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L’autonomie c’est comme une voiture, sans carburant elle ne fonctionne pas

La rationalité, qui a imprégné l’école, avait imprégné bien avant le système politique en nous faisant passer de la IVe à la Ve République dans la recherche d’une stabilité de gestion de l’État. Ceci par un système à majorité parlementaire qui, de fait, délègue ses pouvoirs à un gouvernement choisi par un président élu sur un programme (dans le cas de la France), ce qui a fait dire à certains que nous disposions d’une monarchie républicaine.

Cette rationalité également issue de l’économie produit inévitablement les mêmes effets dans le monde politique, c’est-à-dire produit des professionnels de la politique qui développent des stratégies d’acteurs, dont la compréhension n’est plus accessible aux familles sauf par le slogan réductionniste.

Mais cette rationalisation qui se renforce encore aujourd’hui, évince l’expression de la diversité ; nous pourrions dire en terme libéral, la voix de l’individu qui ne peut se manifester que dans un premier tour de compensation, pour justifier de l’existence d’un système démocratique. Là aussi, la rationalité issue du système économique a installé un système d’exclusion du pouvoir de certaines tendances politiques des citoyens, mettant ainsi à mal le pluralisme politique.

En l’espèce, il s’agit moins d’une critique, que d’essayer de faire ressortir la différence entre un discours et une réalité.

Réalité dans laquelle on ne peut en permanence tenir un discours de liberté, d’autonomie, d’indépendance, tout en étant dans l’obligation, par soucis d’efficacité d’une réelle interdépendance de construire des systèmes d’autorité, d’exclusion qui conduisent inévitablement vers une tendance unipolaire : reconnaissance d’un dominant idéologique qui verse obligatoirement dans le dogmatisme.

Les moyens utilisés en politique sont le « redécoupage » électoral et les seuils d’audience électorale, poussés par le souci de ne pas donner lieu à une alternance qui ne s’inscrirait pas dans l’idéologie dominante. Parmi ces moyens, on trouve également la nouvelle décentralisation qui débouchera sur la « tribu », au nom de l’autonomie du réalisme local qui cache l’incapacité « socialisante » de la rationalité technocratique actuelle à déléguer, et qui affaiblira la République tout en redonnant le pouvoir à des « communautarismes » fédérateurs.

Que les réalités locales soient prises en compte, qu’elles participent aux prises de décisions, que les lourdeurs administratives disparaissent est une chose, par contre, croire qu’en appliquant à l’État les modifications du management des entreprises dues au post capitalisme, c’est oublier que le pouvoir central de l’entreprise peut licencier n’importe quand un de ses dirigeants à qui elle a donné une marge « d’autonomie » et de responsabilité à la vue de ses résultats financiers.

En politique, il en va autrement et nous risquons de verser dans un « inégalitarisme » local encore plus accru que celui qui existe, en réveillant les valorisations déjà fortement marquées du jacobinisme pontifical local : « ma région », « mon département », « ma ville », et reléguer le rôle de l’État à celui d’arbitre des seigneuries.

A chacun sa vision de l’autonomie.

Certains politiciens croient pouvoir trouver dans cette stratégie une solution au problème soulevé par le besoin de démocratisation des citoyens qui ne voyant pas venir de solutions efficaces au problème de l’exclusion dû au chômage, pensent que des élus locaux disposant de plus de responsabilité, d’une démocratie plus proche d’eux, en trouveront.

Faut-il être en pleine dichotomie du raisonnement, pour ne pas avoir encore compris que nous sommes dans un chômage structurel et qu’il y a une certaine absurdité à mettre en place des mesures incitatrices à la recherche d’un emploi, dans une société qui les supprime, ceci faute d’un volume suffisant de circulation de monnaie qui ne trouve pas sa rentabilité financière dans les pays riches, parce qu’ils disposent d’une qualité de vie onéreuse.

La seule réponse qui est avancée depuis les années 1977 est de réduire les coûts sociaux. C’est dans cette tendance que nous sommes engagés, et il nous est expliqué que cela permet de conserver, par la compétitivité, notre autonomie future. Cela, parce qu’il nous est expliqué aussi que l’autonomie résulte de la capacité de pouvoir choisir. Mais dans ce cadre économique que propose l’ultra libéralisme dogmatique, il n’existe que son choix. Constatant que l’on ne peut en permanence s’élever sans fin, incapables de susciter une nouvelle forme de développement de richesse, nos politiques suggèrent, pour que ce système économique conserve l’autonomie issue de ses performances, de développer des mesures de restrictions qui conduisent certains à la misère.

On peut donc en déduire logiquement que l’autonomie pourrait être obtenue aussi par une évolution régressive qui conduirait au développement de la misère de certaines catégories de citoyens. D’une certaine manière, on invite les individus à acquérir une autonomie et une indépendance dans une voie rationnelle normative. Cette voie, qui se veut démocratique, n’est en fait qu’une autoroute avec des sorties forcées. Si ceci n’est pas choquant en soi, ce qui l’est, c’est que l’on appelle cette voie, l’autonomie et l’indépendance.

De tels discours ne peuvent passer inaperçus que par une exclusion qui s’est développée dans l’enseignement, celle d’une éducation citoyenne et philosophique.

Devant tant de systèmes d’exclusions, qu’ils soient économiques, politiques, ou sociaux (insuffisance de la famille, sélectivité de l’école, illusion de la richesse pour tous), il est compréhensible que la notion d’autonomie ait autant d’impact, aussi bien pour les puissants que pour les miséreux. Il n’est pas surprenant que l’on assiste à une désaffiliation progressive des individus, et qu’ils aient le sentiment que l’évolution de la société se fait sans eux, puisque la collectivité ne pourra jamais correspondre à leur désir arbitraire d’individu unique mis en exergue.

A l’époque de l’ex-Union soviétique, nous appelions dictature cette évolution où les décisions se prenaient dans une illusion participative des citoyens. Mais ceux qui vivent cette évolution à la manière occidentale appellent cela la liberté, pour se convaincre qu’ils choisissent ceux qui les dominent. En ex-Union soviétique le dictateur était facilement identifiable. Dans la situation occidentale, il faut une bonne capacité de réflexion pour le trouver, car il a coopté bon nombre de citoyens, sans leur donner pour autant le pouvoir, en sachant vendre une autonomie que chacun taille à sa mesure (sorte de clientélisme à la roumaine).

Une vision de responsabilité des individus « économicologique ».

L’homme étant un animal social, les individus générés par ce système retrouveront une socialisation au travers de groupes de pairs. Ils se chercheront une « communauté de famille ». Sans entrer dans les détails, on a ici les prémices des phénomènes de bandes qui pour exister définissent un territoire au sens zoologique du terme. Autant d’éléments qui sont facteurs de délinquance et participent au sentiment d’insécurité.

Ce sentiment d’insécurité amène une population vieillissante, installée dans sa « richesse » issue des années du keynésianisme, à réclamer plus de sécurité et de répression. Donc plus de contrôle social externe.

D’un autre côté, dans le domaine de l’économique, l’entreprise libérale réclame plus de liberté de fonctionnement. Plus de liberté dans sa gestion des personnels, à condition que ces personnels ne s’insurgent pas contre la flexibilité.

De plus, pour réduire les coûts, l’entreprise demande à ses employés d’être le plus autonome possible. C’est-à-dire qu’elle cherche à supprimer l’autoritarisme contraignant de la hiérarchie, au profit d’objectifs qui développent chez les individus un processus d’autodiscipline, donc de contrôle interne.

Ceci est la vision individualiste favorisée par l’entreprise moderne et la concurrence à tous les niveaux, qui modifient le lien social, au risque d’aboutir à la vision Durkheimienne de l’anomie.

De telle sorte que lorsque l’emprise de la « communauté citoyenne » s’affaiblit, et avec elle les systèmes de régulation de l’État qui conduisent à la socialisation, l’individu se trouve alors face à ses « esclaves passions » ou sa « liberté arbitraire ». Situation à laquelle notre société mondialiste actuelle ne peut plus répondre, parce que sa régulation dépasse la capacité cérébrale d’un individu, car plus personne ne peut gérer quoi que ce soit sans l’aide des autres et de la technologie pour assouvir un désir d’immédiateté de tout.

Devant une telle évidence d’interdépendance de fait, on ne peut que s’interroger sur la vision individualiste et autonome qui s’inscrit dans une vision de responsabilité des individus.

Il est clair que par le système d’apprentissage immanent (biologique), adapté (école), aucun individu qui naît n’est responsable de la société dans laquelle il s’installe, laquelle est l’héritage de ceux qui l’ont précédé, et ils vont lui demander d’en être un fidèle imitateur, de la cloner parfaitement.

Pour cela, la société dispose de systèmes d’autorité qui veillent à ce que chacun respecte la règle. Si cela était aussi simple et aussi efficace, nous aurions une société immuable, ce qui n’est pas le cas. Il faut donc qu’il y ait transgression de la règle pour qu’une société évolue. Toute société s’identifie par les règles de sociabilité qu’elle édite autour des comportements égocentriques. Donc la responsabilité des individus de se conformer à la règle doit être examinée, non pas seulement dans leur capacité de choix parmi ceux proposés par la règle, mais tournée vers ce qui précisément l’induit (la communauté ou la société des individus), vers l’individuation, vers l’intégration valorisante au groupe, vers le projet de société, vers la variété des relations et leurs intensités.

Et en cela il n’y a rien de bien autonome.

Partant de là, il est facilement compréhensible que toute orientation qui conduit à une liberté arbitraire, à une exclusion, à un isolement, souligne par-là la déficience de la règle. Or, la plupart du temps, nous invoquons l’incompétence de la responsabilité individuelle des acteurs pour s’en justifier, car celle du fait social ne peut-être qu’historique.

C’est la problématique que rencontre notre société qui a défini un tribunal international qui se veut juger les faits de société, le « fait social », par l’intermédiaire des individus qui le représente. N’ignorant pas qu’en faisant le procès des tyrans elle fait aussi celui de la « lâcheté » de ceux qui s’y sont soumis, ou qui ont trouvé dans la tyrannie ce en quoi ils pouvaient être solidaires pour s’en accommoder, guidés par un comportement inné (la nécessité de survivre), et qu’ils ne peuvent être de fait inculpés de ce « fait social » auquel ils ont contribué, car le futur se fera avec eux.

Cette responsabilité permet d’introduire la notion de choix individuel. Choix individuel qui est alors étayé par la notion d’égalité des chances. La position de l’individu résultant de sa volonté et de ses choix. A un niveau plus large, l’individu peut alors choisir entre le bien et le mal. Cette vision s’inscrit dans une théorie développementaliste et ethnocentrique, qui pose la démocratie comme l’aboutissement d’une évolution inéluctable des sociétés, favorisée par l’économie libérale, dans laquelle l’État (la communauté citoyenne) doit être réduit à sa plus simple expression et laisser la place aux agents des systèmes d’autorités arbitraires.

Lesquels n’ont plus d’opposants, de « transgresseurs » de jugements susceptibles de se faire entendre, et le débat philosophique a été remplacé par celui « économico logique » dogmatique, qui conclut que l’homme ne peut exister que s’il y a au préalable l’argent (monnaie) nécessaire à son existence. Donc, posséder de l’argent (monnaie) est synonyme d’autonomie. De là, l’existence d’un homme ne dépend que de l’existence de monnaie : y croyez-vous ?


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2 réactions à cet article    


  • TTO TTO 11 novembre 2007 12:49

    Bonjour ddacoudre,

    Merci pour cet article, que je vais imprimer et lire attentivement.

    Cordialement


    • Harald 11 novembre 2007 17:05

      Hum... je pense qu’en ce qui concerne la dualité de la situation conjoncturelle, il ne faut pas négliger d’avoir à l’esprit la globalité des solutions déjà en notre possession.

      Moi aussi je sens que je vais bientôt faire un article grâce au... pipotron

      (je suis d’humeur taquine ce soir. Désolé smiley)

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