Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Société > L’arme cataclysmique de la Simplicité Volontaire

L’arme cataclysmique de la Simplicité Volontaire

En tuant Dieu et en rendant bien minces ses propres espoirs d’éternité, l’Homme a limité à la seule voie hédoniste ses options raisonnables pour donner un sens à sa vie. On aurait donc pu croire que, l’industrialisation ayant apporté l’abondance, il se serait empressé d’obéir au conseil de l’Ecclésiaste au Juste craignant Dieu : "boire son vin d’un cœur content, jouir de la vie avec une femme qui il aime…" et accepter que là était sa part...

Hélas, c’était mal connaître « l’anmal à la nuque raide » dont parle la Bible. Ses besoins essentiels satisfaits, l’Homme s’en est trouvé d’autres accessoires et a maintenu le cap, continuant à se donner pour but d’avoir PLUS. Chercher à posséder est l’activité humaine par excellence.

Ce qui est faire notre propre malheur, car s’il y en a déjà bien assez pour tous, il ne pourra jamais y en avoir "plus" pour tous ... que la moyenne pour tous... Un constat qui suggére que s’impose une simplicité volontaire collective.

Idéalement, une gouvernance responsable verrait à ce que les ressources humaines comme techniques soient assignées prioritairement à la production du necessaire, puis de l’utile, privilégiant ensuite parfois le simple loisir à la production obsessionelle de n’importe quoi. C’est ce que nous voudrions, mais n’oublions pas que, si l’État se fait sourd à cette requête, nous avons tous et chacun d’entre nous la possibilité de le faire…

Nous pouvons CHOISIR de ne vouloir qu'assez. Et il faut le faire.

Nous vivons dans une société qu’on a gavée et dont le foie éclate. On a dit que la pauvreté cesse lorsqu’on a un pantalon et que la richesse commence quand on en a deux, puisque l’on n’en porte qu’un. Il faudrait ajouter que la pauvreté revient quand on en veut un troisième, car on est toujours pauvre quand on a un désir qui n’est pas satisfait et le système de production actuel, en ce sens, s’est donné pour but principal de nous appauvrir. De nous appauvrir et de nous engraisser. Comme ces roitelets des îles mélanésiennes qui voient l’obésité comme un signe de succès, dans une culture dont la faim n’a jamais été éradiquée.

Toute notre structure sociale est imprégnée d’une volonté d’avoir plus, plutôt que de devenir mieux : on est ce que l’on a. Tout est fait pour faire de la consommation le but central de l’existence. Ce n’est pas une évolution naturelle : la tendance normale est d’arrêter de consommer quand le besoin est satisfait. La boulimie est un désordre qui prend sa source dans la crainte déraisonnable d’une carence. Quand ce sentiment est exacerbé et mène à une gratification secondaire à laquelle on ne peut résister, même si elle est nuisible pour l’organisme, on peut parler d’assuétude.

En fait, le système nous conditionne à une consommation excessive de la même façon qu’utilisent les fabricants de cigarette et autres marchands de drogue pour créer une dépendance : rendre facile la consommation initiale puis monter les prix. Pourquoi la télévision est-elle gratuite ? Pourquoi l’accès au réseau routier est-il gratuit ? Prenez-en l’habitude Après, on vous vendra bien quelque chose.

Il ne faut pas croire que seule la publicité formelle qu’on voit dans les médias nous pousse à consommer ; ce n’est que la pointe du iceberg. C’est la partie visible d’un dispositif de conditionnement qui valorise la possession pour la possession et qui se met en marche pour toucher l’enfant dès qu’il peut voir des dessins animés. L’attaque continue de l’école primaire à l’université et ne s’arrête jamais. La gratification secondaire offerte, c’est le respect des autres : la position sociale se mesure en richesse ostentatoire. Ce qui est nuisible pour le corps social, c’est l’envie pathologique que cette approche suscite entre les partenaires sociaux – (Keep up with the Jones !.) – et l’incroyable gaspillage de nos ressources.

Quand tous les besoins que l’on éprouve spontanément ont pu être comblés, le système industriel a continué sur sa lancée et nous en a créé d’autres, artificiels. Il en est résulté la constitution presque obligée, par chaque citoyen qui se veut respectable, d’un invraisemblable patrimoine d’objets matériels hétéroclites dont l’utilité est souvent douteuse, mais le potentiel d’embarras bien évident. Dans un monde où la mobilité s’affirme comme condition de succès, mais aussi de joie, l’industrie en déclin a imposé, par un conditionnement incessant, le modèle pervers de l’accumulation. La masse des choses que l’on possède – et dont il faut prendre soin – occupe une place démesurée dans la vie de l’individu moyen. C’est une contribution non négligeable de l’industrie à la menace qui pèse sur chaque être humain de limiter sa vie à gérer l’insignifiance. On a créé une société obèse.

Dans le contexte d’un sursis qui prend fin pour une industrie qui a tout donné, le credo de la Simplicité Volontaire (SV), qui fait chaque jour des adeptes, est porté par l’esprit du temps et peut apporter la rationalisation dont ils ont besoin pour changer à ceux qui comprennent qu’une consommation boulimique est incompatible avec le bonheur.

La SV peut ratisser très large : c’est ce qui en fait une solution particulièrement valable. La SV peut mener à l’ascèse, mais aussi au choix, tout à fait hédoniste, de ne pas se laisser détourner du bonheur et du plaisir véritable par les sirènes du « consumérisme » qui voudraient nous faire croire qu’on ne vit heureux qu’entouré – et en fait alourdi – par un fatras de babioles. La SV peut amener à manger des lentilles et à cuire son propre pain, mais propose aussi l’option de ne rien acheter que l’on peut louer et d’aller de palace en palace, en n’apportant pour tout bagage que deux kilos de soie et cachemire et une carte de crédit Platine. Pour riches comme pauvres, la SV est la voie intelligente de la fuite hors d’une société obèse. Jusqu’à ce qu’elle devienne la cure de minceur pour tous et donc le salut pour la société elle-même.

Quand nous disons que l’industrie conserve sa dominance en créant des besoins artificiels, nous ne pensons pas aux nouveaux « besoins » que crée la technologie. On peut vivre sans un téléphone cellulaire, un iPod et un Blackberry, être en forme sans utiliser une planche à voile, ni un deltaplane, mais certaines de ses innovations apportent vraiment un ajout, ne serait-ce qu’au niveau du plaisir, ce qui n’est pas négligeable. On est certes dans le domaine du superflu, mais si la société s’enrichit et que la technique le permet, pourquoi s’en priver ?

Le problème d’obésité de notre société ne vient pas de ce qu’on fait une place dans notre quotidien à 200 grammes de métal où se sont incarnées des décennies de science : les truffes blanches engraissent peu. La boursouflure littéralement viscérale dont notre société doit se débarrasser, c’est celle qu’entraîne la consommation sans réflexion et sans plaisir d’une production itérative de l’inutile en transit rapide vers le sac à déchet et le dépotoir.

Surproduction et surconsommation se manifestent sur les biens de consommation courante, mais aussi sur les produits semi-durables, mettant seulement en oeuvre pour ceux-ci les raffinements additionnels dans l’arnaque que justifie leur valeur supérieure et que permet l’ambiguïté des attentes qu’ils suscitent.

Choisir collectivement la Simplicité Volontaire serait un nouveau paradigme : une nouvelle société. Mais la choisir un a un est une déclaration de guerre à la société de consommation. Ne nous leurrons pas sur les effets cataclysmique sur notre société fragilisée qui résulteraient d’une baisse VOULUE de la consommation que n’accompagnerait pas une réaffectation planifiée du travail. 

Mais nul ne peut empêcher quiconque de le faire. C'est l'arme imparable entre les mains de l'individu qui vient compléter "en douceur" le terrible pouvoir de violence et de destruction que la technologie lui donne.

Bien risqué, car c'est scier volontairement la branche sur laquelle nous sommes assis, avec la foi d'atterrir en douceur dans un monde meilleur...  Mais s'il n'y a pas d'autre issue hors du cul-de-sac, il faudra bien prendre cette route… 

Pierre JC Allard


Moyenne des avis sur cet article :  4.24/5   (21 votes)




Réagissez à l'article

56 réactions à cet article    


  • Robert GIL ROBERT GIL 16 janvier 2013 08:43

    il faut se demander si notre boulimie d’achat n’est pas le reflet d’un mal-être, d’une insatisfaction, engendrés précisément par cette société dite d’abondance ? Nous possédons de plus en plus de biens matériels, sommes-nous de plus en plus heureux ? Au seuil de la vie, la véritable richesse est le vide que l’on laisse et pas les biens que l’on lègue !

    voir : DE QUOI AVONS-NOUS BESOIN ?


    • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 16 janvier 2013 16:27

      @Roberto Gil


      Note boulimie d’achat est certainement le reflet d’un mal-être. Que cette insatisfaction, soit engendrés précisément par notre société d’abondance me semble plus difficile a croire. N’est-ce pas la condition humaine qui est essentiellement inacceptable ? Je suis d’accord avec vous, cependant que la surconsommation comme compensation est si dérisoire qu’elle ne pet finalement que rendre la situation encore plus triste. Et e que nous faisons quand nous sommes ainsi déçus peut devenir méchant.

      PJCA

    • ffi ffi 21 janvier 2013 01:26

      C’est surtout que les relations sociales se sont réduite à l’échange marchand.

      Tout homme a besoin de relation. Si le seul moyen qui lui reste pour en avoir est de passer par une caisse de supermarché, alors il achètera n’importe quoi pour ce faire.


    • lulupipistrelle 16 janvier 2013 10:16

      Du moment que c’est volontaire... 


      C’est ainsi que je vis, mais par pur égoïsme .

      Je vis ainsi parce que je fais des choix supérieurs : parce que je dépense mon argent dans des domaines élitistes : cet argent fait vivre des concitoyens immédiats que j’estime, n’enrichit pas les grands groupes, ne part pas à l’étranger...
       
      Je me fiche de paraître, ce qui m’intéresse :
      -l’enrichissement immatériel : le mien et celui de mes proches,
      - l’échange entre personnes de bon aloi. 
       
      En outre j’éprouve une satisfaction sans cesse renouvelée à déjouer toutes les prévisions des imbéciles qui nous gouvernent.
      De manière presque scientifique (mais je garde ça pour moi), j’estime que nous sommes autour de 4% (dans la fourchette d’incertitude de toutes les statistiques) à vivre ainsi et que cela suffit à ruiner toutes les politiques économiques de tous les gouvernements.

      • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 16 janvier 2013 16:34

        @ Lulupi...


         C’est ce que je fais aussi. depuis longtemps. Aussi longtemps que le monde va raisonnablement bien, vous avez raison : on le fait et on se tait. Mais quand ça ne va plus, je suis sur que vous comprenez que si du 4% on passe a 10 %, on détruit cette société aussi radicalement qui si on lançait une appel au meurtre et avec avec moins de violence. Au début, tout au moins....

        PJCA

      • lulupipistrelle 16 janvier 2013 18:08

        D’accord ; mais il faut vraiment que les choses aillent mal, pour que les gens s’émancipent et découvrent par eux-même de nouveaux ressorts d’échange. Et envoient bouler les directives et réglementations qui ont tué des secteurs entiers de l’économie. 


      • alinea Alinea 16 janvier 2013 10:40

        Je suis d’accord avec chaque phrase de cet article ; néanmoins j’ai l’impression qu’aujourd’hui on a déjà dépassé ce stade : c’est le nécessaire qui manque à certains quoique.. chez les « pauvres » qui arrivent mal à joindre les deux bouts avec le loyer, énergie et charges, on trouve bien des ordi, des jeux vidéos et l’indispensable mobile ! Mais ce sont des exutoires à une vie bien vide de joie vraie ; et c’est pour cela que la simplicité volontaire ne peut être adoptée que par ceux qui ont des centres d’intérêts non consuméristes et qui, de ce fait, n’ont pas besoin d’ersatz ! Les pauvres alors ont beau jeu de traiter de bobos les décroissants ; ils n’ont pas tellement tort !
        Il n’y a pas que l’éducation, il y a eu l’assassinat de la culture populaire.. ; remplacée par les gros rassemblements sportifs, la télé, le rêve de richesse par la loterie ; bref, un vide rempli de consommation qui ne comblera jamais les aspirations de l’homme, le plus simple soit-il.


        • lulupipistrelle 16 janvier 2013 10:53

          L’assassinat de la culture populaire ? quel mépris... le peuples n’a pas le mauvais goût qu’on lui prête... 


          J’habite une ville de droite, un département de droite... la droite dure. ET bien le Conseil général ; les mairies de droite organisent toutes l’année des rendez-vous de MUSIQUE SAVANTE (classique, baroque, contemporaine) GRATUITS, et c’est plein. 

          A Beausoleil, en 15 ans, le petit peuple est devenu un public averti de la Musique savante. 

        • alinea Alinea 16 janvier 2013 11:12

          lulupipistrelle : ce n’est pas de cette culture là dont je parle ; je parle de la culture populaire qui vient du peuple : ses musiques ( et pas celles qu’on lui assène par l’intermédiaire du show biz), la musique que les peuples font encore sous d’autres cieux ; les contes, le lien social, bref ce qui a fait que jusqu’à la société de consommation, les gens se sont sentis unis !
          C’est cette espèce de « démocratisation » qui est méprisante ! Moi, je ne le suis pas ; ma musique a toujours été une musique populaire, « traditionnelle ». Ici, en Europe, sauf l’Irlande, l’Italie, l’Espagne, la Corse et quelques régions françaises, elle n’existe plus ; en tout cas pas comme liant ! elle n’a plus de signification, elle ne fête plus les travaux agricoles, les mariages, bref, les évènements de la vie. Seules les minorités en ont gardé trace, les basques par exemple vivent leur musique !...


        • lulupipistrelle 16 janvier 2013 11:28

          Mais le petit peuple : femme de ménage, ouvrier, jardinier etc...adore la musique savante... Toutes les écoles de musique de mon département débordent d’élèves adultes qui se payent des cours d’instruments...après des journées de boulot aliénant. 


          Le jour des inscriptions à l’Ecole Municipale d’Arts Plastiques, les gens font la queue dès 5 h du matin pour avoir une place... 

          La musique savante ? c’est le fond de la culture européenne, de la culture du petit peuple... les mêmes thèmes repris, retravaillés siècles après siècles... 

          La merde qu’on déverse à la télé... qui l’achète ? les publicitaires, les politiques qui essayent de nous imposer des produits abâtardi... 
          Le métissage ne peut exister qu’entre musiques authentiques 


          Quand Huun Hur Tu passe dans les Alpes maritimes... le public vient de tout le département. 




        • alinea Alinea 16 janvier 2013 13:21

          consommation lulu ; parfois la consommation donne du plaisir ; mais jamais autant que le création !


        • lulupipistrelle 16 janvier 2013 13:42

          Chère amie,


          Mon mari est musicien professionnel, mes enfants sont musiciens,... et veulent devenir professionnels...deux de mes beaufs sont musiciens.... etc... 

          J’ai joué du piano , mais je n’ai pas persévéré... de toute façon je n’aime pas la scène... à la différence d’une de mes soeurs qui s’est mis au violoncelle à 45 ans, et maintenant joue avec un groupe de musique balkanique...

          .Je suis le seul « amateur » vrai de la famille... 

        • alinea Alinea 16 janvier 2013 15:51

          Oui lulu ? Quel rapport ?


        • lulupipistrelle 16 janvier 2013 16:14

          Nous ne sommes pas des consommateurs mais des acteurs. 


        • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 16 janvier 2013 16:38

          @ Alinea


          « Je suis d’accord avec chaque phrase de cet article... » Et moi avec chacune de votre rèponse. Mais je crois justement, que la promotion  d’intérêts non consuméristes est une affaire dpnt l’heure est venue.

          PJCA

        • alinea Alinea 16 janvier 2013 16:55

          OK ! pardon, je n’avais pas compris ; tant que nous sommes acteurs, c’est vrai ; voyez comme les chorales ont du succès : les gens ne demandent pas mieux que de ne plus être de purs consommateurs ! j’ai beaucoup baigné dans ce milieu là, et.. j’adore !!


        • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 16 janvier 2013 16:56

          @ Lulupi... (2) Encore d’accord, sur le fait du bon gout - je crois beaucoup a la culture populaire authentique -. mais nierez vous qu’on fait tout presque partout pour la tuer avec une attaque sur deux fronts ? 1) Imposer un esthétique élitiste dont on se demande si elle n’est pas qu’un canular... et 2) en couvrir la voix de toute populaire culture par un vacarme assourdissant et la promotion d’un prêt-à-porter insignifiant et donc abrutissant.



        • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 16 janvier 2013 17:11

          @ Lulupi...


          J’ai beaucoup de respect pour la culture populaire. Mais ne croyez-vous pa justement qu’on fait tout pour la tuer, par une attaque sur deux fonts ? 1) un élitisme dont on se demande parfois s’il n’est pas qu’un canular... et 2) une culture dite de masse qui est assénée au peuple par la pub et étouffe ce qui serait sa vraie voix ?. Il y a des moyens de faire vivre la culture dans toutes les couches sociales et vous en donnez un exemple interessant.


        • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 16 janvier 2013 17:14

          Désolé pour ce presque doublon. Le systeme est lent. J’espre qu’on ne me punira pas comme Moïse frappant deux fois la pierre .. smiley


          PJCA

        • lulupipistrelle 16 janvier 2013 17:24

          Si vous parlez de la télé... je suis d’accord. 


          Si vous pensez que le peuple ne peut apprécier la musique classique , baroque ou contemporaine, NON. Vraiment non. 
          Quand la fête de la musique était encore spontanée, on voyait bien des jeunes rappeurs bouleversés par des musiciens qui interprétaient, dans la rue, des morceaux du grand répertoire. 

          C’est très vicieux de décider à la place des autres ce qui est too much pour eux. 

          Le pire : le nouveau gouvernement flamand, de droite extrême qui a décidé que le Baroque... c’était pour les bobos, et qui a sucré toute subvention au plus célèbre ensemble baroque du monde:la petite bande. 



        • alinea Alinea 16 janvier 2013 17:33

          Si, vous serez condamné à en replier un ; histoire de ne pas faire perdre un temps précieux ; comme chacun sait : le temps ! c’est de l’argent !!  smiley


        • xana 16 janvier 2013 11:30

          Une arme redoutable en effet, mais à usage unique : Quand on s’est engagé dans la simplicité volontaire, on ne peut pas le faire une seconde fois (à moins d’avoir trahi entretemps), et on se retrouve désarmé.
          Sortir du monde du « plus » à titre personnel est, somme toute, assez facile, et ne comporte pas de gros risques. La seule difficulté est de se maintenir sur la position conquise, puisqu’on n’a pas la possibilité de poursuivre seul. Les rechutes, comme toute trahison, se font sans bruit. Juste une petite lâcheté sans témoin gênant..

          Gagner la bataille est une toute autre affaire.
          Chacun de nous, ayant reçu une seule et unique cartouche, ne peut tirer qu’une seule fois. La victoire nécessite le basculement d’un nombre significatif de citoyens et que chacun fasse usage de cette cartouche unique dont il a été doté.
          Pour avoir un rôle offensif, la simplicité volontaire doit donc se répandre assez rapidement dans la population. La communication et le prosélytisme sont les éléments essentiels à ce combat. Sans eux, la simplicité volontaire reste un choix de vie personnel, un confort moral sans risque et surtout sans effet sur la société.

          Pour me résumer, pratiquer la simplicité volontaire soi-même n’est qu’un premier pas, indispensable certes, mais totalement insuffisant pour changer la société.
          Qui la pratique ne peut prétendre lutter que s’il s’engage aussi dans la voie beaucoup plus risquée de l’action de masse. Avec tous les dangers que cela implique.
          Celui qui pratique la simplicité volontaire pour son propre compte ressemble à un Résistant qui caresserait son revolver, bien caché dans une planque, pendant que ses camarades se font massacrer.


          • lulupipistrelle 16 janvier 2013 14:07

            Mais il y a des tas de gens qui pratiquent.. mais qui ne le crient pas sur les toits. En particulier parce que leurs objectifs ne sont peut-être pas ceux qu’Allard revendique. 


            Moi je rêve d’une France dont l’économie ne soit pas celle des services... mais de la production. 

            Je veux acheter des chaussures françaises, des fringues françaises, de la laine française etc... oui, c’est peut-être limité, mais il faut y aller progressivement. 

            Je commande pour mon fils des chaussures à une cordonnière de la Manche. Son mari a tanné le cuir. Le prix = moins qu’une paire de grolle sportives cousues dans le Sud Est asiatique. Durée de vie des chaussures ? 10 ans en les faisant re-semeler tous les deux ans (60 euros). 


          • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 16 janvier 2013 17:30

            @ XANA


             La guillotine non plus ne donne pas de rappel... Une greve de 30 jours des consommateurs serait FATALE au systeme, même si elle n’était suivie que par 20% des ménages. Suffit de voir la PANIQUE dans les penthouses quand les ventes au détail fléchissent ! La production-consommation est comme linspitation-expiration. Arrêtez un peu et les consequences sont immediates et irreversibles.. 

            Gagner cette bataille est facile. La vraie question est : veut-on le faire ? Je souligne encore une fois que ce n’est pas une décision collective à prendre à la légére.

            PJCA
             

          • alinea Alinea 16 janvier 2013 17:35

            Je rêve du boycott, PierreJC ! cela serait tellement jouissif de voir la grande distribution s’empêtrer dans ses propres pièges !!


          • lulupipistrelle 16 janvier 2013 17:42

            Moi aussi... mais dans les grandes villes, la population est prise en otage... pas de ravitaillement possible pour 300 à 400 000 habitants sans la grande distribution. 
            C’est même ce qui personnellement me convainc qu’un mouvement insurrectionnel n’est plus possible. Pour y mettre un terme on ferme les hyper, on ferme les pompes, ...et en une semaine tout le monde est à genou. Hélas. 


          • JL JL 16 janvier 2013 12:21

            Bonjour PJCA,

            Excellente réflexion.

            Vous dites : ’’C’est ce que nous voudrions, mais n’oublions pas que, si l’État se fait sourd à cette requête, ...’’

            Je crois opportun de vous rappeler ici cette réflexion de Lionel Jospin : ’’ l’Etat ne peut pas tout’.

            Vous dites : "En fait, le système nous conditionne à une consommation excessive de la même façon qu’utilisent les fabricants de cigarette et autres marchands de drogue pour créer une dépendance : rendre facile la consommation initiale puis monter les prix. Pourquoi la télévision est-elle gratuite ?"

            Pas seulement rendre facile la consommation initiale : le fait qu’il y a des riches permet à l’entreprise de vendre très cher les premiers objets et avec les profits ainsi réalisés rapidement, poursuivre la production qui ne lui coûte plus grand chose, et ainsi, baisser les coûts jusqu’à saturer le marché. Ajoutez à cela l’obsolescence programmée ou le progrès technique qui rend naturellement obsolète, et vous avez sous les yeux le piège tel qu’il fonctionne : à merveille, et sans pilote dans l’avion : ; uniquement pas la logique du profit, une logique terriblement efficace mais mortifère si on ne la contrôle pas.

            La meilleure preuve que la machine s’est emballée est l’explosion des inégalités dont le seul frein, à l’instar de ce qu’on utilise pour les centrales nucléaires est l’impôt progressif sur les revenus. Sans cet impôt, le machine est une machine folle.

            Je reviendrai peut-être sur la solution que vous préconisez.


            • JL JL 16 janvier 2013 14:48

              PJCA,

              vous écrivez :’’ Quand nous disons que l’industrie conserve sa dominance en créant des besoins artificiels, nous ne pensons pas aux nouveaux « besoins » que crée la technologie.’’

              L’industrie ne ce contente pas de créer des besoins artificiels : « Sérieusement, vous croyez vraiment que Peugeot produit des voitures, Michelin des pneumatiques et Aventis des médicaments ? Bien sûr que non ! Ils produisent des profits. » (Jean-Pierre Berlan)

              L’Industrie dans son sens le plus large est aujourd’hui une vaste machine qui échappe à tout contrôle humain et qui n’a pour seule finalité que de créer du profit. Autrement dit, c’est devenu un parasite qui, tel un cancer ne périra qu’avec son hôte.

              J’en veux pour preuve le développement furieusement mortifère de l’exploitation des gaz de schistes dont le but inavoué mais logique du point de vue du profit, est de priver d’eau potable gratuite les habitants de la planète, avant de faire la même chose pour l’air.


            • Croa Croa 16 janvier 2013 14:35

              Excellent article mais je ne suis pas d’accord à propos de la gratuité. La forme de gratuité à laquelle les défauts décrits correspondent existe certes mais ce n’est pas l’essentiel. La télévision est un service culturel gratuit (quoique payé par la redevance) qui certes asservit mais pour d’autres raisons. Que les routes soient gratuites est aussi normal bien que ses adaptations récentes (le XXe siècle c’est récent) à l’automobile et au camion soient discutables quoique adaptés à nos modes de vie... de consommateurs d’espaces ! Il faut cependant des routes gratuites pour se déplacer librement mais l’important est de pouvoir le faire (on n’est pas obligé !) et voir ça comme une invitation au voyage serait pathologique. 

              Il me semble au contraire qu’une société sobre passe par plus de partages, donc plus de gratuités finalement. Soyons tranquilles, gratuit ou payant, la sagesse commande de ne prendre que sa part : Se jeter sur le gratuit pour en consommer plus que nécessaire est une erreur communiqué par la maladie consumériste mais aussi un moyen de réaliser plus vite la stupidité d’un tel réflexe !


              • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 16 janvier 2013 17:45

                @ Croa


                 Ai-je dit du mal de la gratuité ? Quand il y a surabondance, la gratuité est normale ; quand il y a insuffisance, la meilleure façon de permettre à chacun la discrétion de fixer ses propres priorités parmi ses désirs qui, par définition, ne pourront pas alors être tous satisfaits, est bien de fixer a chaque bien et service son prix. Ceci ne modifie en rien l’autre vaiable qui est la distribution de revenu. Interessant, mais c’est un tout autre débat

                PJCA

              • lulupipistrelle 16 janvier 2013 17:58

                Le problème de la gratuité, c’est qu’elle n’est pas vraiment gratuite. Un bien livré gratuitement au public a bien été payé par la collectivité... mais on a perdu la liberté de choix. En revanche ceux qui organisent cette gratuité en tirent un pouvoir non négligeable, puisque cette décision lui permet d’édicter la norme. ... 

                En outre la gratuité, ça renvoie quand même à l’empire romain« ses pains et ses jeux », gage de l’asservissement des masses. 

              • Vipère Vipère 16 janvier 2013 18:09

                Cher Croa

                « mais je ne suis pas d’accord avec la gratuité » ! moi, si.

                Que l’autoroute soit payante et pas donnée par conséquent, me fait fulminer à chaque fois que je passe à la caisse, sachant qu’elle a déjà été payée par le contribuable et amortie depuis belle lurette ;

                Que ce droit de péage, cédé par l’Etat à un groupe privé, plein aux as et qui se gave est particulièrement indécent. L’on ne devrait plus que payer l’entretien de l’autoroute, par un vignette annuelle, comme dans certains pays qu’il m’arrive de traverser.


              • lulupipistrelle 16 janvier 2013 18:19

                ... leur permet... 


              • Vipère Vipère 16 janvier 2013 18:21

                De plus, si l’on vivait dans une société de partage, tous les gens auraient un toît bien à eux !

                Et c’est loin d’être le cas. La France est un pays inégalitaire à cet égard. 50 % de propriétaires se sont appropriés les propriétés bâties, non pour y habiter, mais pour en tirer profit, spéculant sur la rareté des logements, pour faire monter les enchères des loyers.

                Les Pouvoirs Publics et les politiques, n’ont-ils pas contribué, tous, à cet état de fait ?


              • Vipère Vipère 16 janvier 2013 18:24

                Au toit pour tous, nos gouvernants ont substitué le mariage pour tous, cela en dit long sur la Société que l’on nous prépare.


              • Croa Croa 16 janvier 2013 19:07

                à Vipère :

                Je n’ai pas dit que je n’étais pas d’accord avec la gratuité mais que je n’étais pas d’accord à propos de la gratuité ; « à propos » se rapportant donc aux écrits de l’auteur.

                Ceci dit je pense comme toi que les autoroutes devraient être gratuites mais avons nous vraiment besoin d’autoroutes ? (En tout cas pas tant !)

                Par ailleurs, oui la propriété qui caractérise notre société (autant que la consommation qui n’en est finalement qu’un aspect ultime ) est à la racine du mal. Proudhon avait dénoncé déja ça au XIXe siècle... ça reste d’actualité !


              • Croa Croa 16 janvier 2013 19:20

                à Lulupipistrelle :

                On peut abrutir aussi efficacement avec du payant. C’est même mieux pour caser les classes sociales de l’ombre au soleil autour des arènes comme le renvoient aujourd’hui les corridas, lesquelles ne sont qu’une poursuite des jeux antiques !


              • Croa Croa 16 janvier 2013 19:25

                aux deux :

                Excusez moi, je me suis un peu mélangé les pinceaux... smiley

                à propos d’autoroutes la réponse s’adressait à Lulupipistrelle, bien sûr !


              • Croa Croa 16 janvier 2013 19:28

                Non je me suis encore trompé ! smiley  smiley

                Vous remettrez tout ça en ordre smiley  !

                (Lorsque je répond je ne vois que ma première intervention.)


              • joletaxi 16 janvier 2013 16:37

                AAAhhh, chaque jour ,avec une belle régularité, Avox nous sert sa petite tarte à la crème, et les gourmands sont au rendez-vous.

                Cela fait du bien de savoir qu’il y a ici bas une élite, pour nous montrer la voie.

                Bon, on dirait que ce n’est pas ce que veut Mme Michu, ni moi non plus d’ailleurs.
                Pas de problèmes, on va l’imposer.

                Et on se fout de Rael, qui en comparaison me semble un type très raisonnable.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON







Palmarès