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Haiti : Les Restavec, ces enfants-esclaves dans leurs familles d’accueil

La chaîne catholique francophone KTO diffuse actuellement un reportage d’un univers des Restavec, ces enfants haïtiens abandonnés ou orphelins, coupés de leurs familles grâce à une pauvreté extrême et obligés de se retrouver dans des familles d’accueil qui les maltraitent à coup des fouets et injures dans ce pays de non-loi avec des prises régulières d’otages civils, de centaines des blessés par balles perdues et des assassinats d’enfants de la rue par la police nationale sous la barbe de plus de 7 400 Casques bleus des Nations unies.

Par Kilosho Barthélémy

Covalence Genève

Haïti, un pays jonché entre les Caraïbes et les monde riche nord-américain ; un pays ingouvernable et où la domesticité des enfants orphelins de moins de 10 ans et coupés de leurs familles sont obligés de vivre dans des familles d’accueil qui les font travailler dans des conditions inhumaines où les fouets, chicottes et injures constituent leur quotidien.

Un monde que la chaîne catholique francophone KTO a voulu comprendre et exposer à la face du monde la situation de ces enfants appelés « RESTAVEC » présents, par tradition, dans la majorité des familles de Port-au-Prince, Capitale d’Haïti¸ mais sans aucune considération sociale et humaine, des enfants abandonnés à eux-mêmes sans appui ni de la Police nationale soutenues par les troupes des Nations unies dans le pays.

Haïti, un pays de plus de 8,4 millions d’habitants dont plus de 40 % des jeunes de moins de 25 ans, bénéficiant de la présence internationale sur son territoire, en l’occurrence une majorité des Casques bleus brésiliens qui assurent la formation et l’encadrement de la Police nationale depuis les troubles politiques survenus dans les pays. Mais, malgré la présence de ces Casques bleus, le pays reste toujours ingouvernable. Robert Duval, un ancien prisonnier politique et fondateur d’Atlantic Club d’Haïti, un club de football, s’efforce de récupérer plus de 800 jeunes tirés des familles d’accueil à cause de la maltraitance. Selon cet encadreur sportif relayé sur KTO, Haïti reste un pays ingouvernable où il est difficile pour l’Etat d’établir la paix civile à cause d’enlèvements incessants dans la capitale pour obtenir des rançons. La Police nationale recense plus de 26 cas d’enlèvement par jour dans cette ville où l’électricité n’est fournie que deux heures par jour, où les odeurs des ordures sont senties dans toute la ville.

Dans le centre Lakou, Lakou comme « la cour » en français, tenu, depuis plus de dix ans par un prêtre italien, viennent ces Restavec d’à peine10 ans raconter les souffrances qu’ils endurent dans leurs familles d’accueil ; ils montrent les traces des coups reçus, des têtes fracassées et blessures encore visibles sur leurs corps

Pendant leur présence au centre, le prêtre italien, entouré des volontaires haïtiens, leur offre à manger, un repas frugal que ces enfants expédient à toute vitesse comme s’ils avaient passé une éternité sans manger.

Un ancien marine américain d’origine haïtienne et ancien esclave Restavec ne cesse de retourner régulièrement dans son pays pour rendre visite à ces enfants d’à peine 10 ans, libérés de leurs bourreaux, pour leur distribuer des vêtements et jouets dans les bidonvilles sans eau ni toilette.

Nadège Simon, chargée d’encadrement du centre Lakou parle de la situation de ces enfants à leur arrivée au centre : coups et blessures visibles sur les corps, malnutrition sévère. Plus de 250 enfants y sont encadrés ainsi que les enfants de la rue qui pour la plupart fuient la Police nationale qui les massacrent pour seul motif : le vol.

Plusieurs centres d’accueil confirment la tuerie des enfants de la rue par la Police nationale ; ces enfants fuyant les conditions de vie dans leurs familles d’accueil. Mais ce n’est pas l’avis de Michael Lussu, un des responsables des troupes des Nations unies, qui réfute ces accusations de massacres et confirme que ces enfants, bien que mineurs et vivant dans la rue, sont au service de leurs chefs, des véritables gangs qui rançonnent la population haïtienne et victimes des balles perdues, pendant les fusillades entre la Police et ces gangs armés présents au milieu d’une agglomération de plus d’1 million d’habitants.

Poglioglio Calisti, un des responsables de Médecins sans frontières en Haïti, recense, pendant les fusillades avec la police, soutenue par les Casques bleus et les gangs, plus de 200 enfants blessés par balles perdues dans le centre de santé de cette organisation humanitaire française. Des enfants, anciens Restavec, qui doivent leur survie dans la rue par la mendicité, au cas où les centres d’accueil soient remplis.

M. Rolland, docteur toujours à Médecins sans frontières et spécialiste en médecine de guerre, montre souvent aux observateurs indépendants, l’impact des balles qui ont traversé la mâchoire ou les fesses des enfants durant les fusillades dans la ville. Dans le quartier de Bel Air en pleine ville, J. Rober Cadet, un ancien Restavec affranchi, visite des quartiers où plusieurs enfants Restavec sont hébergés par 4 à 6 enfants dans un petit studio de trois mètres carrés pour parler à ces enfants qui n’ont vécu que le mépris des passants et la violence dans leurs familles d’accueil.

Le responsable des centres d’accueil constate que de nombreuses familles haïtiennes croient qu’une bonne éducation passe toujours par les violences physiques et verbales pour les enfants têtus tout en oubliant que ces actes accompagnent ces enfants tout au long de leur vie.

La prison centrale, gérée par la Police nationale avec l’aide des troupes des Nations unies, héberge une majorité des enfants mineurs accusés de travailler pour la mafia locale qui organise les enlèvements dans la ville de Port-au-Prince ; mais certains enfants avouent être illégalement détenus et sans aucune preuve ; d’autres enfants attestent avoir été pris avec une arme dont ils se servent pour se nourrir ; d’autres enfants encore revendiquent leur position politique en faveur d’un des leaders politiques. Mais, sur le fond de tous ces actes, se cache la réalité d’une population livrée à elle-même et des enfants qui paient un prix fort la gestion calamiteuse d’un pays qui s’enfonce de plus en plus dans l’enfer.


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6 réactions à cet article    


  • Aspiral Aspiral 19 février 2008 16:16

    Peu de commentaires à cet article ! Est-ce par pudeur ou par désintérêt ?

    Peut-être parce que je ne suis pas Français et que Sarko a fini de m’amuser, je me penche sur cette rélaité très méconnue de Haïti, sans doute effectivement le cloaque de la civilisation, où les "restavec", au delà d’être battus sont aussi souvent violés, victimes de pédophiles, dans l’indifférence fatiguée d’une civilisation débordée par toutes les violences qu’elle génère tout en luttant "contre", de batailes perdues en batailles perdues.

    Au risque de déplaire à tous les ex-pères causalistes, je vois la violence comme une soupape qui doit lâcher quand il y a trop de pression. Aussi bien sur le plan individuel que collectif. La manière dont elle lâche est anecdotique : elle peut se retourner contre soi aussi, mais exactement sur la même dynamique aléatoire que de l’eau qui coule par le chemin le plus facile. Le mythe scientifique nous a habitué à avoir un regard de myope sur la réalité. Cela ne pourra que se terminer dans une augmentation de la violence générale, chacun ne pouvant faire remonter la chaine de la causalité au delà de l’horizon de son point de vue. La montée de la violence est un phénomène général : il descend d’en haut en cascade, chaque petit chef ajoutant sa part... et en bas, il n’y a plus que ceux qui, n’ayant même pas un chien à qui botter le cul, revoient l’ascenseur, en fait divers.
    Ou on arrive tous ensemble à penser la violence autrement ou elle sera bientôt visible par chacun, en Europe aussi, et pas seulement à la télévision.

    Enfants du monde, c’est en votre nom que j’ai déclaré la guerre aux ex-pères, qui myopes et sans doute manipulés sont les véritables collabos des faiseurs de pognons dont vous êtes les victimes finales. Vos souffrances et vos morts seront bientôt vengés par leur destruction très prochaine. Il vont bientôt chez leur propres enfants avoir à assumer ce qui pour le moment ne réussit qu’à les amuser !


    • adeline 19 février 2008 17:43

      Peux de commentaires en effet je pense que ce n’est pas du désintérêt mais manque d’arguments devant tant de malheurs, je pense que Haiti est le pays le plus malheureux de la terre , ne pas oublier le scandale de l’exploitation éhontée d’esclaves à St Domingue sur les exploitations de canne à sucre. Cependant le tourisme baigne dans l’or....


    • kedjey 19 février 2008 21:51

      merci et bravo pour cet article qui a le mérite de nous faire connaître une réalité oubliée par les grands médias (mais qui méritte pourtant d’être connue)

      salutations


      • melvina 20 février 2008 11:33

        L’auteur de cet article nous interpelle sur un sujet qui est très important.C’est dommage que cet article est sucité si peu de commentaire, je ne pense pas que cela doit être mis en lien avec l’intérêt que l’article aura éveillé ; c’est une bonne chose de dénoncer ces violences faites aux enfants, de dénoncer la violence de manière générale. certes pour combatre la violence il faut des mots (des mots pour combatre les maux) mais il faut aussi des actions. quelles sont celles qui sont possibles, bien qu’étant loin d’haiti et pourtant attaché à ce pays.


        • Lisa SION 2 Lisa SION 23 février 2008 17:06

          Bonjour,

          Si vous voulez attirer la compassion des millions d’internautes, ce silence est éloquent ! Peut-être devriez vous recommencer en l’intitulant : Hawaï...Puis, vous excusant en dernière ligne ? Quand on pense le paradis que cela devait être avant l’intervention des ancètres prédateurs de Sarko... ! Vous n’avez même pas eu besoin de rajouter le nom de Duvallier et du curé pédophile qui avait pris sa suite...Duvallier, logé par nos soins pour sa retraite à Nice...


          • Kieser 25 février 2008 17:21

            Quand on lit les commentaires au bas de l’article de Thierry Follain, ici même : http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=29860%20repris%20sur%20enfancedanger.com

            on se dit qu’il vaut mieux moins de commentaires et un peu plus dignité, moins de cynisme et plus d’écoute.

            J’en rajoute, voici un extrait du Le Journal de Québec

            Début citation "Deux travailleurs humanitaires résidants de la région de Québec dont l’un était directeur d’un orphelinat à Haïti font face à 23 chefs d’agressions sexuelles sur de jeunes Haïtiens âgés entre 13 et 16 ans.

            Les gestes qui sont reprochés à Armand Huard 64 ans et Denis Rochefort 59 ans, auraient été commis en 2006 et 2007 dans un orphelinat de les Cayes. Ils ont été arrêtés mercredi matin à leurs résidences respectives de Québec par la Sûreté du Québec. Au total, 11 adolescents, dont plusieurs étaient en situation de dépendance vis-à-vis les accusés ont raconté à un enquêteur de la S.Q. s’être fait touchés ou avoir été incités à toucher les accusés à des fins sexuelles.

            Armand Huard et Denis Rochefort travaillaient depuis une douzaine d’années auprès de la population Haïtienne.

            Plusieurs des présumées victimes auraient eu affaire aux deux présumés pédophiles. En décembre 2005, Huard est devenu directeur d’un orphelinat où résidaient 75 jeunes. Des enfants et adolescents qui, pour la plupart, étaient sans ressource et vivaient carrément dans la rue. L’homme a occupé ces fonctions pendant près de 18 mois. Il souhaitait d’ailleurs créer son propre orphelinat avec les dons recueillis auprès des Québécois." fin citation

            Le problème qui est posé est celui d’une extrême banalisation du mal, qui, sous différents prétextes, nous fait perdre le sens des limites, entre humanité et bestialité. Si bien qu’à défendre un point de vue bêtement humain, on passe pour un ringard passéiste et l’on est contraint de se justifier.

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