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Accueil du site > Actualités > Société > L’autorité est-elle toujours légitime ?

L’autorité est-elle toujours légitime ?

Autorité, du mot auctoritas, vient du verbe augere qui signifie augmenter. Elle est la capacité de se faire obéir avec le consentement de celui qui obéit. L’idéal est d’obtenir cette obéissance sans menace et de ne l’exercer que dans le but de sécuriser. Car le vide d’autorité engendre vite l’affolement et le désarroi. Or, en ce début de XXIe siècle si prompt à tout remettre en cause, posons-nous la question : l’autorité a-t-elle conservé sa légitimité, est-elle toujours recevable, est-elle toujours d’actualité ?
Nous ne sommes plus, en effet, en un temps où le peuple, illettré et privé de savoir, reconnaissait volontiers son incompétence et acceptait d’être dirigé par les puissants de ce monde. Là où la société d’antan se fondait sur l’obéissance, celle d’aujourd’hui privilégie la concertation et l’autonomie individuelle. Ainsi a-t-on transposé peu à peu, dans la réalité quotidienne, le principe d’égalité entre les hommes et le droit accordé à chacun d’accéder, selon ses mérites, aux fonctions les plus hautes, sans discrimination d’origine et de race. Les idées démocratiques ont fait leur chemin et le droit de vote n’est pas autre chose que la participation du peuple aux affaires de l’Etat. Car nul n’est définitivement soumis au cours inexorable de l’histoire : les hommes peuvent toujours, grâce à leurs actions, changer le monde. Pour reprendre un propos d’Hannah Arendt : "Chacun a le droit d’exercer sa liberté en participant au pouvoir politique."
D’où la difficulté de l’exercice pour ceux qui sont mandatés : politiques, magistrats, enseignants. Car, peut-on soumettre à l’autorité un homme qui, par essence, est libre ?
Cependant, aussi libre soit-il, il n’en est pas moins intégré dans un tissu social, une communauté d’appartenance, et se doit d’agir de façon telle qu’il ne puisse nuire à la liberté d’autrui. C’est ce que nous pourrions considérer comme une astreinte normale au bien public. Aussi, n’y a-t-il aucune raison probante d’envisager la disparition de l’autorité et de supposer que nous sommes parvenus à un moment de l’histoire où elle ne serait plus bénéfique à la société des hommes. De toute évidence, non ! l’autorité est encore et toujours nécessaire, parfois même souhaitée.
Parce que l’homme vit en communauté et que cette communauté a besoin d’un chef comme l’enfant d’un maître, quelqu’un qui, avant d’être celui qui commande, est celui qui réfléchit, juge et décide... pour le bien des autres. C’est ainsi que l’on fait régner l’ordre et, par voie de conséquence, la paix. Il n’y a pas d’accomplissement humain sans une portion d’autorité admise et reconnue. L’autorité nous autorise à être et à... faire être ceux qui nous sont proches. C’est alors que l’autorité bien comprise et bien exercée devient service. On remplit une fonction et les responsabilités qui s’y rapportent ; on assume une charge et les conséquences qui s’ensuivent. Et l’autorité est d’autant mieux exercée qu’elle est consentie.
Il ne faut pas oublier non plus qu’il y a plusieurs formes d’autorité : de l’autorité personnelle, parentale, éducative à l’autorité politique, morale, spirituelle, et qu’il est préférable de remettre chacune d’elles à sa place avant de les distinguer dans leur singularité. Il appartient, en effet, à chaque époque de réorganiser les autorités qui lui sont propres. L’erreur serait de réduire l’autorité à un pouvoir, ce pouvoir à une autocratie, cette autocratie à une tyrannie illégitime et abusive.
Pour que l’acte d’autorité soit accepté, encore faut-il qu’il soit appliqué de façon exemplaire ; c’est seulement dans ces conditions que l’autorité se justifie et s’accrédite par sa capacité à produire et maintenir des normes de comportement reconnues de tous. L’autorité est admise alors comme une règle qui fait autorité et référence, pose sa légitimité comme un droit. Cela permet d’établir aux yeux de chacun un critère de valeurs, une hiérarchie entre ce qui est bien et ce qui ne l’est pas, entre l’usage supérieur et l’usage inférieur de l’action, de l’intelligence, du langage, de la force, entre ce qui est acceptable et ce qui ne peut être accepté.
L’autorité a donc obligation de refaire sans cesse la preuve de sa légitimité. Mais on ne peut s’en passer, car, en face d’une absence de repères, l’homme est pris de vertige. Une route non balisée risque fort de ne mener nulle part. L’autorité implique évidemment le respect du groupe, du système et des liens qui se tissent à l’intérieur de cette collectivité afin de former le tissu social dont je parlais plus haut. Les émeutes de banlieue, inspirées par la tentation de disqualifier ce qui est en place, signent la perte de la croyance dans le bien-fondé de l’autorité et cette perte de respect débouche fatalement sur une perte du respect de soi. C’est alors que la morale a toutes les chances d’être désirée et de nous sembler bonne et, d’autant plus, si l’homme s’emploie à la promouvoir avec sagesse et équité.

"Une âme juste est guidée par sa connaissance du Bien ; cette disposition consiste à se gouverner selon la raison ; par suite, une âme juste maîtrise ses passions ; enfin, une telle âme peut être dite harmonieuse, belle, forte et en bonne santé, parce qu’elle se tient à l’écart de l’injuste et du dérèglement des passions" écrivait Platon.

Qui pourrait remettre en cause une aussi belle profession de foi ? Foi en l’homme, foi en l’exercice d’une autorité au service du citoyen et de la nation. Le mieux serait que cette autorité suscite non l’obéissance mais le consentement, s’organise autour de références qui permettraient à l’individu de se réaliser dans un environnement favorable, contribueraient à accroître ses facultés et justifieraient parfaitement le sens premier du mot autorité : celui d’augmenter, qui exhorte à la promotion ou à la régénérescence d’un idéal.


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8 réactions à cet article    


  • Forest Ent Forest Ent 11 janvier 2008 12:21

    Ca m’a l’air d’un bon devoir de philo. Je l’enregistre au cas où un enfant aurait un jour cette question en classe.


    • El Fredo El Fredo 11 janvier 2008 17:10

      L’anarchiste qui est en moi a tendance à exiger de l’autorité qu’elle fasse la preuve de sa légitimité et de son utilité avant d’être acceptée. Je ressent de moins en moins cette légitimité du point de vue des dirigeants politique. Je ne parle bien sûr pas de leur légitimité démocratique sortie des urnes, mais de la légitimité et de l’utilité du poste qu’ils occupent.


      • Rosemarie Fanfan1204 11 janvier 2008 21:38

        Point de vue partagé.


      • Le péripate Le péripate 11 janvier 2008 17:25

        Tautologie ou totologie. L’autorité sans légitimité, c’est la force, ou une farce.


        • Christophe Christophe 11 janvier 2008 21:08

          Bonjour Armelle,

          Une âme juste est guidée par sa connaissance du Bien ; cette disposition consiste à se gouverner selon la raison ; par suite, une âme juste maîtrise ses passions ; enfin, une telle âme peut être dite harmonieuse, belle, forte et en bonne santé, parce qu’elle se tient à l’écart de l’injuste et du dérèglement des passions

           

          Cette assertion de Platon s’appuie principalement, me semble-t-il, sur le connais-toi toi-même de Socrate. Ce dernier pensait que tout vice provient de l’ignorance et que nul n’est délibérément mauvais. Il considérait que la vertu était la connaissance et de la connaissance du bien découlait la bonne conduite (voir le Ménon).

           

          Nous retrouvons aussi cette approche chez Kant, Spinoza, Alain ; mais il faut se méfier de l’autorité tout autant qu’elle est nécessaire. L’autorité morale principalement mène au conformisme, et il n’est plus de légitimité dans le conformisme ; l’autorité librement consentie ne peut reposer que sur le principe du ne pas se haïr soi-même.

           

          Comme le souligne Annah Arendt (Reponsabilité et Jugement), il faut d’abord apprendre à penser par soi-même ; sans quoi il n’est nulle responsabilité, nul jugement objectif permettant de se situer dans une situation.

           

          L’autorité doit être modérée pour permettre l’expression de ce que nous sommes, et par transposition ce que nous admettons des autres, sans contrainte superflue au risque d’infantiliser et de déresponsabiliser. L’autorité est donc soumise à une question de mesure pour qu’elle soit légitime, au-delà d’un seuil, elle perd toute légitimité.


          • Crapulox 14 janvier 2008 19:45

            "Les émeutes de banlieue, inspirées par la tentation de disqualifier ce qui est en place, signent la perte de la croyance dans le bien-fondé de l’autorité et cette perte de respect débouche fatalement sur une perte du respect de soi"

            - MAM (après avoir consulté le Chef) n’aurait pas dit mieux !

            - Pour être respecté, il faut être respectable ! Soit transmis à la majorité en place, et tout particulièrement à son chef.


          • philippoussis 24 février 2015 10:49

            intéressant, il y a de bons arguments, mais on ne me fera jamais enlever l’idée que l’autorité est synonyme d’échec, et qu’il devrait toujours être utilisé en dernier recours. Temporairement. Ce sont des guides, des accompagnateurs accessibles à tous mais qui n’exige rien de personne, transmettant leurs idées dans des maximes, qu’il nous faut pour se prévenir de cet égarement cité dans le texte

            Car selon moi, qui fait preuve d’autorité n’a absolument rien à se reprocher. 
            L’autorité doit se faire à notre insu, tout naturellement, un peu comme ce qui est écrit en conclusion. Le terme exact serait donc non plus autorité mais influence. Plus de brutalité mais de l’harmonie

            • philippoussis 24 février 2015 11:00

              @philippoussis
              Je tiens à rajouter que cela peut sembler un peu subtile, mais ce détail fait toute la différence. Si chacun d’entre nous pouvait suivre ses propres aspirations en s’inspirant des grandes idées directrices mais non contraignantes, à notre disposition, notre situation sur Terre serait bien plus paisible.

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