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Accueil du site > Actualités > Société > Jury ou café citoyen ? Contre-démocratie ou métadémocratie ?

Jury ou café citoyen ? Contre-démocratie ou métadémocratie ?

Avis de recherche. Citoyen désirant éclaircissements, cherche penseur puissant. Je dois avouer que les livres publiés au cours des dernières années n’aident pas beaucoup à comprendre le monde. Et que s’il est des lectures éclairantes, elles proviennent d’un âge maintenant ancien. Vingt-cinq, trente-cinq voire cinquante ans. Des auteurs décédés pour la plupart. Foucault, Aron, Leroi-Gourhan, Certeau, Canguilhem, Heidegger, Lasch, Mumford, Ellul... En ce moment, les deux livres que je lis ont été écrits dans les années 1960, l’un d’Yves Lacoste, et l’autre de Jürgen Habermas. La pratique des textes datés offre une prise intellectuelle sur le monde, son évolution sociale, politique et culturelle.

(Une question en suspens. La compréhension de la nature, de l’humain, de la civilisation est-elle achevée, ou bien verra-t-on apparaître des pointures de l’envergure d’un Descartes, Kant ou Hegel bouleverser l’état des connaissances et jeter une pensée inédite sur le cours du monde ? Cette question relève du domaine de la science. La réponse dépend de deux choses. Le volet ontologique. A-t-on entièrement creusé les choses de la nature, du sujet, les fondements de l’émergence des civilisations ? Le volet subjectif. Qui sera capable de penser le fond des choses ? Et voilà, c’est fait, les questions ont été posées.) Place au présent.

La compréhension de la société semble être une nécessité démocratique, républicaine, citoyenne. Du moins, cet énoncé est à la base de la vie politique et culturelle depuis un siècle et demi, alors qu’il a été prononcé dans un article de la Déclaration des droits de l’homme au moment de la Révolution. L’ignorance est la cause du malheur des peuples. A la même époque, Kant prononça la devise des Lumières : aie le courage de te servir de ton entendement ! Oui, belles paroles, mais actuellement, la question ne porte plus sur le courage mais sur l’usage de l’entendement. Noyé par le chaos des informations, par cette écume formelle causée par le Tchernobyl radio-vidéo-médiatique, cette explosion du réacteur à images et bavardages, que peut bien entendre le citoyen ?

On dit d’un bon médecin qu’il doit en permanence actualiser ses connaissances médicales et donc se tenir au fait des nouvelles thérapies proposées conjointement par les médecins et les technologies (instruments, médicaments). A l’inverse, un bon éditorialiste ou journaliste d’opinion se devrait de compléter ses connaissances en élargissant ses lectures vers le passé. Lire les grands penseurs s’avère utile pour comprendre la société et recadrer les faits à travers une perspective éclairant leur sens. Y a-t-il d’excellents éditorialistes ? Oui, quelques-uns, c’est certain, mais quid des jeunes journalistes formatés dans les écoles ? Sauront-ils pratiquer l’autoformation permanente, agrandir leur savoir pour augmenter leur compréhension des faits de société ? Et puis les instances de la presse savent-elle reconnaître les talents, les rémunérer, les promouvoir pour proposer aux lecteurs des billets de qualité ?

La compréhension des faits suppose que celui qui les relate fasse preuve d’une distance critique. Parler de la société impose autant de distance que recenser un ouvrage. Voilà ce que constate Jacques Bouveresse dans Le Monde diplomatique de mai 2006 :

« Nous avons malheureusement, en plus de cela, une difficulté spéciale en France, qui ne date pas d’hier (elle existait déjà, de façon presque aussi évidente, à l’époque du structuralisme triomphant) et qui consiste dans ce que Perry Anderson appelle la  place étonnamment réduite accordée à la critique. L’idée la plus courante de ce qu’est un compte rendu - voir pour cela La Quinzaine littéraire, Le Nouvel Observateur, Le Monde des livres, Libération - est, constate-t-il, ce qui, ailleurs, ne serait guère plus qu’une réclame. [...] Une discussion franche, soutenue et pertinente d’une œuvre de fiction, d’un essai ou d’un livre d’histoire est devenue une rareté. » On doit donc se demander si la véritable imposture, celle qui est d’une certaine façon à l’origine de toutes les autres, n’est pas justement l’imposture critique, autrement dit le comportement d’une critique dépourvue la plupart du temps de toute espèce de sens, de distance, et plus encore de volonté critiques. Et qui trouve à la fois normal et naturel de faire la plupart du temps à peu près le contraire de que l’on attend d’elle. »

J’en arrive maintenant à une question d’actualité qui devrait, je pense, prendre une teinte particulière après ces quelques paragraphes. Ségolène Royal, conjointement avec Pierre Rosanvallon, évoque la possibilité de jurys citoyens servant de contrôleurs et partenaires permettant de conduire les actions politiques. On se demandera s’il ne s’agit pas d’un gadget politicien pour l’une, et d’une lubie idéologique pour l’autre qui, observant le fonctionnement des pouvoirs et de la démocratie, a cru déceler une opposition des peuples, une sorte de défiance conçue dialectiquement comme contre-démocratie. Face à face, un corps politique et un corps social et en fin de compte, un travail commun, suggère madame Royal. L’avenir de nos sociétés passe-t-il par cette alliance des travaux politiques et citoyens, ou bien doit-on suggérer, comme le fit Habermas dans son opuscule intitulé Travail et interaction, de maintenir la dualité entre l’action et le champ des médiations intersubjectives ? Si tel est le cas, alors ce n’est pas de jury populaire, mais de cafés citoyens, que la démocratie a besoin. Prendre une distance, conquérir le sens de l’existence, définir des horizons d’actions menées en vue de fins éthiques, pratiquer la critique, se décaler, ni les directeurs de journaux, ni les intellectuels en vue, ni les politiciens ne nous y invitent ! Alors prenons les choses à notre compte, conquérons les espaces intellectuels, critiques, herméneutiques et inventons la puissance métadémocratique !

J’ai évoqué les cafés citoyens (j’en anime un à Talence), aux thèmes variés, politiques, actualités, philosophie, économie. Le Net pourrait-il servir aussi d’instance métadémocratique ? Si on en croit Pierre Rosanvallon interrogé par 20minutes, le Web serait le lieu où l’opinion aurait une consistance matérielle, sans pour autant produire un sens commun. Il est évident que cette appréciation est contestable. N’y a-t-il pas des lieux de pensée sur le Net, des sortes de cafés citoyens, avec les forums et quelques zones centralisées, comme ici AgoraVox ? Où se place Rosanvallon ? Voici un second extrait de la tribune de Bouveresse :

« Se pourrait-il que, dans la succession des orthodoxies dominantes, une nouvelle étape soit en train d’être franchie et que le monde intellectuel ait cessé d’être non seulement de "gauche", mais même "progressiste" et "démocrate" (il a cessé d’être "révolutionnaire" depuis longtemps) ? Si c’est vrai, c’est inquiétant. Car l’évolution de la philosophie française depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale montrerait, dans ce cas, qu’elle ne s’est réellement réconciliée avec la démocratie que de façon exceptionnellement tardive, qu’elle l’a ensuite défendue pendant une brève période avec ce que l’on pourrait appeler la ferveur des néophytes, et qu’il ne lui aura malheureusement pas fallu longtemps pour s’en détourner à nouveau. »

Est-ce que Rosanvallon aime au fond la démocratie ? Voilà une question que l’on pose aussi aux journalistes faiseurs d’opinion ainsi qu’aux politiciens. Cette question est également en résonance avec certains propos en réaction aux votes du 29 mai 2005, notamment ceux d’un certain Serge July démissionnaire d’un journal, avec ses lecteurs, eux aussi démissionnaires. Les uns diront que Libé a cessé d’être de gauche, mais suivant Bouveresse, Libération s’est-il voulu progressiste et démocrate ? Et être progressiste, est-ce seulement aller de l’avant dans le travail, ou bien progresser en parallèle dans le champ de la pensée, du sens, de l’intersubjectivité, champ qui une fois de plus, ouvre la question de la culture, de la critique, de la transmission des grandes idées pensées au cours des décennies et des siècles ? Libération aurait-il manqué d’intelligence ?

Le développement de l’intelligence, l’art de la citoyenneté, le dépassement de l’intérêt personnel, ce sont des principes métadémocratiques, et si on observe l’histoire, on constatera que cette métadémocratie a déjà été imaginée voici un siècle et demi aux Etats-Unis par les Whitman, Emerson, Lincoln, Royce, alors qu’actuellement, la démocratie est plutôt mal en point, dévoyée par ses élites. Le mot de la fin sera un conseil de lecture, un ouvrage de Lasch, dont le titre intégral est La révolte des élites et la trahison de la démocratie.


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27 réactions à cet article    


  • ZEN zen 3 novembre 2006 12:15

    @ L’auteur

    Article stimulant, mais trop touffu, où trop de problématiques s’entrecroisent et se chevauchent.Si je puis me permettre,essayez la prochaine fois de mieux centrer votre réflexion, vous y gagnerez en clarté et en lisibilité. C’est bien d’avoir évoqué Bouveresse, qui fut mon jeune prof-assistant à la Sorbonne dans les années 70...(voilà qui ne me rajeunit pas... smiley) la lecture de ses écrits est décapante : une bonne « police du langage »... Une philosophie minimale, mais salutaire !


    • Bernard Dugué Bernard Dugué 3 novembre 2006 12:23

      D’accord et pas d’accord en même temps

      J’ai perçu au moment de l’écriture cette sorte de tension chaotique en enchaînant les paragraphe et puis je me suis dit que c’était un effet de style sur lequel on peut jouer pour amener le lecteur quelque part. Plutôt qu’un fondu enchaîné un chemin de croix avec quelques stations. Essayez une seconde lecture et vous verrez sans doute apparaître un fil conducteur

      Cela dit, j’ai mis un paragraphe entre parenthèse, le second, avec un moment d’hésitation car il aurait pu sauter mais je n’ai pas pu m’empêcher de le mettre car c’est une belle parenthèse philosophique, sorte de prophétie intellectuelle


    • Prêtresse Prêtresse 4 novembre 2006 05:13

      Elle le fait toute seule.

      — -


    • Prêtresse Prêtresse 4 novembre 2006 05:16

      Seul.

      — -


    • ZEN zen 3 novembre 2006 12:20

      @L’auteur

      Le sens de « métadémocratie » m’échappe totalement....

      La démocratie bien pensée (et appliquée) suffit amplement !


      • Bernard Dugué Bernard Dugué 3 novembre 2006 12:27

        Normal qu’il vous échappe, c’est le fruit d’une intuition, un nouveau concept qui, vous le savez, ne se construit pas en un jour ni un article.

        Il y a l’oeuvre et les fins. La démocratie à l’ère technique ce serait quelque part un élément de l’oeuvre et la méta-démocratie, le moyen de faire un chef-d’oeuvre, du sens, de la spiritualité, de l’esthétique... voilà quelques pistes. Pour contrer aussi les tendances actuelles, Rosanvallon, Royal, Sarkozy...


      • ZEN zen 3 novembre 2006 13:08

        @L’auteur

        Désolé, mais «  »ce qui se conçoit bien..« .Une intuition doit pouvoir être formulée, même métaphoriquement, sinon on nage dans l’irrationnel et l’incommunicable. La notion de »prophétie" n’a , à mon avis, rien à faire dans le vocabulaire philosophique (je vous renvoie à Spinoza et à Hegel).


      • DEALBATA (---.---.166.140) 3 novembre 2006 12:51

        « (Une question en suspens. La compréhension de la nature, de l’humain, de la civilisation est-elle achevée, ou bien verra-t-on apparaître des pointures de l’envergure d’un Descartes, Kant ou Hegel bouleverser l’état des connaissances et jeter une pensée inédite sur le cours du monde ? Cette question relève du domaine de la science. La réponse dépend de deux choses. Le volet ontologique. A-t-on entièrement creusé les choses de la nature, du sujet, les fondements de l’émergence des civilisations ? Le volet subjectif. Qui sera capable de penser le fond des choses ? Et voilà, c’est fait, les questions ont été posées.) Place au présent. »

        Pas besoin de creuser (d’ailleurs le proverbe chinois est « éclairant » à ce sujet : « La pensée, c’est comme lorsque l’on creuse un puits, plus on creuse, moins on y voit clair »), tout est déjà écrit, il faut relire et comprendre les messages qui nous viennent de la nuit des temps, là se trouvent les vérités éternelles. Notre effort sera inutile s’il porte sur la réflexion au contraire, nous devons nous en dégager pour nous retrouver nous-même. Encore des interrogations et des questionnements qui démontrent le vide ontologique et en fin de compte spirituel que la modernité a produit.


        • (---.---.20.138) 3 novembre 2006 13:27

          La nouvelle « pointure », c’est Nietzsche.


        • Anthony Meilland Anthony Meilland 3 novembre 2006 13:33

          C’était quand la nuit des temps ?

          Etait-ce un Lundi ? smiley


        • Anthony Meilland Anthony Meilland 3 novembre 2006 13:41

          Je viens de lire « Traité d’athéologie » de Michel Onfray, et je pense qu’il apporte un certain nombre de reflexions sur notre époque des transition entre l’ère Chrétienne (où monothéïste) et une nouvelle ère post-monoteïste qu’il reste à définir.

          Le dépassement de la morale mortiferre qui découle des trois monothéisme est un des thème centraux de cet essai.

          Notre époque sera-t-elle Nihiliste ou Athée voilà une des questions centrale qu’il faut se poser ?


        • Anthony Meilland Anthony Meilland 3 novembre 2006 13:42

          désolé pour les fautes, j’ai oublié de me relire !!


        • duong (---.---.123.107) 3 novembre 2006 12:58

          Je suis assez d’accord avec Rosanvallon que « le Web serait le lieu où l’opinion aurait une consistance matérielle, sans pour autant produire un sens commun. »

          C’est très très difficile de créer un « sens commun », ça nécessite énormément de discussions, et même au bout du compte, il y aura toujours des différences irréductibles.

          Pour l’atteindre, je comprends l’intérêt de réduire la taille de la population, ce qui est l’idée du « tirage au sort ».

          Ca c’est l’option philosophique. Après, concernant les implications pratiques et concrètes, je pense que cette voie des jurys citoyens ne peut être EFFICACE (je sais, je ne suis pas philosophe quand je parle de ça) que dans des cas limités.

          Pour ce qui concerne le web, je pense plus que ça fait progresser les connaissances et opinions de chacun individuellement, que ça fait émerger un vrai « sens commun ». Y compris par la discussion qui est un processus intellectuel très constructif (voir notamment ici : http://www.lesechos.fr/info/analyses/4491970.htm ). Et c’est déjà énorme et exceptionnel !


          • duong (---.---.123.107) 3 novembre 2006 12:59

            JE veux dire non pas pour ATTEINDRE le sens commun, mais pour l’APPROCHER, je comprends l’intérêt de réduire la taille de la population, ce qui est l’idée du « tirage au sort ».


          • pingouin perplexe (---.---.112.19) 4 novembre 2006 22:10

            Débat intéressant. Je reviens ici sur le propos de Duong : « C’est très très difficile de créer un »sens commun« , ça nécessite énormément de discussions, et même au bout du compte, il y aura toujours des différences irréductibles ». L’intérêt philosophique de cette question est manifeste. Il convient d’abord de faire référence à ce que Descartes appelait la « bona mens », et qu’il considérait comme la chose au monde la mieux partagée. Traduire par « bon sens », ce serait peut être un peu court, car il y voyait avant toute chose un précieux outil propice à guider la recherche de la vérité dans les sciences. Vu comme « antérieur » à la méthode, et sans lequel celle ci ne pourrait opérer. Cette idée de « bon sens », de « sens commun », a donné lieu aussi à de multiples variations thématiques, à la limite de l’idéologie si on perçoit le sens commun comme construit par le discours. On se souvient du bon mot de Lacan : quelle illusion de croire qu’il y aurait « un sens qui serait le bon sens, et, par dessus le marché, un sens commun ». Ben, cette notion de « sens commun » n’est déjà pas quelque chose d’évident en philosophie. En effet, des approches contradictoires peuvent se cotoyer, dans lesquelles le sens commun sera tantôt perçu comme pure et simple opinion (doxa), tantôt, sous certains aspects, comme une faculté propice à éclairer. Ces questions existent aussi dans un monde que l’on oublie souvent : celui du handicap. On associe parfois un manque de « sens commun » à une anomalie dans un domaine que l’on appelle « théorie de l’esprit ». Cette brève digression apportera peut être quelques éléments à ceux qui considèrent que cette notion de « sens commun » n’est pas évidente, mais problématique. Vous pouvez, si vous le souhaitez, vous interroger à propos de cette présupposition qui voudrait que « le sens commun, cela correspond aux éléments non appris que l’on devine »...

             smiley


          • Marc P (---.---.56.238) 5 novembre 2006 14:14

            Bonjour,

            Et merci Pngouin Perplexe pour vos digressions toujours incontournables.

            Bernard Dugué également et comme souvent nous fait honneur avec un tel article qui aide à réfléchir et à bien réfléchir, touchant à l’essentiel...

            La question du « bon sens » ou « sens commun » sur lequel Duong attire notre attention m’inspire la réflexion suivante...

            Le terme « bon sens » fait penser me semble t il immédiatement à une faculté dont peuvent « se » doter ou « être dotés » l’esprit et le corps, leur permettant de percevoir avec justesse et pertinence la réalité qui s’offre aux sens et à l’intelligence (également à notre intuition).

            En fait ne passons nous pas à côté de l’idée que l’efficacité d’une action commune procède d’une perception et/ou d’une analyse, commune ou partagée, par les auteurs de cette action, de la réalité qu’ils souhaitent comprendre ou sur laquelle ils souhaitent avoir une prise...

            A tel point qu’une perception et analyse fausses mais partagées de la réalité peuvent favoriser l’efficacité d’une action sur cette réalité, non souhaitable dans l’absolu, ou à long terme ou encore du point de vue des plus lucides... Les exemples sont indénombrables...

            En somme, et pour faire vite, je considère que les élites (décideurs, penseurs, « acteurs » de notre société) dont l’avenir n’est pas réellement compromis mais entre les mains desquels se trouve le sort de humbles et des petites gens, ces élites peuvent se satisfaire indéfiniment même au prix d’un simulacre d’autocritique, de leur façon d’administrer, de penser, de travailler et d’agir en général. Dès lors qu’elles n’éprouvent pas le besoin d’accéder aux ressentis des sans voix (théorie de l’esprit...), d’autres personnes appartenant à d’autres cultures ici ou aux antipodes (par exemple faire l’effort de saisir le point de vue d’un américain, d’un chinois ou d’un angolais... c’est « impossible » mais c’est indispensable), elles condescendront et prétendront « défendre » la condition des moins chanceux, ou auront des pratiques ethnocentriques sans le savoir...

            En effet les penseurs se font rares, mais si Jaurès, Mozart (plus génie que penseur), Peguy ou même Pascal ou Ariès étaient né en 1980, qu’auraient ils fait ou pu faire de leur vie...

            Pour nombre d’entre eux, la probité et l’abnégation qui ont préservé leur intelligence et leur perspicacité ne cadrent pas avec la capacité d’opérationalité et de performance exigée de nos jours. Ils auraient sans soute été laminés dans le monde actuel par les mêmes qui les adulent ou les citent en référence, par les médias et même le système éducatif et culturel plus friands de résultats et vendabilité que d’intelligence humaniste... Ces sages n’auraient pas supporté les compromis et les allégeances auxquelles obligent les réseaux de pouvoirs et de savoirs actuels... B Dugué et c’est tant mieux présente ces qualité de probité et cette générosité intellectuelles qui « ferment » tant de portes...

            J’abrège pour ne pas vous ennuyer davantage.

            Cordialement.

            Marc P


          • DEALBATA (---.---.166.140) 3 novembre 2006 13:23

            « L’ignorance est la cause du malheur des peuples. »

            Certainement, mais entendons nous bien sur le terme ignorance, cette connaissance qui nous manque tant n’est pas celle dont on nous gave à longueur de temps et qui nous fait grossir le foiS, non, c’est celle qui devrait nous apprendre à nous connaître nous-même, de celle-ci nous devrions en être gavée pour que notre foi grossisse jusqu’à éclater nous laissant ainsi découvrir le coeur de l’homme.


            • ZEN zen 3 novembre 2006 13:43

              Je pense qu’il ne faut pas se faire illusion sur le caractère innovant de la pensée de Rosanvallon.Un coup d’oeil sur son parcours est utile :

              http://www.monde-diplomatique.fr/2006/05/BONELLI/13430

              Voir aussi le site de la fondation Saint-Simon, auquel l’auteur participe.


              • Bernard Dugué Bernard Dugué 3 novembre 2006 18:26

                à signaler, un autre point de vue sur l’usage du Web

                http://blog.jeanlucraymond.net/post/2006/10/11/Bernard-Stiegler-La-Telecratie-contre-la-democratie- :-le-Web-20-defini-par-Vincent-Puig-un-nouveau-milieu-de-transindividuation

                « L’appellation Web 2.0 (...) s’appuie sur (une) approche en termes de modélisation et de manipulation des structures documentaires (instrumentées par les schémas en ingénierie documentaire) et sur la modélisation et la manipulation des représentations du contenu (instrumentées par les ontologies en ingénierie des connaissances) pour se contenter sur les activités relationnelles et l’organisation des communautés. Le Web 2.0 est relationnel dans la perspective où il s’agit donc de repenser l’utilisateur et ses relations avec les autres, plutôt qu’à des contenus ou des machines. L’unité d’information n’est plus le site ou la page mais le service et ses objets, flux ou sources de données qui sont publiées (RSS). L’unité de recherche n’est plus le mot-clé mais le »tag" (marqueur) qui décrit un contenu. L’ensemble des tags apposés par les utilisateurs crée du sens, un néologisme existe pour définir l’utilisation de ce système de classification collaboratif : folksonomy (folk + taxonomy). À l’inverse des systèmes hiérarchiques de classification, les contributeurs d’une folksonomy ne sont pas contraints à une terminologie prédéfinie mais peuvent adopter les termes qu’ils souhaitent pour classifier leurs ressources. Ainsi, pour une ressource donnée, sa classification est l’union des classifications de cette ressource par les différents contributeurs.

                (...)

                Les tags sont personnels, partageables et permettent des outils de recherche et de représentation adaptés (nuages de mots, cartographie sémantique, etc.). Le web devient le lieu de la participation car il n’est plus seulement un espace de collecte d’informations mais développe les outils d’un retour de connaissances dans lesquels les utilisateurs sont à la fois lecteurs et auteurs : ils sont écrivants. Ils possèdent des blogs, publient et partagent des photos, podcasts et liens, postent des commentaires sur d’autres sites, etc. Les actions cumulées des utilisateurs et les données qu’ils produisent ajoutent de la valeur au système global.

                (...)

                Ainsi ce n’est plus seulement la qualité du service qui définit sa valeur mais la qualité et la fréquence des contributions apportées par ses utilisateurs qui ne sont donc plus des utilisateurs mais des praticiens."


                • candidat007 (---.---.122.128) 3 novembre 2006 19:03

                  dans votre article vous citez Rosanvallon. J’ai écouté l’atelier animé par la république des idées au mois de mai 2006 à Grenoble, sur la crise démocratique, et je peux vous dire que j’ai été extrêment déçu par leur façon de concevoir les débats. Ce sont des professionnels du dire et c’est tout. Ils ont été incapables de répondre à cette simple question d’une dame dans la salle sur le thème « toutes vos analyses sont trés bien , mais qu’est-ce qu’on fait maintenant sur le cumul des mandats par exemple, après vos années d’étude et de colloques alors que les échéances électorales se précisent ? » Nada, tous les orateurs de la scéne n’avaient meme pas envisagé de répondre à cette question. Ils ont donc renvoyé la pauvre spectatrice à d’autres lieux pour en parler. Le trés court temps des questions (3questions) de la salle étant écoulé. merci d’être venu et bonjour chez vous.

                  Depuis, je ne lis plus rien de Rosanvallon.


                  • Bernard Dugué Bernard Dugué 3 novembre 2006 19:26

                    Parfois, le timing de l’invité impose de telle restrictions. J’en ai été témoins quelques fois chez Mollat mais quand il est question de sujets sur la démocratie, les organisateurs peuvent faire quelques efforts pour que le public puisse s’exprimer.

                    Par contre, je ne crois pas qu’il faille ne pas lire Rosanvallon, au contraire, il faut connaître la pensée du système pour penser soi-même une contre société qui dépasse le doublet démocratie anti-démocratie, c’est cela je crois la méta-démocratie, mais attention au piège hégélien


                  • Sam (---.---.116.120) 4 novembre 2006 22:19

                    candidat007

                    J’ai écouté le même genre de débat sur France Culture, avec les mêmes pauvres citoyens en alibi pour se voir renvoyer en touche. De la démocratie participative...


                  • (---.---.113.30) 4 novembre 2006 02:51

                    Une norme du droit dépend de sa pénétration de la sphère publique : >>< the refeudalization of the public sphere ><< ( Media Conference of former Vice President Al Gore ).

                    comparez s.v.p. :« Vorbereitende Bemerkungen zur kommunikativen Kompetenz »

                    1971 Gauss Lectures[Habermas] at Princeton reprinted : ISBN : 0262582139 Subtitle : Preliminary Studies in the Theory of Communicative Action Translator : Habermas, Jurgen Author : Habermas, Jurgen Translator : Fultner, Barbara Publisher : MIT Press Subject : General Subject : Linguistics Subject : Sociology - Social Theory Publication Date : February 2002 Binding : Paperback Language : English Pages : 216 Dimensions : 904x608x47 79


                    • (---.---.113.30) 4 novembre 2006 05:04

                    • (---.---.113.30) 5 novembre 2006 05:02

                      — La langue est l’obstacle de la logique !

                      — _En ce qui concerne maintenant le seul

                      — journaliste non typique sur ce panneau,

                      — _ Jürgen Habermas, lui, il voudrait dire [

                      — — ... ... nous nous sommes souvent querellés sur

                      — l’histoire française

                      — des

                      — sciences],

                      — que la langue est l’obstacle.

                      — Source :

                      — Peirce

                      — Austin

                      — Searle

                      — Papers

                      — voyez :

                      — [

                      — On the Pragmatics of Social Interaction

                      — Preliminary Studies in the Theory of Communicative

                      — Action

                      — Jürgen Habermas

                      — Red Paperback reprinted 2002 MIT Press

                      — Habermas’s 1971 Gauss Lectures, plus two additional

                      — essays, outlining an intersubjective approach to

                      — social theory

                      — ]


                    • Marc (---.---.176.72) 4 novembre 2006 15:08

                      Cher BD, Très bel article ! Et qui fait réfléchir... Comme cela devient rare de mentionner Heidegger d’une façon positive, j’aimerais votre opinion à son propos. Merci Marc :-0


                      • Boulgakof (---.---.175.112) 7 novembre 2006 19:51

                        La démocratie n’est pas vraiment dévoyée par ses élites. Ou alors peu. Le problème c’est que des élites non-démocratiques (économiques notamment) ont investit leur champ d’action, et sont souvent en guerre contre elles. Une guerre suppose de dissimuler, déformer ou rendre difficilement accessibles des informations stratégiques. Sur la pensée... Si la conscience est un arbre, la plupart des branches ont été explorées. Le temps est maintenant venu d’élaguer.

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