Le samedi 22 octobre 2011 a eu lieu à la maison des associations de Montrouge (Haut de Seine, 92) le premier colloque de l’association SOS Hommes Battus (l’association est présentée à la fin de l’article) dont la présidente fondatrice est Sylvianne SPITZER, criminologue et psychologue en libérale. Le programme initial est proposé à la fin de cet article qui se propose de faire un compte rendu des interventions principales. Les nouvelles du colloque par l'association sont visibles ici.
Sylvianne Spitzer, antisexiste authentique, femme engagée auprès des hommes victimes.
Une trentaine de personnes étaient présentes avec un auditoire majoritairement féminin (65 %) tout comme les intervenantes (85 %). L’ambiance était décontractée, laissant de la place pour des questions ou des interventions pendant un exposé.

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Le premier exposé a été présenté par René Delamaire, Ingénieur centralien, docteur en psychologie et psychologue clinicien, et portait sur le problème des statistiques dans les violences intergenres : « Vrais et faux chiffres de la violence conjugale, quelques repères »
René Delamaire est aussi président du Groupe d’Etude sur leS SexismeS.
Dans les études sur les violences intergenres, la méthodologie doit être regardée de près, d’une part parce qu’il n’y a pas d’observation directe, que tous les chiffres résultent de déclarations des victimes, et d’autre part parce que l’idéologie dominante tend à voir les femmes uniquement comme victimes.
Les principales enquêtes en France sont l’ENVEFF (2001) et les chiffres de l’ONDRP.
L’ENVEFF annonce 10% de femmes violentées, ce qui a souvent été traduit par 10% de femmes battues. Cependant, comme l’ont pointé Hervé Le Bras et Elizabeth Badinter en 2003, dans ces 10% de femmes violentées, 8% ne relèvent pas de la violence physique et la violence correspond alors à des réflexions verbales désagréables.
Pour l’anecdote, lorsque la responsable de l’enquête a été confrontée à cet amalgame surprenant, elle a affirmé que certaines féministes déçues du résultat cherchaient des chiffres plus proches de 50%.L’analyse et la déconstruction de l’enquête ont été reproduit par le site ‘la cause des hommes’.
L’ONDRP : La seconde source d’information vient de l’ONDRP qui pour les trois années 2008 – 2010 fait état de 1.5% de femmes victimes et 0.7 % d’hommes victimes.
Sylviane Spitzer rapporte que les chiffres français sont très partielstant les méthodes de comptabilisation ne sont pas exemptes d’idéologie ni de carence dans la prise d’information. La plupart des chiffres sont extrapolés de statistique de terrain. Les chiffres de la police (Etat 4001) ne font pas de distinction sexuée ni sur le milieu (intra / extra familial) du délit. Ceux de la gendarmerie font une distinction sexuée mais se contentent de prendre en compte le sexe de la victime seulement si c’est une femme.
Les études anglo-saxonnes utilisent les « CTS »pour « Conflict Tactics Scales ».Cette approche permet une catégorisation stricte des situations de conflit de couple et de hiérarchiser les violences subies de manière objective, retenant au final deux niveaux de sévérité, majeure (coups, morsures…) et mineure (gifles…).
On peut trouver la méthode exposée dans le document de Murray A. Straus (son CV ici et là) etde Ignacio Luis Ramirez de l’université du New Hampshire intitulé « GENDER SYMMETRY IN PREVALENCE, SEVERITY, AND CHRONICITY OF PHYSICAL AGGRESSION AGAINST DATING PARTNERS BY UNIVERSITY STUDENTS IN MEXICO AND USA « .
Dès les années 80, dans son livre « Behind closed doors », Murray A. Strauss a publié le résultat des ses études sur plusieurs milliers de familles américaines, à l’issue desquelles il avait décompté 3.8% de femmes victimes à comparer à 4.6% d’hommes (violence sévère). Dans 50 % des cas la violence était mutuelle, dans 25% des cas en provenance de l’homme seul et 25% des cas de la femme seule.
En 2008, avec la même méthodologie, une étude portant sur un panel de 14 000 étudiants dans 23 pays et 68 universités a conclu à une prévalence de 9% en violence sévère (même taux chez les hommes et les femme) et 25% en violence légère (égale pour les hommes et femmes). Si la violence mutuelle reste majoritaire dans cette étude, la tendance est à la diminution de la violence masculine et l’augmentation de la violence des femmes. Sylviane Spitzer confirme ce dernier point et ajoute qu’en Australie, la violence féminine progresse trois fois plus vite que celle des hommes.
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Sylvianne SPITZER, psychologue, criminologue a pris la parole sur la problématique des femmes violentes dans le couple : « Les femmes violentes au sein du couple ».
Il existe plusieurs types de violences formant un continuum et certaines d’entres elles sont difficilement distinguables (c’est le cas pour la distinction violence verbale / psychologique sont).
Les catégories de violences (s’appliquant aussi bien aux hommes qu’aux femmes) :
- Violence sociale (Isolement)
- Violence psychologique
- Violence verbale
- Violence physique
- Violence économique
- Violence spirituelle
- Violence sexuelle (« les viols sur les hommes par les femmes existent » S. Spitzer)
- Violence judiciaire (chantage sur les enfants, menace de dépôt de plainte … )
La violence suit la structure de l’addiction et fonctionne suivant des cycles qui vont se resserrer dans le temps. Le processus de mise en place de la violence diffère d’un sexe à l’autre. Un homme va commencer par la violence physique avant de passer à la déstructuration psychologique. La démarche féminine est l’inverse : les coups suivent la violence psychologique dans un délai moyen de 5 ans. Toutefois, il est de plus en observé que des femmes passent aux coups physiques sans préalablement utiliser une violence psychologique.
Une étude aux Etats-Unis a interrogée la population carcérale féminine afin de déterminer les motivations liées à la violence.
A 40 %, les actes s’inscrivent dans une logique de vengeance, un sentiment d’abandon (recherche d’un contre-pouvoir), un sentiment de rage et de colère avec une conscience du passage à l’acte, l’utilisation de la violence comme seul moyen d’expression ou un conflit amour/haine.
A 60 % pour des raisons injustifiées et qui relèvent du plaisir de nuire à autrui, de faire du mal, de dominer et ceci se traduit par la fierté d’être violente.
Dans le contexte de victimisation des femmes, cette violence permet d’obtenir une identité sociale par la violence ou la domination.

Crédit photo : collection privée. Photo de gauche : Operation de Lena Cronqvist exposée au musée de Malmö (Suède), photo de droite : statut au centre de la serre du Ny Garlsberg Gybtotek à Copenhague.
Existe-t-il un juste milieu entre l’image de la toute puissance maternelle incapable de nuire à autrui et la seule représentation d’une femme violente néfaste à l’humanité ?
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Le quatrième exposé de Fanny DREIFUSS-OUDET, avocate au barreau de Paris portait sur le tabou judiciaire dont sont victimes les hommes battus : « Les violences sur les hommes : un tabou social, légal et judiciaire »
Pour introduire le sujet, Mme DREIFUUS-OUDET nous fait part de son expérience personnelle. Elle a travaillé aux Etats-Unis et a aidée et assistée an tant qu’avocate des femmes victimes de violence. Un jour se présente dans son cabinet Mr H qui se prétend homme battu et a déjà été refoulé à plusieurs reprises par d’autres professionnel-les du droit.
Mr H est un homme grand et d’un certain gabarit, il vit avec une camerounaise de petit taille, féminine et fort jolie. Dans un premier temps, elle l’écoute puis lui demande de revenir deux semaines plus tard avec des preuves physiques et un certificat médical afin de constituer un dossier. Une fois ces éléments obtenus, une plainte contre X est déposée après 5h d’attente et 5 refus de dépôt de plainte de différents commissariats. C’est une famille recomposée, une femme alcoolique qui fait de très violentes crises (lacération du lit, destruction de biens, frappe son mari à coup de poêle, d’assiettes …). L’expulsion de la femme du foyer a été obtenue suite à la reconnaissance d’un grand danger.
Les hommes victimes de violences au sein du foyer ne sont pas crus lorsqu’ils déposent plainte, voient leurs plaintes refusées ou sont contraints de déposer une main courante. Le risque de renoncement est alors très élevé. Il est intéressant de noter que lorsqu’un dépôt de plainte a lieu en présence d’une femme, celle-ci est plus facilement prise en compte par les services.
Il y a un risque de non-prise en charge par un avocat pour plusieurs raisons : mal à l’aise psychologique de l’avocat-e, la rentabilité de l’affaire qui n’est pas assuré Contrairement aux femmes victimes, les hommes doivent quitter leurs foyers.
Il n’y a actuellement aucune jurisprudence ni de décision au civil ou au pénal en faveur des hommes victimes de violence. La loi du 9 juillet 2010 à l’en-tête clairement discriminatoire pour ne pas dire sexiste doit être interrogée dans sa constitutionnalité tant elle est orientée en faveur des femmes (heureusement le Sénat a partiellement amendé le texte l’ouvrant implicitement aux hommes sous l’égide violences dans le couple).
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La dernière intervention de Frédérique BELMELI et Christèle WITCHAK respectivement directrice et conseillère sociale de l’association Droit de cité portait sur les problématiques de relogement des hommes victimes de violences conjugales : « Logement social et hommes victimes : quel accès ? »
Cette association s’occupe de faire du relogement lié à un accident de la vie. Le principal constat c’est l’absence de structure d’accueil pour les hommes victimes et leurs enfants. Ils relèvent donc du droit commun ce qui nécessite de faire appel aux services du « 115 ».
Pendant l’exposé, une étudiante en troisième année d’école pour devenir assistante sociale précise qu’il n’y a aucune sensibilisation sur les hommes victimes de violence conjugale dans le module violence conjugale. Elle affirme avoir demandé une sensibilisation et qu’on lui a dissuadé d’en parler.
Pour conclure, cette initiative est unique en France mais est appelé à être généraliser. En terme de prévention de la violence conjugale faite aux hommes, il y a 30 ans de retard en regard de ce qui se fait pour les femmes sans compter l’obstacle d’une gangue idéologique misandre. La violence féminine commence à être étudiée en témoigne ce colloque international « penser la violence des femmes » qui a eu lieu les 17 et 18 juin 2010 (voir le programme téléchargeable en bas de page) mais qui au vu des intervenant-e-s reste néanmoins empreint d’idéologie.
Toutefois, étudier de manière ad hoc la violence des hommes et des femmes reste difficile tant les variables d’entrées sont complexes, inconstantes dans l’espace et le temps. Cette incertitude et parfois l’indiscernabilité des choses laissent une grande place à l’idéologie.
L’association SOS Hommes Battus :
L’association SOS Hommes Battus existe depuis 3 ans et bénéficie de la loi 1901 depuis un an. Cette association propose de l’écoute, du conseil, de l’orientation, de l’objectivité. Du lundi au vendredi, l’association propose 5 matinées par semaine pour écouter et répondre aux questions de 9h à 12h au numéro 09 51 73 44 94 begin_of_the_skype_highlighting 09 51 73 44 94 end_of_the_skype_highlighting.
Il est aussi possible de contacter l’association par courriel du lundi au samedi de 9h à minuit à soshommesbattus@yahoo.fr
La plaquette de l’association est disponible ici. Quelques extraits :

Etes-vous une victime ?
- votre compagne vous bloque le passage lors d’une dispute ? Elle ouvre votre courrier ? Elle lit vos messages sur votre téléphone mobile ? Elle vous empêche de voir vos amis ou votre famille ?
- Votre compagne vous humilie-t-elle en présence de d’autres personnes ? Dit-elle que personne d’autre ne voudrait de vous ? Vous menace-t-elle de se suicider si vous la quittez ?
- Avez-vous l’impression d’être toujours sur le « qui-vive » ? Se comporte-t-elle très différemment selon les personnes qu’elle côtoie ?
- Vous menace-t-elle que si vous décidez de la quitter vous ne verrez plus jamais vos enfants ? Détruit-elle des biens qui vous appartiennent ?
- Vous a-t-elle déjà mis une claque ? Vous a-t-elle déjà poussé, donné des coups de poings ou des coups de pieds, mordu ? Cela s’est-il répété ?
- Votre compagne se met-elle facilement en colère surtout lorsqu’elle boit ou qu’elle prend une drogue ?
Ce que vous pouvez faire :
- prenez des photos (objets détruits, traces de coups…)
- faites toujours constater médicalement les traces de coups et dites réellement comment c’est arrivé
- gardez les SMS, emails
- parlez de votre vécu à votre famille et à vos amis
- éviter les représailles. Et dès que vous le pouvez, partez !
Des preuves, des preuves, des preuves !!
Pourquoi les hommes ne parlent-ils pas ?
Dans l’imaginaire collectif, il existe une désensibilisation aux violences faites aux hommes. Combien d’hommes frappés à coups de rouleau de pâtisserie, combien se prenant une claque ou un coup de poing par leur compagne, combien d’hommes punis en cachant leurs clés de voiture dans les séries télévisuelles ? Quelle image cela donne-t-il ? Une femme qui frappe un homme serait donc un comportement acceptable et humoristique ? Mais il n’en n’est rien ! Personne n’a le droit de vivre de violence, ni une femme, ni un homme, ni un enfant.

Pour aller plus loin :
SOS Hommes battus, c'est aussi ça l'égalité des sexes par Julien Badaud le 1er Mars 2011, Rue89.
L’homme battu : impensé car impensable social par Sophie Torrent, Questions familiales, 2004
Le dossier violences conjugales par 'la cause des hommes'
Programme initialement prévu :
« Comment devient-on un homme battu ? Comment en sortir ? »
Ywane WIART – psychologue, psychothérapeute, Université Paris 5 Descartes
« Les femmes violentes au sein du couple »
Sylvianne SPITZER – psychologue, criminologue
« Les violences judiciaires par les femmes et le biais des enquêtes médico-psychologique »
Elodie CINGAL – psychothérapeute, spécialiste des problématiques liées aux séparations / divorces et à la recomposition familiale. (Absente)
« Logement social et hommes victimes : quel accès ? »
Frédérique BELMELI et Christèle WITCHAK – directrice et conseillère sociale de Droit de cité
« Les lois contre les violences conjugales et la place des enfants au sein des violences de couple »
Marielle TRINQUET – avocate au barreau de Paris (Absente)
« Les violences sur les hommes : un tabou social, légal et judiciaire »
Fanny DREIFUSS-OUDET – avocate au barreau de Paris
« Vrais et faux chiffres de la violence conjuguale, quelques repères »
René DELAMAIRE – psychologue, président du Groupe d’Etude sur les Sexismes (G.E.S.)

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Bonjour Bertrand Si j’interviens sous vos articles c’est qu’ils (...)
27/10 14:20 - DominitilleOui oui oui Bertrand, il faut absolument parler des hommes martyrisés (évitons le terme « (...)
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