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L’affaire DSK cristallise la guerre des classes

Le pot de terre contre le pot de fer : regarde les (grands) hommes tomber.

Soutiens inconditionnels (et parfois aussi efficaces dans leur genre que la corde soutient le pendu) ou gôchistes aigris qui se vautrent dans la curée, ce qui est certain, c'est que juste après le faste du mariage princier, la société du spectacle nous offre à tous la fascinante mise en scène des frasques d'un puissant et de la chute vertigineuse qui s'en suit. La boniche contre le maître du monde, c'est le raccourci compréhensible par tous de la guerre des classes qui fait actuellement rage sur la planète. La question n'est pas tant de savoir la vérité — il est toujours d'ailleurs dangereux de penser qu'il n'existe qu'une seule et unique version du réel, tout comme il ne peut y avoir qu'une seule manière de faire évoluer notre société — que de bien distinguer, une fois de plus, où se positionnent les lignes de fracture de notre corps social. Comme d'habitude, la lecture des réactions dans les médias montre bien à quel point la fameuse distinction gauche/droite est moins pertinente que jamais, tant il s'agit d'une question de classes sociales et non d'options politiques. À ce titre, la petite sortie de JFK, qui doit se considérer lui-même de la gauche modérée, est des plus éclairantes quand il choisit de défendre l'indéfendable, non pas en innocentant DSK, mais en déqualifiant le viol en simple « troussage domestique », version moderne, si l'on veut, du bon vieux droit de cuissage qui n'était jamais rien d'autre que le droit tacite et communément partagé des seigneurs de se servir à leur guise du corps des gueux et plus particulièrement de celui des gueuses.

La guerre des classes, c'est ce grand bond en arrière qui a de plus en plus en plus de mal à s’accommoder de l'imposture démocratique. C'est l'idée récurrente qu'il y a des gens qui sont naturellement faits pour diriger et décider pour les autres, la grande masse abrutie, à assujettir, la classe dangereuse, incompétente et, il faut bien le dire outrageusement inadaptée à l'exercice démocratique qui présuppose l'égalité entre les citoyens, tous les citoyens :

« Cette partie de la population… est le socle même sur lequel repose notre démocratie. Du groupe le plus défavorisé, on ne peut malheureusement pas toujours attendre une participation sereine à une démocratie parlementaire… Ce sont donc les membres du corps intermédiaire, constitué en immense partie de salariés avisés, informés et éduqués, qui forment l’armature de notre société… Leurs objectifs reposent sur la transmission à leurs enfants d’un patrimoine culturel et éducatif d’une part, d’un patrimoine immobilier et parfois quelque peu financier, qui sont les signes de leur attachement à l’économie de marché. Or ce sont les objectifs de ce groupe qui sont atteints de plein fouet aujourd’hui »

C'est moi qui ai graissé une partie de la citation. Petite phrase qui ne laisse pas beaucoup de marge d'interprétation quant à l'estime dans laquelle l'auteur tient les membres du prolétariat, cette classe la plus défavorisée, dont l'auteur met clairement en doute l'aptitude à la citoyenneté. Bien sûr, l'auteur de cette élégante saillie n'est autre que Dominique Strauss-Khan, l'ex-candidat naturel de la Gôche, quand il pontifie sur les concepts fondamentaux de l’analyse économique, son cours d'économie à Science Po. Voilà qui éclaire cette trajectoire brillante qui le conduit directement aux manettes de la plus puissante des machines à restreindre la masse de la classe sociale moyenne, la seule justement, selon DSK, dont les membres sont suffisamment avisés, informés et éduqués, qui possèdent suffisamment pour être inféodés à l'économie de marché et donc, pour être citoyens de pleins droits.

En Islande et en Lettonie, les préconisations du FMI se sont traduites, dès 2009, par une réduction importante des salaires et des pensions des enseignants, mais aussi par la disparition de certaines lignes budgétaires dédiées à la lutte contre l’échec scolaire, aggravant les difficultés d’insertion sociale des plus défavorisés.
Un document Unsa-éducation

Donc, si l'on suit bien, DSK, le brillant économiste, explique que les classes défavorisées ne sont pas assez éduquées pour pouvoir sereinement participer à la démocratie de leur pays et DSK, le brillant directeur du FMI, profite de la crise pour prescrire de bonnes grosses purges dans les systèmes éducatifs des pays en difficulté, purges qui ont pour premier effet remarquable d'éloigner les classes défavorisées de cette éducation qui leur fait précisément défaut pour le plein exercice de leur citoyenneté...
Audacieux, non ?

Si l'on ferme la boucle, on a donc le citoyen supérieur DSK face à l'infracitoyenne boniche que le manque d'éducation a conduite tout naturellement au lumpenprolétariat, ce qui implique pour les citoyens de la classe médiatique qui se rêve supérieure qu'en fait de viol, au mieux, on a affaire à un troussage domestique des plus banals.

Mais en fait non. Parce que l'arbre DSK ne saurait cacher l'intensité de la guerre des classes qui bat son plein depuis le début de la pseudo-crise, c'est-à-dire du plus grand hold-up des riches sur les pauvres de notre histoire.
Ainsi, avant même que le champ de bataille envahisse le Sofitel de New York, j'ai entendu, sur France Inter, une nouvelle qui n'a eu l'air de ne déranger que moi.

Quel point commun entre DSK et EELV ? En dehors d'une volonté farouche de s'ancrer à gauche sur l'échiquier politique français qui a l'air à l'épreuve des faits ? Entre le méchant FMI affameur des peuples et les gentils green tagueurs du monde ? Et bien une certaine vision de la démocratie :

Toutes celles et ceux qui déclarent approuver le contenu de la Charte des Verts mondiaux et les valeurs indiquées dans le préambule des statuts d’Europe écologie les Verts peuvent participer moyennant le versement d’une contribution minimale de 10 euros. Il faut vite s’inscrire. Tous les membres d’Europe écologie les Verts (adhérents et coopérateurs) et des organisations avec lesquelles existent des conventions de partenariat participent automatiquement à la primaire de l’écologie.

Il est possible de trouver normal de participer moyennant une poignée d'euros. Certes. D'ailleurs, tout le monde a l'air de trouver cela parfaitement normal pour une primaire. Sauf que dans mon langage à moi, payer pour avoir le droit de voter, cela s'appelle le suffrage censitaire et ça, ce n'est pas la démocratie. Et encore, ils s'améliorent : avant, c'était 20 €. Si ça ne fait pas grand-chose pour un membre du corps intermédiaire que DSK draguait de toutes ses forces, 20 € pour une RSAste ou un Smicard chargé de famille, c'est plusieurs jours de nourriture ou de chauffage, c'est une dépense annexe que la cherté de la vie rend totalement inaccessible, c'est un frein majeur à la participation citoyenne.
Donc oui, ce n'est rien, un peu comme Les SMS surtaxés pour choisir en deux candidats à un reality show comme un autre. Sauf que c'est tout. L'idée que pour voter, il faut payer. Et que pour être citoyen, il faut posséder.

L'autre jour, sur Formspring (le réseau social Q&R) quelqu'un demandait à la cantonade :

  • Pourquoi es-tu libre ?
  • Parce que je ne possède rien, a été ma réponse, spontanée, évidente.


Parce que la propriété, qui est l'alpha et l'oméga de l'économie de marché indépassable et triomphante, n'est pas la condition nécessaire de notre citoyenneté, de notre affranchissement de la précarité de l'existence, c'est le levier par lequel on peut nous contrôler. Ce que nous possédons, ce que nous avons peur de perdre, ce que nous désirons. Et c'est cela que DSK a cru avoir dépassé. Il n'était pas dans le club très fermé des maîtres du monde, mais seulement dans le cercle rapproché de leurs valets préférés. Ceux qui sont convaincus que la collaboration forcenée et sans états d'âme sauvera leur cul quand la grande purge donnera toute sa mesure. Ceux qui pensent avoir accumulé assez de garanties pour se hisser au-dessus du lot, s'extraire de la plèbe et ne pas partager le lot commun. Ceux qui auraient été bien avisés de remarquer que rien n'est plus efficace et vulnérable à la fois, qu'un collaborateur affublé d'une grosse faiblesse. Tellement plus facile à contrôler. Tellement plus facile à lâcher quand des intérêts supérieurs l'exigent à leur tour. Ceux qui ont oublié que les kapos, aussi, ont fini dans les chambres à gaz.

Petit à petit, la guerre des classes, combinée à la crise sans fin et à la guerre perpétuelle contre le terrorisme, éclaircit les rangs de ceux qui ont vocation à passer à travers les mailles du filet, à sortir de la nasse, à tirer leur épingle du jeu. Alors même qu'il se passait de bien singulières choses dans le Sofitel de New York, de manière bien plus intéressante et significative, le 16 mai 2011 marque la fin d'une époque :

Dans une lettre officielle adressée au Congrès, Timothy Geithner, secrétaire au Trésor, vient donc d’annoncer des mesures d’une exceptionnelle gravité : le gel sine die une partie de l’alimentation des caisses de retraites des fonctionnaires à partir de ce sombre lundi.
Si ces mesures n’ont aucune implication sur le versement des pensions dues immédiatement, elles auront « des conséquences économiques catastrophiques » dès le 2 août 2011 précis.


Là, c'est le cœur de la classe dite « moyenne » qui vient d'être frappé. Ceux qui se désolaient pour la forme de la dégradation de la situation des jeunes générations tout en réjouissant profondément d'avoir un revenu garanti que leur permettaient, éventuellement, de jouer aux petits maîtres du monde en plaçant en bourse un argent garanti que les sacrifices continuels exigés sur le dos des classes laborieuses permettaient de faire cracher du 15 % l'an.

C'est cela la guerre des classes, dans toute sa hideuse splendeur : une petite minorité de possédants, les too big to fail de la banque, de la finance, les directoires des multinationales toujours plus riches et plus puissantes qui, aujourd'hui, qui dictent leur loi à l'ensemble des nations de la planète et qui, selon toute vraisemblance ont décidé qu'il était temps d'en finir avec la mascarade démocratique.

À moins que...


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10 réactions à cet article    


  • easy easy 21 mai 2011 08:01

    LOL

    Vous remarquerez que dans le premier cas, il suffit de ressentir ce sentiment d’amour pour que la chose soit. Sublime et concluante.


    Dans le second cas, il faudrait agir pour qu’elle soit. Avec force machettes et insultes. Et même une fois accomplie, la chose ne serait pas concluante.




  • Imhotep Imhotep 20 mai 2011 15:59

    La liberté n’est pas de ne rien posséder mais de n’avoir aucune peur de perdre ce que l’on possède. Ne rien posséder est tout simplement impossible. Un exemple ? l’ours en peluche offert à un enfant. Et il y en aura un qui sera aimé par dessus tout. Il faudrait s’en séparer pour être libre ?

    Sinon assez d’accord avec cet article.

    • Kalki Kalki 20 mai 2011 17:10

      Non, comment allez vous gérer de manière capitaliste l’infinie de l’espace et du temps

      et meme sa relativité

      pas possible il n’y a pas de rareté

      et puis comment allez vous faire : vous allez moi je veux tout ? tout m’appartient et on continue la guerre capitaliste dans l’espace

      une chose est sur la machine est supérieur meme aux imbéciles maitre du monde


    • Montagnais Montagnais 20 mai 2011 19:09

      Bel article. « 


       »L’affaire DSK cristallise la guerre des classes"

      Oui, mais s’il ne s’agissait que de classes, que de cela.. !

      Vous la voyez bien la symbolique du vaudeville dans son ensemble.. Il l’a lui-même évoqué en partie, avant de jouer la pièce : 

      “Cash, women, and my being Jewish.”

      Elle, black, muslim, entre autre.


      • BA 20 mai 2011 21:41
        19h00.

        La libération de DSK retardée. L’hôtel Bristol Plaza de Manhattan n’accueillera pas DSK. Les copropriétaires de l’immeuble voisin, qui partagent la piscine et les prestations avec l’établissement de luxe, se seraient opposés à l’arrivée de DSK, selon les informations recueillies auprès de la direction par l’envoyé spécial d’Europe 1 à New York, Emmanuel Renard (@manurenard sur Twitter). 

        Anne Sinclair recherche visiblement des prestations dignes d’un hôtel 5 étoiles avec piscine et personnel de service. Une locataire a expliqué qu’elle payait 11.000 dollars par mois pour une simple chambre au Bristol Plaza.

        Cela risque de retarder la sortie de prison de DSK car après avoir trouvé le logement, il faudra l’équiper en vidéosurveillance et le faire valider par le juge.


          • Antoine Diederick 20 mai 2011 23:47

            on ne parle plus de classes sociales mais de champs sociaux....


            • Antoine Diederick 20 mai 2011 23:51

              les gens vont être pris enclume entre la volonté des Etats et les redressements structurels imposés à ces Etats

              ce n’est plus une question de classe sociale mais une question de démocratie, profondément....


            • Antoine Diederick 20 mai 2011 23:52

              Bonne nuit, reviendrai au prochain DSK.


            • avocatdudiable avocatdudiable 21 mai 2011 11:46

              Lutte des classes ? J’en vois pas : ce que je vois c’est un présumé violeur avec des actes d’accusation avec une violence sans équivoque donc pas juste du harcèlement, et une majorité de journalistes et de politiciens voire des gens dans le négationisme de la gravité des faits décrits !

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