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Accueil du site > Actualités > Société > L’accueil éducatif des tout petits : la priorité des priorités

L’accueil éducatif des tout petits : la priorité des priorités

Alors que les écoles maternelles ferment leurs portes aux enfants de 2 à 3 ans
Alors que les jardins d’éveil créés à titre expérimental ne permettront pas l’accès éducatif à un maximum de tout petits,
les professionnels et militants de l’enfance s’interrogent...
Comment permettre de développer un service éducatif public de la petite enfance pouvant répondre aux enjeux éducatifs ?

 

L’ACCUEIL EDUCATIF DES TOUT PETITS : LA PRIORITE DES PRIORITES

Admettre, comme on le fait largement aujourd’hui, que « le bébé est une personne » résulte d’un constat et débouche sur un postulat, étroitement liés l’un et l’autre aux politiques publiques menées en direction de la petite enfance.

Le constat est celui de l’efficacité des politiques de santé publique qui, dans les pays riches, ont abouti par plusieurs voies convergentes à une réduction considérable de la mortalité et des maladies graves des enfants de 0 à 1 an et, plus largement, de 0 à 5 ans. Dès lors, le jeune enfant n’est plus réductible à une bouche à nourrir ni à un corps fragile à sauvegarder. Il est effectivement considéré comme « une personne » humaine en présence, et non pas seulement en devenir, avec lequel se tissent d’emblée des relations globales.

Le postulat qui en résulte est que, dès sa naissance, l’enfant relève d’un regard et d’un projet éducatifs. Ceux-ci sont portés non seulement par ses parents et sa famille, mais aussi par les professionnels et les services de proximité qui les accompagnent en ce sens. Autrement dit, si l’ensemble des temps qui jalonnent et des espaces qui caractérisent l’accueil, l’« éveil » relationnel et la socialisation précoce du jeune enfant sont désormais pensés comme éducatifs, ils doivent l’être aussi par les pouvoirs publics, nationaux et locaux, chargés d’en garantir la qualité et l’accessibilité.

Il n’y a pas lieu de prétendre pour autant que « tout se joue avant trois ans » ou encore « avant six ans ». Qu’il s’agisse de la construction d’une personnalité épanouie, de l’engagement dans la voie d’une scolarité harmonieuse ou encore, comme certains propos idéologico-scientistes ont tenté d’en instiller le thème, de la prévention précoce des troubles des conduites sociales, nombreuses sont les occasions permettant, tout au long de l’enfance et de l’adolescence, de remanier et d’enrichir les expériences de départ. Les discours déterministes et pessimistes formulés par tels ou tels professionnels ou leaders d’opinion et souvent repris par les médias sont inutilement alarmants pour les parents de jeunes enfants. Les conceptions binaires des parcours scolaires, polarisées entre les seules références à la « réussite » et à l’« échec », risquent quant à elles de rigidifier les choix effectués en matière de politiques éducatives publiques. Il importe de leur substituer des approches de l’accueil puis de la scolarité des jeunes enfants :

  • qui, d’une part, favorisent les démarches d’accompagnement de leurs familles, notamment de celles qui sont fragilisées par leurs conditions et leurs cadres de vie ;

  • et qui, d’autre part, valorisent la notion de progression continue des compétences personnelles et des acquisitions préscolaires, scolaires et culturelles des enfants.

De ce point de vue, force est de constater, pour commencer, l’existence d’inégalités flagrantes entre les jeunes enfants qui rentrent à l’école pré-élémentaire (qualifiée de « maternelle » pour des raisons historiques qui ont perdu de leur pertinence, et qui en fragilisent même le sens en les assimilant à des fonctions de suppléance familiale) :

  • certains enfants possèdent des « pré-requis » indispensables, un vocabulaire de base conséquent et des constructions lexicales leur permettant de progresser très vite ;

  • d’autres enfants, nombreux dans les milieux populaires, présentent en revanche des difficultés de langage, une coordination moindre et un outillage linguistique plus faible.

Ces inégalités sociales et culturelles précoces sont bien souvent corrélées à des inégalités ou à des impossibilités d’accès des enfants de moins de 2 ou 3 ans aux structures d’accueil collectifs (crèches collectives et haltes-garderies municipales ou associatives, crèches parentales) ou à des modes d’accueil familiaux agréés (assistantes maternelles « libérales », crèches familiales).

Faut-il rappeler en effet que, par choix ou par contrainte budgétaire, les critères et/ou les commissions d’admission de nombreuses communes limitent l’accès aux structures qu’elles gèrent ou conventionnent aux seuls enfants dont les deux parents travaillent ? Que les « contrats enfance », devenus « contrats enfance-jeunesse », établis entre les communes et les Caisses d’allocations familiales pour développer l’« offre » locale de modes d’accueil ne permettent d’assouplir ces conditions qu’en faveur d’un nombre réduit de parents en parcours d’insertion ou d’enfants handicapés ? Que, malgré les aides financières des Caisses d’allocations familiales, le coût de revient assistant-e-s maternel-le-s « libérales » agréées est prohibitif pour un grand nombre de familles qui souhaiteraient y recourir ? Et que, tous modes d’accueil confondus, la tendance actuelle des dispositifs de co-financement en vigueur consiste bien plus à renforcer la solvabilité d’une minorité de familles qu’à créer les conditions d’un service public d’accueil de la petite enfance ouvert à l’ensemble d’entre elles ?

Les effets précocement discriminants de ces impossibilités ou de ces difficultés d’accès des jeunes enfants aux structures d’accueil collectives ou familiales agréées, et aux opportunités de socialisation et d’ouverture linguistique qu’elles permettent, sont particulièrement sensibles pour les enfants issus de parents – en particulier de mères - d’immigration récente. Les références à une double culture présenteraient un véritable atout si ces enfants pouvaient bénéficier, au plus tôt, de la conjonction harmonieuse de leur éducation familiale et d’une éducation en milieu institutionnel. A défaut de quoi elles constituent bien souvent une source de handicaps et de conflits de loyauté multiples lorsque les enfants découvrent à l’âge de 3 ans, sans préparation ni transition, les normes et la langue en vigueur au sein de l’école et des groupes d’enfants et d’adultes qui la composent.

Comment réduire la fracture sociale, éducative et culturelle qui affecte ainsi ces enfants et, avec eux, tant d’autres enfants souvent - mais pas exclusivement – issus de milieux populaires quand ils passent brusquement d’un environnement familial plus ou moins replié sur lui-même, du fait des choix ou des contraintes de vie de leurs parents, à un environnement qui privilégie les savoir être et les apprentissages collectifs ?

Comment ne pas voir et ne pas comprendre que, aujourd’hui, de par la volonté affichée avec un succès croissant par les pouvoirs publics nationaux et locaux depuis plus d’une trentaine d’années, les modes d’accueil de la petite enfance ne se résument plus à des modes de « garde » ? Que, bien au contraire, les professionnels qui les animent – et qui ne relèvent plus seulement du champ de la puériculture mais aussi de celui de l’éducation précoce – organisent leur action autour de projets éducatifs, pédagogiques et sociaux concertés et s’ouvrant de plus en plus souvent à l’environnement des enfants et, pour commencer, à leurs environnements familiaux ? Et que la cohérence et la continuité coéducatives qui peuvent ainsi s’y établir favorisent dans l’immédiat l’épanouissement précoce de tous les enfants accueillis de la sorte et permettent, notamment à ceux qui vivent dans des contextes fragilisés, de préparer leur scolarisation ultérieure dans des conditions aussi propices que possible.

Constatant cependant que, pour de multiples raisons, tous les enfants dont les parents le souhaiteraient ne peuvent bénéficier de telles modalités d’accueil et d’éducation précoces, les pouvoirs publics nationaux s’avèrent hésiter entre plusieurs options. Malgré les intentions affichées, les aides financières dont la gestion et le versement sont confiés aux Caisses d’allocations familiales peinent à étendre et à consolider la réponse, en termes de services, aux attentes de l’ensemble des familles et doivent se limiter à renforcer, on l’a dit, les capacités d’une importante minorité d’entre elles à s’acquitter du coût d’accès aux services existants. De même, l’annonce de la création d’un « droit opposable » d’accès aux modes d’accueil de la petite enfance s’est réduite au projet de créer et multiplier des places tarifées en « jardins d’enfants » pour les enfants de 2 à 3 ans ; les caractéristiques institutionnelles, éducatives et pédagogiques encore très floues de ces structures peinent à dissimuler le fait qu’elles entendent se substituer à la baisse résolue, depuis 2002, des capacités de scolarisation appropriée des enfants de cette tranche d’âge dont le principe avait pourtant été promus, notamment dans les zones d’éducation prioritaire, par la loi d’orientation sur l’éducation du 10 juillet 1989.

Au plan local, des municipalités et des Inspections d’académies ont tenté de maintenir les capacités de scolarisation des enfants de 2 ans ou encore, souvent avec le concours des Caisses d’allocations familiales, ont favorisé la mise en place de différentes formes expérimentales de « structures passerelles » entre les familles et les écoles pré-élémentaires, ou encore entre celles-ci et les établissements d’accueil de la petite enfance, et parfois même les centres municipaux de loisirs sans hébergement dédiés aux jeunes enfants. Le recensement et l’évaluation systématiques de ces expérimentations n’ont pas encore été réalisés au plan national ; leurs prémisses et leurs premiers résultats locaux semblent cependant faire la preuve de leur pertinence.

L’enfant a besoin pour se construire comme personne et être social d’espaces éducatifs de qualité dès le plus jeune âge afin de développer ses propres potentialités. Ces espaces éducatifs contribuent largement à socialiser le tout petit, à le latéraliser et à lui assurer des savoirs, savoir être et savoir faire indispensables.

Aujourd’hui, alors que deux millions d’enfants vivent sous le seuil de pauvreté et que de nombreuses familles connaissent des difficultés pour vivre décemment, il est indispensable que les pouvoirs publics se penchent très sérieusement sur la question de l’éducation du tout petit afin de donner à chacun une chance de se développer harmonieusement et de disposer d’un maximum d’atouts pour une double réussite scolaire et personnelle.

Ces enjeux éducatifs et sociaux concernent les familles, les décideurs et les professionnels.
 

Jean-François CHALOT

Un colloque aura lieu sur ce thème le 20 novembre 2010 à Vaux le Pénil

http://www.familles-laiques-de-vaux-le-penil.fr/


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2 réactions à cet article    


  • Paul Villach Paul Villach 4 octobre 2010 18:05

    @ J.-F. Chalot

    Je partage votre préoccupation. Paul Villach


    • CHALOT CHALOT 5 octobre 2010 16:51



      aux lecteurs d’Agoravox
      Je vous invite vraiment à vous connecter sur le site de l’association , dont l’adresse vous a été indiquée en fin d’article et à venir au colloque pour participer au débat

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