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 Accueil du site > Actualités > Société > Je travaille 18 heures par jour, moi, Monsieur !

Je travaille 18 heures par jour, moi, Monsieur !

Il y a quelques jours, un restaurateur rennais, entendu lors d’une réunion, affirmait travailler… 18 heures par jour. Autant que Jean-Louis Borloo sous le poids de ses responsabilités écologiques planétaires, nous apprenait mercredi dernier Le Canard Enchaîné. 18 heures par jour : une spécialité de droite initiée en son temps par l’éphémère ministre de l’Économie et des Finances Hervé Gaymard...

Les journées ne comptant que 24 heures, sauf erreur de ma part, voilà des hommes qui, dans les 6 heures qu’ils ne passent pas à trimer durement pour sortir la nation de son ornière économique, ont le temps de : petit-déjeuner, déjeuner, dîner, se doucher, se peigner, se raser, se laver les dents au moins deux fois par jour, s’habiller, consacrer un moment à l’éducation de leurs enfants et, cerise sur le gâteau, honorer leur épouse.

Un constat duquel on peut logiquement déduire : 1° qu’ils n’ont jamais de loisirs, si ce n’est quelques rares moments le week-end ; 2° qu’ils dorment moins de 3 heures par nuit. Impressionnant, n’est-ce pas ?

À moins que ces travailleurs acharnés ne fassent qu’une station très brève dans la salle de bains, ce qui pourrait être le cas de Borloo, vu l’état de sa coiffure et la puanteur de ses pieds révélée en mars 2008 par Rachida Dati.

À moins, autre hypothèse, qu’ils n’éprouvent pas un grand intérêt pour la copulation et se dispensent de cette corvée. Difficile à croire de la part des hommes de pouvoir dont on sait qu’ils sont très largement portés sur le coït. Plus difficile encore dans le cas de Gaymard dont la ribambelle de futurs petits ultralibéraux élaborés sous la couette avec son épouse Clara (série en cours) nécessite de remettre souvent l’ouvrage sur le métier et le… tenon dans la mortaise ! Encore qu’entre les performances de Rocco Siffredi et celles du lapin Panpan, il y ait moyen de dégager un temps précieux. Qui sait à quelle catégorie appartient Gaymard ?

Bref, on ne croit pas un instant à ces rodomontades visant à nous persuader que ces messieurs n’hésitent pas à sacrifier leur sommeil, leurs loisirs et leur vie de famille au bien-être de leurs administrés ou de leurs clients. Ou alors il faut admettre que les galipettes de Strauss-Kahn avec une collaboratrice hongroise du FMI relevaient de la réunion de travail. Et que la turlute (rien à voir avec un chant québecois) pratiquée par Monica sur l’hypertrophie pénienne de Bill avait été rendue nécessaire pour soulager le Président des États-Unis d’une douloureuse crise de priapisme survenue dans l’exercice de ses fonctions ; une sorte d’accident du travail en quelque sorte.

La majorité des commerçants sont exactement sur la même ligne. Sans mettre en avant leurs 18 heures de boulot quotidien, tel mon restaurateur rennais, nombre d’entre eux affichent 10, 12, voire 14 heures de travail par jour. Y compris ceux ou celles, pourtant très nombreux, qui habitent au-dessus de leur boutique et qui, en attendant le client, lisent le bouquin de Frédéric Mitterrand pour se documenter sur les boxeurs thaïlandais de 40 ans, regardent Les feux de l’Amour, ou testent le vibro-masseur reçu la veille dans un paquet discret.

Des redoutables, ceux-là, qui n’hésitent pas à entrer dans le lard de ces « fainéants de bureaucrates qui se la coulent douce » alors qu’eux-mêmes sont contraints de « bosser comme des forçats », et tout ça pour « se faire plumer par le fisc ». « Ah, ils ne connaissent pas leur bonheur, ceux qui bénéficient des 35 heures ! » ajoutent-ils d’un air pincé. C’est sûr que la vie est tellement plus douce pour le chaudronnier-fraiseur P3 affecté en équipe de nuit dans une unité de production à 50 kilomètres de son domicile, ou pour l’opératrice téléphonique qui, stressée par les cadences imposées et la crainte des appels mystères, doit se payer de surcroît deux ou trois heures de transport en commun par jour entre son centre d’appel et son HLM de banlieue. Le pied !

On touche d’ailleurs là une règle d’or : le petit patron, le commerçant et le travailleur libéral incluent toujours, lorsqu’ils ne résident pas sur place, leur temps de transport dans le temps de travail qu’ils brandissent comme une preuve de leur sacrifice aux yeux d’une société ingrate. Un temps de transport qu’ils refusent pourtant de prendre en compte pour ces privilégiés de salariés, toujours prompts à revendiquer et partisans du moindre effort. Les différences entre les uns et les autres s’en trouvent artificiellement gonflées.

Tout cela pour dire – en restant dans le domaine du plein-temps – qu’il existe d’énormes disparités dans tous les secteurs d’emploi, qu’ils soient publics ou privés, libéraux ou salariés, qu’ils concernent les employés ou les cadres, les salariés protégés par des conventions ou ceux qui sont soumis à l’arbitraire des petits patrons. Tout cela pour souligner également que, du côté des commerçants ou des travailleurs indépendants, on constate de très grandes inégalités entre ceux qui mouillent leur chemise sans compter leurs heures et ceux qui se la jouent galériens en se prélassant dans l’arrière-boutique.

On peut d’ailleurs étendre le constat de cette disparité au monde agricole, marqué lui aussi par d’énormes différences entre les secteurs de production. Rien de commun entre un céréalier, un maraîcher, un producteur d’agrumes, un vigneron, un éleveur traditionnel, un éleveur hors sol ou un aviculteur semi-industriel. Chacun a ses contraintes professionnelles, ses moments de forte charge et ses périodes de relative liberté. Impossible d’évaluer pour eux un horaire quotidien de travail tant cela serait dépourvu de sens entre les journées sans fin au moment des moissons ou des vendanges – pour ne citer que ces exemples – et les longues périodes hivernales de quasi inactivité en raison du repos de la terre ou de l’enneigement des cultures.

En définitive, ce sont les mères célibataires qui effectuent les journées les plus éprouvantes en cumulant emploi, transports, courses, cuisine, éducation des enfants et travaux ménagers. Des mères courage qui, malgré la fatigue accumulée, ne se couchent pratiquement jamais sans s’être assurées préalablement de la qualité du sommeil de leurs enfants. Elles ne font peut-être pas 18 heures de travail par jour, mais ce sont elles qui s’en approchent le plus. Et c’est avant tout à ces femmes-là qu’il convient de rendre hommage !
 


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Les réactions les plus appréciées

  • Par sampiero (---.---.---.184) 7 décembre 2009 12:34
    sampiero

    comment se créent les smicard :

    j’ouvre un restaurant. Ça marche bien. Au bout d’un an j’embauche un cuisinier au smic. C’est un très bon, consciencieux, travailleur.

    Grâce à lui, les clients affluent.
    je dois embaucher un bon serveur, sérieux et travailleur. Au smic évidemment.

    grâce à lui les clients affluent. je dois embaucheur un 2° serveur au smig........
    Etc..............

    au bout de cinq ans, j’emploie dix personne au smig, je suis un patron florissant. je peux me passer désormais d travailler.

    pour les encadrer, j’ai du embaucher un cadre au salaire minimum de la catégorie.
    j’aurais pu promouvoir mon excellent cuisinier mais j’ai trop besoin de lui au poste ou il est.

    tous mes salariés grâce à qui mes affaires ont prospéré sont toujours au smic. (ou pas loin).

    A quoi ça sert qu’ils se décarcassent.

  • Par BA (---.---.---.90) 7 décembre 2009 10:42

    Urgence de reconstruire la nation.

    Urgence de reconstruire un Etat très fort et très centralisé pour sauver ce qui peut encore l’être.

    Urgence de reconstruire un Etat qui intervient dans l’économie et qui nationalise tout ce qui doit être nationalisé.

    Exemple : renforcer les retraites par répartition. Ne pas basculer dans le système suicidaire des fonds de pension.

    Lundi 7 décembre 2009 :

    Les systèmes de retraite n’avaient pas besoin de cela : devant déjà faire face au vieillissement de la population, ils ont été mis à mal par la crise. « Aucun pays, aucun régime de retraite n’est à l’abri »,a prévenu Martine Durand, de la direction des affaires sociales de l’OCDE, lors d’un colloque du Conseil d’orientation des retraites (COR), jeudi dernier. L’effondrement de la Bourse en 2008 a eu de fortes répercussions dans les pays où prédominent les régimes de retraite par capitalisation.« Les fonds de pension ont vu la valeur de leurs investissements baisser de 23 % en 2008, soit de quelque 5.400 milliards de dollars », estime l’OCDE.

    Ce sont les pays anglo-saxons - où les actions constituaient la majorité des actifs détenus par les fonds avant la crise - qui ont été les plus touchés. Avec en tête l’Irlande, l’Australie et les Etats-Unis.

    Si la rente des personnes déjà retraitées est souvent garantie, la chute des marchés a mis en péril les économies des futurs pensionnés. « Aux Etats-Unis, près de 45 % des 55-65 ans détenaient plus de 70 % de leurs actifs dans le cadre de régimes de retraite privés sous forme d’actions », souligne l’OCDE. Et ces derniers n’ont guère le temps d’attendre que la Bourse se redresse pour reconstituer leur épargne…

    En France, « le système par répartition protège les retraités face à la crise et les mécanismes d’acquisition des droits retraite ne sont pas affectés », fait valoir Dominique Libault, directeur de la Sécurité sociale.

    http://www.lesechos.fr/info/france/...

    Le graphique associé à cet article montre l’effondrement des fonds de pension en 2008.

    Voici le rendement réel des fonds de pension en 2008 :
    - Mexique : baisse de - 5,2 %.
    - Allemagne : - 8,5 %.
    - Espagne : - 11 %.
    - Suède : - 16,9 %.
    - Pays-Bas : - 16,9 %.
    - Royaume-Uni : - 17,4 %.
    - Pologne : - 17,7 %.
    - Japon : - 20,1 %.
    - Etats-Unis : - 26,2 %.
    - Irlande : - 37,5 %.

    http://www.lesechos.fr/pop.htm?/med...

    En clair : les retraités irlandais, étatsuniens, japonais, etc. avaient des retraites par capitalisation ; ils sont aujourd’hui ruinés ; ils sont aujourd’hui obligés de continuer à travailler bien après 70 ans.

    Conclusion : fonds de pension, piège à cons.

  • Par Vilain petit canard (---.---.---.65) 7 décembre 2009 11:27
    Vilain petit canard

    Cette histoire de « travailler 18 heures par jour » est éculée, c’est un leitmotiv de tous ceux qui veulent foutre des complexes aux autres, globalement envoyés dans le camps des « feignants » . En France, le feignant, c’est toujours l’autre.

    Faire le décompte comme tu le fais rend explicite le ridicule de la chose. Mais surtout, et c’est pour ça qu’on nous bassine régulièrement avec ses supposés horaires de dingos, celui ou celle qui brandit ses 18 heures de sueur ne se rend même pas compte qu’on puisse ne pas y croire. C’est bien de notre époque, ça : n’importe quelle grosse connerie, on se dit que ça passe.

  • Par Paul Muad Dib (---.---.---.2) 7 décembre 2009 11:24

    salut ,bonne remise en ordre sur le sujet..
    cote restaurateur d’abord, j’ai dirige des restaurants en Irlande , pendant 5 ans..
    genre 9 h du matin jusqu’à 23 heures du soir,je n’invente pas ,avec 1h30 de pause environ,mais tres sportif et résistant ca l’a fait jusqu’au moment ou en 1994 je suis tombe tres malade des intestins, d’après les médecins et moi même c’ était lie a la suractivité réelle, car la je travaillais vraiment voyez vous..aujourd’hui en 2009 je suis remis a 85 % , il reste une fatigue résiduelle ..quand je compare cela avec mon activité de VRP grande distribution être VRP c’était du tourisme du moins pour celui qui est bien organise, ...en outre j’ai aussi bosse en usine agro alimentaire 4 ans , le temps d’attraper assez de tendinites handicapantes aux épaules, aux coudes ,aux pouces,etc.
    parler de moi en soi n’a pas d’intérêt sauf pour une chose commune a toutes ces professions, j’ai pu en effet observer partout ces gens qui n’arrêtaient pas de parler de travail, du travail qu’ils accomplissaient et bla bla bla et bla bla bla...ces gens la étaient toujours et sans exception ceux qui bossaient le moins, de vrais fainéant qui pensaient ainsi échapper au partage des taches...les gens qui bossent bien , on n’en entend jamais parler ....
    alors le restaurateur , encore un gros megalo, mais pour comprendre cela il faut savoir que des gens rentrent dans ces professions de commerçant ou restaurateur par appât du gain et non pas par envie de le faire..ce qui fait que ca les gonfle tout le temps ,d’où d’ailleurs le cote désagréable de beaucoup ,pour eux souvent l’idéal serait en fait d’avoir plein de blé sans rien faire..vous savez une personne qui apprécie ce qu’elle fait s’en tape de ce que peuvent faire ou pas les autres, bien avec soi même est une juste conséquence d’un bon état de l’esprit,non ? donc pas de raisons d’envier les autres, alors bien dans sa peau....

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