« Je suis fier de donner ma vie pour la France ». Marcel Weinum, en comparution devant le tribunal spécial à Strasbourg, le 30 mars 1942. Déclaration faite suite au délibéré qui le condamne à la décapitation.

Nous commémorons aujourd’hui 14 AVRIL 2012, les 70 ans de la mort de cette figure désormais légendaire de la résistance alsacienne à l’occupant allemand, j’ai nommé MARCEL WEINUM.
Cette figure, ce visage encore quelque peu enfantin, presque poupin et pourtant, un enthousiasme et une maturité évidentes, marqués dans le doux sourire et dans le regard droit de ce jeune strasbourgeois, qui à l’âge de 16 ans prenait l’initiative, seul avec une poignée de camarades, de lancer le tout premier mouvement de résistance alsacien face à l’occupant allemand qui contrôle alors l’Alsace-Moselle annexée au Reich dès le 27 novembre 1940 : la MAIN NOIRE.
Le regard dans le lointain, tourné vers un avenir héroïque et fatalement tragique : la trajectoire du jeune Weinum doit faire ramper de respect tout jeune alsacien, tout jeune français qui se prétend aujourd’hui doté d’un quelconque courage ou d’un quelconque sens de l’honneur, car pouvons-nous nous figurer, nous autres jeunes strasbourgeois, ce qu’a pu être ce trop bref épisode de résistance ? Ce martyr-là est à l’image de tant d’autres, qui par le passé et jusque dans le présent, ont donné leur vie pour la liberté et pour redonner sa souveraineté et son indépendance à la France.
Nous qui parcourrons chaque jour les rues de Strasbourg, l’esprit léger, déluré, l’esprit gâté par l’époque, nous qui marchons dans notre magnifique ville, nous rendons-nous compte que dans ces mêmes ruelles où l’on titube au petit matin entre amis, un petit groupe de jeunes frondeurs, de jeunes patriotes épris de liberté, voilà 70 ans de cela, ne manquaient aucune occasion pour perpétrer des actes d’une insolence et d’une bravoure inouie à l’encontre de la présence et des intérêts allemands à Strasbourg.
Revenons en détail sur la vie héroïque et tragique de ce martyr de la Nation :
Fougue géniale, inconscience de la jeunesse.
Marcel nait le 5 février 1924 à Brumath, ville située sur la Zorn au Nord-Ouest de Strasbourg et dont René Kleinmann, un autre fameux membre de la Main Noire, est également issu. Fils du boucher Robert Weinum et de Mathilde Schneider, il passe son enfance à Brumath jusqu’en 1936, date à laquelle les Weinum s’installent dans le quartier du Neudorf, à Strasbourg.
Elève à la Maîtrise de la Cathédrale de Strasbourg, il devient jeune apprenti-dessinateur après avoir obtenu son certificat d’études. En septembre 1939, la guerre éclate et les Weinum, évacués en Dordogne avec tant d’autres alsaciens, reviennent à Strasbourg à la fin de l’été 1940.
Marcel, qui a alors vécu une année en « vielle France » lors de l’évacuation de sa famille, revient à Strasbourg avec de nouvelles idées, avec une nouvelle ardeur. Animé d’une fougue patriote rare, il est alors à l’origine de la création du tout premier mouvement de résistance alsacien, la MAIN NOIRE. Près de 25 adolescents alsaciens rejoignent alors cette curieuse bande de jeunes gaillards imberbes, dont un seul membre, Charles Lebold, un proche de Weinum, est adulte !
Ils ont pour la plupart entre 14 et 18 ans, sont pour la plupart des élèves de la Maitrise de la Cathédrale, certains ont une fibre particulièrement chrétienne dans leur lutte, comme on le comprendra dans les dernières écrits de Weinum, en 1942. Le comble est que beaucoup de ces très jeunes gens doivent entretenir une dangereuse double-vie : ou bien à cause des risques qu’ils pourraient faire prendre à leur famille (à qui ils taisent leurs activités, sans compter que certains parents peuvent être favorables aux allemands), ou bien tout simplement parce qu’ils sont embrigadés de force dans les Jeunesses Hitlériennes, en leur qualité de nouveaux « allemands », l’annexion au Reich étant comme vous le savez, davantage une vraie intégration. On remarque par ailleurs, que tous ces jeunes gens sont nés dans l’Alsace redevenue française. Ils sont tous nés après 1918, et n’ont jamais connu l’Alsace impériale, ce détail a peut-être une importance, pour expliquer l’incroyable combat de ces adolescents.
On compte parmi eux, hormis Marcel Weinum : Robert Adam, Jean-Jacques Bastian, Lucien Albrecht, Robert Bildstein, Lucien Entzmann, Marcel Keller, René Kleinmann, André Kleinmann, Charles Lebold, Jean Kuntz, Aimé Martin, Bernard Martz, André Mathis, René Meyer, Xavier Nicole, François Mosser, René Spengler, Albert Uhlrich, Jean Voirol et Ceslav Sieradzki.
Entièrement indépendant et autonome, le groupe de jeunes gens va alors opérer de nombreuses actions de vandalisme, de sabotage, de terrorisme et de contre-propagande contre l’ennemi entre octobre 1940 et décembre 1941, alors qu’ils commençaient à peine à entretenir des liens avec le renseignement britannique en Suisse.
Quelles sont alors leurs actions ? Toute action de harcèlement est l’occasion pour eux de se distinguer et d’accroitre les moyens matériels du groupe : sabotage des installations ferroviaires, vol et saccage d’automobiles allemandes, dynamitage des vitrines de commerçants « soumis », vol d’armes, notamment dans les fantômatiques forts de la défunte ligne Maginot. Vol de papiers ou de tickets d’essence, mais aussi de très nombreux actes de vandalisme sous forme de graffitis et de messages patriotes à grands coups de croix de Lorraine sur les murs de Strasbourg !
Grâce aux sommes récoltées, Marcel Weinum ira jusqu’à louer un appartement en 1941 afin d’en faire en quelque sorte, le quartier général de son organisation. De là, il peut écrire et imprimer des centaines de tracts patriotes, qui sont distribuées dans toute la ville. Il n’hésite pas à faire parvenir certaines lettres, par la Poste ( !), aux administrateurs allemands de la ville ou de la région : “Vive de Gaulle !“, “Vive la France !“, “Les allemands devront quitter la France !“, ” Alsaciens, levez-vous pour le combat de la liberté” !
Enfin, il réalise son coup le plus célèbre et le plus remarquable le 8 mai 1941, quand en compagnie de Lucien Entzmann, il lance une grenade dans la voiture du gauleiter Robert Wagner : la voiture explose sans pouvoir atteindre le Gauleiter, qui se trouvait à ce moment-là dans un troquet voisin.
Le mois de Mai 1941 est décisif pour Marcel Weinum et ses camarades de la Main Noire, fatal, hélas. Le 20 mai 1941, Marcel et son camarade Ceslav Sieradzki entreprennent une périlleuse traversée Nord-Sud de l’Alsace, pour aller rejoindre un contact des services secrets britanniques, attaché au consulat de Bâle, et lui remettre des documents très importants, puisqu’il s’agissait des plans des terrains d’aviation de Entzheim et Haguenau. Attrapés d’abord par des douaniers, ils s’échappent puis sont repris et envoyés à Mulhouse, où ils sont confondus après avoir été soumis à la question.

| Don défiscalisé 10€ ou plus |
|
Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.
|
Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.
Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page
Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.
@Massaliote Donc vous condamnez les résistants alsaciens, allemands et français anti nazis de (...)
19/04 11:41 - Jean J. MOUROTAu massaliote du FN. Mal placé pour faire l’éloge d’un combattant anti fasciste. En (...)
17/04 00:48 - MmeRosaA l’auteur. Des exemples similaires de ces conduites qui furent héroïques existent, (...)
16/04 18:20 - Renaud BouchardEt j’ajoute qu’assimiler comme vous le faites le combat de ce héros à un traître (...)
16/04 17:32 - MassalioteIVETON A TENTE DE FAIRE SAUTER L’ USINE A GAZ D’ ALGER. Il a bien mérité son sort. (...)
16/04 17:31 - Massalioteet ces jeunes se battaient pour un idéal , pas pour des droits zaquis ni pour travailler moins (...)
16/04 17:11 - rocla (haddock)
L’Agora reçoit Alain Minc !
Journée mondiale de la liberté de la presse : quel bilan en Europe ?
L’étoile du nord : un théâtre dédié aux auteurs contemporains
Le contrôle des médias, une question d’actualité brûlante
Odyssées : un projet et une distribution internationales Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.
Site hébergé par la Fondation Agoravox
Mentions légales Charte de modération