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Accueil du site > Actualités > Société > Happy Hour : de l’hypocrisie en milieu ministériel

Happy Hour : de l’hypocrisie en milieu ministériel

« God save the happy hour ». Le ton est donné, en ce moment même, sur le site communautaire Facebook. Rassemblant une majorité de jeunes gens, le site voit fleurir les « groupes » dédiés à l’interdiction prochaine des « happys hours ».

Interdiction, nous y voilà : « Un frein à notre liberté de consommer, qui fait de notre vie et de nos soirées ce qu’elles sont », commente Alexandre. « On est jeunes, donc par définition, on est pauvres […], laissez-nous passer un agréable début de soirée et arrêtez de tout nous sucrer », renchérit Axelle.

Tradition étudiante pour certains, rite de passage pour d’autres, la perspective d’une disparition de ce qu’il est admis de nommer « l’institution open-bar » est loin de rallier les cœurs concernés…

En gestation depuis plus d’un an, l’idée d’une suppression stricte des happys hours - durant lesquelles, pour un prix d’entrée fixe, les consommations sont illimitées - se concrétise depuis quelques semaines.

Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, de la Jeunesse et des Sports, a confirmé à la rédaction du Journal du dimanche, ce samedi 12 juillet, leur disparition « effective en 2009 ». Dans le même temps, le Mildt (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les toxicomanies) présentait son rapport et son plan d’action.

Les chiffres sont alarmants : les cas d’hospitalisation pour ivresse, d’agressions graves ou d’incidents urbains semblent exploser et, cerise sur le gâteau, un jeune bachelier de l’Ain est décédé cette semaine des suites d’un coma éthylique...

Le constat y est : jeunes et alcool à volonté peuvent ne pas faire bon ménage. C’est au niveau de l’action que le bât blesse : hypocrisie et symbolisme sont une fois plus au menu d’un énième plan de lutte contre l’usage intensif d’alcool chez les jeunes.

Première raison, sautant aux yeux des moins impliqués : interdire les happys hours dans les bars et discothèques et une chose, réduire la consommation effective d’alcool chez les jeunes relève d’une autre mécanique. Les prix pratiqués dans les établissements étant bien souvent élevés voire exorbitants, l’interdiction ne fera que « déplacer » (littéralement) les bacchanales des bars vers l’appartement douillet d’un camarade accueillant, comme le confirme Julien, réagissant sur Facebook : « moi, je m’en fiche, je n’y allais jamais, je faisais la même chose, mais chez ma copine, avec de bons potes […], ça nous coûtait moins cher en plus ». L’équation est simple : 10 amis, une soirée open-bar à dix euros par personne. Bilan de la soirée : 100 euros pour le groupe. Autre cas, celui de 10 amis, un appartement à disposition. Pour le même budget (données vérifiées dans un hypermarché moyen) : quatre bouteilles d’alcools forts (type vodka), 32 bouteilles de bières, deux bouteilles d’alcool légers (à mélanger avec des jus), des gâteaux apéritifs et deux pizzas (!). Considérons la consommation effective : elle sera égale sinon supérieure dans le second cas.

La beuverie n’est pas évitée : elle se fait plus anonyme. Le mal est là, mais il ne trouble pas l’ordre public. Amen.

Un autre point extrêmement troublant : la ministre, dans l’interview accordée au JDD, se félicite de la diminution des « soft-drinks », boissons sucrées et alcoolisées « banalisant » la consommation d’alcool, par une politique de taxation efficace. Très bien.

Pourtant, personne ne semble s’être étonné d’un événement récent, en totale contradiction avec les intentions de Mme Bachelot : le 16 mai 2008, la ministre de l’Économie et des Finances, Christine Lagarde, a autorisé la vente de la version originale de la boisson « Red Bull », jusque-là interdite en France, et ce, contre 4 avis négatifs consécutifs de l’Agence française de sécurité sanitaire (AFSSA), qui, dans son dernier avis rendu, évoquait « les anomalies du comportement, l’hyperactivité et des effets locomoteurs comme des signaux d’alerte de la neurotoxicité » du produit. Des cas d’automutilation ont même été observés chez... des rats ayant ingéré une dose de Taurine (proportionnellement) comparable à celle apportée par deux cannettes du soda à un être humain de corpulence normale (2 grammes).

Quel rapport avec nos happys hours me dites-vous ? Directement, aucun. Cependant, les acides aminés contenus dans la célèbre boisson sont une cible de choix pour… les fêtards. Excitation, fatigue diminuée, meilleure résistance à l’alcool… les bienfaits de la Red Bull sont détonants, d’autant qu’elle est plébiscitée en cocktail, mélangée à un alcool fort, par exemple. Elle est à vrai dire essentiellement utilisée de cette manière (Ferreira, « Can energy drinks affect the effects of alcoholic beverages ?  » 2004).

La taurine, acide aminé et principale composante de la boisson, fascine et inquiète. Elle aurait été utilisée massivement durant la Guerre de Corée (1950-1953) pour endurcir les soldats américains. Sportifs amateurs, joyeux « clubbers » ou curieux admirent ses prétendues vertus, ignorant ainsi les mises en garde multiples des spécialistes…

Si la boisson fut longtemps interdite, une plainte déposée et 300 millions d’euros d’indemnités réclamés plus tard, la France pliera : la Red Bull originale sera en vente dès la fin du mois de juillet…

Voilà véritablement le défi posé au gouvernement : porter la morale au pinacle tout en faisant grand cas du commerce. Supporter la contradiction, en somme…

Crédit photo : Atlantide Phototravel/Corbis/Guido Cozzi


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14 réactions à cet article    


  • gecko gecko 15 juillet 2008 14:59

    et pendant ce temps la on oblige les automobilistes a acheter un gilet jaune et un triangle parce qui va falloir continuer d’éviter les jeunes morts sur les routes a cause de l alcool... faut arréter les conneries ;


    • Marc Bruxman 15 juillet 2008 15:20

      Cette grosse pétasse a frappée de ses interdictions multiples. Les fêtes se feront chez des amis avec l’alcool acheté au supermarché et les gerbes continueront d’être déposée sur les trottoirs.

      Quand j’étais jeune je disais d’ailleurs que j’allais fleurir la tombe du maréchal avant de poser une gerbe après une soirée bien arrosée. Ce sont de bons souvenirs.

      Mais que l’état continue à prendre des mesures insupportables limitant la liberté et peut etre que les jeunes mettront la tête des hygiénistes au bout d’une pique ! Ca me fera un nouvel endroit ou poser ma gerbe !


      • Mescalina Mescalina 15 juillet 2008 16:36

        Fumeur, je me suis résolu à l’interdiction du tabac dans les lieux publics de convivialité (fumer dehors, ce n’est pas si compliqué, et c’est très bien comme ça).

        Attaquer l’open bar et le happy hours constitue, par contre, constitue une atteinte majeure à la liberté de consommer et relève d’une hypocrisie qui me donne la g.....

        Open bar  : rassemblement festif dans un endroit la plupart du temps bondé (et oui c’est gratuit...) et où l’on apperçoit souvent à peine le bar (pas rare de faire 20 minutes de queue et à jouer des coudes pour avoir un verre de toute façon moins garni que le verre normal). Prisé par les jeunes étudiants et les jeunes actifs principalement car c’est un moyen d’économiser quelques deniers.
        2 types d’utilisation : début de soirée pour se chauffer (on finit chez un pote) ou fin de soirée quand on est déjà bien déchiré. Dans les 2 cas, rarement un endroit où l’on se la colle sévère (Exception faite pour les soirées "Ecoles").

        happy hours : une institution, un moment de convivialité qui permet aux jeunes (et pas seulement d’ailleurs, voir même loin de là), de pouvoir se rencontrer dans un espace public et de pouvoir apprécier une bière pression pour 5-6 euros à Paris, prix à la limite du raisonnable déjà. Ce dimanche, une vulgaire 1664 25cl à 16h pour se raffraichir avec ce beau temps, 5 PUT... D’EUROS !!!!! Certes pas loin de St Michel, mais faut pas déconner. c’est le prix d’un pack de 6 !

        Conséquence  : je prenais "encore plaisir" à me faire des "débuts" (21h à la sortie du boulot) de soirées avec des amis dans des bars à 20 euros la soirée (jeune actif célibataire épicurien qui n’épargne pas, ne possède rien, et rend 70% de ses revenus à l’Etat en consommant pour son plaisir, un brave type), histoire de boire 2-3 pintes, et bien si cette loi passe ca sera 10 euros de dépensé pour bien plus de liquide ingurgité. Et cette migration bar => domicile va largement s’amplifier, décalant le "problème" (car c’est un autre débat) voir même l’amplifiant, bref effet inverse de celui (a priori) recherché.

        De façon générale, les prix sont déjà prohibitifs, et comme le soulignait Tzara, "dans l’alcool j’ai trouvé mon seul oubli la liberté".

        Ils veulent nous faire vivre 120 ans, nous faire cracher jusqu’au bout avec une retraite qui sera inexistante, sous tutelle et sous contrôle, de bons petits soldats dopés aux anti rides et à la Winner attitude.

        permettez à ceux qui le souhaitent de ne pas y souscrire. Ce n’est pas l’idée que je me fais de ma vie.


        • Ha-n Ha-n 15 juillet 2008 17:08

          Ce qu’il faut également garder à l’esprit, c’est que quitte à picoler en privé, autant faire ça à moindre frais et avec de la vodka quasi frelatée provenant des superettes à consonnance germanique ce qui implique des comas éthyliques plus fréquents et également moins bien gérés (ce n’est pas bien compliqué de comprendre qu’un appart rempli de mecs complétements pleins est moins apte à appeler le samu qu’un barman en état...)


          • merlin7511 15 juillet 2008 17:12

            "En gestation depuis plus d’un an, l’idée d’une suppression stricte des happys hours - durant lesquelles, pour un prix d’entrée fixe, les consommations sont illimitées - se concrétise depuis quelques semaines."

            Grosse confusion : il n’y a pas de consommation illimitée pour un prix fixe dans les happy hours. Vous confondez :

            - happy hours : période de temps, généralement à la sortie du travail (souvent 18h-20h) pendant laquelle le prix de certaines boissons est réduit. Le plus souvent, dans les pubs, le prix de la pinte est égal au prix du demi. Mais il faut payer chaque consommation.

            - open bar : somme forfaitaire permettant de boire autant que l’on veut. Le prix est fixé au départ, quel que soit le nombre de boissons commandées.

            Sinon, je suis d’acord avec vous sur le fond. Toutefois, il semble que le gouvernement s’oriente vers trois axes :

            - interdiction réelle de la vente aux mineurs : je suis d’accord.

            - interdiction de la vente d’alcool dans un certain rayon autour des établissements scolaires : je suis d’accord, même si je pense que ça n’aura guère de conséquences pratiques.

            - interdiction des open-bars (et pas de happy hours, qui devraient rester autorisées) : je ne suis pas fan des open-bars (c’est la guerre pour approcher du comptoir, et le concept même n’est pas terrible, je préfère largement les happy hours) et je ne suis pas opposé à cette interdiction.

            Maintenant, si un jeune veut se défoncer, rien ne l’empêchera de le faire. Toute passe encore et toujours par l’éducation, et donc par les parents.


            • gecko gecko 15 juillet 2008 17:52

              ça c’est sur quelle est la première « défonce » expérimentée ? au collège la colle et après c’est « al »colle ;) nan faut arréter vaudrait mieux faireune pprévention intelligente sur les risques liés à l alcool ca serait moins con !


            • Karim 15 juillet 2008 21:13

              Merci de vos réponses claires et courtoises.

              Excusez la confusion "happy hour" et "open bar", je reçoit parfaitement la critique. Quant au projet de Bachelot, il compte (comptait plus exactement, l’idée de supprimer les happys hours étant quasi abandonnée), de toute façon, supprimer les deux.

              Je reste cependant étonné de ne voir personne outré par l’histoire de la légalisation de la red bull (version Taurine) !!

              Bien à vous.


              • meuzky 16 juillet 2008 12:03

                Pour ce qui est du RedBull, Bachelot s’est plus que vivement opposé à sa commercialisation, cela a même fait polémique (Encore des désaccords et un manque d’unité au sein du gouvernement) mais sa collègue a "gagné" (Finance oblige :D).
                Donc de ce coté la, Roselyne est plutôt cohérente.


              • HELIOS HELIOS 16 juillet 2008 02:07

                Et si les jeunes ne peuvent plus transgresser un peu les interdits, somme toute bien limités, que vont ils faire ?

                mettre comme d’habitude le feu aux bagnoles ?

                Au fait vous etes tous au courant parce qu’on l’a crié sur tous les toits, mais pour cette soirée du 13 juillet, 169 voitures ont été brulées et une soixantaines de jeunes arretés. Ce devait être le happy hour de la fet’nat, n’est-ce pas ?


                • gecko gecko 16 juillet 2008 08:56

                  chacun son idée du feu d’artifice... smiley encore un coup de greenpeace ! smiley


                • Emile Red Emile Red 16 juillet 2008 10:18

                  S’il n’y avait que la taurine, mais il y a aussi les OGM. Vive l’Europe des financiers, voilà ce qu’on nous promet.

                  Pendant ce temps on interdit la pub du vin sur le net français et les étrangers rigolent.

                  Con de politique de cons.


                  • Newby Newby 16 juillet 2008 13:41

                    Il y a quelques années lors de voyages en Norvège, je m’étonnais, vu le prix des consommations dans les bars, de l’état dans lequel étaient capable de se mettre les norvégiens, et norvégiennes bien sur égalité oblige.
                    On ne trouvait que de la bière ou des alcools "faible", quasiment pas d’alcools fort.

                    Lors de conversations avec l’autochtone, j’ai appris leur méthode, on se chauffe à la maison, avant d’aller retrouver des potes et boire quelques verres au bar, et on va se finir chez les uns ou les autres.

                    L’alcool n’étant vendu que dans des magasins d’état à des prix prohibitifs, et bien on le fabrique soit même, vous trouverez donc très facilement dans tous les magasins au rayon frais de la levure fraîche, une cocotte minute, quelques ingrédients, et le tour est joué, si le goût est étrange vous aurez bien quelque chose à rajouter.

                    Il est vrai qu’il ne font cela que le vendredi et samedi soir, et qu’il y a toujours un chauffeur dans le groupe, ou un taxi à la sortie des bars.
                    Voila comment nous voisins nordiques s’arsouillent, en gardant des statistiques nationales de consommation d’alcool relativement "sobres". smiley







                    • golgoth 22 juillet 2008 16:37

                      @ Ludo

                      Condamner les organisateurs plus sévèrement en cas de probleme ? C’est la mort des soirées étudiantes dans ce cas. Quel bureau des élèves va organiser une soirée s’il risque une amende ou des ennuis de justice parce qu’un mec pas malin s’est arraché à la maison avant de venir.
                      A ce propos, j’avais entendu parler d’un projet de loi dans ce sens pour les soirées étudiantes. Est-il toujours d’actualité ? C’etait un projet aussi con que celui -ci.

                      Ya pas de solution miracle au probleme de " l’alcool et des jeunes ". Il n’y a que l’éducation des parents pour éviter les premieres cuites à 11ans et une prise de conscience qu’une soirée ou tu es déchiré à 11H, c’est une soirée gachée pour tes potes qui vont devoir s’occuper de toi.

                      Cette loi va renforcer la tendance stupide actuelle du "On se pete la gueule le plus vite possible à la maison et on se "finit" en boite".

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