Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Société > J.O. : Nationalisme et dopage de haut niveau

J.O. : Nationalisme et dopage de haut niveau

Les jeux Olympiques sont probablement la manifestation sportive la plus représentative du sport de haut niveau à savoir un cocktail de nationalisme, de dopage et d’hypocrisie.

Les Etats-Nations financent abondamment ces foires aux monstres : "repérage" des jeunes, centres d’entraînement, équipements sportifs spécifiques, stages de formation, transports, organisation des épreuves, etc. Ce sont des centaines de millions qui sont régulièrement dépensés sur fonds publics.

Aux J.O. plus qu’ailleurs, l’Etat pousse les sportifs à accomplir des prouesses, à battre des records. C’est l’honneur de la Nation qui est en jeu. Pas assez de médailles récoltées et c’est la France entière qui sera "humiliée".

Cette vision du sport sert les intérêts de l’Etat. Plus l’identification du peuple à la Nation sera forte et plus il sera facile aux hommes de l’Etat de faire "passer" en douceur des lois liberticides et collectivistes.

L’Etat incite donc fortement les sportifs au dopage.

Une absence de résultat entraînera pour un athlète la perte de ses financements publics et le désintérêt des médias. Il lui faut donc obtenir des succès, gagner des épreuves coûte que coûte.

C’est donc très logiquement poussés par le système que tous les sportifs de haut niveau se dopent, soit en prenant des substances légales ou illégales destinées à améliorer leurs performances, soit tout simplement en s’entraînant de façon outrancière ce qui a les mêmes conséquences néfastes pour leur santé.

Comme le dit Axel Kahn à propos du tour de France dans le Monde du 27-28 juillet : "c’est une compétition entre dopés qui se font prendre et dopés qui ne se font pas prendre".

Pour le dopage comme pour de multiples autres sujets de société, l’Etat lutte donc contre des désordres qu’il a lui-même créés. Cela lui permet, outre le fait d’exacerber l’esprit national, d’augmenter l’assiette de ses interventions et de ses prélèvements en mobilisant plus de justice et plus de police pour combattre les nouvelles infractions qu’il invente.

Car, faut-il le rappeler, le dopage est une infraction totalement fictive qui bafoue (une fois de plus), l’article 4 de la Déclaration des Droits de l’Homme qui figure dans le préambule de notre constitution. En quoi le fait de se doper nuit-il à autrui ? En rien bien évidemment.

Tout au plus peut-on voir dans le dopage une tricherie par rapport aux règles privées d’une compétition sportive. La sanction devrait être une exclusion ou une amende. Au pire il pourrait être question d’escroquerie lorsque des sommes d’argent sont en jeu. Mais comme certaines formes de dopage sont indétectables (entraînement intensif ou en altitude, transfusions sanguines, absorption de produits non encore classifiés) la règle, même privée, qui interdirait le dopage serait stupide.

Il est intéressant d’étudier la "morale sportive" . C’est sur la base de ce concept que l’Etat prétend justifier son interdiction du dopage lorsqu’il se présente sous la forme de l’absorption de produits classés "vénéneux".

La morale sportive c’est : que le meilleur gagne. Le meilleur, dans cette morale, c’est le sportif de haut niveau, c’est à dire un être d’exception que la Nature et sa nationalité ont doté de capacités physiques et mentales exceptionnelles. Seules la génétique et l’effort doivent déterminer sa réussite. La chance est également tolérée par la morale sportive (surtout en cas de défaite), mais aucune pratique ou produit impur ne doit venir troubler la fierté nationale. Car le corps sain de l’athlète est le reflet de la santé de la Nation. Génétique et nationalisme, tout cela ne sent pas très bon, mais les Etats-Nations n’en ont cure. L’opium sportif exhalte le peuple, soude la Nation et fait oublier les méfaits de l’étatisme.

On remarquera que la morale du "que le meilleur gagne" est par ailleurs dénoncée comme insupportable et immorale par l’Etat socialo-gaulliste lorsqu’elle est appliquée au marché, supposé fonctionner suivant le même principe, alors que c’est tout le contraire, il n’y a que des gagnants et pas de perdant dans une mécanique de marché, ce qui est loin d’être le cas du sport.

On le voit, la position de l’Etat sur le sport de haut niveau et sur le dopage sont particulièrement chaotiques et révélateurs de ce que Karl Marx et Murray Rothbard réunis appelleraient : les contradictions internes de l’étatisme


Moyenne des avis sur cet article :  4.38/5   (26 votes)




Réagissez à l'article

2 réactions à cet article    


  • Alain Bondu Alain Bondu 9 août 2008 22:49

    Entièrement d’accord avec cet article.

    Méditons le pseudo-syllogisme suivant, implicite dans le discours officiel et médiatique :

    • On sait bien que les sportifs de haut niveau se dopaient tous (ou presque, voir l’article) avant qu’une répression efficace ne se mette en place dans les années 90 et le début de la présent décennie.
    • Cette répression commence à porter ses fruits. Le dopage recule sérieusement.
    • Les performances ne baissent pas, et les records continuent à tomber
    Cherchez l’erreur...

    Plus sérieusement et personnellement, je croirai que la lutte anti-dopage porte ses fruits quand je verrai la longueur des étapes du Tour de france diminuer et que les records cesseront de tomber. Mais j’ai honte de rappeler tout cela sur Avox, la plupart des habitués ne m’a pas attendu pour avoir la même opinion.

    • Fergus fergus 10 août 2008 09:50

      D’accord sur le fond avec cet article qui stigmatise un sport professionnel entièrement conditionné par la recherche à tout prix de la performance.

      A cet égard, la réflexion d’Axel Kahn sur le Tour de France est parfaitement justifiée. Il suffit d’entendre Ricco, le vainqueur d’étape italien contrôlé positif, pour s’en persuader. Ricco, comme d’autres avant lui, dit en rigolant : "J’ai été positif sur cette étape, mais négatif sur les autres alors que j’’étais tout aussi dopé !"

      Et ce qui vaut pour le cyclisme vaut pour tous les sports, ce qui parfois donne lieu à des transformations miraculeuses de la morphologie des athlètes. Ainsi Frankie Fredericks, naguère en athlétisme, ou Alain Bernard en natation. Le pire est que le dopage sévit chez les jeunes et chez les amateurs. Même chez les cyclotouristes désireux de pouvoir afficher à leur pédigree une montée de l’Alpe d’Huez ou du Mont Ventoux dans un temps flatteur !

      Cela dit, je ne suis pas d’accord avec l’assimilation entre dopage et entraînement intensif ou entraînement en altitude. A partir de quelle dose l’entraînement deviendrait-il prohibé ? A partir de quelle altitude la recherche d’oxygénation serait-elle sujette à caution ? A l’évidence, il ne faut pas tout mélanger.

      Et puis il y a un autre aspect qui n’a pas été abordé dans l’article : la qualité des infrastructures d’entraînement. A cet égard, il existe là une véritable inégalité entre les pays du sud et ceux nord. D’où cette course à la naturalisation qui, n’en doutons pas, va se dévolopper fortement dans les années à venir. Du moins tant que les médias et le public se passionneront pour le sport, à défaut de se formaliser de ses dérives éthiques. Et cet ordre des choses n’est pas près de changer car plus l’on avance dans le temps, et plus la recherche du plaisir individuel prend le pas sur la réflexion et la morale sportive. Les braves gens veulent du pain et des jeux, on leur en donne, que dis-je, on les en gave. Et comme par le passé, ils en oublient momentanément tous les vrais problèmes, autrement dit toutes les difficultés socio-économiques.


       

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès