L’immigration nous est trop souvent présentée d’une manière complexe, scientifique (flux, mouvements migratoires…) ou métaphorisée (vagues, tsunamis migratoires…) qui tend à nous faire croire qu’elle est juste un phénomène de masse.
Cette manière de voir est très largement employée dans le discours politique des gouvernements qui, pour justifier leurs politiques sécuritaires et de répression vis à vis de l’immigration, brandissent la menace de l’invasion. Il nous suffit de regarder comment ont réagi les gouvernements italiens et français face à l’arrivée de 30.000 tunisiens à Lampedusa en début d'année pour comprendre que leurs réactions sont tout bonnement démesurées.
Ce discours a une répercussion importante sur la construction mentale que se font les citoyens du migrant. Il est perçu comme antipathique, comme une menace. Aucune compassion ne peut naître face à cet étranger qui vient voler notre pain. Il représente un danger, source de fantasmes et de peurs infondées. Et cela suffit amplement pour qu’on ne fasse pas l’effort de savoir qui il est réellement. Tout est fait pour que le dialogue entre le citoyen et l’étranger soit inexistant. Le pouvoir actuel doit entretenir cette crainte de l’autre, car c’est avant tout pour lui un outil politique essentiel : à l’aube des campagnes électorales nous pouvons voir comment d’une manière récurrente le thème de l’immigration s’invite dans les débats.

Instrumentalisée par la politique, cette immigration est loin d’être un danger. Si nous nous penchions plus régulièrement sur chaque trajectoire personnelle qui fomente le phénomène global de l’immigration, nous la verrions sous un autre regard.
Nous nous imaginons peu souvent ce que peut vivre une personne durant tout son processus migratoire. Du départ de son pays jusqu’à son »lieu de travail » (emploi domestique, travaux publics, vente ambulante en général) dans le pays d’accueil, le migrant subit chocs et pressions qui le fragilisent considérablement.
Le premier choc subi est celui de la trajectoire migratoire. La route menant à l’eldorado est souvent remplie de passeurs malveillants, de policiers violents et peu scrupuleux qui n’hésitent pas à abuser des migrants, à les voler, les violer, les tuer en toute impunité. Ce sont des trajectoires qui deviennent de plus en plus longues et dangereuses au fur et à mesure que l’externalisation des contrôles policiers européens se renforcent sur les territoires de départ . Les migrants une fois arrivés en Europe doivent vivre avec ce premier choc psychologique qui laisse des traces souvent indélébiles.
Ils doivent affronter par la suite le choc culturel : barrière de la langue, des codes culturels, des traditions… Le migrant se trouve dans un environnement qui lui paraît instable, il n’a aucun repère et doit affronter bon nombre d’incompréhension. Grâce à la présence de communautés du pays d’origine déjà établies , voire d’associations d’immigrés et aussi grâce à l’aide de nombreuses ONG, le choc culturel est vécu plus aisément.
Par ailleurs le migrant doit vivre de manière permanente sous pressions, qui peuvent s’exercer directement ou indirectement sur lui. Il y a tout d’abord une pression familiale. Certainement la plus dure à supporter. Beaucoup laissent derrière eux des enfants, une famille pour partir dans un pays qui leur permettra de trouver un emploi et de leur envoyer de l’argent. Certains migrants attendent quatre ou cinq années avant de pouvoir réaliser un regroupement familial ou de retourner au pays d’origine voir leur famille.
Nous pouvons rajouter à cette pression (puisque qu’étroitement liée) celle de la réussite. Celui qui part doit réussir. Il n’a pas d’autre choix. Il ne peut pas revenir au pays sans argent, la survivance de la famille en dépend. Les expulsions sont vécues comme un échec personnel, auquel s’ajoute la peur d’être considéré comme un perdant par la communauté ou la famille.
Cette situation provoque une autre pression, cette fois-ci laborale. Prenons l’exemple du travail domestique des femmes immigrées : mal payées, dans des conditions de travail déplorables (harcèlement moral voire sexuel des employeurs, horaires dépassant les 45 heures par semaine…) elles sont obligées de faire le dos rond et de tenir le coup… sous peine de perdre leur »emploi » (souvent au noir) et de voir s’accentuer la pression de la réussite et celle de la famille…
Beaucoup d’autres thèmes pourraient être abordés tant les droits de l’Homme des migrants sont bafoués, que ce soit dans leur pays d’origine ou le pays »d’accueil ». Il faut arrêter de déshumaniser les flux migratoires en les présentant comme des vagues d’invasions barbares. Arrêtons d’écouter les politiques. Les migrants sont des hommes et des femmes comme nous, qui cherchent avant tout à survivre (en fuyant guerre, pauvreté…), à protéger leurs familles et espérer le meilleur pour leurs enfants. Peut-on leur en vouloir de venir en Europe pour cette raison ? Les gouvernements européens peuvent-ils les traiter comme ils le font ? Pensez-y, je suis sûr qu’en vivant une situation similaire, vous feriez exactement la même chose… Instinct de survie.

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