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Accueil du site > Actualités > Société > Jeunisme : la difficulté d’être vieux à Kinshasa

Jeunisme : la difficulté d’être vieux à Kinshasa

Les appellations telles que « papa » ou "maman“, considérées comme une forme de politesse envers les personnes âgées rencontrées en cours de route, sont de plus en plus mal interprétées, dans une ville où tout le monde voudrait rester éternellement jeune.

A Kinshasa, la capitale de la RD Congo, appeler un passant tonton ou tantine vaut mieux que papa ou maman. Ces formules de politesse sont souvent utilisées pour interpeller un passant dont le nom vous est inconnu, pour rendre service aussi à quelqu’un que l’on ne connaît pas, pour s’adresser à l’aîné de la famille ou pour demander un service.

Souvent, ces mots sont entendus, dans les lieux publics comme les transports publics, où on s’adresse aux aînés pour céder le chemin pendant la descente ou la montée des bus.

Dans la ville de Kinshasa, peuplée de plus de six millions d’habitants et où les transports publics constituent un casse-tête pour deux tiers d’habitants de la ville, la majorité de la population utilise ce moyen de transport pour se rendre au travail ou à l’école, et il n’est pas toujours facile de se tailler un passage pour monter ou descendre du bus.

Il faut parfois dire tonton ou tantine pour demander un passage à son aîné de sexe masculin ou féminin. C’est un peu classe. Si vous osez appeler votre aîné papa ou maman, non seulement vous risquez de ne pas avoir de passage pour monter ou descendre et vous rendre à temps au lieu de votre travail ou à votreécole, mais aussi vous risquez de manquer votre rendez-vous et d’être injurié.

Les personnes âgées aiment être appelées tonton ou tantine, c’est-à-dire Monsieur ou Madame plutôt que papa ou maman qui renvoie à celui ou à celle qui vous a mis au monde, alors que vous ne vous connaissez pas. « On n’appelle papa ou maman, dit-on, que celui ou celle qui t’a mis au monde ; si je ne t’ai pas mis au monde, je ne suis pas topapa ou ta maman ». En d’autres termes, appeler quelqu’un papa ou maman signifie établir des limites pour certaines choses.

Parfois vieillir est plus lié à la situation sociale qu’à l’âge d’un individu. Il n’est pas rare de constater qu’un homme de trente ans est appelé papa ou vieux, et qu’un Homme de cinquante-cinq, voire soixante ans, est appelé tonton.

Vieillir à Kinshasa est plus fonction des biens dont on dispose que de l’âge. Alors tout le monde refuse de vieillir, ou plutôt refuse d’être appelé papa ou maman.

A Kinshasa, les personnes âgées ne vieillissent pas et ne doivent pas vieillir, et tout leur est permis : elles peuvent s’offrir tout ce qu’elles veulent puisqu’elles en ont les moyens et la possibilité. Alors, les gens refusent ces appellations qui sous-entendent pauvreté, marginalisation, et préfèrent tonton ou tantine, une forme de considération dans la société kinoise.

Dans une
ville où tout le monde refuse de vieillir, et où les apparences constituent des modèles pour beaucoup de kinois, on oublie parfois que vieillir est un honneur et une chance, quand l’espérance de vie atteint difficilement quarante ans.


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6 réactions à cet article    


  • quoi ? (---.---.179.145) 3 octobre 2006 10:23

    Ou sont les cousines ?

    Quoi ?


    • JiPi (---.---.1.245) 3 octobre 2006 10:32

      Moi, j’ai bien connu l’époque où tout le monde s’appelait « citoyen, citoyenne ».

      Mais ça avait un petit caractère obligatoire.


      • Alpha du Centaure (---.---.1.1) 3 octobre 2006 10:49

        Cette situation vous étonne ? L’explication est pourtant très simple. Comme à Kinshasa chaque homme est marié à dix femmes, et que chaque femme est mère de dix enfants, chaque personne a une maman et neuf belles-maman à la naissance auxquelles sur rajoutent dix belles-mamans après le mariage. Mais comme chaque belle-maman est née d’une famille de dix enfants, tous les jeunes mariés ont deux-cents oncles et tantes. Dès l’age de trente ans, les jeunes parents sont à la tête de leur famille de dix enfants. Ce qui amène à conclure qu’à soixante ans, vous vous retrouvez quarante-mille à vouloir fêter l’anniversaire de votre petit neveu.

        Donc statistiquement, vous avez toutes vos chances de ne froisser personne en vous excusant auprès de tantine quand vous descendez le bus.


        • mjmb (---.---.175.173) 3 octobre 2006 12:06

          Un très bon article, chargé d’humanité.

          Mes félicitations et mon amitié à l’auteur.


          • Romain Baudry (---.---.15.212) 3 octobre 2006 15:42

            J’aime beaucoup ce genre d’articles, qui ouvrent des points de vue originaux sur des pays qui sont trop rarement un sujet d’intérêt en France.


            • aron (---.---.224.105) 19 janvier 2007 15:53

              vous etes top nul

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