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Accueil du site > Actualités > Société > Je suis un intello précaire

Je suis un intello précaire

Il y a une dizaine d’année, lorsque je décidai de travailler exclusivement sur Internet, mon idée sur le sujet était simple. Je venais de publier mon premier roman dans une maison d’édition parisienne qui se cherchait un « fond d’auteurs ». Je devais être le sept cent cinquante-deuxième... -la porte se referma juste derrière moi- mais puisque j’avais décidé de ne jamais dialoguer avec la bourgeoisie et ses rejetons employés dans les médias, je m’ôtai la possibilité d’en faire ma profession.

Cette nouvelle certitude n’arrangeait pas mes affaires. Ceux qui croyaient en moi me disaient : « T’occupe pas du reste. Écris ! ». J’étais cependant très au fait des travaux de Pierre Bourdieu sur le capital symbolique et sa théorie des champs sociaux… Les conseils d’amis bienveillants ne changeaient rien à l’affaire ; tourner le dos à la bourgeoisie intellectuelle parisienne était un suicide littéraire, s’exclure de la vie intellectuelle de marché s’apparentait, ni plus ni moins, à trahir la présence d'un atavisme de classe.

C’est ainsi je commençai ma « carrière » d’intello précaire. A l’aube des années 2000, j’avais aussi sabordé un brillant avenir universitaire pour des raisons que j’exposerai sans doute un peu plus tard –des gens abjects. Je le dois sans doute -mais pas seulement, on le comprend- à ce professeur de macro-économie de la fac de Poitiers, qui, le premier jour de cours, nous avait dit, amphi 600 -il était si petit, tout en bas, devant son pupitre, que je ne voyais que la tache noire de son trois pièces-, que nous étions l’élite de la Nation et qu’il fallait nous préparer à guider ceux qui ne comprenaient pas les nécessités des temps nouveaux, etc. J’aurais pu me satisfaire d’un tel discours, - après tout, que pouvais-je espérer d’une petite fac de province ? - mais ce qui me dégoûta fut que mes 599 compagnons de banc l’applaudirent avec fureur ; fallait voir ça ! La nouvelle élite, réunie à Poitiers, ne rigolait pas ; la paume des mains leur en cuisait ! J’étais abasourdi ; étais-je le seul à savoir que la méritocratie n’existait pas, à plus forte raison dans une ploutocratie ?

Pendant mes trois ans de pionicat, puis au cours des dix années suivantes, la littérature devint mon activité principale ; toute mon énergie, mes heures, mes week-ends, ma vie privée, mes vacances, furent bookées et je m'y tins. Je dus seulement me résoudre à le faire pour la gloire... La décision, je le répète, loin d’être douloureuse me fit tout d’abord entrer en religion puis en politique. J’échappai littéralement aux dresseurs...

Ce témoignage se veut résolument optimiste et désire mitiger le misérabilisme que professent souvent les rares intellectuels qui s’intéressent à nous. Même si le livre d’Anne et Marine Rambach, dont le titre de ce papier s’est inspiré, colle parfois la sinistrose, il analyse remarquablement un phénomène social qui est passé inaperçu dans les médias et le monde littéraire mais qui est connu de longue date par les sociologues.

 

Lutte de classes

Dès mes premiers pas dans le désert qui me séparait des champs sociaux auxquels je désirais appartenir ; très loin aussi des grandes caravanes de l’information et de l’exercice officiel de la pensée, j'observais avec lucidité mes contemporains les moins regardant s’adapter au cynisme des temps et à l’imbroglio infiniment complexe qui combinent les déterminismes sociaux aux nécessités des actionnaires. Six des dix principaux milliardaires français ont dans leurs mains des conglomérats médiatiques l’Hexagone.

Pour survivre, je m’expatriai et me fis donc professeur de langues étrangères mais je continuai d’écrire comme un forçat.

 

Politique et littérature

Les intellos précaires sont en quelque sorte la frange consciente des masses en quête de symbolique ; nous sommes les « banlieusards de l’intelligentsia ». Le groupe une fois défini, il serait hasardeux d’en faire une entité compacte, agissante et douée d’une volonté de classe. Chez les intellos précaires, il y a tout d’abord ceux qui travaillent dans les grands médias, certes, mais ils sont à la pige. On en use, on les pille, on les humilie, corvéables à souhait. Et il y a les autres, ceux qui n’ont pas la chance d’avoir même un contrat et qui font autre chose pour payer les factures. J’ai parfois eu la chance de faire partie de la catégorie des corvéables à contrat précaire.

Je travaillai dans ces conditions pendant presque trois ans pour Canal+ en Espagne. A l’époque, les Guignols français et Nulle Par Ailleurs, se vendaient comme des petits pains franchisés. Les Espagnols s’étaient mis en tête de cloner ces émissions à succès. On me refila les trois cassettes des Deschiens pour en faire une analyse. Je m’en tirai tellement bien que les 100 pages écrites en quelques jours servirent de bible aux réalisateurs d’une série comique produite à la même époque. Ma chef, je me souviens, n’était pas revenue du niveau d’analyse dont j’avais fait preuve. Il faut dire que je n’avais pas le look des bureaux bobos de Canal. Elle ignorait sans doute que j’étais un homme de théâtre. L’intellectuel précaire peut aussi ne pas être bobo. Quelques semaines plus tard, je m’aperçus qu’on parlait beaucoup de ce rapport sur les Deschiens dans mon département et dans les étages supérieurs mais les collègues ne m’y associaient pas du tout. Ma chef, elle, m’avait pris à la bonne et me présenta à son mari, un psychiatre à la mode. Je fus invité à dîner chez eux et le type, sans doute piqué au vif par l’opinion de sa femme, passa au crible mes connaissances. J’eus l’impression de passer un test. J’échoue très souvent aux examens. L’idylle n’eut pas lieu mais encore une fois, le destin s’entêtait à me mettre dans la bonne direction. Il suffisait que je baisse la tête et le tour était joué.

Quelques semaines plus tard, j’appris par hasard que mon nom avait disparu du rapport. Il était maintenant, dans les griffes des producteurs et personnes dans mon département ne pouvait mettre la main dessus. Je tombai des nues ; elle m’avait pillé sans vergogne, et lorsque je revendiquai mes droits, elle me déclara entre morgue et amusement –étais-je naïf ! - que je n’étais qu’un employé et que des gens comme moi ne pouvaient rien réclamer. J’asseyai de la raisonner ; peine perdue. Les semaines suivantes, les coups de téléphone se firent plus rares ; on cessa bientôt de m’appeler puis on ne renouvela plus mon contrat... Je fis une sortie discrète de Canal+ et retournai à ma vie d’intello précaire.

 

 

Brad Pitt n’existe pas

Des années plus tard, je me retrouvai à Londres. Début octobre 2015, le cinéma Regent Street, situé à deux pas d’Oxford Circus, organisait le 4e festival de cinéma géorgien. Le cinéaste Otar Iosseliani y était invité pour présenter un de ses premiers films. Il devait répondre aux questions d’un critique de film, un certain Derek Malcolm, journaliste de l’establishment révéré par les bobos londoniens lecteurs des pages culturelles du quotidien The Guardian ; c’est tout dire. D’habitude, j’évite la corvée mais ma copine avait acheté deux places et nous venions de commencer notre relation…

Je n’avais jamais entendu parler de cet artiste, Otar Iosseliani. La salle était pleine. Je vis apparaitre sur scène un vieil homme, grand et décharné. On lui donna un micro, les applaudissements cessèrent et l’interprète déclara qu’elle allait traduire du français vers l’anglais. Le maître commença.

Je crus d’abord que la vieillesse ou un accident vasculaire avait affecté son débit de parole mais non, il avait juste bu. Les 30 minutes qui suivirent furent une démolition en règle de l’industrie hollywoodienne et du cinéma de marché. Les bobos de la salle en prirent plein leur grade, les Anglais aussi qui, selon Iosseliani, avaient toujours eu un cinéma d’une médiocrité consternante. La salle, mouchée, fut traversée par un imperceptible murmure de réprobation. Derek Malcolm toujours prêt à ramper lui coupa alors la parole : « Oui, mais quand même, que faites-vous des Ken Loach, des Mike Leigh et des… ? ». Et Hitchcock hurla quelqu’un dans les gradins. Iosseliani se redressa ; son manège fonctionnait ; il avait la salle dans ses mains. Ce fut le tour des Oscars : « Pour un metteur en scène de cinéma, accepter un Oscar est une ignominie », déclara-t-il. Deux spectateurs applaudirent, enthousiastes, au milieu de la stupéfaction générale. Derek Malcolm fit alors preuve d’autorité. Il se racla la gorge dans le micro, leva une main de tragédien et posa sa première question avec le sérieux d’une fausse modestie qui s’observe. « Vous avez dit un jour qu’en Géorgie les oiseaux ne chantent pas et… ». Iosseliani, qui ne l’avait ne pas écouté, l’interrompit : « Ce qu’Hollywood nous propose est un mensonge du début à la fin ; tout est faux dans l’univers qu’il dépeint et il faut avoir abandonné tout sens critique pour avoir l’audace d’associer un divertissement décérébré et consensuel à du cinéma ». Une jeune femme du premier rang se leva spontanément et vint l’embrasser sur la joue. Le vieil homme relâcha un instant ses traits lourds, sourit imperceptiblement et reprit le fil de son discours.

Les trente minutes décidées par les organisateurs s’achevaient mais le Maître ne lâchait pas son micro. Un bobo d’une trentaine d’années descendit des gradins, et glissa quelques mots à l’oreille de l’interprète. Mais pas moyen d’interrompre Iosseliani emporté par ses démonstrations. Derek Malcolm et ce nouveau venu s’échangèrent un sourire désabusé qui eut son petit effet dans la salle. Le vieux était chiant et radotait. Le clan des mécontents gagnait du terrain. Iosseliani continuait, imperturbable : « Hollywood vend l’image d’un faux bonheur dopé au placement de produits, truffé de violence gratuite ou de sentimentalisme écœurant ». On l’interrompit alors, prétextant que la projection de son film ne pouvait plus attendre. « Le sentimentalisme est la saleté morale de la société bourgeoise et capitaliste, relayée par la machine médiatique dans son ensemble... ». On essaya de lui prendre le micro ; il refusa. « Aujourd’hui, dit-il, personne ne vous produit un film si vous dites que vous voulez le faire en noir et blanc… ». La salle retint son souffle. « Les producteurs, les distributeurs, toute l’industrie, ne veulent plus commercialiser le noir et blanc. C’est impossible. Le cinéma n’est plus le cinéma depuis le parlant… Le cinéma, c’est un texte, voyez ! La technologie a tué le cinéma. Je viens de parler de l’apparition du son ; aujourd’hui, il y a le son… il vous passe de l’oreille gauche à l’oreille droite puis vous revient au-dessus de la tête. L’explosion entre par cette oreille et vous entendez tomber les débris de l’autre côté. Avec le trois D, les oiseaux sortent de l’écran ; forcément, vous perdez votre temps à vouloir les attraper. » Une main décidée empoigna alors son micro. Il résista une dernière fois, inspira profondément et resta quelques instants perdus dans ses pensées. Il déclara alors qu’il n’avait fait que le montage du documentaire qu’on allait projeter. On lui retira alors le micro et il n’avait pas quitté la scène que la salle s’éteignait et que le générique commençait. Cette ombre disparut ; les applaudissements cessèrent prématurément avec les premières images.

Après la projection, nous nous retrouvâmes dans le bar du cinéma. Des dissidents géorgiens échangeaient leurs impressions avec des journalistes et des intellectuels. Une faune de cinéphiles bobos formait des petits groupes autours des tables et du comptoir. Ma copine était l’intime d’un art dealer géorgien ; un quinquagénaire gay et extrêmement séduisant. Il vint nous rejoindre accompagné d’une anglaise pédante, vieillies avant l’âge, désagréable et deux journalistes de marché, anglais eux aussi, très bêtes. La discussion s’engagea sur nos nationalités respectives et nos diverses occupations artistiques, puis on en vint à Iosseliani. Je déclarai que je partageais ses opinions et que je les défendais ordinairement avec mes amis et partout où s’en présentait l’occasion, mais pour couper court, j’insistai sur la saleté morale dénoncée par Iosseliani et je soupçonnai qu’elle s’étalait sans complexe tout autour de nous dans cette salle. On me reprocha de critiquer trop hâtivement les médias ; la vieille anglaise me dit avec condescendance que 234 journalistes avaient été assassinés cette année et des j’en passe… Ah ! oui, les journalistes ; défenseurs de la démocratie et des libertés, dis-je, avec morgue. Les amalgames de talk-show télévisuels fusèrent alors de toutes parts. Critiquer la saleté morale des journalistes de marché en revenait à être profondément anti démocratique. Je leur déclarai que Iosseliani et moi et mes potes, et d’autres encore, des millions, pensions que l’Establishment, les barons voleurs propriétaires des journaux et des télés pour lesquels ils bossaient tous ici, détestaient profondément la démocratie et le peuple ; ils l’avaient même en horreur cette populace. Les riches, dont vous êtes les laqués, dis-je, veulent aujourd’hui un capitalisme à la chinoise ! Ils l’ont toujours voulu ! Les actionnaires aiment l’ordre et qu’importe qu’on le leur serve accompagné d’un bruit de bottes. Et pendant que j’y étais, qu’écrire une seule ligne flatteuse sur un produit hollywoodien ou européen de merde était une atteinte à la liberté des peuples, et je les plaignais d’avoir consciemment troqué, pour quelques centaines d’euros mensuels, l’exercice de l’esprit critique pour la dégradante passion des révérences. Ils m’écoutaient plus. Ils me dégoûtaient et je les emmerdais. Avant, quand je buvais, à ce niveau de la conversation, je baissai mon froc, leur montrais mon membre et leur demandai de le sucer. Pas très civilisé, je sais. Mais fallait voir leurs têtes !

Et Brad Pitt dans tout cela ? On est en plein dedans ! A ce niveau de la discussion, vous aurez sans doute compris ; c’est Cindy Crawford qui s’exclame devant des photos d’elle-même, retouchées au Photoshop, qu’elle aimerait ressembler à Cindy Crawford ! C’est l’inconséquence avec laquelle –et qui en écœure plus d’un- des pseudos intellos se ruent dans les projections comme celle-ci, méprisent un grand artiste et sont à deux doigts de le siffler ! J’ai toujours souhaité que le public, après les sorties d'un Iosseliani (ou d'un autre), commence à casser les strapontins et y foute le feu ! Ce genre de rencontres devrait être redoutées par les pouvoirs publics au point d’y dépêcher des cars de CRS par craintes des émeutes ! Pauvre pomme que je fais ! D’ailleurs, les masses s’en foutent pas mal de Brad Pitt ; l’idée, l’image, le mirage leur suffisent ! Il n’y avait guère que les bobos de ce cinoche pour y croire ! Tout autant manipulateurs que manipulés !

Bref. Je repartis très énervé au bras de ma copine. Elle était enchantée. C’était déjà ça. On est rentré et on a fait ça sans Photoshop.

 

Les hirondelles et leur printemps

La vie de l’intello précaire que je défends est définitivement celle d’un punk lettré. Refus systématique de la sclérose médiatique et culturelle, violence verbale et autre, s’il le faut ! Symbolique… on s’entend.

Sinon, il faut rester chez soi et travailler, lire, écrire, trouver ses lecteurs comme on peut… Savoir à quoi il faut s’attendre si l’on se détourne des mânes du papier glacé ! Deleuze, Sartres, Bourdieu, Chomsky, Harvey, etc., sous le bras, tout le temps les ami(e)s car il ne faut pas oublier la poisse du déterminisme social à laquelle personne n’échappe ! Malheur à ceux qui l’oublient ! L’intellectuel est d’abord un rebelle, un penseur qui a fait des choix lourds de conséquences, un critique exhaustif et cultivé qui doit absolument refuser la reconnaissance du marché ! Un type qui restera pauvre, en somme, et qui doit être éminemment politique ! Pauvre, on s’entend. Je veux dire par là, qu’il devra se trouver un boulot pour payer les factures. Un emploi qui n’a rien à voir. Facteur, comme Bukowski, employé de bureau comme Pessoa, Kafka et d’autres. Etre un intello précaire, un artiste précaire n’est pas un choix, c’est une nécessité.

 

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Je suis un intello précaire
Copyright Philippe Nadouce 2016

Moyenne des avis sur cet article :  3.43/5   (14 votes)




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33 réactions à cet article    


  • beo111 beo111 20 septembre 14:54

    Vous dites :

    « La vie de l’intello précaire que je défends est définitivement celle d’un punk lettré. »

    Mais je ne comprends pas pourquoi vous voulez défendre votre vie. Vous ne pouvez pas vous contenter de la vivre ?


    • Taverne Taverne 20 septembre 15:00

      "L’intellectuel est d’abord un rebelle, un penseur qui a fait des choix lourds de conséquences, un critique exhaustif et cultivé qui doit absolument refuser la reconnaissance du marché !"

      Mais oui ! Pourquoi se laisser polluer l’existence par le monde cinglé du marché et de la médiatisation ? Vivre et penser tranquille chez soi, c’est bien. Mais partager ses idées quand même, par générosité. Il y a toujours une ou deux personnes que cela intéresse.


      • Robert Lavigue Robert Lavigue 20 septembre 15:25

        Une fiction distrayante...


        • Le421 Le421 20 septembre 21:16

          @Robert Lavigue
          Il va de soi que tout ce qui nécessite réflexion paraît rebutant...

          Faites-nous, s’il vous plaît, un article réaliste et intéressant.
          Nous serons particulièrement attentifs à la qualité de votre syntaxe.

          Pour le moment, la seule distraction que nous ayons est l’absence totale de vos articles et la dérisoire qualité de vos interventions...
          A bien vous saluer !!


        • Robert Lavigue Robert Lavigue 21 septembre 09:44

          @Le421

          Vous semblez bien être de ces imbéciles qui n’ont pas perçu la qualité d’écriture de cette oeuvre !

          Pour ce qui est de de vos articles, ils sont en cohérence avec les prés-requis des médias qui se prétendent alternatifs... insignifiants...


        • Daniel Roux Daniel Roux 20 septembre 15:55

          J’écris ce qui ce commentaire sans aucune ironie.

          Comme beaucoup, je n’ose pas dire tous, l’auteur est malade de non-reconnaissance.

          Deleuze, Sartres, Bourdieu, Chomsky, Harvey, etc , eux ont été.. sont reconnus, alors pourquoi pas lui ?

          Rien de pire d’être un génie, et d’être le seul à le savoir.

          L’auteur est génial, il n’est pas le seul, des millions de génies, en quelque chose, le sont aussi. Il souffre, des millions d’autres souffrent également. Lui, l’écrit, avec un certain talent, mélange d’arrogances et de dépits.

          Il lutte contre lui-même, contre la tentation de renoncer, de se coucher. Tant qu’il écrit, il est.

          Je le répète, nous sommes tous, ou presque, en quête de reconnaissance. Du premier regard admiratif de maman jusqu’à celui, blasé, de l’homme qui vous remet le prix Nobel.

          Le désir nous rend malheureux, l’absence de désir, aussi. Que faire ? Quelqu’un l’a dit plus haut :

          Vivre ! Et aimer.
           


          • Fergus Fergus 21 septembre 11:37

            Bonjour, Daniel Roux

            Excellent commentaire !

            Aussi génial croit-on être, le salut existentiel n’est pas dans la reconnaissance d’un microcosme - perverti comme tous les microcosmes - mais dans l’estime que l’on a de soi et de ses capacités.

            Et cela même si elles doivent rester inconnues des foules comme cela arrive - vous avez raison sur ce point - à la plupart de ceux qui ont des idées et qui savent les exprimer avec talent.


          • Daniel Roux Daniel Roux 21 septembre 15:56

            Bonjour Fergus,

            Tes flatteries ne te mèneront nul part, je suis marié et fidèle.  smiley


          • curiosity29 (---.---.40.44) 20 septembre 16:17

            J’ai apprécié votre article et assurément, ceux qui ne peuvent comprendre votre point de vue n’ont sans doute pas vécu la situation que vous exposez.

            Merci encore pour ces intellectuels forcés de rester dans l’ombre.


            • Fergus Fergus 21 septembre 11:44

              Bonjour, curiosity29

              Il en va de même pour nombre d’artistes de l’ombre (musiciens par exemple), infiniment plus talentueux pour certains que ceux qui se retrouvent sous les feux des médias et dans les bacs de la grande distribution.

              La vie des intellectuels et des artistes n’est pas une loterie, comme cela est affirmé par certains, mais un jeu aux règles non écrites où l’on n’a guère de chances de gagner si l’on ne dispose pas de réseaux.

              Cela dit, combien d’artistes et d’intellectuels autoproclamés parmi les frustrés ? Assurément un grand pourcentage. 


            • Philippe Nadouce Philippe Nadouce 24 septembre 12:09

              @curiosity29
              Merci à vous d’avoir pris le temps de lire cet article. Oui. La figure de l’intellectuel a changé et on fait rapidement l’amalgame sans bien séparer les intellectuels de marché des autres, dont font partie les intellos précaires. N’oublions pas les 30.000 intellectuels qui agissent en France, dans les facs, les instituts, auteurs, écrivains, certains journalistes, etc. Ils sont indispensables à la démocratie.

              Quand ils entendent le mot « intello » beaucoup de gens sortent leurs pistolets... Juste retour des choses ? Non. On les associe à la ploutocratie en place. Et ils n’en sont pas. Ceux qui contribuent à pourrir le reste du panier sont les intellos à la solde des grands médias. On les connaît. Quant aux commentaires qui ici vous navrent. Sachez que leur grande majorité vient de trolls professionnels. Merci encore. Bien à vous.


            • Philippe Nadouce Philippe Nadouce 24 septembre 12:27

              @Fergus
              Merci pour vos commentaires. J’ai remarqué que beaucoup des réactions à cet article portaient sur de supposés intellos autoproclamés, tous frustrés, dévorés par une nécessité d’exhibitionnisme, etc. Il n’en est rien. La frustration existe elle aussi chez ceux qui vivent de leur travail intellectuel.

              Ce nouveau groupe
              - les intellos précaires- est une réalité sociologique. Il se peut que certains d’entre eux soient ambitieux mais là n’est pas la question.
              La question est de réfléchir sur le problème soulevé ici ; à savoir quelle devrait être la nature exacte de l’activité intellectuelle dans une société démocratique ? Doit-elle être soumise aux pouvoirs de l’argent ou doit-elle s’en séparer ?
              Pour ma part, et en cela je rejoins Virginia Woolf, il n’y a pas de liberté possible dans une démocratie sans l’absolue indépendance des artistes et des intellectuels. Il nous faut des intellectuels et des artiste désintéressés. J’ajouterais qu’il faut leur donner les moyens de cette indépendance et aujourd’hui, c’est de plus en plus difficile. C’est en soi un reflet de la lutte des classes qui fait rage dans le néolibéralisme. Au plaisir de vous lire.


            • Aristide 20 septembre 16:22

              Bravo, on peut pas faire confiance aux masses, ces ignares qui ne reconnaissent que le talent des médiocres. Alors oui, l’auto satisfaction est une vraie réponse et là, il y en a une sacrée dose ...


              Continuez et ne changez rien, comme vous dites « Les intellos précaires sont en quelque sorte la frange consciente des masses ».

               

              • Robert Lavigue Robert Lavigue 20 septembre 17:15

                @Aristide

                Les intellos précaires sont en quelque sorte la frange consciente des masses

                Le bolchévisme de la pensée précaire en quelque sorte ?


              • Etbendidon 20 septembre 16:41

                J’ai bien aimé ce passage

                Avant, quand je buvais, à ce niveau de la conversation, je baissai mon froc, leur montrais mon membre et leur demandai de le sucer. Pas très civilisé, je sais. Mais fallait voir leurs têtes !

                Et le mot pionicat

                 smiley


                • Robert Lavigue Robert Lavigue 20 septembre 17:23

                  @Etbendidon

                  Et le mot pionicat
                  In
                  sensible au charme désuet de la lexicographie militante ?

                  Ca doit être une déformation professionnelle. Péronnelle des Calanques et Matuvu de la Loire pratiquent cet artifice avec obstination !


                • L'enfoiré L’enfoiré 20 septembre 17:09

                  Philippe bonjour


                  « La vie de l’intello précaire que je défends est définitivement celle d’un punk lettré. Refus systématique de la sclérose médiatique et culturelle, violence verbale et autre, s’il le faut ! Symbolique… on s’entend ».

                  J’ai bien aimé votre déclaration d’amour de l’écriture.
                  Mais cette phrase me semble caractéristique d’un manque de vision sur ce qu’il faut faire aujourd’hui, c’est-à-dire le buzz.
                  Etre soi, faire au besoin de la provoc. Etre dans l’air du temps.
                  Vous n’avez pas dit ce que vous écrivez.
                  L’écriture je ne l’ai jamais entreprise avant la retraite.
                  Je n’aurais jamais eu le temps.
                  Près de douze ans d’écriture, dix ans, depuis la retraite 


                  • leypanou 20 septembre 17:24

                    ce qui me dégoûta fut que mes 599 compagnons de banc l’applaudirent avec fureur ; fallait voir ça :
                    rien de plus normal de la part d’une future élite, il faut bien qu’elle soutienne ses semblables comme dans cet exemple.

                    Cela étant, il ne faut pas s’étonner de l’état de notre société.
                    En tout cas, au plaisir de vous lire de nouveau.


                    • Philippe Nadouce Philippe Nadouce 24 septembre 12:12

                      @leypanou
                      Merci de me suivre. Merci pour l’autre commentaire aussi. Au plaisir.


                    • zygzornifle zygzornifle 20 septembre 17:31

                      Et moi un retraité précaire jusqu’à mon dernier souffle .....


                      • Le421 Le421 20 septembre 21:26

                        Je salue votre force de décision d’oser présenter un texte à la vindicte de béotiens basiques comme moi sur Agoravox.
                        Si vous voulez être crédible, daignez nous faire part d’au moins une réaction à nos écrits.
                        A moins que vous ne consentiez encore une fois à vous abaisser à échanger avec la plèbe de l’écriture !!

                        Et bien oui, mon bon Monsieur, il est patent que le plus nullard des nullards, né au bon endroit et avec un entregent correct écrasera de ses copier-coller misérables vos textes les plus fins et les plus construits.
                        La société moderne ne vit que par Facebook, les Pokémon et la bêtise crasse.
                        Vous le refusez ?
                        Il est peut-être temps de penser à vous engager dans des mouvements désirant changer les choses et à faire profiter de vos réflexions des groupes plus importants que les trois péloys allumés d’Agoravox... Dont je fais partie.


                        • un_autre_intello (---.---.237.45) 20 septembre 21:39

                          Vous avez fait un choix de vie : celui de vous mettre en face du système, parce que vous semblez vous considérer comme au-dessus du système. Soit. C’est un choix. Je vous rassure, vous n’êtes pas le seul à apprécier avec un certain cynisme la bêtise qu’il propage, et les liaisons dangereuses qui en résultent.
                          Mais vous semblez avoir raté un épisode. Un particulièrement important : on coopère tous plus ou moins avec le système, et on utilise notre temps libre pour faire ce à quoi on aspire, non pas pour prouver au monde notre valeur, mais parce qu’on aime ce que l’on fait, et qu’on prend plaisir à la tâche.
                          Je suis de l’autre coté de cet échiquier d’intellos, du coté des scientifiques. Et vos problématiques littéraires, ou cinématographiques, autant dire que ça me passe par dessus la tête.
                          Mais par contre, si vous avez besoin d’écrire sur agoravox pour éviter le cout d’une psychanalyse, posez-vous plutôt la question : est-ce que ce que je fais a du sens ?
                          Pour vous fin lettré, une petite référence à Candide, de Voltaire : quand est-ce que vous commencez à cultiver votre jardin ?


                          • Jean Keim Jean Keim 21 septembre 08:58

                            Je ne sais pas réellement ce que peut être un intellectuel, les mots s’accrochent à d’autres mots pour construire une phrase, des trains de phrases, des paragraphes, des chapitres et des livres, et il est impossible au cours d’une vie de lire seulement ce qui a été édité en une année.

                            Il n’est même pas possible de lire tous les livres qui traitent des fleurs, des papillons et des oiseaux.

                            Lire un livre ce n’est finalement que reconnaître un contenu sinon il nous serait inintelligible, comment écrire l’inconnaissable qui est la seule chose qui mérite d’être cherchée... je suis perdu dans un lieu inconnu, je n’ai ni carte, ni boussole, ni GPS, je suis réellement perdu, toute direction finalement est bonne à prendre alors je fais un premier pas, je lève le nez de mon livre pour découvrir de nouveaux horizons, je perçois les fleurs, les papillons et les oiseaux, je ne connais pas leur nom, je ne veux plus les nommer et je ne tomberai plus dans la chausse-trappe d’écrire un livre. 

                            • Electric Electric 21 septembre 11:26

                              Une leçon urgente à tirer : l’intellectualisme ne mène à rien.

                              La voie est ailleurs.

                              Tout a déjà été écrit et accompli pour cette période.

                              Ite missa est.

                              Offrez votre foie en pâture crucifié sur un rocher.

                              Pour commencer.

                              Après, bien longtemps après de longues et douloureuses tribulations, levez les yeux vers les montagnes.


                              • Fergus Fergus 21 septembre 11:54

                                Bonjour, Philippe

                                Outre les réflexions que j’ai faites dans mes commentaires ci-dessus, je précise que j’apprécie les films d’Otar Iosseliani, une sorte de chantre social assez proche de Jacques Tati dans sa manière de mettre en scène la société.

                                Le talent - indiscutable - de ce réalisateur ne doit pas pour autant nous faire prendre pour argent comptant les idées qu’il développe sur le cinéma et le regard qu’il porte sur les productions contemporaines. Car Iosseliani dit pas mal d’âneries dans ses diatribes contre un milieu du cinéma certes très largement gangrené par les pratiques affairistes, mais capable également de produire de véritables chefs d’œuvre, jusque dans les studios d’Hollywood, même si ces derniers ne constituent pas la majorité du genre.


                                • Fisspair 21 septembre 12:01

                                  Un exercice d’auto proclamation plutôt mieux tourné que les produits insipides offert par les incontournables du magasin....Mais..., c’est justement là que le bât blesse, les qualités qu’il se prête rendent bien plus inconvenant le choix de venir s’exhiber en ces lieux........
                                  Et là, on hésite.
                                  Crédulité ?
                                  Manque de discernement ?
                                  Abandon des exigences longuement et complaisamment décrites
                                  Soumission prête à tout ?
                                  Tout un ensemble de failles qui fait douter de la lucidité de l’auteur et remettre en cause sa capacité à juger les autres quand on voit où il accepte de se fourvoyer.


                                  • L'enfoiré L’enfoiré 24 septembre 09:50

                                    Après le commentaire de Fisspair, je me devais d’analyser plus au fond cet article.

                                    Philippe n’a pas réagi.
                                    La critique même négative est toujours bonne à recevoir.
                                    C’est comment y répondre qui reste la pierre angulaire.
                                    Le billet que je viens de publier « Des idées en pagailles » n’en est qu’une vision personnelle.
                                    Comprendra-t-il ?

                                    • zardoz69 24 septembre 12:39

                                      Le plus souvent , hélas, le travailleur intellectuel souffre d’un manque de reconnaissance sociale.
                                      Mais,....
                                      Qu’il n’en reçoive pas la manifestation concrète et palpable n’empêche pas les petits malins de la détourner à leur profit.


                                      • Les Grosses Orchades (---.---.66.43) 25 septembre 17:59

                                         Pour info.

                                         INTERDIT AUX BOBOS COLLABOS ET À LEURS MAÎTRES 

                                        Philippe Nadouce : Je suis un intello précaire

                                        En guest star : Otar Iosseliani.

                                        Sur :

                                        http://lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.skynetblogs.be/archive/2016/09 /25/interdit-aux-bobos-collabos-8652593.html

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