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L’affaire du mariage annulé : esquisse d’une analyse profonde du problème

L’affaire du désormais célèbre mariage annulé de Lille a suscité une avalanche de réactions très certainement sincères, mais malheureusement basées davantage sur l’émotion que sur la raison.

Ce qui ne pourrait bien évidemment que se refléter dans l’agressivité et dans la virulence de la critique vis-à-vis du jugement et parfois vis-à-vis de la justice dans son ensemble. Cette démesure dans la réaction peut facilement être observée à travers la violence des propos de certains hommes et femmes politiques comme celui déclarant que ce jugement pourrait être rendu à Kandahar laissant croire que la justice française serait à la merci de l’intégrisme musulman. Ainsi, sous la pression d’un pouvoir exécutif tiré par les médias et l’opinion publique, le parquet général s’est vu obligé de faire appel de ce jugement alors que la quasi-totalité des juristes l’ont qualifié de conforme à la loi. De ce fait, on se retrouve dans une situation bizarre où des hommes politiques en voulant défendre les droits de la République bafouent un de ses principes fondamentaux, qui est la séparation des pouvoirs, et d’un autre côté des défenseurs des droits de la femme demandent l’abrogation d’un article qui s’avère être une solution efficace contre les mariages forcés des filles dans certains milieux.

Il est donc nécessaire d’apaiser les esprits afin de pouvoir mener sereinement une réflexion sérieuse, profonde et globale de ce problème.

De prime abord, il est important, à mon avis, de laisser de côté la dimension juridique de cette affaire et de la poser plutôt en termes de croyances, de normes de conduite et de valeurs sociales. Car, dans la mesure où le mariage est d’abord un contrat et le contrat est la loi des contractants, ses termes peuvent porter sur n’importe quel objet à condition qu’il ne soit pas explicitement interdit par la loi, en l’occurrence dans ce cas précis la loi ne dit rien sur la virginité ou non d’une épouse ce qui rend totalement légal un contrat librement consenti à ce propos. En revanche, l’état actuel de l’évolution des mœurs dans la société française n’accepte pas qu’un homme puisse poser comme condition à son mariage avec une femme sa virginité. Par conséquent, on peut dire que ce cas de figure ne représente aucunement une atteinte à la loi, ou encore moins aux droits fondamentaux de la République, mais aux mœurs et aux normes de conduite majoritairement admises au sein de la société française.

Limitons-nous, alors, à étudier ce problème à travers cet angle d’analyse. De ce fait, la question principale qu’on doit poser est :

Comment une norme de conduite qui valorise la virginité de la femme avant le mariage continue d’exister dans une société où de pareilles visions ont disparu depuis longtemps ? La réponse à cette question nous permettra probablement de proposer des solutions permettant de faire évoluer les mentalités et éviter ce genre de problème dans le futur.

Ces pratiques liées à la virginité de la femme et notamment celle de la cérémonie du drap de la nuit de noces semblent exister parmi le groupe social issu des récentes immigrations, notamment celles des musulmans du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne. Prenons le cas des pays du Maghreb, une simple observation permet de constater que cette cérémonie qui suit la nuit de noces, qui continue paradoxalement d’exister dans certaines zones périphériques des grandes villes françaises, a quasiment disparu dans la majorité des grandes villes du Maghreb où la question de la virginité continue certes d’avoir de l’importance. Mais cette question se limite au couple et se règle souvent avant le mariage. Le problème ne pourrait donc être lié à une mentalité répandue dans les pays d’origine de cette population puisque ces mentalités dans ces mêmes pays d’origine ont connu une évolution, peut-être lente, mais assez réelle pour influencer les comportements des individus dans ces sociétés. Ce qui ne semble pas être le cas des banlieues françaises où l’on continue de reproduire un schéma de comportement qui était répandu dans les pays d’origine au milieu des années 60 et qui ne l’est plus aujourd’hui. La ghettoïsation des populations immigrées dans des zones géographiques précises a transformé ces zones en des environnements fermés et homogènes. Ce qui a rendu difficile l’évolution des mentalités en raison de l’absence d’interaction avec d’autres normes de conduite.

Le changement des mentalités viendrait, probablement, par l’ouverture de ce milieu fermé à d’autres influences ou peut-être par le fait de permettre aux habitants de ces zones une plus grande accessibilité à d’autres environnements sociaux. Car la raison pour laquelle une norme perdure au sein d’un groupe est le fait que tous les individus composant ce groupe la pratiquent. Et celui qui ne la pratique pas se voit sanctionné socialement et isolé au sein de ce groupe. L’accession à d’autres milieux socioprofessionnels ou résidentiels permettra aux individus d’échapper aux sanctions sociales et aux menaces de la mauvaise réputation et cela pourrait être une première étape vers une évolution progressive des mentalités. Ainsi, là où un jeune issu de l’émigration maghrébine habitant dans la banlieue parisienne aurait peur d’annoncer à son milieu qu’il va épouser une fille non vierge, ce même jeune mis dans un milieu résidentiel habité par des cadres de la classe moyenne, aurait peur de l’inverse c’est-à-dire que les autres sachent qu’il donne encore de l’importance à cette question. On peut dire alors que c’est l’environnement qui crée le comportement ou du moins qui l’oriente en grande partie.

Les réactions violentes stigmatisant les musulmans aura comme résultat plus de repli communautaire et par conséquent un prolongement de la reproduction du même comportement. Il est certain que cette affaire constitue un problème de société qui nécessite une réflexion sereine, profonde et globale. Chose qui ne pourrait être possible qu’après l’accalmie de l’hystérie générale suscitée par cette tempête médiatique.

par rachid majidi vendredi 6 juin 2008 - 48 réactions
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  • Par Michel Maugis (xxx.xxx.xxx.94) 6 juin 2008 17:30
    Michel Maugis

    @ rachid majidi

    Je suis d´accord avec la première partie de votre article, mais absolument en désaccord avec la suite. 

    Vous donnez dans celle ci une justification à l´intolérance. Vosu justifier l´interdiction à l´homosexualité, à l´euthanasie, au suicide etc..

    "Par conséquent, on peut dire que ce cas de figure ne représente aucunement une atteinte à la loi, ou encore moins aux droits fondamentaux de la République,"

    Et nous devons nous en tenir là, dans une république laïque !

    C´est après où vous dîtes carrément des stupidités "religieuses" et intolérantes ( pléonasme).

    "En revanche, l’état actuel de l’évolution des mœurs dans la société française n’accepte pas qu’un homme puisse poser comme condition à son mariage avec une femme sa virginité."

    Ou avez-vous imaginez cela ? J´accepte qu´un homme ou une femme puisse poser n´importe qu´elle condition ou son contraire à son futur conjoint pour se marier avec.

    l´évolution des moeurs justement est à l´opposé de ce que vous dìtes.

    Qu´il fume ou non, qu´il pratique le sexe oral ou non, qu´il soit juif ou non, circoncis ou non, blond ou non, qu´il est le SIDA ou non, qu´il soit athée ou non , vierge ou non etc. etc..

    Et même si vous aviez raison, cela n´invalide en rien le jugement qui en aucun cas doit se plier à "l´etat actuel des mœurs". Cela serait sacrifier le droit, et celui d´avoir raison contre tous.

    " mais aux mœurs et aux normes de conduite majoritairement admises au sein de la société française."

     ????? cette affirmation est une atteinte grave au principe du respect des libertés individuelles en matière de mœurs qui ne portent pas atteinte à la société.

    Comment peut on encore soutenir en France républicaine et laïque qu´une conduite individuelle porte atteinte aux normes de conduite majoritairement admises au sein de la société ?

    Il n´y a pas de norme admise dans les mœurs, dès lors qu´elles ne portent pas atteinte à la liberté d´autrui et n´est pas explicitement interdite par la loi pour des motifs qu´elle prendra soin de justifier par la raison. Mais en matière de relation entre deux personnes adultes consentantes il est difficile d´interdire quoi que ce soit à moins que cette relation porte atteinte à autrui.

    Parlez des pratiques et des cérémonies après la nuit de noce dans certaines contrées n´a absolument aucun rapport avec le sujet. Je trouve encore plus absurde de foutre de l´eau croupie et dite bénite sur la tête d´un môme qui chiale et qui n´a rien demander, même si cette "barbarie" est acceptée majoritairement dans les mœurs. Que dire de la circoncision pratiquée sur un enfant et contre son gré ? Etc…

    Je m´oppose résolument que l´on puisse dire que l´on porte atteinte à une norme au motif de pénaliser cette atteinte..

    C´est de plus absolument normale de porter "atteinte" à une norme, sinon on ne pourrait pas parler de norme, car pour qu´il y est norme il faut des gens qui ne la respectent pas.

    On ne dit jamais que marcher sur deux pieds est une norme !! C´est naturel et non une norme. Si vous dîtes que marcher sur deux pieds est une norme, c´est que vous admettriez d´avance qu´il existe des personnes qui ne respectent pas la norme et "marchent" sur deux mains par exemple, et de façon habituelle bien sûr.

     

    Michel Maugis
     

  • Par littlehorn (xxx.xxx.xxx.215) 6 juin 2008 21:55

    Je vais m’expliquer un peu plus peut-être, en attendant de savoir pourquoi vous avez dit cela.

    Deux musulmans se marient et la femme ment sur sa virginité pour pouvoir se marier avec monsieur qui veut à tout prix épouser une madame vierge. J’imagine que madame espère que monsieur ne remarquera pas, ou alors qu’il acceptera. Ce que je vois ensuite, c’est que les deux demandent l’annulation du mariage, et l’obtiennent.

    Pourquoi est-ce que le jugement n’est pas obscurantiste alors ? Cela est expliqué dans le Canard Enchaîné de cette semaine.

    La virginité serait-elle une qualité essentielle ? Contrairement à ce qui a été expliqué et écrit un peu partout, le jugement ne le dit pas. Il dit simplement que cette qualité a été perçue comme essentielle et déterminante par le mari et aussi finalement, par la femme qui s’est ralliée à cette position.

    Donc, le jugement n’est pas obscurantiste, parce qu’il ne dit pas que la virginité est essentielle dans l’absolu. Elle fut essentielle dans ce cas-ci. Comme le tourne le Canard, c’est un jugement à géométrie religieuse variable, qui peut s’appliquer différemment selon que l’on est musulman, catholique, ou bouddhiste.

  • Par RilaX (xxx.xxx.xxx.153) 7 juin 2008 00:23
    RilaX

    Un homme n’a pas forcemment besoin d’etre religieux pour aimer la virginité.

    Il y a des gens qui aime etrent le premier partenaire d’un fille (ou d’une femme, mais c’est plus rare). C’est une moeurs sexuelle comme une autre. Certains pratique la sodomie, d’autre l’echangisme, et d’autre encore se cantonnent au missionaire. Tant que les 2 partenaires sont consantant, personne ne doit avoir son mot a dire. Quelqu’un qui pratique l’echangisme aura tout interet, pour que son mariage tienne, a trouver un cpompagnon qui le pratique aussi ou qui soit vraiment tres comprehenf(ve).

    Cette personne risque fort de penser que c’est une condition essentielle a son mariage, et si l’autre ment en disant qu’il/elle l’accepte ou le pratique dans le but d’obtenir le mariage et revele a l’epoux(se), le soir de sa nuit de noce qu’en fait non il/elle ne le supporterais pas, le premier se sera fait floué par le second. Les medias se mettraient ils a crier que l’echangisme serait une condition essentielle au mariage ? Demanderais t’on au legislateur de pondre une loi interdisant ces pratiques sexuelles qui ne conviennent pas a tous le monde ?

    On en arriverais (trop) vite a imposer le missionaire commme seule et unique position admise ; avec une derogation pour la levrette.

    Est ce la que nous souhaitons arriver ? Parceque c’est le chemin que nous emprunterions si nous suivions la vindicte populaire actuelle.

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