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Accueil du site > Actualités > Société > Huxley, Orwell et la fin du capitalisme

Huxley, Orwell et la fin du capitalisme

Dans les premières pages de son livre “retour au meilleur des mondes”, Aldous Huxley dresse en 1958 un bilan des anticipations qu'il avait dégagées en 1930, comparées d'une part à la situation telle qu'elle lui semblait évoluer à l'époque, et d'une autre aux anticipations d'une oeuvre non moins importante : “1984″, de George Orwell. Prenant acte du fait que le monde avançait “beaucoup plus vite” que prévu, il constatait que le monde avait plus de chances de ressembler à son meilleur de mondes qu'à celui de 1984 car, disait-il, “il est devenu évident que le contrôle par répression des attitudes non-conformes est moins efficace, au bout du compte, que le contrôle par renforcement des attitudes satisfaisantes au moyen de récompenses et que, dans l'ensemble, la terreur en tant que procédé de gouvernement rend moins bien que la manipulation non violente du milieu, des pensées et des sentiments de l'individu”.

Autrement dit, un gouvernement obtiendrait plus de la part de son peuple avec une carotte qu'avec un bâton. La carotte représentant la démocratie, avec une société validant le contrôle permanent des esprits dans “l'intérêt général”, et le bâton la dictature, dans le même objectif mais au moyen de la répression.

Ces deux moyens d'arriver au même but posent la question de ce but : la satisfaction de l'intérêt général est elle possible dans le cadre du capitalisme, ou faut-il sortir du capitalisme pour y accéder ? Avant de déterminer lequel des procédés de gouvernement évoqués par ces deux visionnaires est le plus susceptible de fonctionner, il faut connaître le contexte dans lequel se déroulent ces deux anticipations. Et force est de constater qu'à l'intérieur du cadre capitaliste, aucune des deux hypothèses ne fonctionne complètement. L'erreur qui a été faite dans l'interprétation des ouvrages de monsieur Huxley et de monsieur Orwell a été de croire leurs anticipations absolutistes compatibles avec le capitalisme, sans voir qu'elles décrivent en réalité des mondes dans lesquels le capitalisme a déjà disparu : à la monnaie s'est déjà substitué un autre mode de fonctionnement supérieur, le contrôle total des corps et des esprits. Par contrainte ou par conditionnement. Officiellement dans l'intérêt général, mais en l'absence totale de liberté.

Car le capitalisme est en réalité incompatible avec l'absolutisme évoqué par ces deux auteurs : l'illusion de l'intérêt général doit être trouvé par la somme des intérêts privés, cette fameuse “main invisible”, à travers des lois de marché qui instaurent en théorie une concurrence libre et non faussée. Mais cela signifie que lorsque les uns bénéficient des fruits de la croissance, les autres subissent les affres de la misère : il ne peut alors exister d'intérêt général. La démocratie se développe alors pour les uns (avec comme procédé de gouvernement “plutôt” la carotte), tandis que pour les autres c'est la dictature, avec comme corollaire “plutôt” le bâton).

C'est ce “plutôt” qui entraîne l'impossibilité de ces deux absolutismes (la dictature totale ou la démocratie totale), qui n'auraient sans doute jamais pu se réaliser si le capitalisme avait toujours continué à fonctionner sans entraves : le capitalisme possède en lui même une sorte de « justice » en vases communicants, où les pauvres d'aujourd'hui doivent logiquement devenir les riches de demain, et inversement. Mais les choses se sont déroulées bien différemment. Après la prise effective du pouvoir par les Etats-Unis et quelques autres vainqueurs au sortir de la guerre, certains Etats ont profité d'une puissance fondée sur la force brute pour transformer à leur goût les règles du jeu capitaliste , notamment à travers Bretton Woods, à l'issue duquel le dollar est devenu la monnaie de référence. En voulant conserver par la ruse un pouvoir qu'ils ont obtenu par la force (les exemples historiques sont nombreux), ils ont ainsi transgressé les règles du capitalisme, “leurs” propres règles : en refusant de constater l'inévitable retournement futur du capitalisme, ils se sont perdus dans la spirale infernale de la triche et du mensonge.

Pour transgresser les règles du capitalisme, les Etats riches ont mis en place de nombreux outils tels que les paradis fiscaux, les chambres de compensation, des subventions agricoles, des bulles spéculatives…. qui ont permis un temps non seulement de cacher le montant réel de leur dette, mais aussi de financer l'existence de la démocratie, à travers « l'Etat social » (sans doute en contrepartie d'ailleurs de la misère et de régimes dictatoriaux dans d'autres Etats). Mais même ces outils ne suffisent plus aujourd'hui : les émergents ont fini par émerger, et eux-aussi ont soif de démocratie, et eux-aussi veulent profiter de la carotte plutôt que de subir le bâton. Les agences de notation, qui sont elles de « purs » capitalistes, ne s'y trompent pas, et ne peuvent plus faire comme si de rien n'était : il est devenu trop risqué de prêter à des Etats trop endettés, les garanties en retour n'étant plus suffisantes. On court au déclassement, et donc à la restructuration : le fameux retournement. Les puissances actuelles doivent redevenir « rentables » pour conserver la confiance des marchés, seuls capables de maintenir à la fois le niveau de vie auxquels ses citoyens se sont habitués, et surtout pour continuer à exercer la domination qu'ils font peser sur le monde.

Mais pour redevenir “rentables”, elles se doivent de rogner soit sur les acquis économiques et sociaux liés à leur position dominante (qu'ils fassent payer les riches ou les pauvres ; mais bien sûr ce sera les pauvres), soit se décider à se séparer du capitalisme en le remplaçant par un autre régime ; et c'est là que nous retrouvons nos deux auteurs. là où le capitalisme permettait de ne pas avoir à choisir entre le meilleur des mondes ou 1984, le régime qui lui succédera permettra alors de décider laquelle de ces deux visions s'imposera.

Selon la réaction des “émergents/émergés” face au nouveau Bretton Woods qui nous sera bientôt proposé comme seule alternative à la mort du capitalisme, le monde aura alors la responsabilité d'un choix difficile : en se soumettant à cette idée de bancor, il se peut qu'on sauve l'apparence du capitalisme, en même temps qu'on modifie considérablement les règles déjà injustes de ce monde. Cette soumission signifierait pour les pays riches la perpétuation de leur domination, avec une sorte de “meilleur des mondes”. Mais si les pays émergents la refusent alors, la force brute nous conduira à 1984. Et dans les deux cas, nous aurons tous perdus.

Caleb Irri

http://calebirri.unblog.fr


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75 réactions à cet article    


  • chapoutier 31 août 2011 10:29

    bonjour caleb
    juste une remarque
    pour Orwell, son livre 1984, n’ a jamais été un livre d’anticipation. il a écrit un livre militant.
    Orwell était un militant révolutionnaire anti-stalinien.
    Dans son livre, il décrit la société stalienne, et la tentative d’éradiction du bolchévisme en URSS par l’appareil d’état stalinien. L’énnemi déclaré et désigné dans les 3 minutes quotidiennes représente Trotsky, pour qui Orwell avait une grande admiration et que Staline a fait pourchassé a travers le monde, car ce dernier représentait une menace pour le stalinisme.


    • caleb irri 31 août 2011 13:45

      @ chapoutier

      Je ne suis pas d’accord avec votre point de vue : le monde décrit par Orwell reprend effectivement certaines des caractéristiques des dictatures presque « parfaites » (dans le sens « absolues ») qui ont vu le jour dans le stalinisme et aussi le nazisme, en les projetant dans un futur où la technologie et l’aboutissement des concepts de double-pensée, de limitation de la pensée par le langage, la guerre perpétuelle, le conditionnement psychologique n’existaient pas encore à cette échelle. Il a effectivement bien tenu compte de la réalité contextuelle de son époque, mais en anticipant le développement de ces techniques modernes d’oppression, comme le télécran qui, aujourd’hui, n’est ni plus ni moins que ce que permet internet.

      A mon avis, l’ébauche de 1984, « la f’erme des animaux », correspond plus à la critique du système de l’époque que « l’original » .

      il est allé plus loin dans 1984, et c’est bien pourquoi je le nomme anticipation


    • WatchTower WatchTower 31 août 2011 15:30

      Vous avez effectivement mal lu le livre d’Orwell.

      La trame est profondément anticapitaliste, CF les déclarations d’Orwell, et l’excellent ouvrage « Orwell éducateur » de Jean Claude Michéa, ou il analyse certes l’oeuvre et la pensée d’Orwell mais démonte également de forte belle manière le capitalisme et le libéralisme.

      Ne pas oublier, également, que pour construire le mythe auquel vous croyez ( « Orwell uniquement anti stalinien » ), la CIA a racheté les droits de l’adaptation cinématographique du livre afin de le rendre, effectivement, exclusivement anti stalinien.

    • chapoutier 31 août 2011 15:33

      caleb
      prenez un moteur de recherche
      tapez 1984 ou la ferme des animaux orwell trotsky et lisez les résultats


    • chapoutier 31 août 2011 15:43

      watchtower
      que la cia ai voulu utiliser orwell je n’en discute pas j’ignore les tenants et les aboutissants
      concernant la dimension des écrits d’orwell, je pense qu’il était le plus à même de savoir qui était qui dans ses personnages.
      boule de neige et goldstein étaient trotsky


    • chapoutier 31 août 2011 15:45

      j’attends votre reddition smiley avec impatience


    • Aldous Aldous 31 août 2011 17:38

      Article très intéressant car les auteurs d’anticipation anglo-saxons du début du XXe siècle ont non seulement baigné dans les idées qui ont forgé la pensée des élites de leur temps mais ont également été le relais de ces idées pour les générations suivantes.

      Ainsi Aldous Huxley, petit fils de Thomas Henry Huxley,surnommé le « bulldog de Darwin » et le frère de Julian Huxley, biologiste et fervent défenseur de l’eugénisme (fondateur de la Eugenic society).

      http://youtu.be/OdK7pb_24P4

      Il aurait été utile de donner un lien ver le texte de « Retour au meilleur des mondes » :

      http://sami.is.free.fr/Oeuvres/huxley_retour_au_meilleur_des_mondes.html

      On y voit que Aldous Huxley ne considérait pas son roman comme une fiction mais comme un essais politique d’anticipation.

      A ces deux auteurs il faut ajouter le rôle FONDEMENTAL au sens 1er (qui pose les fondements) de H. G Wells, membre de la Fabian Society et ami de Churchill.

      On connait bien la « Guerre des mondes » et l’« Ile du Dr Moreau » mais on devrai relire son roman de 1940 intitulé « New World Order » qui parle de l’établissement d’un gouvernement mondial unique fédéral qu’il considérait comme inévitable.

      A noter que la Guerre des Mondes fut adaptée par Orson Welles pour la radio et est devenu une référence de matière de formation aux psy-ops aux USA (opérations psychologiques).


    • platon613 31 août 2011 23:10

      Pour confirmation...

      Grèce : La dynamique de la dette est désormais hors de contrôle constate la nouvelle commission de contrôle du budget. Le déficit public est devenu insoutenable à 14,69 milliards d’euros au premier semestre 2011, alors que l’objectif fixé était de 16,68 milliards pour toute l’année. L’économie grecque se rétracte à un rythme alarmant. Les plans de sauvetage : un coup d’épée dans l’eau...

      http://www.news-26.com/econmie/997-grece-la-dette-est-hors-de-controle.html


    • Aldous Aldous 4 septembre 2011 20:07

      Le cas de la Grèce ne sera bientôt qu’un épiphénomène :

      La Tribune annonce 72.000 licenciements dans le secteur bancaire en Europe.

      http://www.latribune.fr/entreprises...

      Aux USA, c’est pareil : Bank of America a elle seule va en licencier 10.000 et encore, si elle a le temps : certains la donnent en faillite dès septembre.

      http://www.lesquotidiennes.com/fina...

      Les banques anticipent un très gros grain. L’entrée du $ en hyperinflation va laminer les bénéfices du secteur bancaire. Elles espèrent survivre en réduisant de façon inouïe leur coûts de fonctionnement.

      Nous entrons donc dans une période de très grande récession économique : un Weimar planétaire.

      Et Obama ne nous sauvera pas.


    • Gargantua 31 août 2011 10:36

      Qui n’a pas compris la mort du capitalisme, les lecteurs lambdas, pas le cercle très étroits de la Politique Occulte Financière. Qu’il a œuvré bien en amont de 14-18.
       Ils ont patiemment Œuvres en pointilliste pour amener le monde à l’anémie Politique et Économique pour qu’il est plus d’alternative possible que leur modelé Sociétal.

      Qui n’est en définitif qu’un retours en arriéré de l’époque Féodal où les hommes n’avait pas d’horizon pour sortir de leurs conditions matérielle. d’ésclavage.  


      • JL JL 31 août 2011 10:52

        Je suis assez dubitatif par rapport à cette analyse.

        J’aimerais citer ce § lu récemment dans les « Écrits politiques » d’Orwell :

        « Tout gouvernement, qu’il soit démocratique ou totalitaire, se fonde en fin de compte sur la force. Aucun gouvernement, à moins qu’il ait l’intention de se rendre complice de son propre renversement, ne peut ni ne doit montrer le moindre respect pour les »droits« démocratiques lorsqu’il est sérieusement menacé. Un pays démocratique pris dans une guerre désespérée est obligé d’agir exactement comme dans État autocratique ou fasciste ; en d’autres mots, il ne peut éviter la destruction qu’en cessant d’être démocratique. Ce pour quoi il est supposé se battre disparaît automatiquement dès que le combat commence. »

        Dans cette guerre économique de tous contre tous qu’est devenue la mondialisation libérale, c’est bien ce que nous observons !

        Cherchez à qui profite le crime, et vous trouverez qui se cache derrière les libre-échangistes : les ennemis de la démocratie, l’oligarchie mondiale, celle qui nous fabrique irrésistiblement le NWO lequel sera, capitaliste ou non, forcément totalitaire.


        • Gargantua 31 août 2011 11:15

          Orwell me fait pensé qui est de la même école que Oswald Spengler qui a écrit Le Déclin de l’Occident.

          Ce sont pas des auteurs que j’adule, je les trouve pessimistes et décrive trop bien un monde, qu’il n’exclus pas le fait de m’être pas partie prenant dans son élaboration théorique. 


        • Emmanuel Aguéra LeManu 31 août 2011 11:21

          Et quels sont ces auteurs que vous adulez ? Ecrivent-ils en français ????


        • JL JL 31 août 2011 11:21

          Gargantua,

          avez vous lu Orwell dans sa traduction française, ou bien dans une autre langue ?


        • JL JL 31 août 2011 11:21

          @ Le Manu,

           smiley


        • Gargantua 31 août 2011 11:33

          En français, 1984 et la ferme des animaux.


        • Gargantua 31 août 2011 11:40

          Nicator Perlas La société civile Le troisième pourvoir
           
          PS, j’ai une lacune en français que je n’aie jamais réussie à surmonté, veuillez m’excuse, en même temps c’est un bon paramètre qui ne trompe pas sur l’état d’âme des gens, il en a à qui cela n’est pas un soucis par contre pour d’autre sa dévoile de la vanité masqué.


        • JL JL 31 août 2011 11:47

          Désolé Gargantua,

          mais je ne fais ce genre de remarque désobligeante que lorsque mon interlocuteur a fait lui-même une intervention désobligeante : votre avis sur Orwell n’enlève rien à l’objectivité et à la pertinence de la citation.

          Et n’a rien à voir non plus avec mon commentaire final.

          Vous comprenez ça ?


        • Gargantua 31 août 2011 12:00

          et alors en quais vous êtes vexes ?


        • JL JL 31 août 2011 12:06

          Et con avec ça !


        • Gargantua 31 août 2011 12:54

          merci je sens que je suis pas seul à le partage


        • JL JL 31 août 2011 17:59

          Gelone,

          l’important ici , ce n’est pas la citation d’Orwell, mais la conclusion que j’en tire, je me cite  :

          "Dans cette guerre économique de tous contre tous qu’est devenue la mondialisation libérale, c’est bien ce que nous observons !

          Cherchez à qui profite le crime, et vous trouverez qui se cache derrière les libre-échangistes : les ennemis de la démocratie, l’oligarchie mondiale, celle qui nous fabrique irrésistiblement le NWO lequel sera, capitaliste ou non, forcément totalitaire."

          Êtes-vous encore d’accord ?


        • jean-jacques rousseau 31 août 2011 19:03

          Il faut aussi rapprocher ces auteurs anglo-saxons de leur maître philosophique Thomas Hobbes



          Tout se base sur la théorie politique de référence. Fondamentalement il y en a trois :
          - le pacte social de Hobbes (ou apologie du système de tyrannie)
          - la société de contrats de Locke (code politique de l’oligarchie voir système politique US)
          - le contrat social de Rousseau (institution de la démocratie directe ou semi-directe cf. Suisse)

          Les libertariens et autres partisants du NWO proposent une société de contrat libre ou en fait les puissants défendent ensembles leurs privilèges selon la doctrine lockienne et ou les pauvres se voient de plus en plus refoulés aux marges du systeme ghettos, système carcéral et travail forcé. 
          Rousseau réfute facilement cette thèse en démontrant que si les lois sont faites par les riches et pour renforcer leur pouvoir ce ne sont pas des lois « Toute loi que le peuple en personne n’a pas ratifiée est nulle. Ce n’est pas une loi ». Il disqualifie alors le systeme lockien à la fois au niveau de la doctrine de la représentation « Le peuple anglais pense être libre ; il se trompe fort, il ne l’est que durant l’élection des membres du parlement. Sitôt qu’ils sont élus, il est esclave, il n’est rien. » et au niveau légal comme une tyrannie hétérogène incapable de faire fonctionner une société du fait de l’injustice et de la division interne qu’elle suscite.
          Le problème que cherche à résoudre Rousseau, et qu’il reproche à Hobbes de n’avoir pas résolu est celui de la liberté. Il part des mêmes présupposés que Hobbes : l’homme n’est pas naturellement sociable, apte à vivre en société ; il va y entrer librement, donc le fondement de l’Etat sera aussi la volonté ; mais la nature du contrat sera différente de celle de Hobbes. 
          En effet, ce que veut faire Rousseau, c’est trouver le fondement légitime d’une autorité politique telle qu’elle rende les individus aussi libres dans l’état social que dans l’état de nature. 

          Toute la problématique de Rousseau est à lire en fonction du reproche fondamental qu’il fait à Hobbes dans Du Contrat Social, I, 4 : « c’est une liberté d’esclave que nous propose Hobbes : ne vit-on pas en sécurité aussi dans les cachots ? » 


        • Hermes Hermes 1er septembre 2011 13:33

          @JL

          Bonjour,
          oui toute « valeur » humaine disparaît lorsqu’une logique d’affrontement violent se met en place au nom d’une entité abstraite (état, idéologie, religion, économie, ressorces vitales, etc...).
          Toute valeur réellement humaine se base en effet sur la capacité à réexaminer son point de vue à la lumière du vécu et d’avoir la capacité de dialoguer en reconnaissant l’autre comme être humain.
          L’identification à une cause (ou un pouvoir, une position sociale ou financière aussi) engagée dans un combat ne permet pas de véhiculer les valeurs humaines, carle comportement ne peut pas être en accord avec ces valeurs. On aboutit nécessairement à la tansformation de la pensée vers le non-sens : « la guerre c’est la paix », par exemple.
          Si la question se pose d’être pour ou contre c’est que l’on est déjà en train de creuser une ornière psychologique. La dialectique est subtile, car mener un homme honnête à cette constatation peut avoir pour effet de lui faire valider le non sens : « la guerre et la paix, c’est pareil », et donc « La guerre c’est la paix » peut devenir pour lui une vérité. Le piège est essentiellement de ramener tout à une question de pensée, et la pensée restera toujours coupée du réel.
          Constater celà est essentiel : la pensée peut être manipulée vers du non sens à plusieurs niveaux de compréhension.
          Seul le comportement peut avoir du sens, mais seulement si on choisit consciemment le respect des êtes humains comme ayant du sens et l’usage de la violence comme un non sens, par l’association de la notion de non-sens à l’augmentation de la souffrance.
          Ce n’est plus une question de pensée et d’idéologie. Du point de vue du vécu, la guerre (économique, sociale, religieuse, financière, armée ou non) ESt un non-sens et une erreur par rapport à une direction souhaitée de bien-être.

          Bonne fin de journée.


        • Hardy Show Hardy Show 31 août 2011 11:25

          Il serait bienvenu de supprimer de notre langage tous ces mots, capitalisme, démocratie, pouvoir, représentation, libre marché, main invisible, commerce, etc.

          Un seul mot convient dans tous les cas de figure, politiques, économiques ou sociaux : AUTORITÉ.

          L’analyse d’une société devient limpide, rien ne se fait sans l’application automatique de méthodes coercitives. Dès la naissance nous sont imposés des règles hiérarchiques qui s’avèrent être le moteur de cette systématisation autoritaire et nous amènent à adhérer au principe de partition sociale entre le peuple et les élites.


          • Marc Bruxman 31 août 2011 12:37

            Au passage, la lecture de « Se distraire à en mourrir » de Neil Postman est vivement recommandée sur ce sujet.


            • foufouille foufouille 31 août 2011 12:58

              les elites ont plus besoins de nous
              virus, suicide obligatoire, famine ......... ;
               


              • Le Yeti Le Yeti 31 août 2011 14:43

                1898 : l’illustre inconnu Morgan Roberston publie Le Naufrage du Titan.
                Livre au scénario totalement délirant mais qui reste simple et agréable en lire ...

                ---------------------------------------
                Un type marche dans la rue. Juste devant, lui une crotte de chien. Il s’arrête. Intrigué, il se penche, la regarde, la renifle et fini par la goûter. Rassuré il conclue : « Ha oui, c’est bien de la merde. Heureusement que je n’ai pas marché dedans ! »

                Ha Cassandre ! Quand tu nous tiens ...


                • Le Yeti Le Yeti 31 août 2011 16:12

                  Oups ! Oubli ...
                  Pour que mon commentaire soit plus parlant : Le naufrage du Titan, Wikipedia.


                • Scual 31 août 2011 14:56

                  C’est un article très intéressant.

                  Cependant il suppose un capitalisme pur dont les règles auraient en quelque sortes été trahies par les États dominants aujourd’hui.

                  En réalité le capitalisme (disons le orthodoxe) porte en lui les germes de son auto trahison. En effet le capitalisme donne le pouvoir au capital. Les dominants grâce à ce système ont donc le pouvoir de modifier les règles qui ont fait d’eux des dominants, pour les avantager encore plus et ainsi de suite etc...

                  Par conséquent le capitalisme ne peut être qu’un système finissant par la domination quasi totale des riches sur la société. Il ne peut en être autrement. Cela prend le temps que ça prend, mais ça fini forcément comme ça. Et cela va d’autant plus vite que le système politique est corruptible.

                  En réalité la forme finale que fini par atteindre le capitalisme, c’est le féodalisme. Les petits bourgeois deviennent des ultra-riches, puis les ultra riches deviennent de véritable seigneurs. La comparaison avec le moyen-age est d’ailleurs très pertinente. Si le féodalisme de l’époque reposait uniquement sur la possession de la terre, c’est parce que la terre était l’outil de production. De nos jours, les territoires où les seigneurs dictent leur propres règles et font le pluie et le beau temps en commandant à leurs serfs, c’est les entreprises, les usines, les grands commerces...

                  Au fond si les « seigneurs » partent s’installer en Chine c’est pas simplement parce que l’ouvrier y est moins cher, c’est parce que leur pouvoir en leur domaine y est plus absolu. Salaire, mais aussi temps de travail, de repos, liberté d’agir et de penser, de se syndiquer, droit de quitter l’enceinte de l’entreprise, conditions de travail, dangerosité, pollution... L’ouvrier chinois se rapproche plus du serf que de l’employé, parfois il se rapproche même plus de l’esclave que du serf, en réalité !

                  Voila donc l’objectif de l’UMP et autre libéraux, PS inclu : le retour au féodalisme. Le terme libéral est bien sur uniquement réservé à la liberté des ultra riches dans leurs entreprises. Liberté étant synonyme de pouvoir, il s’agit bien de donner le pouvoir aux entreprises et donc à leurs possesseurs.

                  Et après ça on nous dit que cette droite là ne serait pas au même titre que la droite nationaliste, carrément extrême... nous verrons bien si la société à laquelle on aboutira à force de donner le pouvoir et tout les droits aux riches tout en les retirant aux autres sera extrême ou pas...

                  En tout cas si on veut conserver un capitalisme qui ne dérive pas, il faut un contre-pouvoir politique extrêmement puissant et incorruptible. Il ne doit pas seulement être détaché totalement des entreprises privées et exclusivement porté sur l’intérêt général et le long terme, mais il doit aussi être partie prenante dans des secteurs clés de l’économie afin d’avoir un poids effectif sur celle-ci. Il doit être incontournable et systématiquement gagnant dans toute négociation avec le secteur privé. Le système bancaire de crédit et la monnaie nationalisés seraient un bon début. Ajoutons y les transports, les communications et l’énergie. Voila qui devrait déjà suffire à dominer les négociations et à donner envie de respecter les règles...

                  Bien sur il faut aussi une meilleure organisation et règlementation des médias, sinon on nous fera croire n’importe quoi et voter contre-productif. Les journaux appartenant à ceux là même qui on racheté les entreprises à privatiser ne nous ont-ils pas fait croire qu’il fallait effectivement vendre pour pas cher et « pour notre bien » ? En réalité privatiser ces secteurs a été un véritable transfert de pouvoir de la démocratie c’est à dire l’État, vers les seigneurs. Pour résumer, avant on pouvait leur couper l’électricité et les priver d’essence, maintenant c’est eux qui peuvent nous couper l’électricité et nous priver d’essence. Si c’est pas un transfert de pouvoir ça, alors qu’est ce que c’est ?

                  En tout cas pour comprendre le capitalisme, il ne faut pas seulement le prendre comme un système théoriquement pur et figé dans le temps. Il évolue et abouti forcément à la négation de ses propres règles. La théorie du capitalisme orthodoxe ne tient tout simplement pas debout. Elle suppose que ceux qui ont le pouvoir économique de fait, renonceront à leur pouvoir politique, lui aussi de fait, au profit d’un idéal démocratique qui en plus est en opposition totale avec ce qui fait leur richesse et leur domination. C’est impossible tout simplement.


                  • sisyphe sisyphe 31 août 2011 16:06

                    D’accord avec scual. 


                    Le capitalisme est, PAR DEFINITION, un système de domination totalement anti-démocratique, quelles que soient les formes « d’adaptation » qu’il endosse...

                    En tant que système global, il est au dessus des lois, des démocraties, des états ; c’est un système dictatorial, qui impose son ordre ; en « douceur » (dans les démocraties) quand c’est possible, ou en force (dictatures) quand c’est nécessaire. 

                    C’est d’ailleurs Friedman qui déclarait préférer une dictature libérale à une démocratie sans libéralisme ; principe mis en application sous Pinochet, et dont les Chiliens continuent, aujourd’hui encore, à payer la facture... 

                    Quant aux anticipations d’Orwell et d’Huxley, elles concernent la mainmise du pouvoir sur les libertés et le contrôle policier sur les individus ; c’est en route.... ça se passe progressivement, en douceur tant que les peuples ne se révoltent pas (théorie de la grenouille dans l’eau qui chauffe) ; mais il suffirait de réelles révoltes, pour que l’appareil répressif franchisse un degré supplémentaire ; les infrastructures sont déjà en place : contrôle des médias, flicage des individus (vidéo-surveillance, puces des téléphones, des cartes bancaires, pièces d’identité, ordinateurs, système « Echelon » (c’est marrant, on n’en parle jamais plus de celui-là ; et pourtant, il tourne..) lois répressives, guerres de pseudo « libération », justice aux ordres, etc, etc.... 

                    Le « rêve américain », ça fait belle lurette qu’il a viré au cauchemar, même quand on est réveillé...

                    Pour le moment, l’état n’a pas besoin d’être entièrement policier : il lui suffit de se faire le relais du système dictatorial global : les individus marginaux, inutiles, s’éliminent tout seuls. 

                    Faut simplement pas la ramener, au risque de passer à la phase guerrière... 

                    Le capitalisme, c’est beau comme le bruit d’une porte de prison qu’on verrouille... 



                  • chapoutier 31 août 2011 16:52

                    à se demander s’il n’y a pas des bastos qui se perdent


                  • sisyphe sisyphe 31 août 2011 17:36

                    C’est marrant, les esprits binaires...


                    Tu leur parles des méfaits du capitalisme ; en bons chiens de Pavlov, ils te répondent « communisme »...

                    Incapables d’envisager un système qui ne soit ni tout l’un, ni tout l’autre, où les citoyens gardent le contrôle et la maîtrise de l’appareil productif, des services de l’Etat, de la juste distribution des richesses produites (je dis bien distribution, et pas « redistribution » ; parce que redistribution, ça suppose qu’il y en ait qui récupèrent le tout, et qui le redistribuent...... à leur gré...) 

                    Finalement, le capitalisme à la Friedman, c’est en Chine qu’il est appliqué le plus fidèlement ; système « communiste » à l’intérieur, et capitalisme débridé à l’extérieur.. Mais pour les Chinois, pas cons, c’est l’état qui garde le contrôle et la maîtrise absolus de la création monétaire et du système bancaire et financier.... 
                    Un genre de capitalisme communiste, quoi.... le capitalisme pris à son propre piège...

                    Et là, pour ce qui concerne la Chine, ils sont bizarrement muets, les néocons, les ultralibéraux ; no comment... pas d’agence de notation, pas de dette ; les sacro-saint « marchés » obligés de fermer leurs gueules... 

                    Rigolo... 

                  • Scual 31 août 2011 22:54

                    Ben c’est à dire que je vois pas trop ce que le communisme vient faire là dedans...

                    Le communisme s’il est pris comme un système pur et fini, figé dans le temps, est au moins aussi absurde que le capitalisme, et pour les même raisons d’ailleurs : ceux qui contrôlent ce système finissent par le posséder et imposer leurs règles afin de préserver et renforcer leurs privilèges.

                    Tout est dans la qualité de l’organisation du système politique. Un système stable, incorruptible, démocratique et disposant d’une information de qualité permet d’éviter les abus dans un sens comme dans l’autre.

                    Les démocraties populaires n’avaient de démocratique que le nom et c’est là que se trouvaient les germes de leur échec. Nos démocraties capitalistes n’ont désormais de démocratique que le nom, et leur échec se produit sous nos yeux en ce moment même. La chute a beau être longue, le choc n’en sera pas moins brutal.

                    C’est entre ces deux extrêmes que se trouve la voie à suivre. Ce Centre, entre le fascisme ou le féodalisme d’un coté et le communisme de l’autre, se trouve à l’heure actuelle très très à gauche dans notre paysage politique. Certains vont même jusqu’à parler d’extrême-gauche dès qu’on veut nationaliser la moindre entreprise ! C’est dire le degré que nous avons atteint niveau embrigadement et propagande. Curieusement d’ailleurs quand il s’agit de nationaliser la monnaie, là c’est plus extrême-gauche mais extrême-droite qu’on colle comme étiquette. Allez comprendre... l’important c’est de bien faire croire que toute tentative de récupérer le pouvoir est extrême.

                    J’imagine que le général De Gaulle aurait été très surpris d’apprendre qu’il était communiste ou fasciste, difficile de savoir quel extrême on lui collerait aujourd’hui.

                    En tout cas le mot « Communiste » figurant fièrement dans le nom même du Parti Communiste pour des raisons historiques évidentes ne doit induire personne en erreur : ce parti n’est plus communiste depuis très longtemps comme le prouve son programme, il est social-démocrate... mais il l’est pour de vrai, lui. Tout comme le reste du Front de Gauche.


                  • gébé gébé 1er septembre 2011 00:18

                    "’imagine que le général De Gaulle aurait été très surpris d’apprendre qu’il était communiste ou fasciste, difficile de savoir quel extrême on lui collerait aujourd’hui."

                    remarque tout à fait pertinente...


                  • lagabe 1er septembre 2011 09:11

                    les chinois ne créent pas d’argent , comme ils n’ont pas de Sécurité sociale ni de retraite , ils économisent pret de 50 % de ce qu’il gagne


                  • Renaud Séchiant 1er septembre 2011 09:46

                    les chinois ne créent pas d’argent , comme ils n’ont pas de Sécurité sociale ni de retraite , ils économisent pret de 50 % de ce qu’il gagne

                    50% de pas grand chose = encore moins que pas grand chose.

                    N’oublions pas que parfois, les prestations de sécu demandent plus d’argent que l’on pourrait en mettre de côté sans y cotiser. C’est le principe même de la sécu. Tout le monde cotise mais ne tape dedans que les gens qui en ont le plus besoin. les gens en bonne santé étant solidaire des gens ayant moins de chance.

                    Bref, je ne sais pas si c’est le cas et si vos propos allez dans ce sens, mais si le modèle chinois vous intéresse vous savez ce qu’il vous reste à faire. Ainsi vous ne cotiserai plus. Mais rira bien le jour ou vous aurez un gros pépin de santé !


                  • lagabe 1er septembre 2011 13:06

                    50 % de pas grand chose ,regarde le pib chinois , c’est + que le pib français


                  • clostra 31 août 2011 16:09

                    Mais enfin, de quel capitalisme parlez-vous ?

                    Si le capital est réputé « propriété privée » à l’origine, il est le résultat de travaux (souvent de la terre) et de ventes effectuées par des gens économes (à l’origine, des gens ayant une morale chrétienne économe, ne gaspillant pas le pain, des « bourgeois » commerçants...) ce sont ces capitaux qui sont à l’origine de l’économie réelle.

                    Encore aujourd’hui, ces capitaux, pour certains, peuvent/doivent être prêtés sans intérêt.

                    Effectivement si vous parlez du capital-de-casino vous tombez dans le grand cirque et les fanfreluches de Las Vegas, sous couvert d’honorabilité. Celui dont on doit sortir car on n’aurait jamais du y entrer !

                    Beaucoup plus graves sont les atteintes à la personne et à sa vie privée, dans un monde de casino. Et là nous tombons dans la pire des catastrophes qui puisse arriver à l’humanité : la manipulation mentale, exercée à aussi grande échelle telle que les écoutes téléphoniques, les vidéosurveillances et autres gadgets utilisés par des hommes et des femmes en mal de pouvoir.

                    En particulier :

                    les médecins (la médecine officielle) à qui nous sommes obligés de « confier » notre santé

                    les politiques (dite des « représentants du peuple ») à qui nous sommes obligés de « confier » notre vie en société

                    suivent les « forces de l’ordre » qui n’ont rien à dire sur le sujet, si ce n’est d’obéir

                    la « justice » qui par la lourdeur de ses peines, peine sans trop s’en faire à conserver la base de sa légitimité : la vérité.

                    Ces quatre pouvoirs « collusés » finissent de nous rendre incolores, inodores et sans saveur et prélèvent toute notre énergie !. Celle justement qu’il nous reste pour faire fonctionner notre imagination.

                    C’est cet abandon de notre souveraineté dans la conduite de notre vie et ses ajustements avec nos proches et voisins, notre facilité à nous laisser manipuler et le peu de conscience de certains qui utilisent sans vergogne des connaissances souvent mal assimilées mais pour leur profit, que nous courrons à une vraie catastrophe.

                    Alors le capital : oui mais : notre capital santé, notre capital humain et sociétal, notre capital de résistance et de révolte, enfin, notre capital inestimable de vérité.

                    « Avoir plus pour être plus »
                    être plus, c’est pouvoir prêter voire donner, partager, faire route ensemble sans laisser personne sur le bord du chemin.


                    • chapoutier 31 août 2011 16:24

                      l’essor du capitalisme occidental à eu lieu principalement à partir des énormes profits tirés de la traite négrière et non pas sur les petits sous mis parcimonieusement de coté ;

                      le deuxième coup de fouet à l’essor du capitalisme à été l’occupation coloniale de l’Afrique. La première guerre mondiale à vue les nations occidentale s’affronter pour le leadership en Afrique.

                      sana la traite négrière, la révolution industrielle aurait eu du mal à voir le jour.

                      voilà l’héritage du capitalisme de papa ;

                      on est loin du monde des bisounours.

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