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Accueil du site > Actualités > Société > J’ai survécu à l’entreprise !

J’ai survécu à l’entreprise !

Attention, ceci n’est pas une fiction. Ça en a pourtant la saveur. Mais c’est un récit et c’est du vécu. Cocasse et parfaitement écrit Tu m’envoies un mail ? (éditions Privé), livre d’Emmannuelle Friedmann qui oscille entre journal intime et récit de voyage, raconte les véritables aventures d’une Candide égarée dans la jungle de l’entreprise et de sa bureaucratie.
 
Candide, mais pas naïve. Inouï parce que si l’on ne travaille pas dans un des différents services qui font l’ordinaire d’une grosse compagnie on n’a peu de chance de savoir ce qui s’y passe vraiment. L’entreprise c’est la grande muette.
 
En dehors du cercle privé, qui va clamer sur les toits qu’il n’en peut plus de sa chef de service qui met la pression parce qu’elle a raté sa vie et n’a plus que la « boîte » comme horizon indépassable et le Directeur général comme dieu suprême ?
 
A l’arrivée, Emmanuelle Friedmann, qui ne pensait sûrement pas en ramener ce témoignage, propose ce qu’elle a toujours su faire : une véritable enquête journalistique. Décalée et drôle. Et un peu pathétique.

Si parfois, à propos du travail, le suicide, la souffrance, le mal-être, voire de grandes problématiques de santé publique (l’amiante ou le nucléaire) font la une de la presse, les « banals » témoignages d’insiders existent, mais ils sont plus rares. Ils sont d’autant plus précieux.
 
Seuls ceux qui n’ont rien à perdre osent lever le voile. Et Emmanuelle Friedmann n’a plus rien à perdre. Elle est entrée dans l’entreprise. Elle en est sortie. Entre temps elle a tenu jour après jour le journal de cette expérience, il n’y a pas d’autre mot.
 
Elle aurait pu concocter un guide genre L’entreprise pour les nuls ou Guide de survie dans le tertiaire. Elle a préféré la fable. Les lions ne parlent pas, peu importe, ce qui compte c’est la morale de l’histoire. Ce livre témoigne de son année passée dans un bureau, mais aussi de sa guérison.

Pourtant elle n’a pas l’air malade, elle est même plutôt spirituelle et joyeuse. On le sent bien en lisant son livre : c’est une bonne nature.

Avant d’entrer dans « l’Entreprise », elle a été pigiste ici et là, directrice de collection dans une maison d’édition, toujours payée en droits d’auteur. Des boulots qui ne lui permettent pas de gagner correctement sa vie, à peine de joindre les deux bouts
 
Soudain tout change quand le directeur général de « l’Entreprise » qui a remarqué plusieurs de ses articles parus dans un quotidien national lui propose un poste de rédactrice au sein du service communication de la société. « Fini le monde des intellos précaires ! écrit-elle, J’allais entrer dans la vraie vie. J’étais tentée par cette nouvelle opportunité qui s’offrait à moi : devenir une personne classique, sérieuse et normale. » On ne devrait jamais forcer sa nature.

L’Entreprise, on l’aura compris, est un faux nom, tout comme le sont ceux des protagonistes - Véronique Paladin, Marie Merlot, Pascale Pafrais, Marianne Lavallette, etc. . Un aspect fictionnel qui paradoxalement renforce la crédibilité de l’ouvrage. Si Emmanuelle Friedmann avait cité de vrais noms, l’aurait-on cru ? Surtout elle se serait pris un bon procès !

"Tu m’envoies un mail" est quasiment la première phrase qu’elle entend en arrivant dans le saint des saint, le service du personnel. Elle revient comme un leitmotiv, un sésame. C’est tout juste s’il ne faut pas en envoyer un pour aller pisser. Plus bureaucratique, tu meurs  ! Dans le monde de l’entreprise on appelle ça l’organisation du travail...
 
Au service du personnel on lui demande sa date de naissance, son numéro de sécu, bref, des informations qu’elle a déjà données. Après « trente minutes d’interrogatoire » où elle a « répondu patiemment à toutes les questions », la chef du personnel lui lance « tu m’envoies un mail pour me confirmer ce que tu m’as dit  ».
 
Puis, lorsqu’elle doit retirer son badge d’accès, la responsable exige qu’elle fasse sa demande par mail, idem de la part de la responsable de la formation. Mais surprise ! Lorsqu’elle arrive à son bureau, elle n’a pas d’ordinateur. Impossible d’envoyer des mails. Qu’à cela ne tienne elle téléphone au service informatique qui lui demande... d’envoyer un mail.

Comme dit l’auteur : "Bienvenue dans le pays où la vie est absurde". Elle ne sait pas encore à quel point. Chapitre après chapitre elle décrit les intrigues de couloirs entre chefs de service qui se concurrencent non pas pour travailler mieux, mais afin de se faire bien voir du « beau directeur-général » qui observe avec un cordial mépris ces conflits agiter son « harem ». Car mine de rien l’auteur s’en prend à un tabou. Celui de la mixité entre hommes et femmes dans le travail. Trop de femmes tue-t-il le travail (la réciproque est aussi vrai) ?

Elle raconte par le menu le quotidien de l’entreprise où « tout le monde se tutoie » et où chacun fait semblant d’être copain, où l’on parle un sabir incompréhensible : « Lorsqu’on anime une réunion, il faut commencer par dire : « Y’a pas de paper ? Qui peut aller chercher un paper ? »... Deux, trois mots d’anglais dans une réunion feront toujours la différence, madame l’ambassadeur ! Et on ne rigole pas, tout est dans l’apparence. Dans l’apparence d’un monde où les Américains et les Anglais sont plus in, plus efficient, plus attractive, plus incentive que nous. »

Souvent Emmanuelle Friedmann s’adresse à son lecteur. Soit elle l’interroge - « Vous est-il arrivé, comme à moi, de ne pas comprendre ce que vous disent vos nouveaux collègues ? » - soit elle constate : « Moi, naïvement, avant de faire partie du personnel de l’Entreprise, je croyais que travailler était simple  ».

Dans ce monde factice rien ne l’est, simple. Il n’y est presque jamais question de travail, mais de pathologies, de rapports humains tendus, dégradés et superficiels : « T’as vu comment elle est habillée aujourd’hui ? », « Je brasse du vent donc je suis  », « je suis débordée et j’ai plein d’amis »...

« L’Entreprise, constate avec dépit l’auteur, c’est un peu l’illustration de ce que Darwin appelait struggle for life, « la lutte pour la vie ». Les faibles, ceux qui doutent du système, sont inexorablement éjectés ».
 
Elle assistera à la mise à mort symbolique de sa chef avant de devoir elle-même quitter le navire. On lui reproche de « manquer d’ambition », de ne pas de se donner corps et âmes à son travail. Comme si les nombreuses heures supplémentaires qu’elle lui a consacré comptaient pour du beurre.
 
« Cette année passée dans l’entreprise aura été difficile, conclue-t-elle. Mais elle m’aura servi à me décider à faire ce que je voulais et que j’avais peur de faire ».

Emmanuelle Friedmann est redevenue pigiste dans la presse écrite. Elle galère à nouveau. Chaque mois elle doit se demander comment elle va payer son loyer. Mais elle est libre. Et puis maintenant elle est l’auteur d’un livre. D’un bon livre, aussi plaisant qu’instructif.
 
Avec une telle plume, elle devrait arriver à décrocher un job dans un service de com’. Est-ce vraiment tout le mal qu’on lui souhaite ?
 
Crédit photo : shutterstock/le journal du bureau
 

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17 réactions à cet article    


  • caramico 10 avril 2010 10:33

    On a tous connu ça, privé, public, des gens qui usent plus d’énergie à faire semblant de travailler qu’à vraiment le faire, des guignols qui s’agitent que quand un chef passe, des rivalités sanglantes pour un petit bout de gras.
    La question et le mystère étant : comment cette boîte arrive à survivre avec de tels incapables ?


    • thomthom 12 avril 2010 14:28

      Caramico :
      peut-être car elles sont toutes pareil


    • dupont dupont 10 avril 2010 10:45

      Chut, faut pas le dire tout ça. S’ils s’en aperçoivent on va monter à 25% de chômeurs.
      Chut encore, faut le brûler son livre à la dame.


      • K K 10 avril 2010 11:11

        principe de Peter et Hull : les grandes entreprises survivent surtout grâce à la fichue impasse de Peter. A savoir : un chef incompétent qui bloque les promotions ... donc les gens compétents ne sont pas promus et font du travail utile.


        • ChatquiChouine ChatquiChouine 10 avril 2010 12:10

          Eh oui, Principe de Dilbert


        • hunter hunter 10 avril 2010 12:02

          Salut à tous,

          Bon papier, qui donne envie de lire le bouquin.

          « C’est tout juste s’il ne faut pas en envoyer un pour aller pisser. »

          Eh bien vous ne croyez pas si bien dire ! Ca existe, en particulier dans les centres d’appels (en français « moderne », il faut dire « call centers » !!!)
           smiley

          J’ai lutté contre ça en tant qu’ancien DS et membre de CHSCT, mais en vain !
          J’ai fait mon possible, mais j’ai perdu !

          Si certains d’entre vous ont vu jeudi dernier « Envoyé Spécial », sachez que c’est très très en dessous de la réalité !

          Bon courage à tous ceux qui subissent ce genre de job.

          H /


          • tvargentine.com lerma 10 avril 2010 21:38

            Un article d’une pauvreté intellectuel écrit par un fonctionnaire ???

            En tout cas il ne semble pas connaitre,comme des millions de travailleurs en France les avantages des grandes entreprises

            Je comprend que cet article est un publi-reportage pour un bouquin de quelqu’un qui n’aime pas les entreprises

            http://www.tvargentine.com


            • rastapopulo rastapopulo 11 avril 2010 12:36

              est ce qu’agoravox relève de la psychiatrie pour que tu nous lâche « le tréfonds de ton âme » sur un sujet qui a rien avoir avec les fonctionnaires... 

              Rend toi compte que c’est obsessionnelle et que si des gens sont attachés au publique, c’est parce que c’est pas tout rose dans le privé !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!


            • L'enfoiré L’enfoiré 12 avril 2010 10:01

              Lerma,
               Un fonctionnaire ? Là, vous me faites bien rire.
               Rien à voir.
               Je ne sais dans quelle entreprise vous avez été pour affirmer cela.
               Dans une entreprise internationale, c’est parfois bien pire.
               J’ai connu les deux types d’entreprises, les petites et les grandes.
               Si on faisait les mêmes conneries dans les petites que l’on voit dans les grandes, il y aurait encore plus de faillites.


            • Halman Halman 10 avril 2010 22:40

              Article très réaliste, c’est vraiment ceux qui ne foutent rien et qui se mettent en avant qui se font bien voir par des chefs aux dents de requins mais incompétents, les autres ferment leurs gueulent et se tapent tout le boulot.

              Ils récupèrent même les erreurs des grandes gueules incompétents qui passent leur temps à bavasser avec les chefs.


              • L'enfoiré L’enfoiré 12 avril 2010 09:58

                Halmman,
                Exact très réaliste. On ne sait pas toujours où l’on va, mais on y va.
                Tête baissée, perdu par les habitudes.
                Sans plus de réflexions.
                Je vais apporter un autre aspect dans mon prochain article. smiley 


              • Marina Mars Marina Mars 11 avril 2010 10:09

                Un grand bravo à votre article, oui c’est exactement cela. Le monde de l’entreprise, n’est pas le monde du travail ; ni celui des travailleurs. C’est le monde de ceux qui brassent. Pire ! Sans résultat.  En effet, c’est le monde de la lèche-botterie, de la mauvaise foi ; le monde de celui qui fait semblant de faire et de faire croire, que c’est lui qui a fait ; juste pour plaire au patron, dont d’ailleurs, il est, et sera le premier, à tirer dans le dos.  Oui le monde de l’entreprise, n’est pas le monde du travail ! Car travailler dans le fond, aussi paradoxal que cela est ; c’est mal vu ! Car partir après l’heure, c’est plus l’heure ! Et  arriver avant l’heure, c’est surtout pas l’heure.


                • JL JL 11 avril 2010 10:48

                  Pourquoi cet article est-il pollué par autant de passages surlignés en gras ? Pour ma part, je trouve ça illisible.


                  • persil 11 avril 2010 11:43

                    C’est la grande entreprise que je connais moi aussi, si vous aimez vraiment travailler choisissez
                    les (t)pmes...


                    • pieroufff pieroufff 11 avril 2010 13:35

                      Ouaip

                      « Morituri te salutan »

                      A voir aussi « La mise à mort du travail » doc de France 2

                      Les salariés sont encore bien tendres malgré ce siècle de luttes syndicales et l’affect intervient toujours beaucoup hélas, souvent dans une reproduction plus violente et plus soumise du rapport élève-prof

                      si le peuple et les travailleurs savaient à quel point les patrons ont du mal à trouver des travailleurs compétents et honnêtes, ils auraient un salaire bien meilleur

                      on manipule et arnaque les gentils ! super modèle de société...

                      et les pseudos copains de boite, quelle pitié...

                      au moins ca donne de la marge de progression pour l’humanité

                      www.eyeswideopen.over-blog.com

                      partiel en allemand
                      www.eyeswideopen.over-blog.net


                      • pieroufff pieroufff 11 avril 2010 13:40

                        Globalement je dirais que les patrons sont pour la plupart des incompétents notoires qui sont la cause de la majorité des problèmes et conflits dans l’entreprise

                        On en revient toujours à une constatation concrète et pragmatique, dans l’immense majorité des situations, le salarié et le patron ont des intérêts opposés par la structure même d’une entreprise telle qu’elle est à l’heure actuelle

                        et les coopératives sont des solutions évidemment cachées par les puissants mais qui existent y compris comme grosse entreprise.

                        www.eyeswideopen.over-blog.com

                        partiel en allemand
                        www.eyeswideopen.over-blog.net


                        • fande 11 avril 2010 19:25

                          Excellent article. Merci de noter que le crédit photo est à attribuer à shutterstock, auquel nous sommes abonnés pour illustrer certains de nos posts.
                          Le journal du bureau.

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