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Accueil du site > Actualités > Société > Impossible de prévoir les démons

Impossible de prévoir les démons

J’espère que ce billet n’aggravera pas l’état de Me Eolas dont le sang, paraît-il, s’est "glacé" récemment à cause de moi.

Un homme est condamné en 2006 par la cour d’assises des Hauts-de-Seine à dix ans d’emprisonnement pour le viol en 2004, sous la menace d’un couteau et d’un tournevis, d’une jeune femme qui faisait son jogging. Au bout de seulement cinq ans d’incarcération, il est placé en libération conditionnelle par un juge de l’application des peines. Deux expertises psychiatriques auraient validé cette décision, l’une de manière mesurée, l’autre en l’estimant "excellente".

Ce même homme, après avoir respecté le suivi socio-judiciaire auquel il avait été astreint, a été interpellé le 7 septembre et a déclaré avoir tué, également à coups de couteau et de tournevis, une jeune femme de vingt-neuf ans après avoir tenté de la violer, alors qu’elle effectuait un jogging le 5 au soir à Marcq-en-Baroeul, dans le Nord. Il conduisait les policiers dans la forêt de Phalempin où le corps de sa victime était découvert. Déféré et placé sous mandat de dépôt, il a été mis en examen à Lille pour enlèvement, séquestration et viol avec arme suivi de meurtre.

Je n’ai pas envie de répéter que l’exécution des peines criminelles, dans certaines affaires, peut choquer, voire indigner. En tout cas, au moins susciter l’incompréhension. Il y aurait trop à dire en l’occurrence et à nouveau on se préoccuperait davantage de dénoncer mon absence de corporatisme et de solidarité judiciaire que d’examiner le fond de ma critique.

Il n’empêche que la répétition obsessionnelle d’agissements criminels similaires, avec une terrible aggravation, ne nous permet pas d’éluder la réflexion sur les critères qui ont justifié un avenir de liberté même conditionnelle pour leur auteur après son premier forfait. Sa victime d’alors, Caroline, avec une lucidité aiguisée par le souvenir du drame, souligne que ce qui est survenu il y a peu était "prévisible" (Le post, RTL, Europe 1, France Inter, Le Figaro). 

Il serait risible et surtout indécent, d’ironiser sur des experts qui à l’évidence se sont trompés sur l’évolution de la personne qu’ils étaient chargés d’examiner. Pouvaient-ils d’ailleurs faire autre chose que supputer, supposer, espérer ? Comment l’un d’eux a-t-il eu l’aplomb d’approuver sans retenue la libération conditionnelle ? Comme si psychologues et psychiatres étaient capables de mettre de la prévision là ou règne l’incertitude de la vie, de la certitude là où le déséquilibre et les fluctuations d’une personnalité créent souvent un cheminement erratique, de la plausibilité quand l’âme est soumise quelquefois à une inventivité et à une malfaisance folles. il faut arrêter de se réfugier, pour se donner bonne conscience et s’offrir de vagues garanties, derrière un discours qui, même s’il est prudent et compétent, laisse volontiers passer un parfum "scientiste" de vérité prétendument indiscutable. Les experts demeurent en face d’un inconnu qui, au sein de la personne à déchiffrer, les condamne à formuler des hypothèses, à écarter au mieux le pire, à pronostiquer exceptionnellement le meilleur. Mais l’homme a des ombres, des recoins, il se cache autant à eux qu’il se cache à lui-même. Ils affirment que sans risque il peut retrouver l’air libre mais le prochain crime les confrontera à leur finitude. Je suis persuadé que c’est en réalité accabler les psychologues que de leur confier la lourde mission de nous décharger de notre responsabilité et de nous prédire un futur qu’ils sont impuissants à deviner. Sauf à se hausser dramatiquement du col. Ils devraient, plus que personne, accepter cette conviction mélancolique que le crime menace inéluctablement au creux de quelques existences et ne pas mythifier cette humanité dont la réalité ne cesse d’attiser les pulsions.

Autant, dans le débat judiciaire, ils apportent une lumière nécessaire à l’élaboration d’une peine équitable, autant ils donnent aux magistrats et aux jurés des pistes de nature à enrichir l’appréhension de l’accusé ou de la victime, autant, pour éclairer l’avenir au sortir de la prison, ils sont désarmés. Pour ces criminels sexuels, ils ne peuvent pas davantage soutenir qu’ils seront à l’abri d’une pulsion irrépressible que l’inverse. On leur demande trop quand, tout au plus, leur intuition nue n’a le secours que d’une expérience professionnelle qui n’évite pas les paris.

Ils sont évidemment incapables de prévoir les démons.

Cet homme, nous signale le procureur de Lille, a suivi à la lettre les prescriptions socio-judiciaires. Pourtant, les crimes ont été commis en même temps qu’il s’adonnait à la "normalité" qui lui était imposée et que peut-être il avait adoptée en croyant à ses bienfaits. Mais le fascinant et le redoutable tiennent à cette coexistence, dans certains destins criminels - coupables mais aussi victimes d’eux-mêmes -, du jour et de la nuit, d’une quotidienneté cherchant à stabiliser et d’un territoire sombre prêt à surgir, d’un équilibre précaire et d’une maladie noire, des banalités et des démons. A cette intime confusion entre le désir de se pacifier et la hantise de se perdre. Qu’à côté du suivi donnant l’impression d’une réussite ait pu se développer la montée et la poussée de l’horreur - comme si le même être était clivé en se présentant rassurant mais en se sachant possédé - constitue le lugubre enseignement de cette tragique histoire. Celle-ci démontre aussi que le manque de moyens dénoncé par l’USM n’est pas tout. Pendant que l’officiel mis en place fonctionne correctement, l’officieux intime se déglingue. Les crédits ne peuvent pas lutter contre ces tréfonds à l’égard desquels celui qui aurait seule prise sur eux s’abandonne au contraire à leur obscure toute puissance (JDD.fr).

L’article 729 du code de procédure pénale décrète, sans aucun humour, que "la libération conditionnelle tend à la réinsertion des condamnés et à la prévention de la récidive". Pourquoi ne pas tenter d’expérimenter un autre système ? Une analyse lucide des comportements et des infractions pour échapper à un subjectivisme forcené qui ne cesse de faire de terribles dégâts. Pourquoi ne pas s’interroger sur une prévention de la récidive qui résulterait plus de l’exécution de la peine que de son affaiblissement ?

Si on ne prévoit pas les démons, on peut au moins retarder leur sortie.


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82 réactions à cet article    


    • BlackMatter 9 septembre 2010 18:56

      Sur la page dont vous mettez le lien, j’ai cru remarqué le texte suivant : « À l’inverse, le risque d’erreur judiciaire ne doit pas, pour autant, leur faire refuser de voir les cas dans lesquels aucun doute n’est à retenir. »

      Ben ça n’empêche pas les erreurs judiciaires.
      Tous les comdamnés l’ont été par des jurys au dela de tout doute raisonnable comme dit ll loi. Pour les jurys il n’y avait pas de doute.
      Et pourtant, il y a eu des erreurs judiciaires avérées par la suite.

      Et je suis sûr que vous n’aimeriez pas être condamnés à mort alors que vous êtes innocents... La tête sous la guillotine, vous seriez toujours aussi sûr que ce que vous avancez ou preferiez vous avoir quelques années devant vous pour prouvez votre innocence même si vous devez les passer en prison ?


    • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 9 septembre 2010 19:11

      « La tête sous la guillotine »

      Remarque archaïque ne correspondant en rien à ce que j’ai écrit.


    • BlackMatter 9 septembre 2010 19:41

      Ben vous êtes plutot de mauvaise foi

      Vous écrivez :
      « En conséquence, la peine de mort peut être appliquée à des primo-criminels avérés afin de rendre la justice pour le crime perpétré et assurer la société de l’élimination de tout risque de récidive. »

      Vous partez donc du principe qu’on peut être sûr à 100% qu’un primo-criminel soit avéré...
      Il n’y a donc jamais d’erreur judiciaire et il est inutile alors de laisser le temps en prison lui offrir une chance de prouver son innocence...
      Et tant pis si des innocents se prenne une injection létale (ce qui n’est guère moins archaique que la guillotine, il s’agit de donner la mort), pourvu qu’on élimine le risque de récidive.

      On peut aussi dire qu’un innocent en prison va se battre pour faire triompher la vérité, pour que le vrai coupable soit identifiée ce qui évitera une éventuelle récidive. Et il faut parfois des dizaines d’années !
      Par contre, si l’innocent a été exécuté, je vous laisse deviner le reste.


    • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 9 septembre 2010 23:34

      « vous êtes plutot de mauvaise foi »

      Non. J’assume tout ce que j’écris.
      Mais, je n’ai absolument pas mentionné « l’archaïque guillotine » au titre des modalités d’exécution.
      C’est vous qui en avez parlé.


    • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 10 septembre 2010 09:29

      @JPL


      Non à la peine de mort. Pour quelque raison que ce soit, c’est le début d’une dérive. Mais quiconque a commis deux (2) actes de violence graves ne devrait pas être remis en liberté. S’il l’est, c’est le début d’une autre dérive. On parle de prévision. NON ! On suppute les chances que le récidiviste s’amende, alors que l’important est la possibilité qu’il ne s’amende pas.

      Le but premier de la justice N’EST PAS de punir les coupables. Le but premier de la justice N’EST PAS de les réhabiliter. Le but premier de la justice est de proteger les innocents.

      Je vais de ce clic proposer un article . Un simple fait vécu qui m’a profondément marqué j’espère qu’il sera publié sur Avox. (Le lien ci-dessous n’est pas vers cet article)


       Pierre JC Allard



    • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 10 septembre 2010 11:28

      Par Pierre JC Allard (xxx.xxx.xxx.52) 10 septembre 09:29
      « Non à la peine de mort ».

      Vous avez parfaitement le droit de le proclamer. Je n’en ai pas moins de légitimité à penser le contraire.


    • Cogno2 10 septembre 2010 12:05

      Vous avez parfaitement le droit de le proclamer. Je n’en ai pas moins de légitimité à penser le contraire.

      Et sinon pour les erreurs judiciaires ?
      C’est vous qui assumerez les cas d’exécution d’innocents ?
      Vouloir la peine de mort c’est réagir à l’émotif, à l’instantané, sans voir les conséquences qu’il y a derrière.
      Et je rigolerai si c’était vous qui étiez condamné et exécuté par erreur.

      Ah oui, et oubliez le coté dissuasif de la peine de mort, ou que vous regardiez, ça n’a jamais fonctionné.


    • BlackMatter 10 septembre 2010 18:55

      Jean-Pierre Llabrés se moque bien des arguments que l’on peut apporté.
      Même la main dans le sac de ses contradictions, il continuera à jouer au innocent tel un politique verreux pris en flagrant délit.

      IL NE VEUT QUE FAIRE DE LA PROPAGANDE ET DE LA PUBLICITE VERS SON BLOG.
      IL NE S AGIT EN AUCUNE MANIERE DE DEBAT.


    • BlackMatter 10 septembre 2010 19:06

      « Ah oui, et oubliez le coté dissuasif de la peine de mort, ou que vous regardiez, ça n’a jamais fonctionné. »

      Et oui.
      Et pour une raison assez simple : quand on commet un crime ou un délit, on part du principe qu’on ne se fera pas prendre.... C’est de la psychologie niveau débutant.


    • Fergus Fergus 9 septembre 2010 16:41

      Bonjour, Philippe.

      Ces affaires de récidive sont particulièrement éprouvantes car elles soulignent en effet les carences de la justice et des experts chargés de se prononcer sur la dangerosité des individus. 

      Cela dit, je ne comprends pas que, dans des cas analogues, il ne soit pas recouru systématiquement au bracelet GPS, d’un coût pourtant relativement faible en regard de risques de récidive que l’on ne peut pas évaluer. Certes, ce bracelet ne peut en théorie empêcher de se commettre un crime. Mais il est fortement dissuasif pour les pervers ordinaires capables de calcul et qui ont forcément conscience du fait qu’ils seront très vite repris et réincarcérés pour de nombreuses années. Ce bracelet risque pourtant, et c’est là sa limite, d’être inopérant sur les cas qui relèvent d’une grave pathologie pouvant conduire à des passages à l’acte sur des pulsions irrépressibles.

      Un autre débat devrait être ouvert sur l’application des peines. S’il est vrai qu’il faut toujours donner un espoir de sortie anticipée aux détenus, sans aucun doute y a-t-il une réforme à conduire sur ce thème. Car la diversité des peines prononcées pour un même crime peut être effarante et aller du simple au triple pour un viol de nature identique (par exemple 6 ans ici et 18 ans là). Certes, l’histoire des condamnés n’est pas la même, pas plus que la personnalité des victimes ou le poids du milieu. Mais au delà de ces éléments, ce qui joue de plus en plus, et vous êtes bien placé pour le savoir via les confidences des magistrats, c’est la manière dont les jurés tiennent ou ne tiennent pas compte des réductions de peine, souvent en fonction de l’attitude et du discours d’un président ici plus ou moins directif, là plus ou moins impliqué.


      • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 9 septembre 2010 16:57


        Article intéressant. En tant que psychologue, je suis assez d’accord avec les idées avancées et, en particulier, la conclusion.

        Je crois que les prétendues expertises psychiatriques ou psychologiques sont avant tout pifométriques dès lors qu’elles se prétendent prospectives.
        La première loi de la psychologie n’est autre que la loi du vivant : la reproduction. Ce qu’au niveau psychologique, on appelle l’habitude. Le fameux « qui a bu, boira » en est un exemple.

        Il faut de très sérieuses raisons pour pouvoir écarter avec confiance l’hypothèse la plus probable qui est que celui qui a commis un acte délictueux sur la base de pulsions toujours présentes le commettra à nouveau, car la raison est toujours la dupe de l’émotion.

        Dans le doute, il vaut mieux éviter d’écarter l’hypothèse en question.
        Quitte à récompenser les détenus criminels pour bonne conduite, je préfèrerai qu’on le fasse avec de l’argent par exemple ou de meilleures conditions de détention plutôt que par un allègement de la peine.


        • Gaston_06 9 septembre 2010 18:55

          En tant que psychiatre (non expert), j’attends effectivement toujours la littérature scientifique qui attesterait de l’utilité et de la pertinence des expertises psychologiques et psychiatriques censées évaluer le risque de récidive.
          Par contre je ne suis pas d’accord avec votre conclusion, ni celle de l’auteur, qui me paraît une pente glissante vers l’enfermement définitif de tous les « déviants » « au cas où ». Avec cette logique on ne laisse plus sortir personne de prison (violeurs, voleurs, agresseurs...) puisque statistiquement ils sont tous à risque de récidive.


        • Philou017 Philou017 9 septembre 2010 22:34

          je suis assez d’accord avec l’incapacité des psychiatres à prévoir l’évolution d’une personne déséquilibrée à travers une expertise. Maintenant ca ne veut pas dire qu’il ne faille pas envisager l’amélioration de son état et la fin de ses actes criminels.

          Mais pour cela, il faudrait un suivi médical fort, et non seulement cela, mais la mise en place de thérapies permettant une vraie évolution de la personne, ainsi que l’observation la plus précise de son état et évolution.

          Or, nos prisons sont dans un état lamentable, et hébergent de nombreuses personnes présentant des problèmes psychologiques graves, et qui ne reçoivent que très peu d’assistance.
          De plus, dans l’entassement des prisons, les actes sexuels déviants sont nombreux et les cas de prisonniers violés sont multiples.

          Dans ces conditions, comment s’étonner de récidives, spécialement chez ceux présentant des troubles psychologiques. Je suis même étonné qu’il n’y en ait pas plus.
          La prison aujourd’hui ne peut plus remplir sa fonction d’offre de rédemption et les conditions qui y règnent peuvent dans pas mal de cas aggraver le risque criminogène et de récidive.

          Les pays développés qui connaissent une criminalité faible ont eux en général de bonnes prisons, avec un accompagnement conséquent des détenus.

          Cet état des prisons est à mon avis aussi une attitude criminelle, concernant les politiques qui en sont responsables (les mêmes qui stigmatisent l’insécurité).

          Ce qui est prévisible, c’est qu’une partie du peuple, dans sa profonde bêtise, demandera à l’avenir plus de sécurité et de sévérité, en oubliant que le répréssif ne peut être qu’une partie d’un arsenal sécuritaire efficace.
          Bonjour le retour au moyen-âge de la pensée.


        • Gaston_06 10 septembre 2010 08:24

          Je pense surtout qu’il faut éviter de confondre justice et psychiatrie, et d’avoir des demandes irréalistes concernant la psychiatrie.
          La psychiatrie sert à soigner les maladies mentales. Pas à punir ou à gérer des délinquants. Donc encore moins à prévoir ou empêcher la récidive de crimes ou de délits.
          Ca, c’est de la criminologie (et encore), qui n’est pas une science plus exacte que la psychiatrie.


        • Dominitille 9 septembre 2010 17:39

          Supprimer les remises de peine serait un minimum. Un crime commis et puni à x années de prison doit pouvoir être fait en totalité. La justice française est trop laxiste et permissive avec les délinquants et oublieuse de ses devoirs envers le peuple français dont elle doit défendre les intérêts. 
          Le constant est terrible d’ années en années, les libérations anticipées sont plus souvent des échecs cruels que de véritables réinsertions dans la société, qui elle ne veut pas de ces brebis galeuses. 
           


          • Fergus Fergus 9 septembre 2010 18:52

            Non, Dominitille, la remise de peine doit être maintenue car elle est un élément très fort d’équilibre psychologique des détenus qui peuvent s’accrocher à un espoir, aussi ténu soit-il. En revanche, il conviendrait sans doute de ramener la possibilité de remise de peine de 50% actuellement à 20 ou 25% au maximum. Et sans doute faudrait-il que les peines soient prononcées de manière transparente par les jurys, c’est à dire sans que soit fait par les membres de ces jurys un calcul de peine sur le fait que le condamé béneficiera ou non d’une remise durant sa détention.

            Autre chose : contrairement à ce que vous écrivez, les récidives en matière criminelle sont peu nombreuses, fort heureusement, Philippe Bilger pourra le confirmer. Mais elles sont souvent très médiatisées et, compte tenu de l’horreur qu’elles suscitent, engendrent des réactions épidermiques ou des prises de position démagogiques parfois totalement déraisonnables. Le problème n’est évidemement pas simple, mais il doit être traité avec le recul nécessaire et en évitant dans la mesure du possible de faire parler son instinct, ce qui n’est pas toujours facile, j’en conviens.

            Bonne journée.


          • Furax Furax 9 septembre 2010 19:16

             « la remise de peine doit être maintenue car elle est un élément très fort d’équilibre psychologique des détenus qui peuvent s’accrocher à un espoir, »

            Cette phrase est aujourd’hui inaudible. Ca suffit !
            Je ne parle même pas de la malheureuse jeune femme, mais de son ami, de ses proches. Qu’en est-il de leur « équilibre psychologique » ? A quel espoir vont-ils s’accrocher ?

            Les mots semblent totalement dénués de sens :
            Qu’est’ce qu’une « perpète » limitée à vingt ans ?
            Peut-on parler de « pulsion » à propos d’un type qui fait des repérages depuis des jours et passe ses nuits à traquer sur internet ?

            Enfin, la moindre des choses serait de diffuser largement dans les médias l’identité des « experts » voire des juges d’application des peines qui commettent des erreurs aussi graves de conséquences


          • Fergus Fergus 9 septembre 2010 20:00

            Je crains, Furax, que vous ne parliez avec votre instinct, pas avec votre raison. Qu’il faille prendre des mesures drastiques pour sinon éliminer, du moins réduire considérablement le nombre des récidives criminelles ne fait aucun doute, et j’y souscris sans hésiter. Cela dit, quand je mentionne la nécessité de garder au détenu un minimum d’espoir, ce n’est évidemment pas par compassion pour un homme qui a commis un acte horrible, mais par pragmatisme, et cela tous le personnel pénitentiaire le sait parfaitement.

            Pour ce qui est des « pulsions » régulèrement mises en avant par les pervers et leurs avocats pour expliquer l’inexplicable, nul doute qu’il s’agit là d’un système d’atténuation de la responsabilité inacceptable dans nombre de cas, et probablement dans celui qui nous occupe aujourd’hui. Mais il existe aussi des cas pathologiques tels que ces pulsions existent et existeraient y compris si le libéré conditionnel portait un bracelet électronique. Ni vous ni moi n’y pouvons rien, hélas ! D’où la nécessité de trouver des solutions adaptées qui puissent satisfaire la légitime attente des victimes, mais également le traitement humain de leurs bourreaux irresponsables.

            Bonne soirée.


          • Dominitille 10 septembre 2010 20:54

            Bonsoir Fergus,
            Je ne suis pas d’ accord avec vous. Une peine de 10 ans prononcé par un tribunal lors d’un procès en assises doit être exécutée en totalité. Le condamné a commis un crime parfois irréparable, donc il doit être puni et vous, vous voudriez maintenir les remises de peine parcequ’il doit se réadapter dans la société ? mais moi, je ne veux pas de ce type dans la société tant qu ’il n’a pas payé sa dette pour cette société.
             Cessons de croire que ces criminels ont compris la leçon et que le fait de les condamner fait d’eux des agneaux. Ils se fichent royalement de leurs victimes. 
            Cessons de nous apitoyer pour ces criminels, apitoyons nous d’ abord et seulement pour les victimes. 
             


          • Fergus Fergus 12 septembre 2010 09:38

            @ Dominitille.

            Le problème, c’est que de plus en plus de jurés, sourds aux avertissements du président du tribunal, tiennent compte de ces remises de peine et votent en conséquence pour une peine aggravée censée compenser dans leur esprit cette remise de peine qui les heurte.

            Résultat : tel condamné prendra 15 ans de réclusion au lieu des 10 qui correspondent plus à la faute commise. Et il n’est pas rare désormais de voir appliquer à des viols simples des peines proches du maximum (20 ans), précisément pour tenir compte des remises de peine. 

            C’est n’importe quoi ! Raison pour laquelle il faut réformer ce système et diminuer fortement les remises de peine, mais sans les annuler pour les raisons évoquées plus haut, puisque de toute manière la remise de peine est d’ores et déjà intégrée dans la peine prononcée dans la plupart des cas. Mais sans discernement et avec d’énormes disparités liées à le personnalité du président du jury et à sa capacité à canaliser ou non, voire à orienter, le vote des jurés.

            Bnne journée.


          • Dominitille 12 septembre 2010 17:17

            Fergus,
            Qu’ est-ce qu’un viol simple ??? oseriez-vous dire à une victime de viol simple qu’ après tout 10 ans c’est beaucoup trop car son bourreau a le droit de se réinsérer dans la société ? 
            Les Français ont-ils tant de mal à punir les responsables d’ actes criminels ?
            On fait tout un battage honteux pour la réinsertion de criminels, mais que fait-on pour la réinsertion de leurs victimes ? L’ administration française est-elle si soucieuse de vouloir atténuer leur douleur ? Quels hommes ou femmes publics, politiques ont réellement pris en compte le désarroi des victimes ? 
            Pour indemniser une victime c’est le parcours du combatant. On hiérarchise la violence subie. Mais quant aux condamnés la remise de peine est automatique ! 
            En France, doit-on être plutôt bourreau que victime pour se sentir compris par la société ??
             
             


          • Fergus Fergus 12 septembre 2010 17:54

            Ne vous méprenez pas, Dominitille, je ne prétends évidemment pas diminuer la responsabilité d’un auteur de viol. Ayant été juré d’assises confronté à des affaires de viol aggravé particulièrement éprouvantes car destructrices pour les victimes, je fais simplement la différence la différence entre un viol sans violence physique particulière et un viol commis sous la menace d’une arme ou accompagné de coups particulièrement violents, entre un viol commis sur une personne adulte non diminuée et un viol commis sur une personne dépendante par un adulte ayant autorité sur elle.

            A l’évidence il doit subsister une échelle de peines correspondant à la gravité des faits commis. Actuellement le maximum pour un viol est de 20 ans, et je m’étonne que les verdicts pour un viol simple, dans le sens où je l’ai décrit ci-dessus, se rapprochent désormais très souvent de ce maximum. Si un viol simple doit valoir 15 ans, alors le viol aggravé doit désormais être puni d’une peine allant jusqu’à 25 ans. Je ne dis rien d’autre concernant le tarif. Mais, même si cette échelle de peines devait évoluer vers plus de sévérité, je maintiens qu’il faudrait conserver un volant, sans doute réduit mais réel, de remise pour les raisons invoquées antérieurement.

            Bonne journée.


          • antonio 9 septembre 2010 17:47

            J’ai vu le témoignage de sa première victime de ce criminel, une jeune femme qui a fait preuve d’un sang-froid extraordinaire, admirable, ce qui lui a permis de sauver sa vie.
            A l’annonce de sa libération, elle a déménagé ; et elle l’affirme : « J’ai toujours su qu’il recommencerait ». 
            Ne pouvait-on pas « entendre » cette jeune femme lors du délibéré pour la mise en liberté conditionnelle ? Elle le dit : « Il portait ça en lui... »

            Condamné à 10 ans de réclusion, il n’en fait que 5...
            Personne ne comprend.

            D’accord avec votre conclusion.


            • leypanou 9 septembre 2010 18:00

              « Condamné à 10 ans de réclusion, il n’en fait que 5... » : vous auriez préféré combien : 20 ? Ce serait pas mal effectivement. Je crois même qu’on peut aller jusqu’à 30. Et pendant qu’on y est, pourquoi pas 40 ?


            • Fergus Fergus 9 septembre 2010 19:01

              @ Antonio.

              Les victimes sont évidemment les dernières personnes à pouvoir donner un avis « objectif » sur un criminel. Peut-être pourraient-elles donner leur avis, comme cela se pratique dans d’autres pays, mais à titre uniquement consultatif. Impossible d’aller au delà car nombre des victimes, encore traumatisées, sont dans l’incapacité d’exprimer une opinion dénuée d’implication personnelle forte, voire d’un désir de vengeance toujours présent des années après.

              Bonne journée.


            • Gaston_06 9 septembre 2010 19:02

              Vous pensez qu’il y a beaucoup de victimes de violeurs qui affirment « C’est bon, vous pouvez le libérer, je suis sûre qu’il ne recommencera pas ! » ?


            • antonio 10 septembre 2010 00:04

              @ Fergus,
              D’accord avec vous sur l’essentiel...disons à titre consultatif, bien sûr ; il faut dire que la personnalité de cette femme qui témoignait m’a frappée : elle faisait preuve de recul ; mais c’est vrai que peu de victimes sont capables d’un tel esprit d’analyse, ce qui se comprend aisément.


            • antonio 10 septembre 2010 00:06

              @ Leypanou,
              N’importe quoi ! condamné à 10 ans, qu’il en fasse 10, c’est tout.


            • jean 9 septembre 2010 17:57

              Bonsoir Philippe, merci de cet article, probléme insoluble que le traitement de « monstres » que pensez vous de la prison sans gardiens en Corses ? espace laboratoire depuis 60 ans bientot et avec 0% de récidive ?


              • Yaltanne 10 septembre 2010 11:12

                Jean : Ah oui ? Ça existe la prison sans gardiens ? Comment cela fonctionne-t-il ?
                Un lien peut-être ?

                 :)


              • Yohan Yohan 9 septembre 2010 18:21

                Les psychos sérieux n’ont pas de certitudes. D’ailleurs, il faudrait se garder d’en avoir sur ce genre d’individu. Quitte à prendre un avis, je me serai fié plutôt à celui de la précédente victime de ce monstre. La question est de savoir "pourquoi remettre ce genre d’individu en service avant la fin de sa peine, sans autre préconisation qu’un vague suivi social et médical, surtout quand on en connait les limites ? 
                Je m’adresse à vous Monsieur Bilger et au travers de vous, à votre corporation. Le bracelet électronique est-il fait pour les chiens ? car il est fort possible que ce détraqué aurait hésité avant de passer à l’action s’il avait eu le bracelet électronique. Vous ne m’oterez pas de l’idée que l’idée de passer au travers ne l’ait pas effleuré au moment se mettre en chasse....


                • paul 9 septembre 2010 18:23

                  Devant cette grosse erreur qui a été commise comme d’autres récemment (Toulouse) , tout le monde réagit comme Mme Michu : les expert qui ont laissé sortir le criminel sont nuls,
                  il faut durcir les peines , la castration est peut être la meilleure solution ....
                  D’ailleurs pour un fait divers dramatique analogue, sarko la mine grave, flanqué de Dati l’incompétente, sur le perron de l’Élysée, en avait profité pour justifier sa peine-plancher .
                  Au 20 h de TF1, le téléspectateur pose sa cuillère à soupe et applaudit !

                  La grande misère du monde judiciaire s’est aggravée ces dernières années, non seulement avec les restrictions budgétaires , mais avec le tout répressif . Notamment la psychiatrie est
                  le parent pauvre de ce ministère .Quel spécialiste veut travailler dans le monde carcéral quand il sait qu’il n’aura aucun moyen nécessaire ?

                   http://www.medicosocial.com/spip.php?article10


                  • Diva Diva 9 septembre 2010 19:17

                    Face à la potentialité de la récidive de ce genre de comportement, il n’ y a pas d’autre solution, en cas d’absence de peine de mort, que celle qui consiste à de ne plus jamais laisser sortir ces individus !

                    Car à mes yeux, il n’est plus possible de faire confiance à un individu qui s’est rendu coupable de ce genre de comportement notoirement criminel.
                    Dans la mesure où je ne crois absolument pas à la moindre possibilité de réinsertion, en pareil cas, ne plus jamais laisser ce genre de criminel recouvrer le moyen de recommencer, me semble relever du bon sens le plus élémentaire !

                    Je rajouterais même que les individus responsables de sa sortie, et peu m’importe qu’ils aient ou non respecté la loi, sont au moins autant coupable que le récidiviste, qui n’aurait pu récidiver sans eux !

                    La loi est parfois mal faite, laxiste, débonnaire, et il serait temps, si nous voulons éviter d’autres drames, de rendre à la perpétuité sa véritable définition !


                    • Fergus Fergus 9 septembre 2010 20:07

                      Je comprends ce que vous dites, Diva, mais si l’on vous écoutait, cela reviendrait à supprimer toute hiérarchisation de la peine liée à la gravité des faits : un viol simple, au motif qu ’il pourrait donner lieu à récidive, devrait valoir à son auteur la même peine que celle qui serait encourue par un criminel en série, auteur de meurtres abominables.

                      C’est contraire à toute idée de justice, et cela suppose de surcroît qu’il n’existe pour personne de possibilité de rédemption.
                       
                      A lévidence, la solution n’est pas dans cette extrêmité si opposée aux principes de droit qui doivent régir la justice d’une démocratie adulte et responsable.

                      Bonne soirée. 


                    • Diva Diva 9 septembre 2010 21:18

                      Bonsoir Fergus

                      A mes yeux la notion même de viol simple est une aberration !
                      Tout viol est un crime et doit être sévèrement réprimandé par une peine d’au moins 30 ans incompressibles !

                      Certes, je ne mets pas au même niveau un violeur et un meurtrier en série, qui à mes yeux ne devrait logiquement plus jamais pouvoir sortie de prison, mais que penser alors d’un faux monnayeur qui encoure plus d’années de prison qu’un assassin d’enfants ?
                       
                      Où situer véritablement la justice dans cette hiérarchisation absurde qui conduit à considérer la vie d’un individu moins importante que du papier ?

                      Quant à la rédemption, je n’y crois guère : la prison ne permet qu’exceptionnellement à un individu de revenir moralement et psychologiquement sur la gravité de son acte. La plupart des enbastillés sortent renforcés dans l’idée que la justice, en les emprisonnant, les a privé de la liberté de s’adonner à leurs penchants funestes !

                      Il ne faut pas une éternité pour réaliser que l’on a mal agit ! Ainsi donc, un individu qui aura vécu bon nombre d’années derrière les murs d’une cellule, passera mentalement par tous les stades ; le regret, le remord, l’injustice, l’amertume, et au final, une forte envie de rattraper le temps perdu !

                      Souvent aux dépens d’une prochaine victime !

                      Comme le rappelle Allan au capitaine Haddock : « Qui a bu, boira » !

                      J’écris tout cela alors même que je ne suis pas directement concerné.
                      Mais assurément, si un membre de ma famille avait été victime de ce genre de dégénéré (car l’usine humaine n’est qu’une usine et fabrique parfois des unités totalement défectueuses), nul doute que je serais bien plus radical à l’égard de la sanction !

                      Évidemment, je sais bien que la justice est là pour gérer les conflits entre les hommes, mais il devrait y avoir, en toute logique, des solutions plus justes, à mi chemin entre la justice personnelle et une hiérarchisation des peines, inadaptée et au final, très peu répréssive !

                      Le véritable problème est que nous n’avons pas remplacé la peine de mort par un moyen efficace d’empêcher les monstres d’alimenter leur appétences !


                    • morice morice 9 septembre 2010 23:42

                      Le véritable problème est que nous n’avons pas remplacé la peine de mort par un moyen efficace d’empêcher les monstres d’alimenter leur appétences !


                      si, ça s’appelle la peine incompressible. 

                    • Yaka Yaka 9 septembre 2010 19:19

                      "Mais l’homme a des ombres, des recoins, il se cache autant à eux qu’il se cache à lui-même."

                      Je crois que c’est la raison principale de l’incertitude de l’analyse psychologique.


                      • tvargentine.com lerma 9 septembre 2010 19:34

                        SI je comprend bien,il vaut mieux violer et assassiner une femme plutôt que de braquer une banque ?????

                        Pourquoi des braqueurs de banque sont encore en prison,alors que ce fou est sorti ??

                        La justice a t-elle les moyens financiers d’avoir une short list de professionnelle en expertises non bâclées ?

                        Dans la mesure ou la justice à payer une prestation de service pour avoir des « expertises » pour ce fou,oui,je considère que la justice est responsable,à commencer à ces « fonctionnaires » dont le 1er magistrat de ce pays devrait révoquer de l’administration

                        http://www.tvargentine.com


                        • BlackMatter 9 septembre 2010 19:53

                          Ah...

                          Tu veux donner aux médecins une obligation de résultat ?
                          Mais c’est un impossible sinon il faudrait poursuivre les cancérologues chaque fois que quelqu’un meurt d’un cancer.

                          Ils ne peuvent qu’avoir une obligation de moyen et agir en fonction de l’état de la science.

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