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L’Avenir...

Tout au long de notre vie, nous sommes amenés à nous poser constamment des questions. Vais-je avoir des enfants ? Quel métier vais-je exercer ? Vais-je pouvoir payer mon loyer ? Vais-je aller au paradis ? La plupart de ces questions ne peuvent être répondues pour une raison bien simple ; elles ne pourront être constatées que lorsqu’elles arriveront dans le futur. Or, le futur n’est pas tangible et assuré, pourtant nous nous basons constamment sur celui-ci pour justifier nos actes du présent. L’avenir est essentiel à la raison de vie de chaque individu, sans celui-ci, il ne sert plus à rien de désirer quoi que ce soit. Son interprétation varie d’une personne à l’autre. Pour certains, l’avenir représente une carrière, un but. Pour d’autres, il représente un monde meilleur, ou du moins équivalent. Comme les humains vivent en société, chaque geste posé par les individus ont un impact sur le futur de tous. Est-il mieux de préconiser un avenir commun ou un avenir individuel pour le bien de la société ?

La priorisation de l’avenir commun

Depuis l’avènement de la bombe nucléaire, il y a eu la prise de conscience que notre existence individuelle ne dépend plus seulement de chacun, mais d’autres peuvent décider à votre place de votre sort. Avec les problèmes actuels de la société on ne peut tout simplement pas faire abstraction de notre avenir commun. Le problème le plus menaçant pour l’humanité présentement est celui du réchauffement climatique. Il est donc capital, selon certains, de baser nos gestes en fonction de cet avenir collectif. Premièrement, puisque c’est le monde dans lequel nous vivons que nous transformons, ainsi que notre qualité de vie. Mais plus particulièrement puisque c’est aussi le monde dans lequel vivront les générations futures. Selon le philosophe Hans Jonas, « Agis de telle sorte que tes actions soient compatibles avec la permanence d'une vie humaine authentique sur la terre. », ce qui est assez équivoque en soi. Authentique qui signifie que la vie pourra être encore « naturelle » et pas seulement artificielle ou modifiée. Pour lui, devenir des cyborgs et s’adapter à la vie sans océans n’est pas une vie humaine authentique.

Œuvrer dans le but d’un avenir commun veut également dire de se soucier de la vie de tous, et pas seulement de la nôtre. Par exemple, se soucier des pays du sud, où le réchauffement de la planète transformera la qualité de vie de façon très problématique, est nécessaire aux termes communs. Ça signifie donc, de s’occuper également des gens qui ne peuvent le faire eux-mêmes, les handicapés et les pauvres par exemple. Économiquement, c’est complètement à l’inverse du capitalisme. D’une certaine façon, le gain devient calculé en bien-être et en qualité de vie, à l’opposition du gain monétaire. C’est de prioriser des chances égales pour tous et l’accomplissement collectif plutôt que l’accomplissement personnel. Ce qui est extrêmement difficile de choisir de prioriser l’avenir collectif, c’est que les gestes individuels semble invisibles aux bénéfices de celui-ci. Les géants économiques du monde, ceux qui possèdent le pouvoir, ont malheureusement le pouvoir décisionnel sur l’avenir collectif. Il serait peut-être temps de leur faire réaliser qu’il n’est pas possible d’acheter une planète B, même avec des milliards de dollars tachés d’huile, « Qui n'est pas directement menacé ne se décide pas à réformer radicalement son mode de vie. En revanche, dès que la menace se fait pressante, il en va autrement, tant sur le plan individuel que collectif. », Hans Jonas.

 

La priorisation de l’avenir individuel

En revanche, l’avenir individuel n’est guère plus négligeable. D’une part puisque qu’il représente la qualité de vie de l’individu, mais également celle de son propre enfant. L’avenir collectif s’adressant à la société, il ne faut pas oublier que la société se compose d’individus avant tout. Il y a quatre principales raisons qui justifient la priorisation de l’avenir individuel.

La première étant l’accomplissement de l’individu. Il est primordial à chacun d’avoir de la fierté et de la reconnaissance pour quelque chose. C’est là où la carrière prend de l’importance. Elle permet à l’individu de se réaliser dans un domaine particulier et d’y acquérir de la confiance en soi. Les études sont souvent motivées par l’atteinte de cette carrière. Sans qu’il s’agisse forcément d’une carrière, cela peut être un but, un objectif ou même un rêve. Également, il est important d’oublier tout le reste et de se soucier seulement de soi-même pour pouvoir se découvrir. Faire nos propres choix et nos expériences sont nécessaire à la naissance d’un individu complet. « Il faut être perdu, il faut avoir perdu le monde, pour se trouver soi-même. » comme l’a si bien dit Henry David Thoreau.

La deuxième raison est la crédibilité. Une culture générale et l’épanouissement de l’individu sont nécessaires à la véracité de ses propos, mais également à la prise de conscience de sa situation et de la situation commune. L’éducation, bien qu’elle ne soit malheureusement pas gratuite au Québec, n’est pas optionnelle à un avenir meilleur. Un individu peu éduqué ne possèdera que très peu d’outils contre les problèmes de la vie. Également il faut être capable de montrer le bon exemple, en commençant par la vie individuelle. « Si vous voulez convaincre un homme qu'il agit mal, agissez bien. Mais ne vous souciez pas de le convaincre. Les hommes croient ce qu'ils voient. Alors, donnez-leur à voir !  », Henry Davis Thoreau. Cela signifie qu’il ne faut pas seulement relater le mal, mais démontrer le bien pour qu’un changement s’opère.

La troisième raison peut sembler banale ou négligeable, mais elle est selon moi la plus importante. Je parle ici de la santé, tant bien physique que mentale. Il est gratifiant d’œuvrer pour des causes humanitaires ou se donner corps et âme pour une révolution, mais ne l’est pas moins exténuant, voire même abrutissant. Or, une implication aussi extrême d’un individu, n’est pas sans séquelle. La détérioration est d’autant plus grande que les agissements vers un but collectif ne font pas bénéficier directement la personne ayant commis les gestes. Cette personne doit donc, en plus de s’occuper de tous, s’occuper d’elle-même. Il faut donc, prendre soin de soi, d’une part parce qu’il faut être en forme pour être productif pleinement et évidement pour faire perdurer cette capacité d’agir. Il est également très important de prendre des pauses. RIRE, S’AMUSER, SE DIVERTIR, AIMER, BOUGER, sont plus que de simples verbes. Ils permettent la cohésion entre la santé mentale et la santé physique. On sait maintenant que le stress qui est mentale a un effet monstre sur la santé qui est physique. « Un esprit sain dans un corps sain. », comme le dit bien le dicton populaire, l’un ne peut venir sans l’autre. Le devoir morale de sauver le monde est un problème qui accable beaucoup de gens, voire même handicape. On se sent mal de vivre bien alors que ce n’est pas le cas de tous. Il ne faudrait pas oublier qu’aucun individu ne peut être proclamé responsable des malheurs du monde. « Si je suis venu au monde, ce n’est pas pour le transformer en un lieu où il fasse bon vivre, mais pour y vivre. », Henry Davis Thoreau. Il ne faudrait pas réaliser qu’on a passé à côté de sa vie à s’être battu perpétuellement.

La quatrième raison, bien que regrettable, ne peut être négligée. L’homme nord-américain moderne se doit de vaquer à ses obligations. Que ce soit les taxes, le logement, la nourriture, l’accès à l’éducation… l’argent est obligatoire à une qualité de vie humainement décente. L’éducation est un moyen de s’assurer un avenir financier meilleur, pas seulement d’en le but d’acquérir toujours plus d’argent, mais plutôt dans l’optique de payer pour les nécessités. Une obligation plus joyeuse, bien que beaucoup plus importante, est celle des enfants. Tout individu choisissant de mettre au monde un enfant se doit de subvenir à ses besoins. Autre que monétairement, il doit lui fournir du divertissement, de l’amour, de l’encouragement, de l’accomplissement… bref tous les aspects lui assurant un avenir. En d’autres mots, avoir un enfant signifie de pouvoir s’assurer d’un propre avenir personnel, aussi bien que commun, qui eux assureront un avenir à l’enfant. L’homme a toutes sortes d’autres obligations, morales, professionnelles, familiales, amoureuses… Il se doit d’y trouver un équilibre en essayant de ne pas sombrer dans la folie. « L’on ne peut goûter à la saveur des jours que si l’on se dérobe à l’obligation d’avoir un destin. » D’Emil Michel Cioran

 

L’interdépendance de l’avenir commun et de l’avenir individuel

Troisièmement, maintenant que nous avons vu l’importante d’un avenir commun aussi bien qu’individuel, leur interdépendance est évidente. Il ne sert à rien de se bâtir un avenir individuel si l’avenir commun est grandement menacé ou entaché. À quoi bon devenir pêcheur si les poissons risquent de disparaitre d’ici quelques années. La pêche étant une métaphore, il est cependant évident que le monde dans lequel nous vivons ne sera pas le même demain. Que ce soit en raison des changements climatiques, ou même la singularité technologique qui est un problème auquel nous ne faisons pas spécialement allusion, mais qui pourrait devenir très problématique, notre mode de vie actuel modifie l’avenir. Dans le pire des cas, l’humanité sera confrontée à l’extinction ou à la modification. Au mieux, nous frôlerons l’extinction d’assez prêt pour nous réaligner vers un mode de vie qui sera beaucoup plus naturel et durable. D’un autre point de vue, il ne sert pas plus à grand-chose de bâtir un avenir commun, si les individus y ont anéanti leur vie dans le processus. Des individus ayant sacrifié leur éducation, leur accomplissement personnel et leur santé ne seraient pas en mesure de faire perpétuer un monde meilleur.

 

Conclusion

Le dilemme bien présent de devoir choisir entre la priorisation d’un avenir commun ou individuel est synonyme de tourments pour tout homme moderne. Loin de l’égoïsme ou l’indignation, on remarque dans les deux cas que les actions sont motivées par le désir de faire ce qui est bien. « Obligation à l’esprit de choisir, entre perfectionner l’existence ou l’œuvre. » de William Butler Yeats. Je crois qu’en comprenant bien l’importance des deux, on ne peut décider d’en négliger un. Il n’y a probablement pas de bonne façon de faire, sauf peut-être de s’assurer de la durabilité, de l’universalité et du caractère bon de nos actes. Ici, on doit faire une distinction entre le bien et la loi. Henry Davis Thoreau, penseur de la désobéissance civile, «  Il est plus désirable de cultiver le respect du bien que le respect de la loi » a ceci à nous apprendre : si le monde actuel ne coïncide pas avec la durabilité, l’universalité et le caractère bon, c’est notre devoir d’y désobéir.

Une seule autre question me fait pencher vers l’individualisme. L’avenir, ce mot causant tant d’angoisse, presque autant que la mort… Serait-il si dramatique que cela de voir l’humanité s’éteindre ? Et si tel s’avère être réellement le cas, je préfère avoir vécu pleinement pour moi, que pour le vide qui nous précèdera.


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4 réactions à cet article    


  • fred.foyn Le p’tit Charles 29 novembre 2014 11:18
    L’Avenir...toujours au singulier alors qu’il y a 7,2 milliards d’individus..ce qui complique les avenirs et comme la surpopulation ne fait qu’augmenter les avenirs s’assombrissent un peu plus tous les jours..

    • Xenozoid Xenozoid 29 novembre 2014 16:35

      Et bien sûr, leurs enfants ont appris cela, aussi, même parmi les plus rebelles et radicaux des non-conformistes, les mêmes règles sont en place : ne mettez pas en doute votre place dans le groupe, n’utilisez pas de mauvais signes extérieur et ne souscrivez pas aux mauvais codes. Ne dansez pas quand vous êtes censé être tranquille, ne parlez pas quand vous êtes censé danser, n’oubliez pas vous êtes surveillé. Assurez-vous que vous avez assez de fric pour participer aux différents rituels. Pour garder votre identité intacte, identifiez-vous aux sous-cultures et styles, alignez vous à des bandes et des modes et à la politique qui en sont associées. Vous n’oseriez pas risquer votre identité, n’est-ce pas ? C’est votre seule protection contre une mort certaine aux mains de vos amis. Sans identité, sans frontières pour vous définir, vous devenez du vide, dans le néant . . . n’est-ce pas ?L’homme bourgeois n’existe qu’en vertu des œillères qu’il porte et qui l’empêchent d’imaginer que tout autre mode de vie est possible. Pour lui, tout le monde depuis les travailleurs migrants pauvres de sa nation aux moines du Tibet, tout le monde devrait être bourgeois, si seulement ils pouvaient se le permettre. Il fait de son mieux pour maintenir ces illusions, sans celles-ci, il aurait à faire face au fait que sa vie ne vaut pour rien.

      L’homme bourgeois n’est pas un individu. Il n’est pas une personne réelle. Il s’agit d’un cancer à l’intérieur de chacun de nous. Il peut maintenant être guéri. Il suffit d’y croire comme un placebo.


      • gogoRat gogoRat 7 décembre 2014 19:09

         Merci de mettre en lumière ce sujet fondamental, que l’on finit par occulter à force de croire n’avoir que lui en tête : notre idée de l’avenir est avant caractérise avant tout ... notre présent !
         De même qu’en physique, une particule n’est pas uniquement appréhendée par sa position géographique (3D) mais aussi, pour la 4e dimension par ses vitesse, accélération, etc ... notre plénitude ou bonheur présent ne sauraient être dissociés de nos appréhensions du pasé et de l’avenir.
         ...


        • gogoRat gogoRat 7 décembre 2014 20:35

           Je suis par contre plutôt rétif à la notion que je baptiserais de « chance manipulée » qui apparaît dans votre expression : « prioriser des chances égales pour tous »
           

           Soyons clairs : la notion de « chance » fait a priori référence à ce qui est aléatoire et qui, par définition, échappe à tout contrôle pour arriver à une stochastique qui se rie bien de nos voeux pieux d’égalité ! 
           
            La seule égalité que nous puissions viser, en tant qu’humains, ne peut concerner que des lois que nous nous astreignons consciemment de respecter entre nous, à savoir : une égalité en dignité et en droit ! 
           
            Pour ce faire nous ne saurions avoir la prétention de contrôler ces providentiels et mystérieux aléas qui, selon nos meilleurs scientifiques du moment semble-il, ont présidé à rien de moins que l’apparition de la vie dans notre univers ! ( - sans pour autant échapper au plus froid des déterminismes !!)

           Alors, plutôt que de prétendre être sages, soyons fous ! : 
          laissons à l’autre autant qu’à nous-même la prétention de savoir ce qui est juste.
           Un homme : une voix ! 
           ... en essayant d’élargir autant notre conscience des autres que de nous-même,
           sachant que c’est cette conscience qui, comme dans les considérations théoriques les plus avancées (ou dans les fictions les plus ’modernes’ - qui font partie de notre présente réalité !), relie le présent au passé et à l’avenir. 
           
           Le principe démocratique devrait être vu comme un humble hommage à nos limites humaines que nos efforts de conscientisation transforment en poésie confinant à l’intemporel, aux intrications les plus extraordinaires et à l’infini (pour le meilleur ou pour le pire  ? choix individuel ou collectif - à défaut de se sentit assez instruit pour trancher, reste la possibilité d’un pari )

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