/fr/


                            • JL JL 9 avril 2013 16:06

                              Le commentaire de Philvite est en effet, très percutant : imparable pour fusiller un article aux yeux de qui n’est pas un fada de la cause défendue.

                              Je vois que l’auteur sait flatter ses groupies !

                               smiley

                              Très franchement, Le péripate, je ne comprends pas comment, un libéral tel que vous combatte cette idée de RU qui est un excellent moyen pour botter en touche toutes les revendications de réduction du temps de travail, entre autres. Et surtout, si l’on y arrivait, un excellent moyen pour les gouvernements de privatiser ce qu’il reste des services publics.


                            • JL JL 9 avril 2013 16:15

                              jpm,

                              comme vous l’avez avoué, vous militez pour ce RU tout en n’y croyant pas vous même.

                              Sans condamner le principe du RU - je préfère un crédit d’impôts universel - je combats ceux qui prônent ce cheval de bataille, qui n’est qu’un cheval de Troie présentant plusieurs dangers :

                              1 - ce que je viens de dire dans mon post ci-dessus, à savoir, la destruction de notre tissus social.

                              2 - le détournement des voix de gauche vers un objectif chimérique sinon diabolique (l’enfer est pavé de bonnes intention. (Mais ça, les bas du front ici s’en fichent)

                              3 - ce que j’ai appelé le pacte avec le diable : un RU c’est l’acceptation de la domination que nous devrions au contraire combattre : l’oligarchie et la toute puissance de l’argent..

                              Mais je discute ici avec des idéologues et des gens avides de miettes supplémentaires. Peine perdue.


                            • jpm jpm 9 avril 2013 16:39

                              Si si JL,

                              je vous confirme que je crois sincèrement au revenu de base inconditionnel, même si je ne pense pas que la réussite souhaite de l´initiative citoyenne européenne suffise à faire bouger les choses. Par contre, cela sera une excellente occasion de faire connaitre le projet… et donc de faire évoluer les mentalités sur le thème de l´inconditionnalité.

                              Je me réjouis déjà que nous puissions avoir ce débat… et que vous acceptiez l´idée de revenu universel sous forme de crédit d´impôt universel. Encore une fois, l´idée est bien de récupérer une partie des gains de productivité acquis par le détenteurs de l´outils de production (la capital si vous préférez) pour financer une partie du revenu de base des plus démunis.

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