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Accueil du site > Actualités > Société > Il faut renforcer l’enseignement de la philosophie

Il faut renforcer l’enseignement de la philosophie

Le Monde du mercredi 14 juin titrait en page trois : « A quoi sert l’épreuve de philo ? ». Chaque année à cette époque, la question est un rituel, mais le débat ne prend pas, et il faut le regretter.

Aujourd’hui, la philosophie est mêlée à tout et n’importe quoi, alors que la connaissance des auteurs et des concepts qu’ils ont développés s’enfonce dans l’oubli. Le mal est plus grave que l’on ne croit, pour deux raisons essentielles.

Premièrement : la production d’idées prétendument nouvelles n’a jamais paru aussi abondante. Il suffit de balayer d’un regard une gondole de libraire pour être pris de vertige devant les manuels d’initiation à la PNL, les guides du coaching, la cohorte d’ouvrages consacrés à l’estime de soi, au développement personnel, aux secrets de famille ou à l’intelligence émotionnelle. Mais le foisonnement n’est qu’une apparence ; une lecture sérieuse de Freud permettrait non seulement d’y voir plus clair, mais aussi de gagner du temps. Le mécanisme est classique et bien connu des économistes : comme la mauvaise monnaie chasse la bonne, les idées réductrices chassent les vrais concepts.

La vulgarisation n’est pas condamnable en soi, elle permet de diffuser le savoir auprès du plus grand nombre. Mais lorsqu’elle prétend se substituer à ses sources, sous prétexte que la connaissance évolue, alors qu’elle se dévoie, il y a un danger. On ne lit plus les philosophes, on les pille. L’exemple du complexe d’Œdipe est très clair à ce sujet. Il n’y a pas de changement à la tête des entreprises qui désormais ne soit lu à travers la grille du meurtre du père. Le cas de Serge July est là pour le rappeler. Mais sait-on vraiment ce qu’est l’Œdipe ? On en a fait une caricature d’exécution capitale là où, en réalité, il s’agit d’un processus complexe au cœur des vastes ensembles organisationnels qui régissent nos sociétés modernes. On a conservé le mot en oubliant la chose.

Deuxièmement, tout le monde sait que nos pratiques collectives reposent sur des concepts produits au cours de l’histoire de la philosophie. En les oubliant, on se condamne à entretenir leurs effets et à hypothéquer toute possibilité de changement. Le phénomène est sensible dans le domaine du management.

Le dirigeant d’une entreprise n’a jamais été tenu aussi responsable de son action qu’aujourd’hui. De ses décisions dépend la rentabilité des opérations, à tel point qu’en deçà d’un certain seuil, il est remercié. Or, les conceptions en matière de responsabilité et de volonté qui légitiment un tel jugement datent d’un autre siècle. Alors que le meurtre du père est une image acceptée par un vaste public, les déterminations inconscientes qui sont à l’œuvre dans une institution complexe comme l’entreprise restent largement ignorées.

L’impatience croissante des financiers devant la rentabilité a pour effet de survaloriser l’action et, dans la foulée, de caricaturer l’enchaînement des causes qui en résulte. Ce schématisme ne tient que grâce à des concepts aussi surannés que la volonté du sujet, remontant à Descartes, et la causalité linéaire qu’un Darwin ou un Nietzsche ont déjà largement invalidée.

Par définition, les dirigeants des entreprises ont tendance à se méfier du passé. Ils n’ont d’yeux que pour l’avenir. Le passé fait peur et l’homme dit « d’action » le condamne, croyant ainsi mieux s’emparer de l’avenir. Et pourtant, toute la pensée du XXe siècle tend à prouver que rien ne se fait dans le présent sans un retour du passé ; Bergson, Freud, Claude Lévi-Stauss, pour ne citer qu’eux, l’ont bien montré.

Que faire ? Non seulement supprimer la philosophie en classe terminale serait une erreur, mais il serait souhaitable de l’introduire dans l’enseignement des écoles de commerce. Sait-on par exemple que l’on continue d’y enseigner la pyramide des besoins de Maslow qui véhicule une vision de l’homme héritée du XXe siècle ?

En oubliant les règles de la pensée, on finit par devenir esclave de ses incarnations pratiques. Le danger de notre époque est de croire que la pensée est devenue un luxe, alors qu’elle est vitale dans un contexte où le changement est aussi pressant.


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49 réactions à cet article    


  • toto (---.---.39.99) 16 juin 2006 10:33

    malheureusement, le délabrement intellectuel est loin d’être limité à la philosophie. Je cite Michel Serres, qui à l’occasion d’une conférence sur l’avenir et le développement de la technologie : « nous sommes condamnés à être intelligents ». En effet, une machine peut faire ce qui ne demande pas d’intelligence...


    • Didier Toussaint (---.---.70.16) 16 juin 2006 11:40

      Il est en effet important d’attirer l’attention sur les dangers de ce que P.Sloterdijk appelle l’« utopie cinétique ».


    • Tristan Valmour (---.---.35.250) 16 juin 2006 11:12

      Monsieur,

      Je souhaitais juste vous signaler que la philosophie est enseignée en prépa Ecoles de Commerces, comme dans certaines écoles de commerces. Sous l’appellation « philosophie » ou « culture générale ».

      Mais il est vrai que ce n’est pas une discipline privilégiée, pour deux raisons :
      - elle n’est pas économiquement rentable (à court terme au moins) ;
      - souvent, les étudiants croient que philosopher, c’est « fumer un joint ». C’est en tout cas l’image qu’ils véhiculent.

      Au contraire, la philosophie devrait être considérée comme une discipline majeure car elle conduit à l’étonnement.


      • cyberkant (---.---.172.25) 16 juin 2006 11:39

        @ Tristan : remarque pertinente. Mention spéciale pour l’évocation des « fumeurs de joints » : l’idée que la philosophie ne serait qu’un « trip » cause des torts énormes à cette discipline. Lieu commun qui, soit dit en passant, est souvent entretenu par les étudiants-philosophes eux-mêmes.


      • Didier Toussaint (---.---.70.16) 16 juin 2006 12:23

        Vous avez raison de le rappeler. J’en profite pour mentionner le malaise chronique qui ne cesse de se reproduire chaque année lorsque les candidats intègrent une école de commerce. La rupture dans les exigences intellectuelles est importante et caractéristique de notre système.

        Il est vrai que certaines écoles assurent quelques cours de philo, socio ou psycho ; mais il faut reconnaître qu’ils sont souvent déconnectés de la pratique. Ils fonctionnent plus comme des « bouffées d’oxygène » que comme outil pouvant être utiles au management.

        Dernier point ; il est difficile d’évaluer la rentabilité d’une matière enseignée en général. en revanche, je peux vous assurer que l’étonnement est très salutaire dans le milieu des entreprises qui à l’heure actuelle ont besoin de stimuler l’innovation.


      • Marie Pierre (---.---.1.50) 16 juin 2006 11:35

        Les jeunes en lycée professionnel n’ont pas accès à la philosophie, c’est regrettable. Faut-il « sanctionner » cet apprentissage par un examen ?

        Pourquoi attendre la terminale pour l’enseigner ? Tout au moins pour apprendre à poser des questions. De nombreux concepts sont accessibles à tous âges, de façon progressive. Parler du progrès, des sciences, de la mort etc...


        • Didier Toussaint (---.---.70.16) 16 juin 2006 12:27

          Nous sommes bien d’accord ; l’étonnement qui est mentionné plus haut est particulièrement vif chez les enfants. Notre système éducatif, qui a beaucoup de qualités, présente un inconvénient, celui de ne pas favoriser cette capacité inépuisable des élèves.


        • Christophe (---.---.50.56) 19 juin 2006 16:17

          Vous prônez donc l’enseignement polémique plutôt que littérale ? Ou bien un savant mélange des deux ?

          En cela, il semble bien que nous ayons une lacune majeure dans tout les cycles de l’enseignement.


        • Daniel Milan (---.---.162.171) 16 juin 2006 12:24

          Je puis vous enseigner Nietzsche, Ernst Jünger, Julius Evola...


          • cyberkant (---.---.172.25) 16 juin 2006 12:39

            @ Monsieur Toussaint : Bonjour.

            Je bois vos propos. C’est pertinent, intéressant, argumenté.

            Voici la raison principale de mon enthousiasme. Vous plaidez pour réinjecter de la philosophie à divers niveaux de la société et du système éducatif. Or beaucoup partagent cette prescription, mais pas pour les mêmes raisons. Et c’est dans cette différence d’avec les opinions d’ordinaire charriées que je vois tout l’intérêt cet article.

            Trève de compliments, je m’explique. L’opinion courante est la suivante. (1) on constate le « désenchantement du monde », quelle que soit la façon dont on le nomme : développement de l’individualisme, éclipse du sacré, cynisme d’une mondialisation capitalo-libérale incontrôlée, etc. ; (2) on tire la conséquence d’un immoralisme profond du monde dans lequel nous vivons ; (3) on propose pour solution le retour d’une éthique qui à nouveau se poserait la question du sens de la vie ; (4) la religion est morte, alors c’est dans la philosophie que l’on croit pouvoir trouver les fondements d’une telle éthique.

            Si le raisonnement est formellement valide, il me semble qu’il se fonde sur une fausse idée de ce qu’est la philosophie. La philosophie n’est pas une éthique de la vie, une diététique morale, un guide de l’existence, un substitut indolore aux dogmes religieux. Ou du moins n’est plus, car elle le fut dans l’Antiquité.

            La philosophie est aujourd’hui une réflexion théorique sur le sens et l’usage des concepts. Elle est une entreprise de clarification de notre langage. Elle possède également une dimension productrice : elle crée des concepts, au sens où elle dote l’homme de nouveaux outils théoriques pour l’aider dans la compréhension de son monde (outils théoriques qu’elle emprunte souvent aux philosophies du passé, d’où l’incompréhension, voire le mépris devant ces grincheux qui invoquent Aristote et sa « mauvaise chrématistique » pour s’attaquer aux dérives du capitalisme).

            Clarification et création.

            Si la philosophie peut nous aider aujourd’hui, ce n’est pas comme une vague éthique de l’existence (voir à ce sujet la mode du bouddhisme). C’est bien plutôt parce que nombre de nos problèmes actuels sont dus un à un défaut de compréhension entre des dialoguants, à un oubli des principes auxquels obéissent nos actions les plus quotidiennes, à un appauvrissement général de la pensée, ou au mot d’ordre général de cesser toute activité spéculative (réservée à l’enfant, à l’étudiant, au chercheur universitaire - trois figures de l’éternel adolescent somme toute) pour se livrer tout entier à son activité rémunérée (stade adulte).

            Les gens ne se comprennent plus, parce qu’ils ignorent qu’une réflexion sur le sens des mots qu’ils utilisent est possible. Il est pourtant possible, dans une conversation, de dire : « attendez, avant d’aller plus loin, vérifions que nous définissons de la même façon les mots que nous utilisons, que nous mettons derrière ces mots la même idée ».

            Dans les débats politiques, mêmes problèmes : on confond tout, on se forge des idées confuses que l’on met derrière des mots qui perdent tout sens. Capitalisme et libéralisme sont une seule et même chose pour beaucoup de gens, alors que leur rencontre est historique et contingente. Démocratie et libéralisme économique sont des concepts politiques à entendre certains, d’où l’idée que l’une ne va pas sans l’autre, alors qu’une telle conception de l’économie s’accomode très bien d’un régime politique monarchique. Evolution et progrès seraient deux mots pour une seule idée, d’où l’incompréhension suscitée par quelqu’un qui dit « je refuse votre réforme, mais je souhaite le progrès » : changer ne veut pas dire bien changer, certaines évolutions sont des déclins.

            Bref on pourra multiplier les exemples : il est urgent de comprendre que la philosophie, si éthique elle est, n’est qu’une éthique de la discussion. Elle nous enseigne que les mots doivents être définis et les thèses argumentées.


            • Didier Toussaint (---.---.70.16) 16 juin 2006 17:03

              Entièrement d’accord. Passé de la philosophie aux affaires, je ne fais rien sans avoir en tête la première et la dernière phrase du Tractatus de Wittgenstein. « Le monde est l’ensemble des faits et non pas des choses » et le fameux « Ce dont on ne peut parler, il faut le taire ».

              Je trouve aussi beaucoup de soutien dans la logique du signifiant de Saussure à Lacan, pour montrer à quel point l’entreprise est traversée par des discours qui lui échappent. Certaines savent déjà « ce que parler veut dire », selon la formule d’Eluard reprise par Bourdieu, mais il y a encore du chemin à faire. Merci de votre commentaire.


            • faxtronic (---.---.127.73) 16 juin 2006 13:32

              Oui la philisophie, mais c’est si vaste, et cela demande de la maturité, que les lycéens n’ont pas eu le temps d’acquerir. Je pourrais enseigner Diogene, Crates et Epictete.


              • zen (---.---.159.31) 16 juin 2006 14:03

                Cyberbank, totalement d’accord avec vous . Plus de 30 ans d’enseignement de la philosophie m’ont convaincu que la priorité dans l’initiation à la philosophie doit commencer par une« police du langage » -pour reprendre une expression de Russel-(c’est le point de départ du socratisme après tout),par l’exigence de définitions rigoureuses partagées . Et cela est conditionné par la maîtrise de la langue, ce qui fait le plus défaut aujourd’hui, et le dépassement du relativisme ambiant,lui-même produit de la perte de sens de notre époque de grand désenchantement, de « vide » ,qui ouvrent la voie à tous les délires.

                Bref, l’exigence de philosophie ne peut se décréter, me semble-t-il, mais ne peut redevenir d’actualité que sur la base de rapports sociaux assainis,d’une politique repensée. Théorie et pratique resteront toujours interdépendants..


                • Didier Toussaint (---.---.70.16) 16 juin 2006 17:06

                  Ne croyez-vous pas que c’est la philosophie qui permettra d’assainir la base des rapports sociaux ? Je lui trouve une utilité croissante dans la pratique, si l’on veut bien se donner la peine de s’étonner sur ce qui se passe au quotidien, ce que je fais dans mon travail.


                • Damien G (---.---.251.210) 16 juin 2006 14:40

                  c’est vrai qu’il est regrétable que la philosophie ne soit enseiqnée que très tardivement. Et d’une manière très limitée.

                  Du moins on nous enseigne, l’histoire des idées philosophiques, ce qui n’est pas la même chose qu’apprendre à philosopher. En claire, il n’y a pas d’apprentissage sur la méthode ou si peu. philosopher appartient aux personne qui ont leur diplome « d’histoire des idées philosophiques ». sans cela vous serez difficelement pris au serieux car vous n’aurez pas de référence, a une pensée antérieure, vous ne pourrez pas faire preuve d’érudition, en affirmant que « machin a dit que... » ( sous entendu que c’est, par conséquent, vrai).

                  La connaissances des idées philosophiques est certes utiles pour mener un débat philosophiques mais elle pas nécessaire. Pour la simple raison que les premiers philosophes, reconnus comme tel, n’avaient pas la connaissance encyclopédique reqcuise actuellement pour exercer académiquement la philosophie.

                  Il y a donc peut d’apprentissage de la pratique de la méthode. je me souviens de mes cours de philo au lycée ou le questionnement portait sur la connaissance des auteurs, et ou les débats ne pouvaient s’inscrire que dans la confrontation de connaissnce autours des idées des auteurs vus. il était peu question de développer des idées personnelles.

                  cet aspect des choses est très importantes car il conditionne, en partie, la pensé pour l’avenir. or, il est admit que la neutralité est de rigueur dans l’ensenseignement. Philosopher c’est ne pas etre neutre, c’est etre polémyque. Et la polémyque est très peu tolérée car elle peut renverser la hierharchie des idées, voire leur validité.

                  autant dire que les cours de philo sont anecdotiques dans les ecoles de commerce, pour l’exemple au-dessus, car les éleves baignent dans des structures et un enseignement déja « philosiquement » très orienté.


                  • prince2phore (---.---.207.253) 16 juin 2006 16:32

                    votre commentaire est limite meilleur que l’article ! il m’apparait aussi que certains confonde peut-être la philosophie et le raisonnement. n’oublions pas les paroles de platon (si je me souviens bien) : que nul n’entre ici s’il n’est géomètre...

                    le raisonnement est l’apanage des maths, trop de « littéraires » mais surtout et malheureusement trop d’apprentis philosophes (et prof de philo) cumulent les lacunes en sciences ce qui rend leurs raisonnement peut interressant. je ne dis pas que pour être philosophe il faut une maitrise de maths mais de même que la maitrise de la langue est un prérequis, les mathématiques et les bases de la méthode scientifique le sont tout autant, à mon avis...


                  • Didier Toussaint (---.---.70.16) 16 juin 2006 17:21

                    Je ne suis pas tout à fait d’accord sur votre réserve quant à l’histoire de la philo. Connaissez-vous un petit opuscule de F.Alquié qui s’intitule « Qu’est-ce comprendre un philosophe » ? C’est une approche remarquable du sujet. L’article du Monde que j’ai mentionné donnait un témoignage qui me semble pertinent ; un jeune disait qu’il s’était rendu compte que toutes les idées qu’il avait eues avaient déjà été pensées dans l’histoire de la philo. Il me semble que pour la dépasser, il n’est pas inutile de la connaître un peu tout de même. En revanche, il est vrai que l’enseignement se contente parfois de coller un nom sur un concept et c’est ennuyeux.


                  • Didier Toussaint (---.---.70.16) 16 juin 2006 17:23

                    Tout a fait d’accord. Je pense qu’il est bon de connaître la géométrie analytique pour comprendre Descartes et le calcul infinitésimal pour Leibniz par exemple.


                  • pingouin perplexe (---.---.91.194) 16 juin 2006 18:16

                    Il est clair que des oeuvres philosophiques majeures comme celle de Platon n’auraient pas été ce qu’elles sont sans un rapport particulier à la géométrie de leur époque. On peut reconnaître en cela que les mathématiques optimisent l’organisation du raisonnement. Dans cet esprit, on peut par exemple procéder à une lecture croisée fort intéressante du dossier trimestriel n°2 de la revue Sciences humaines, consacré entre autres choses à la philosophie morale, et du numéro 109 de la revue Tangente, traitant des surfaces. Pour curieuse qu’elle soit, je crois que la perspective ne déplaira pas aux wittgensteiniens ni aux hofstadteriens.

                    Le pingouin.


                  • Marie Pierre (---.---.40.34) 16 juin 2006 15:26

                    Peut être faudrait-il également aborder la rhétorique, qui était enseignée il n’y a pas si longtemps que cela. Apprentissage de l’écoute, du choix des mots, argumentation, respect.


                    • Tristan Valmour (---.---.2.121) 16 juin 2006 16:10

                      A Didier Toussaint,

                      A quoi sert la philosophie ?

                      En consultant mon profil, vous verrez que j’enseigne - entre autres - la philosophie dans un établissement privé d’enseignement supérieur, aux droits de scolarité malheureusement très élevés. Avant d’aborder le programme officiel, je réserve quelques heures à ce que j’appelle « méthodologie de la réflexion ». C’est à dire que j’oblige mes étudiants à construire leur propre savoir (« beaucoup savoir n’est pas penser »), non à restituer des connaissances acquises ici ou là. Je leur demande donc de s’opposer systématiquement à mes énoncés en utilisant le double mouvement synthétique et analytique de la réflexion. Avant cela, je leur prouve que la philosophie est utile au quotidien, que toute activité humaine est d’essence philosophique, si l’on considère que la philosophie est la « discipline de l’étonnement » et vise à dépasser les apparences. Utile au quotidien, cela signifie aussi utile pour courtiser sa future petite-amie. Croyez-moi, ils commencent alors à s’intéresser à la philosophie !!!

                      Parallèlement, je donne bénévolement (hors structure associative) des cours particuliers à des étudiants, modestes, qui passent différents concours de catégorie A, entrée à Sce-Po, journalisme, etc. Taux de réussite : 100%. J’obtiens ce taux de réussite parce que je leur fais essentiellement de la « méthodologie de la réflexion », c’est à dire, de la philosophie. Je leur enseigne aussi l’argumentation, sans quoi leur communication (orale ou écrite), ne saurait être efficace. Les programmes (collège, lycée, supérieur) sont chargés et les élèves et étudiants rencontrent deux problèmes : ils ne savent (n’osent ?) pas réfléchir -ils sont formatés-, et ils ne maîtrisent pas notre langue. Pourtant, la langue est aussi un outil de conceptualisation, or plus elle est pauvre, moins on conceptualise !!! Les innovations technologiques et le développement de concepts (économiques, politiques, etc.) sont majoritairement (pour ne pas dire exclusivement) le fait de civilisations au langage développé : arabe, chinois, français, anglais... Il s’agit bien sûr d’une condition nécessaire, non suffisante.

                      Je suis persuadé qu’il faudrait réserver deux heures par semaine, dès le collège, à des « cours de réflexion » non notés, et qu’il faudrait renforcer l’enseignement du français. Les élèves et étudiants seraient ainsi plus performants dans toutes les disciplines. C’est en tout cas le fruit de mon expérience, et je compte bien l’utiliser un jour en fondant des écoles de haut niveau à l’étranger dont les droits de scolarité ne seront payés par les élèves qu’une fois ceux-ci sur le marché du travail.

                      Pour terminer sur l’utilité de la philosophie. J’ai reçu une formation très poussée sur le connexionisme, le « petit frère » du cognitivisme. Cette discipline, issue de la philosophie, m’a permis d’aider avec succès certains amis, dirigeants de PME. En effet, il faut considérer que tout est information. Ainsi, des doigts qui saisissent un texte par le clavier ne sont que des informations qui rencontrent d’autres informations. Ces informations sont caractérisées (forme, couleur, texture, composition, fonctionnement, etc.). D’ailleurs, l’informatique en vient à nous enseigner que nous ne sommes qu’une suite de 1 et de 0, non ?

                      Donc, la philosophie est utile au quotidien...

                      A Marie-Pierre

                      On philosophe dès qu’on distingue son image dans le miroir et dès qu’on sait dire « je ». Les enfants sont de grands philosophes, et je le dis sans aucun humour. Les élèves de lycée professionnel peuvent philosopher comme les autres. Seulement, en Terminale, et même en prépa ou en Grandes Ecoles, on ne fait pas de la philosophie, mais de l’histoire de la philosophie. Comment pourrait-il en être autrement puisque d’ordinaire, un professeur de philosophie n’est pas un philosophe ? La rhétorique est enseignée en troisième et au lycée (ex : figures de rhétorique/de style, implicite, modalités de l’énoncé, etc.). Il faudrait en effet plus d’heures, mais le planning des élèves n’est pas extensible à l’infini. D’autre part, l’informatique n’existait pas il y a quelques années... Cela a pris des heures au français. Et le français, à l’instar de la philosophie ne sont pas des matières « rentables ». Nous vivons dans une société de commerçants, de gestionnaires, de plus en plus basée sur les mathématiques. Les poètes, les philosophes sont inutiles, voire dangereux dans ce monde puisqu’ils proclament l’humain, ce que les gens avides de pouvoir souhaitent éviter. Aujourd’hui, on a besoin de producteurs et de consommateurs.

                      Si vous vous intéressez à la philosophie, et si vous êtes débutante en ce domaine, je ne peux que vous conseiller de commencer par ces deux livres (que les collègues ne manqueront pas de compléter J ) :
                      -  L’Etonnement philosophique (Jeanne Hersch) ;
                      -  De la Philosophie (2 tomes) de l’excellent Michel Gourinat.


                      • Emile Red (---.---.11.61) 16 juin 2006 16:59

                        Merci Tristan Valmour de cette mise au point qui relègue une certaine partie du texte de M. Toussaint de ma pensée vers la corbeille.

                        Je suis heureux de lire qu’il y a encore des enseignants qui ont une notion calibrée de leur vocation et que les atours que prennent nos dirigeants ne nous détournent pas des fondamentaux tant décriés ou galvaudés.

                        Il est très agréable de voir que l’enseignement des humanités (vous avez omis l’histoire-géo ... ;o)..), qui semblent si dangereuses à nos commerciaux et nos énarques, soit défendu de si belle manière ...


                      • Didier Toussaint (---.---.70.16) 16 juin 2006 17:28

                        A T.Valmour,

                        l’ordre de mes réponses est un peu décalé ; voir un peu plus haut sur l’histoire de la philo. Je crois que la façon de l’enseigner est à incriminer plus que le principe.


                      • Tristan Valmour (---.---.136.41) 16 juin 2006 17:47

                        A Emile Red,

                        La majorité des enseignants que je côtoie, qu’ils soient du public ou du privé, partagent ma vision. Je ne suis pas meilleur enseignant que mes collègues, j’ai juste une plus grande liberté d’action, et j’aime réfléchir, créer, explorer. Les enseignants sont soumis à un programme qu’ils sont obligés d’appliquer. Il en découle autant de mal que de bien. Enfin, vous avez raison pour l’histoire et la géographie. Je n’en ai pas parlé parce que le sujet portait sur la philosophie.


                        • Gnole (---.---.192.187) 16 juin 2006 19:56

                          Pour qu’un « enseignement » de la philosophie soit réel, il me semble qu’il faut 4 éléments fondamentaux :

                          1) Une capacité réceptive de l’élève, et ils sont bien rare les lycéens en terminal qui sont capable d’appréhender un texte d’Aristote ou de Nietzsche...

                          2) Un enseignant compétant, et mon expérience personelle me fait dire qu’ils sont extrèmement rares dans la discipline (mais peut-être que je me trompe).

                          3) Un apprentissage de la philosophie et de ses mécanismes et non pas un enseignement des textes philosophiques comme c’est trop souvent le cas.

                          4) Un choix critique des éléments philosophiques fournis aux élèves. J’ai lu dans l’article une référence à ce cher Freud... Freud à écrit pas mal de conneries (à peu près autant qu’il à écrit de choses intelligentes) et malheureusement c’est un peu trop souvent les conneries qu’on retrouve enseignées...

                          Gnole


                          • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 16 juin 2006 20:55

                            Pour enseigner la philosophie dans le but que la majorité des élèves se l’approprient afin de s’efforcer de penser par eux-mêmes, Il faut surtout

                            1)Transformer la pédagogie pour faire percevoir ce qui en fait l’essence même : l’esprit de réflexion critique par la recherche personnelle guidée et éclairée conceptuellement par des enseignants au service des questions que se posent les élèves, ne serait-ce que pour les aider à les mettre en forme de manière plus rigoureuse et en déceler la nécessité en les problématisant (montrer quelles contradictions apparentes ou fondamentales se jouent derrière les opinions toutes faites et les questions que l’on se posent en croyant pouvoir y répondre sans en travailler les termes) et la production de textes argumentés et discutés en visant les enjeux existentiels de ces questions.

                            2) Pratiquer la philosophie en ateliers d’écriture conceptuelle argumentative et dialectique et éviter les cours magistraux déconnectés des interrogations de nos élèves à propos des auteurs qu’il faut étudier non pour eux-mêmes mais pour leur pouvoir d’éclairement de ces interrogations et de leurs enjeux éthiques, de connaissance, politiques, esthétiques inter-subjectifs etc..

                            3) Eviter de faire de la philosophie une discipline qui ne viserait qu’une performance rituelle et préformatée à l’examen ; donc déplacer son enseignement en amont de la terminale et proposer des exercices plus courts et moins ambitieux (surtout au début) que la trop fameuse dissertation ou étude d’un texte inconnu qui est souvent une épreuve de pure rhétorique et/ou une mauvaise paraphrase assorties de citations sorties de leur contexte de sens, en guise d’argument d’autorité, et trop généraux et de ce fait bien souvent confus, pour être signifiants.

                            3) Refuser de ne faire que de l’histoire de la philosophie en oubliant (et en faisant croire illusoirement) que l’on peut en faire sans philosopher soi-même (bien ou mal c’est une autre question mais ce ne peut être que très mal si on se dérobe hypocritement en prétendant n’être qu’enseignant de philosophie et de son histoire). Il n’y a pas d’enseignement de la philosophie et de son histoire qui ne soit pas philosophique et expliciter cette indissociation en argumentant le point de vue philosophique pris sur cet enseignement et l’histoire de la philosophie est une des conditions pour faire et faire faire de la bonne philosophie ; c’est à dire autre chose qu’un rituel pour briller à l’examen, voire en société.

                            Autant dire qu’un enseignement de philosophie doit être philosophique et qu’il ne peut l’être qu’en se désinstitionalisant dans ses formes et son but. Il y a un conflit que l’on doit tenter d’exploiter en le manifestant, c’est à dire en en faisant un objet philosophique central de l’enseignement, entre les exigences de la formation à la pensée philosophique et ses véritables enjeux existentiels et le fait qu’elle est considérée comme une discipline sélective socialement conformiste destinée à une élite qui s’en prévaut pour se distinguer.

                            Le rasoir philosophique


                            • herbe (---.---.27.107) 16 juin 2006 21:28

                              Merci à tous. J’ai trouvé dans l’article et les commentaires de « quoi m’enrichir ».

                              Peut-être que l’exercice de certaines disciplines devraient éviter les pièges paradoxaux du type : « je vous donne comme règle (ou comme injonction) de vous méfier de toute règle » (il y a aussi le paradoxe du « j’en suis certain, il faut douter de tout »).

                              Sinon j’ai apprécié dans le temps mon prof de philosophie qui a su faire progresser ma motivation, ou su cultiver ma curiosité sans tomber dans l’écueil d’une coercition visible (du genre, il faut penser ceci, il faut avoir lu ceci, il faut qu’on ait bouclé le programme etc etc.)


                              • cyberkant (---.---.173.45) 16 juin 2006 21:32

                                @ Gnole :

                                Je partage ces 4 points. La philosophie gagnerait à être d’emblée enseignée de manière critique. Il faut fouler au pied ce mythe pédagogique de la neutralité de l’enseignant, ainsi que se débarasser une bonne fois pour toute de l’argument d’autorité et du principe de charité.

                                (Remarque tout de même : Freud n’est pas un philosophe (comme vous le savez). La plupart des philosophes postérieurs au créateur de la psychanalyse se sont employés à le réfuter (sauf en France, bien sûr, où se développe un culte de toutes les pensées qui frisent le n’importe quoi).

                                @ prince2phore :

                                Il s’agit de l’inscription au fronton de l’Académie, l’école fondée par Platon.

                                « il m’apparait aussi que certains confonde peut-être la philosophie et le raisonnement »

                                Non ! Un raisonnement consiste à tirer une conclusion de propositions que l’on appelle « prémisses » selon les règles de la logique. En ce sens les arguments de la philosophie sont des raisonnements, tout autant que les démonstrations des sciences formelles sont des raisonnements. Cessons de croire qu’il n’y a de rigueure que mathématique. Ce préjugé scientiste conduit certains scientifiques à croire que seules la logique formelle et les mathématiques permettent de prouver la vérité d’un énoncé.

                                « le raisonnement est l’apanage des maths »,

                                Faux et archi faux.

                                « trop de »littéraires« mais surtout et malheureusement trop d’apprentis philosophes (et prof de philo) cumulent les lacunes en sciences ce qui rend leurs raisonnement peut interressant. je ne dis pas que pour être philosophe il faut une maitrise de maths mais de même que la maitrise de la langue est un prérequis, les mathématiques et les bases de la méthode scientifique le sont tout autant, à mon avis... »

                                En partie vrai mais bourré de confusions. (1) Vous confondez rigueure et démonstration mathématique. Si cette dernière est porteuse de rigueure, elle n’en n’a pas le monopole. (2) Vous confondez sciences formelles et science : si la logique formelle et la mathématique sont l’instrument privilégié de la science, elles ne sont pas le tout de la méthode scientifique, vous oubliez l’expérimentation (dimension empirique de la science) et la discussion des résultats au sein de la communauté scientifique (dimension argumentative de la science).

                                La logique de la découverte scientifique peut être un modèle fécond pour la philosophie, mais les mathématiques ne sont qu’un cas particulier de raisonnement : des démonstrations formellement valides ne prennant sens que dans un système hypothético-déductif.

                                En revanche, je partage votre jugement : la quasi totalité des littéraires ignore tout de la rigueure scientifique (mais, à ce que je sache, de même que l’on ne demande pas à un physicien d’être poétique, de même, on ne demande pas à un poète de démontrer ses assertions) ; et beaucoup de philosophes se fichent pas mal de la rigueure scientifique, mieux : certains ont font leur ennemi (en gros, toute la philosophie française du XXe siècle)


                                • axion (---.---.174.250) 16 juin 2006 22:01

                                  Je suis sceptique sur le fait que l’homme puisse faire des raisonnements rigoureux non mathématiques.

                                  Essentiellement par le fait que le langage naturel n’est pas construit pour permettre de la rigueur (c’est la linguistique qui nous l’enseigne).

                                  C’est la raison pour laquelle les mathématiciens ont du avec grande pénibilité renoncer au langage naturel, et introduire un langage formel dans lequel l’expression était inambigü par construction.

                                  Selon ce précepte, tout raisonnement basé sur un langage naturel non réductible à un langage mathématique sera donc faux. (Le raisonnement sera faux, mais la conclusion pourra être juste, n’oublions pas ce détail).

                                  Et il est probable que tout langage permettant des raisonnements (donc, non ambigus) finissent par se transformer en un langage mathématique.

                                  Pourquoi ?

                                  PArceque les mathématiques ne sont que la somme des efforts humains pour comprendre la nature des relations entre des abstractions. Le langage des mathématiques est donc le langage dans lequel s’exprime les raisonnements.

                                  Vous l’aurez compris, comme ce raisonnement est fait dans le langage naturel, vous n’aurez aucune difficulté à le réfuter, par quelque métaphore bien sentie, autre raisonnement fabulatoire, ou sophisterie.

                                  Hélas, je ne suis pas capable de vous sortir la démonstration mathématique du raisonnement précédent. Si j’en étais capable, bien peu l’aurait compris.

                                  Nous sommes donc condamnés à errer, incertains des choses, dans le monde.

                                  Mais discuter sur agoravox, c’est sympa ! smiley


                                • Tristan Valmour (---.---.212.2) 17 juin 2006 12:22

                                  A axion,

                                  Les mathématiques sont un langage. Deux mathématiciens pourront se comprendre, même s’ils ne parlent pas la même langue. Les logiciels informatiques sont créés par une équipe de mathématiciens (informaticiens) et de linguistes, entre autres. Un mathématicien aura également besoin de la langue pour raisonner en mathématiques. Langue, philosophie et mathématiques : c’est la même chose. L’être humain est multitâche.

                                  Maintenant, voici un petit exemple :

                                  (a+b)²= a²+2ab+b² ==langage mathématique==

                                  a plus b au carré égal a au carré plus deux ab plus b au carré ===ce que vous appelez langage naturel===

                                  Le langage est un code (relation signifié/signifiant), comme les mathématiques. D’ailleurs, des linguistes travaillent pour le ministère de la Défense (coder/décoder les messages)

                                  Autre exemple :

                                  Pierre est beau ===> x = y

                                  Pierre est plus grand que Caroline ====> x > y

                                  Voilà axion, j’ai essayé de ne pas utiliser la fonction poétique du langage et établir une (petite) démonstration basée sur deux exemples simples. Ce qui peut se faire avec des exemples simples peut se faire avec des exemples bien plus complexes.

                                  Nous ne sommes qu’une suite de 1 et de 0.

                                  En revanche, je suis tout à fait d’accord avec vous pour dire que l’homme est une créature très limitée dont la pensée et son fruit ne sont pas prêts de résoudre les équations, même simples, qui lui sont posées. D’où l’intérêt de la Vie.


                                • prince2phore (---.---.207.253) 19 juin 2006 10:26

                                  j’accepte tout à fait vos critiques sur la formulation de mon commentaire ! je ne mets pas autant de rigueur que je voudrai dans mon écriture sur agoravox malheureusement. ceci dit le point que je voulais soulever et sur lequel vous êtes en accord avec moi est mon jugement de la formation des littéraires. Et concernant votre remarque à ce sujet, pour rester sur les formations de base (jusqu’au BAC et à mon époque en tout cas - BAC C) il me semble que l’on demande justement aux scientifiques en herbe d’être les plus élcectiques possibles et notre prof de philo avait pour habitude de se lamenter en notre compagnie sur le niveau des classes littéraires... c’est peu être un peu prétentieux je ne sais pas, mais pour moi la spécialisation au niveau du bac est une insulte à l’intelligence des élèves, le niveau requis pour le BAC généraliste est même encore loin du minimum requis pour aider le citoyen du 21eme siècle à être libre. mais c’est un autre débat, je digresse / diverge ... désolé !


                                • axion (---.---.174.250) 4 août 2006 22:01

                                  Les exemples pris sont très éloignés de ce qu’est le langage mathématique formalisé, qui est une branche très récente des mathématiques (un siècle ...)

                                  Voir plutôt Gödel et les preuves formelles des théorèmes.

                                  Toute démonstration mathématiques, et donc le langage mathématiques est basé sur une suite logique d’inférence d’axiomes, eux-mêmes formalisés. Les objets mathématiques y ont des descritpions dans ce langage, qui permet l’expression de formulations (d"affirmations) dont on peut extraire le caractère : vrai, faux ou indécidable par le jeu d’axiome choisi.

                                  En ce sens, toute proposition faîte dans ce langage peut trouver un cadre général et rigoureux d’approche en terme de valeur de vérité (suivant, toujours, un système d’axiome (= au contexte dans le langage usuel) défini.

                                  Toute autre approche de découverte de la vérité sera non rigoureuse par définition, et ne permettra donc pas de trancher sur la vérité d’une proposition.

                                  Le reste n’est que dialectique ou sophisterie.


                                • Marc P (---.---.131.171) 16 juin 2006 21:37

                                  Penser par soi même est dit on (et je le crois)le comble du courage !

                                  On se prend à rêver en s’imaginant entouré d’une majorité de personnes qui penseraient par elle même !

                                  A rêver, ou à cauchemarder ? hum...

                                  En effet, je partage l’avis des nombreux commentateurs et de M Toussaint favorables à un « enseignement » de la philosophie précoce, cette philosophie accessible et étendue « en amont » à des jeunes moins doués ou/et moins mobilisables intellectuellement qui reste largement à inventer (il en va de même en aval y compris dans l’expérience des cafés philo).

                                  Mais je crains de jouer quelque peu les rabat joie. Je ne suis pas sûr que développer outre mesure raisonnable cette capacité de penser par soi même apporterait à tous ses dépositaires un mieux être, une satisfaction ou un potentiel d’épanouïssement socio économique personnel accru. La pluspart d’entre nous connaissons des conditions et des obligations au travail et ailleurs que la lucidité nous rendraient insupportables... Je ne parle pas seulement de certaines activités commerciales ou voisines...

                                  La prospérité de notre monde économique et encore une fois sociale est largement batîe sur la pris en en compte ou disons la nécessité d’une inconscience des masses soit choisie soit tolérée par les élites, les décideurs, et les quelques autres qui pensent au sens ou nous l’entendons (entre autre les questions du sens, via l’introspection etc...). je ne me prends pas pour un philosophe (je ne le suis pas, ni même piètre connaisseur), mais je crains qu’une transition douce soit nécessaire d’un monde de « la philo de la distinction sociale » à la philo comme socle d’une lecture plus juste de la réalité à l’origine choix individuels et collectifs plus consients, plus pertinents et on peut se dire plus légitime et assumables autant qu’assumés...

                                  Merci pour cet article agréable et « sensé » !

                                  Marc P


                                  • zen (---.---.133.183) 17 juin 2006 07:23

                                    Bonjour, Marc. Ta modestie t’honore, mais tu pointes un problème on ne peut plus philosophique:le rôle potentiellement « subversif » de la philosophie. Si elle ne sert pas à s’approprier sa pensée, donc sa vie,ce qui est une tâche sans fin ..,elle ne vaut pas une heure de peine. C’est vrai qu’elle dérange (Socrate l’a payé assez cher..),et qu’elle provoque pas mal de résistances, sauf si elle se cantonne dans un simple savoir universitaire socialement convenable, mais la liberté n’a pas de prix et cela commence par la liberté de penser.

                                    Tu fais valoir qu’il y a d’énormes forces de résistance,sociales, économiques,idéologiques..C’est vrai:Spinoza,Nietzsche et Bourdieu ,entre autres,l’ont montré chacun à leur manière. Mais on peut espérer (c’est un pari rationnel) que le développement d’une pensée plus libre universellement partagée pourra être un ferment de transformations sociales..ce qui ne se fera pas sans luttes citoyennes pour redonner au plus grand nombre le désir de penser autrement en dépassant le fatalisme ambiant,aliénant pour l’esprit.On n’est pas au bout de nos peines...

                                    Peut-être suis-je en train de rêver les yeux ouverts, mais c’est cette (bonne) illusion qui me fait vivre en ces temps difficiles...


                                  • Marc P (---.---.254.125) 17 juin 2006 11:44

                                    Merci Zen pour ta réaction,

                                    Elle donne du baume au coeur...

                                    Et je me demande si notre cybermonde saura se montrer davantage un allié ou plutôt un frein de plus à la cause ambitieuse mais prometteuse que tu évoques...

                                    L’affaire n’est pas tranchée heureusement me dis je...

                                    Bon week end !

                                    Marc P


                                  • axion (---.---.174.250) 16 juin 2006 21:47

                                    Je n’ai découvert le sens de la philosophie qu’à l’âge adulte. En classe, mes professeurs se sont contentés de valider ma capacité à réaliser une rédaction structurée, argumentée, qui ne laissait aucune place à ma propre réflexion personnelle, mais comptait l’a propos et le nombre de citations d’auteurs classiques.

                                    Bref, absolument consternant et sans aucune utilité pour les élèves.

                                    Je n’ai pas passé de maîtrise de philosophie, mais certaines de mes connaissances l’ont fait, et ils sont d’accord pour dire que même (et surtout ?) à l’université, les seules pensées valides sont celles des classiques.

                                    Or, la philosophie est essentiellement une activité de réflexion personnelle.

                                    L’enseignement devrait donc s’attacher à encourager cette réflexion personnelle, et la capacité d’argumentation, et non de trouver comment mimer la stupide et sempiternelle argumentation thèse, antithèse, synthèse.

                                    Kant faisait-il des thèses, antithèses, synthèses ? NON

                                    Descartes faisait-il des thèses, antithèse, synthèses ? NON

                                    Faire une thèse, antithèse, synthèse, ce n’est pas philisopher, c’est juste parler de philosophie.

                                    La philosophie à l’école n’apprend pas aux enfants à s’ouvrir, à réfléchir par eux-même, la philosophie à l’école n’apprend aux élèves qu’à savoir parler de philosophie (proprement barbant) et à avoir de bonnes notes en philosophie (utile pour avoir le bac).

                                    Mon propos est certes trop tranché, les lecteurs sauront d’eux-même adoucir le ton de mon post et y reconnaitre un reste de frustration d’avoir perdu mon temps à cette époque.


                                    • Gnole (---.---.192.187) 16 juin 2006 22:18

                                      C’est en fait tout le problème de l’enseignement en général et de la philosophie en particulier... il existe des dogmes indépassables pour le système.

                                      Je n’ai pas aprécier mes cours de philosophie de terminale sans doute parce que je me suis « facher » avec mon prof dès mon premier devoir concernant un obscur Paul je ne sais plus qui dont la thès principale ne me plaisait pas du tout... je me suis donc appliqué à tenter de démontrer que l’approche du dit philosophe était bancale sur certains points et qu’une autre approche était envisageable... j’étais très fier de moi, c’est sans doute la première fois que dans un devoir j’ai mis ce que je pensait par moi même...

                                      Résultat... 4/20

                                      Incompréhension totale de ma part, à la fin du cours je vais voir mon prof de philo et lui demande quelques explications (les quelques traits rouges et note lapidaires dans la marge, dans le genre non argumenté, m’avait laissé sur ma faim)... ceci pour m’entendre dire que Paul Machin était un grand philosophe et que moi pauvre Lycéen à peine formé n’avait pas la capacité intellectuel de le récuser... bref on me demande une rédaction critique sur un texte qu’il ne faut pas critiquer... un « l’auteur à raison en tout » m’aurait sans doute attiré un 20...

                                      Tout cela pour finir mon année à 6 de moyenne en philo (pas très grave pour un Bac S, mais moi qui lisait beaucoup d’écrits philosophiques à l’époque ça me restait en travers de la gorge...). Qu’à cela ne tienne, arriva le bac et son épreuve tant redoutée... n’ayant plus trop d’illusions sur ma note, je me lançait sans complèxe dans une démonstration de 3 fauilles doubles sur « l’imagination a-t-elle un sens dans la réalité » écornant au passage quelques grand noms de la philosophie dont Aristote et Kant (quand on à plus rien à perdre ;) ... résultat un magnifique 18/20 (qui me fait encore plaisir aujourd’hui). Je suppose que je suis tombé sur un correcteur ouvert et qui s’est arreté plus sur la démonstration que sur le formatage de l’esprit...

                                      Tout cela pour dire que je pense pour ma part qu’il n’y a pas d’enseignement de la philosophie au lycée, juste une formation à l’histoire de la philo qui ne vaux pas tripette et c’est la le principal problème (soit dit en passant on le trouve également dans des disciplines dites dures comme les math ou la physique ou on ne demande bien souvent qu’un niveau zéro de réflexion et une capacité à dégurgiter un cours... Montaigne doit se retourner dans sa tombe !)


                                    • nono (---.---.94.25) 17 juin 2006 08:48

                                      On s’en tape de la philo .... C’est pas la philo qui va donner des formations qualifiantes et assurer de trouver une place dans le monde du travail aux jeunes...

                                      On ferait mieux de réadapter l’offre de formation pour les jeunes et mettre en place un outil d’evaluation et de recalibrage de l’offre de formation tout les 5 ans par exemple.

                                      L’education nationale par son offre de formation prend les jeunes et la nation pour des cons... au frais du contribuable pour protéger des intérets corporatistes...

                                      Une fois de plus vous posez une question a coté de la plaque sur notre système éducatif.... vous vivez sur la planète mars ou quoi ou alors vous etes prof ou etudiant en philo... ce qui expliquerais mieux la mauvaise question...


                                      • herbe (---.---.27.107) 17 juin 2006 09:18

                                        comme quoi la crainte lucide de Marc P se concrétise...


                                      • Marc P (---.---.254.125) 17 juin 2006 11:48

                                        En effet, mais dans ce débat d’Agorisants(certes tendancieux ou subjectif), votre avis semble prévaloir Herbe...

                                        Puisse t il l’emporter un jour !

                                        Cordialement.

                                        Marc P

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