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Accueil du site > Actualités > Société > Identité ou profession senior ?

Identité ou profession senior ?

S’il existe des catégories économiques ou sociales pour classer les Français, il en est une qui est en train de devenir la cible de tous les débats : les seniors.

Savez-vous quand on devient un senior ?

Le lendemain de son 51e anniversaire.

Et pour combien de temps ? « Jusqu’à la fin de sa mort », comme disait Coluche !

Lorsqu’on sait que l’allongement de la durée de la vie en France amène progressivement la population française à l’âge de 80 ans, valider cette catégorie équivaut à classer les nouveau-nés avec les étudiants du cycle supérieur.

Qui se permettrait de faire un sondage d’opinion dans les maternelles en même temps qu’à la Sorbonne afin d’en tirer des conclusions ?

Et pourtant, les agences de communication et les médias n’ont jamais autant fait leurs choux gras sur le thème "seniors".

Que consomme le senior ?
Comment voyage-t-il ?
Comment vote-t-il ?
Où place-t-il son argent ?
Où vit-il ?

En gros, le senior serait devenu un individu jeune retraité, en assez bonne santé, en recherche de bon temps et de culture, acquis aux idées républicaines.

C’est d’ailleurs au travers de ce flou qu’on peut lire des merveilles de ce genre :

« 12% des seniors disent tenir compte des résultats des sondages pour choisir leur candidat lors d’une élection. Les plus de 50 ans sont les Français les moins influençables par les études d’opinion. A titre de comparaison, un tiers des moins de 30 ans se déterminent en fonction des sondages (sondage CSA réalisé pour Le Bleu de profession politique auprès de 955 personnes les 16 et 17 mai). »

« Près d’un baby-boomer sur deux (49%) estime qu’une réforme du droit du travail est nécessaire, selon un sondage réalisé par l’institut Ifop pour Acteurs publics. 54% des Français estiment d’une manière générale qu’il est "très urgent" de mener des réformes en France (956 personnes interrogées les 11 et 12 mai). »

Sources : Seniorscopie

J’attire votre attention sur l’échantillon retenu pour donner ces chiffres, inférieur dans les deux cas à 1000 personnes.

Alors, qui sont vraiment les seniors ?

Tout le monde sait que le comportement d’un individu varie totalement selon qu’il lui reste de 10 à 15 ans à travailler ou qu’il soit en retraite depuis 10 ou 15 ans.

Il existe bien des différences entre les catégories socioprofessionnelles et celles-ci sembleraient se marquer encore plus pour les plus de 50 ans. Le gouvernement l’a reconnu implicitement en lançant son plan pour l’emploi des seniors.

En effet, seuls 37% de la classe d’âge des 55-64 ans travaillent en France. Le gouvernement souhaite, dans le cadre de son plan national pour l’emploi des seniors, atteindre un taux d’emploi de 50% d’ici 2010. Sa mesure-phare repose sur la mise en place d’un « CDD senior » d’une durée maximale de 36 mois.

On pourrait bien entendu se réjouir de cet objectif, mais à la lecture du chiffrage des mesures, on est un peu déçu : « Une enveloppe de 10 millions d’euros est prévue cette année pour accompagner son lancement, dont la moitié affectée au financement d’une campagne de communication. »

Une autre question se pose immédiatement : puisqu’il faudra atteindre 57 ans pour bénéficier des mesures d’accompagnement, que deviendront ceux qui ont de 51 à 56 ans ?

Quelques remarques au passage : cumuler un emploi et une retraite ne va-t-il pas une fois de plus opposer une catégorie de Français à d’autres ? Les jeunes, notamment, ne vont-ils pas faire encore les frais de ces nouveaux « concurrents » ?

Le fait d’intégrer dans la catégorie « senior » des actifs et des retraités n’apporte-t-il pas un handicap supplémentaire vis-à-vis des employeurs ?

Ils sont d’ailleurs, actuellement, beaucoup à considérer qu’un plus de 50 ans a une santé plus aléatoire qu’un jeune, et surtout que le peu d’années qui restent diminue leur motivation.

Les seniors sont-ils un eldorado économique ?

Le salaire moyen des Français est d’environ 1779 €. Il faut toutefois noter que plus de 2,5 millions de salariés étaient rémunérés sur la base du Smic en 2005, selon une étude du ministère de l’emploi. Ce chiffre concerne les entreprises hors secteur agricole et hors intérim (soit 16,8 % des salariés de ces entreprises), précise la DARES (direction des études du ministère de l’emploi).

Il est assez évident qu’avec les différentes remises en cause des régimes de retraite et de la baisse du taux de remplacement, les futurs seniors ne sont plus vraiment à l’identique de ceux que nous présentent aujourd’hui les médias et communicants.

Il me semble indispensable de revoir cette caricature de catégorie de Français. Si le mot « vieux » est trop discriminant, et l’expression « personnes âgées » réservée aux 70 ans et plus (quoique, allez dire à certains septuagénaires qu’ils sont vieux !), il faudrait peut-être revenir sur la notion de jeune retraité, ou retraité de longue date, et supprimer définitivement les actifs de cette classification.

Et c’est un senior de 51 ans qui vous le dit.

Sources et bibliographie

Le marché des seniors

Senior Actu

Quincadre

Seniorscopie


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6 réactions à cet article    


  • Marie Pierre (---.---.40.218) 13 juin 2006 11:11

    « 37% de la classe d’âge des 55-64 ans travaillent en France. »

    Ce chiffre ne veut pas dire grand chose dans la mesure où la plupart des salariés prennent leur retraite à 60 ans. Pourriez-vous affiner ?

    Au-delà de 60 ans, on doit trouver une majorité de travailleurs indépendants qui ne peuvent pas se permettre de partir jeune senior.

    Sur votre réflexion ’cumul retraite emploi’, on pourrait très bien imaginer un système qui permette au plus de 55 ans de prendre une retraite à mi-temps et conserver leur emploi à mi-temps : la transmission du savoir se ferait en douceur, pourrait développer l’alternance et le départ en retraite se ferait plus tard. Faut quand même bien savoir que la retraite à 60 ans c’est un boulet pour la génération future.


    • Jean Claude BENARD (---.---.92.11) 13 juin 2006 12:32

      « 37% de la classe d’âge des 55-64 ans travaillent en France. »

      Ce chiffre ne veut pas dire grand chose dans la mesure où la plupart des salariés prennent leur retraite à 60 ans. Pourriez-vous affiner ?"

      Ce sont les chiffres officiels transmis par les services des ministères concernés. Désolé pas mieux

      « on pourrait très bien imaginer un système qui permette au plus de 55 ans de prendre une retraite à mi-temps et conserver leur emploi à mi-temps : la transmission du savoir se ferait en douceur ... »

      Tout à fait d’accord avec vous. Il reste simplement à convaincre le MEDEF et la CGPME de mettre au point le dispositif sans pour celà avoir recours à l’aide publique.

      Nosu avons je le crois dépassé le débat de la lutte des classes et une grande concertation sur l’avenir de notre pays passe par des accords et projets ambitieux


    • Frédéric Mahé Frédéric Mahé 13 juin 2006 13:37

      « que deviendront ceux qui ont de 51 à 56 ans ? »

      Eh oui c’est bien ça le problème ! Officiellement « protégés » par la fameuse contribution Delalande, fausse bonne idée, qui empêche qu’on nous fiche à la porte trop facilement, nous ne sommes plus embauchés.

      Toutes ces études marketing confondent allègrement retraités et pas encore retraités. C’est bien révélateur des mentalités : passé 51 ans (pour moi c’était le mois dernier), on ne peut être que non-actif et dépensier. Mais qui paye les études des enfants et avec quel argent ? Et si on est sorti du système « classique », par exemple, viré avant 50 ans pour éviter cette contribution Delalande et au passage faire une économie en embauchant quelqu’un de trente ans (avec des motifs plus ou moins spécieux), alors, on devient ... chômeur « senior » (en clair : incasable, les ANPE sont assez claires là-dessus dès le début).

      Et là, aucune case qui corresponde dans les CSP (les sacro-saintes catégories socio-professionnelles des sondages), ni les études marketing : on passe directement à la trappe ! Aucune banque ne veut prêter à « quelqu’un de votre âge », surtout sans CDI, aucun propriétaire ne veut louer sans un CDI, et une ribambelle de cautions, aucun employeur ne répond, sauf pour des CDD plus ou moins bien payés (il faudrait dire merci pour avoir le droit de « faire partager notre expérience »), plus rien.

      Et alors, là, on fait quoi ? Et on les appelle comment, ces « seniors écartés »


      • DENIS (---.---.90.4) 14 juin 2006 07:41

        Bonjour,

        Je rédige actuellement un mémoire sur la gestion des séniors en essayant d’imaginer des solutions acceptables sur le plan économique et sur le plan social.

        Pour l’instant, seul les appellations « senior ou quinqua » sont utilisées tout en étant fortement rejetées par les personnes concernées.

        Je lance donc un appel aux bonnes idées créatrices de tous : Quelle appelation nouvelle et positive dans son message pourrait-on proposer pour cette population de plus en plus importante ?

        Cordialement ?


        • Valérie (---.---.197.198) 14 juin 2006 09:39

          Bonjour

          la question de fond que pose la « communication » autour du mot senior est liée au changement démographique profond que vit l’ensemble des pays occidentaux depuis 1945, à savoir une espérance de vie passée de 65 ans en 1947 (date de création de la Sécu et raison pour laquelle l’âge de la retraite a été fixé à 65 ans) à 73 ans en 2005. Ce simple fait serait déjà en soi une difficulté puisque une demi-génération nouvelle a été crée ainsi.

          Mais ce premier effet se double d’un deuxième qui est la forte poussée démographique connue entre 1947 et 1967 avec une pointe entre 1949 et 1953. Quinquas et sexa sont donc exceptionnellement nombreux en France.

          Ce que révèlent ces deux mouvements, c’est la modification des âges de la vie. Ils suggèrent également une modification des comportements et des façons de voir.

          Le terme « senior » est donc, de loin, le plus commode, pour tenter de lier les générations des plus de 50 ans alors qu’au fond elles n’ont rien en commun, mais cela permet également de faire « taire » les 70 ans et plus.

          Cette génération semble en effet être la génération honteuse, surement parce qu’elle est née avant et pendant la guerre, qu’elle est celle qui a le plus payé pour la reconstruction des annés 50, qu’elle a fait l’Indochine mais surtout l’Algérie et que, si elle est à l’origine de mai 68, elle n’en a pas été le catalyseur.

          Le terme « senior » permet également aux générations des quinqas et sexas (car n’oublions pas que le terme a largement été porté par des Treguer et autre Rochefort) de donner une nouvelle vie au « toujours jeune » des années 70-80 et donc de revendiquer des traitements spéciaux et de faveurs. Compte tenu du poids démographique des générations en question, la manoeuvre est plutôt bonne.

          Cette belle terminologie porte cependant en elle les racines pour un futur ostracisme à double sens entre « jeunes » et « seniors ». Car à l’inverse, on a le sentiment qu’elle a vocation à exclure tout ce qui n’est pas elle et qu’elle suggère une qualité moindre des générations suivantes qui n’ont pas la chance d’avoir un « label » digne de ce nom.

          Le danger est donc le lien artificiel qu’elle crée entre ceux qu’elle désigne mais également dans la séparation totalement artificielle qu’elle crée entre ceux qu’elle désigne et ceux qu’elle exclut.

          Faire de la différence pour faire de la différence ne peut être qu’une mauvaise idée. Et nous sommes tous collectivement responsables de cette façon de procéder, à savoir enfermer les gens dans des catégories prédéfinies plutôt que d’envisager la complexité de la diversité de leurs appartenances. C’est rassurant mais cela ne fait que reporter le problème qui est de renouveller la façon d’envisager les questions de société. L’individualisation ne permet plus aujourd’hui de définir l’individu par sa seule appartenance à une catégorie plus ou moins objective. Tous les marketers et autres communiquants devraient cesser de chercher la « niche » mais bien au contraire le dénominateur commun large dans lequel l’individu moderne, soucieux d’être lui, d’être unique, accepterait néanmoins de participer.


          • gem (---.---.117.249) 14 juin 2006 12:03

            Je retiens ça : >>> En gros, le senior serait devenu un individu jeune retraité, en assez bonne santé, en recherche de bon temps et de culture, acquis aux idées républicaines.

            Tous les « senior » ne sont pas comem ça, mais celui qui n’est pas comme ça est rare ou compte peu. La phrase parle donc du senior qui compte

            En fait, l’important c’est que jusqu’à la guerre, les vieux étaient en majorité pauvres et malades, et qu’aujourd’hui, toujours en majorité, ils sont riches et bien portants. Avant, les marchands s’en foutaient, maintenant ils les courtisent. Idem pour les politiques : riche et avec du temps libre, et idéologiquement fixé, le « senior » fait les gros bataillons de militants.

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