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Accueil du site > Actualités > Société > L’échec scolaire est-il inévitable ?

L’échec scolaire est-il inévitable ?

Tous les élèves n’ont pas les mêmes capacités, certes. Mais doit-on se prévaloir de cette idée pour ne pas améliorer les performances de l’école ?
Le livre de Peter Gumbel « On achève bien les écoliers », sévère critique du système scolaire français ouvre des perspectives intéressantes.

 Je me rappelle Jean Guéhenno, pourtant un grand humaniste, déclarant à la télévision dans les années 70 : « Que voulez-vous,les enfants n’ont pas tous les mêmes capacités ». Cet écrivain ne disait-il pas tout haut ce que la plupart des enseignants pensent plus ou moins en leur for intérieur, et qui concourt -en les déculpabilisant-à l’immobilisme de notre système éducatif depuis des années, roc inattaquable où viennent se briser périodiquement les maigres vagues de la Rénovation ?

Il y a les élèves-le plus grand nombre tout de même-qui bénéficient (plus ou moins) du système,et puis il y a ceux qui peinent,qui n’y arrivent pas, à qui l’école renvoie sans cesse d’eux-mêmes une image dévalorisée, et qui de ce fait « ne l’aiment pas ».

En France 4 élèves sur 10 sortent du CM2 avec de graves lacunes en lecture, écriture, calcul, 130000 jeunes sortent encore chaque année sans diplôme ni qualification.... Les enfants d’ouvriers et d’employés ont deux fois moins de chances d’accéder à l’enseignement supérieur que les autres catégories sociales...Les chiffres sont connus.

Peut-on y faire quelque chose ?

Certains jugeront que les rénovateurs nous proposent toutes sortes de bouleversements des habitudes scolaires,sans qu’on soit sûr que ce qu’ils préconisent changerait sensiblement la donne. Faut-il prendre le risque,en la « chamboulant », de détruire l’Ecole française, une Ecole à qui on reconnaît souvent un bon niveau, sur le plan intellectuel, pour une minorité qui n’arrive pas à en tirer profit ?

N’est-ce pas là un raisonnement purement élitiste ? L’Education nationale ne faillit-elle pas à sa mission en abandonnant finalement à l’échec -et à la souffrance qui y est liée-une part importante des enfants qu’elle accueille ? Nous aimons tous les bons élèves, parce qu’ils nous justifient:quel plaisir de constater qu’ils ont pleinement tiré parti de ce que nous leur enseignons. Qui prétendra que nous ne considérons pas souvent ceux qui ont du « mal » au mieux comme des cas désespérés, pour lesquels nous ne pouvons pas grand chose car il faut « avancer le cours » pour les autres, au pire comme une gêne,une entrave à notre enseignement, surtout lorsque certains réagissent à leur situation par des problèmes de comportement... Nous ne voyons alors qu’une seule issue au problème : nous débarrasser d’eux (réorientations,envoi dans un autre établissement...etc...).

On ajoutera que la contrainte du programme, la structure classe avec des élèves nombreux, nous empêchent d’apporter un soutien suffisant à ces élèves. Et puis il faudrait davantage de moyens... Alors tant pis,on continue comme ça.

Mais si, par d’autres méthodes ou dispositifs,l’école pouvait mieux faire pour les plus faibles,sans faire baisser le niveau des meilleurs, le jeu du changement n’en vaudrait-il pas la chandelle ?

Des tests comparatifs internationaux :

Dans son livre au titre peut-être un peu trop provocateur : « On achève bien les écoliers », Peter Gumbel,un journaliste anglais dont les filles sont scolarisées en France,et qui a observé ,médusé,notre système scolaire avec le regard neuf de l’observateur étranger, apporte sur ce dernier point des éléments intéressants.

Des tests comparatifs internationaux ont montré par exemple que les élèves français obtenaient en moyenne en maths des scores plutôt médiocres ;les résultats sont bien meilleurs au Canada ,en Australie ou au Pays Bas. Pire encore,cette élite qu’on veut préserver est bien plus maigre dans notre pays que dans d’autres:d’après l’étude PISA 2003,3,5°/° des élèves français atteignent le niveau 6 en maths (le meilleur),contre 9°/° en Belgique,8°/° au Japon ou en Corée ;à l’inverse,17°/° de nos élèves ont une moyenne correspondant au niveau 1,le plus faible,contre 7°/° seulement des petits Finlandais,et nous sommes moins bons que la Canada,l’Australie ou l’Islande. On constate les mêmes tendances en Sciences ou en lecture.

Voici qui met à mal la légende de la qualité exceptionnelle de notre enseignement:l’élitisme ne paie pas tant que cela ; et ces chiffres montrent surtout que l’ECOLE PEUT effectivement MIEUX FAIRE que ce que nous faisons !Tout ceci a été confirmé par de nombreux autres tests. Cette démonstration étant faite, il serait COUPABLE alors de ne pas chercher les moyens d’améliorer la notre !

Le modèle FINLANDAIS.

Oui,l’école peut mieux faire. Peter Gumbel dans son livre cite l’exemple de la Corée,qui a acquis en peu de temps un système scolaire des plus efficaces,alors que c’est une nation « comptant à l’origine une population largement illettrée,ne possédant pratiquement aucun bâtiment scolaire en 1953 » ;ou encore Singapour.

Mais surtout,c’est un autre grand intérêt du livre,l’auteur évoque longuement le cas de l’école finlandaise,la plus performante,et qui a su transformer son système éducatif « à l’origine assez proche de celui de la France d’aujourd’hui ».

Ses principales caractéristiques ?

-l’accent est mis sur la formation professionnelle ,pratique (gestion de la classe)des professeurs,pas seulement académique. De plus on leur fait confiance (pas d’inspecteurs) et ils sont bien payés (en moyenne 3300 euros par mois) et respectés.

-une organisation souple,non statique comme en France:soutien individuel intensif par exemple à tel enfant ayant des difficultés de compréhension:un professeur s’occupe de lui individuellement avant qu’il ne rejoigne ses camarades. De plus « les enseignants sont rarement seuls avec leur classe entière. Pour de nombreux cours,d’autres enseignants viennent les aider ».Gumbel cite le cas d’un CP qu’il a visité,où une partie des élèves chante des chansons,tandis qu’une élève « travaille son calcul mental avec un enseignant ».Des élèves en grosses difficulté avec la lecture et l’écriture bénéficient d’un soutien intensif dans ce domaine en petit groupe avant de rejoindre leur classe normale...etc...Autant que possible on privilégie des méthodes actives,plutôt qu’un cours ex cathédra.

-"enseigner moins pour qu’ils apprennent davantage":ce principe revendiqué à Singapour,est aussi mis en pratique en Finlande.Gumbel cite le cas d’une école qui n’a que 20 h de cours par semaine !

-L’esprit de l’école finlandaise est différent : l’auteur cite l’adjointe au principal d’un collège d’Helsinki : »Nous voulons que tous les élèves apprennent. Donc nous répétons jusqu’à ce que ce soit le cas ».On essaie d’ailleurs d’évaluer l’élève par rapport à lui-même,et non par rapport aux autres : »Quelles compétences ont-ils acquises et lesquelles doivent-ils encore travailler ? ».Il ne s’agit pas de « classer » les élèves par la notation comme en France. On supprime même les notes dans certaines écoles,pour éviter cet écueil. Tous les élèves se sentent aidés et encouragés,aucun ne se sent « abandonné ».L’évaluation en Finlande est une aide à la formation et non un outil de sélection.

Résultat:beaucoup plus de bons élèves qu’en France,beaucoup moins de mauvais. L’idée selon laquelle s’occuper des élèves en difficulté pourrait se faire au détriment de l’élite s’effondre !

Le bonheur à l’école,facteur de réussite.

Une autre idée intéressante du livre de P.Grumbel est cette idée que le bonheur à l’école est « un ingrédient clé d’un apprentissage réussi ».Comment y parvenir ? En faisant en sorte que l’apprentissage soit un plaisir, par des méthodes actives notamment. En diversifiant les possibilités pour les élèves de se valoriser en leur proposant aussi des activités non intellectuelles comme le sport,la musique,ou toutes sortes d’activités cantonnées jusqu’ici dans la sphère extra scolaire. Car Gumbel ne nie pas que tous les élèves n’ont pas forcément les mêmes capacités,mais il s’agit de le s prendre tous en compte positivement. En leur redonnant confiance surtout par l’attention portée à chacun et les progrès qui en résultent.

Gumbel met vigoureusement en cause le système français,qui stresse les élèves à tous les niveaux : il renvoie constamment ,à travers les procédures d’évaluation,faute d’aide suffisante apportée,ceux qui sont en difficulté à leur « nullité » (pas étonnant que 30°/° des élèves « n’aiment pas l’école »)et les y enfonce. Mais selon Gumbel,même les « bons élèves »-et que dire des « moyens » ?- sont stressés par un système de notation traumatisant autant que discutable,qui leur fait souvent perdre confiance en eux,et il y voit une des raisons du fait que l’élite scolaire en France est moins nombreuse que dans d’autres pays.On voit donc qu’une réforme du système profiterait à TOUS les élèves,pas seulement aux plus faibles !

Toujours est-il que l’exemple de l’école finlandaise est troublant.

Un hebdomadaire titrait un peu maladroitement à propos du livre de Gumbel : »le livre que tous les parents devraient lire » ;pour quoi faire ?Monter les parents contre les enseignants ?C’est stérile. Non,je pense que ce sont tous les enseignants qui devraient le lire,pour affiner leur propre réflexion sur l’école et être peut-être plus réceptifs à une évolution possible. Mais c’est aux autorités de l’Education nationale qu’il incombe de chercher les moyens de faire évoluer le système,car les initiatives individuelles,comme le montre d’ailleurs Gumbel,sont parfois mal ressenties et peuvent déboucher sur un conflit.

A lire :"On achève bien les élèves" de P.Gumbel.Grasset.
 

Jmsatto.Professeur des Lettres retraité.


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21 réactions à cet article    


  • morice morice 23 septembre 2010 13:08

    « Tous les élèves n’ont pas les mêmes capacités, certes. »


    justement, et c’est bien pour ça que l’école enrichit tout le monde... le problème en France demeure le bourrage de crâne et des programmes bien crétins, qui, dès qu’on les touche font lever les boucliers : Napoléon, on peut très bien s’en passer.... le coup du programme à faire à tout prix est un PARAVENT complet...

    • jmsatto jmsatto 23 septembre 2010 14:46

      Je suis assez d’accord avec votre dernière phrase.


    • M.Junior M.Junior 23 septembre 2010 15:58

      Vous avez demandé la révolution éducative ?

      Elle est déjà en marche en Inde


      • jmsatto jmsatto 23 septembre 2010 20:16

        quelques précisions ?


      • Theodore 23 septembre 2010 17:15

        Pur produit du système éducatif français (Math sup et spé , 2 diplômes d’ingénieur « grande écoles »), j’ai aussi subit les errements du systèmes français et des Ayatollah du pédagogisme avec notamment les tristement célèbres Math modernes, incompréhensibles et absolument inutiles pour le commun des mortels ainsi que les dérives actuelles (charabia philologique en 6 ième , exercices de maths à l’énoncé abscons au mieux quand il n’est pas carrément stupide) avec mes enfants.
        J’ai donné des cours de math et physique à des enfants en échec et des adultes qui préparaient des examens (pilote de ligne en l’occurrence) et me suis rendu compte que souvent la situation d’échec est due à une broutille (notion mal assimilée) mais aussi à la complexification de concepts relativement simples et à l’absence de l’épistémologie dans l’enseignement en France
        (on apprend mieux si l’on sait le pourquoi et le comment).
        Souvent le problème source diagnostiqué se règle en quelques heures de soutien.
        Enfin, bien souvent on blâme l’enfant les parents et les enseignants sans rechercher la racine de l’échec qui peut être aussi simple qu’une myopie , surdité ou dyspraxie non détectée.


        • Krokodilo Krokodilo 24 septembre 2010 09:49

          J’ai justement donné récemment un exemple de complexification peut-être inutile dans la présentation des grands nombres aux petits du primaire, logique mais qui prête à confusion. Puisque c’est votre domaine, si vous avez l’occasion de donner votre avis...


        • Krokodilo Krokodilo 24 septembre 2010 10:07

          Pas d’accord pour les lettres, ce n’est pas de l’hypocrisie mais une évaluation suffisante, nécessaire mais qui ne prend pas autant la tête que les pinaillages au demi-point près. Ce sujet des notes est récurrent, presque un marronnier, alors j’en ai fait moi aussi un article sur AV.


        • Krokodilo Krokodilo 24 septembre 2010 10:07

          Heu, le message précédent répondait à Mordax. Je me mets un D -


        • Mordax 23 septembre 2010 19:09

          Je n’ai lu que des extraits de Gümbel, et appréhendé sa ligne directrice. De nombreuses critiques surgissent immédiatement .
           Pour les grandes orientations : tout d’abord, Gümbel par du présupposé que tout le monde souffre, ce qui n’est évidemment pas la cas. Il part des présupposés de l’OCDE, dont les « chiffres » , l’indépendance, et l’orientation idéologique ne sont plus à présenter Ensuite, il calque tout son raisonnement sur un système anglo-saxon dont les ravages sont pourtant connus. L’école publique anglaise n’est certainement pas un modèle plus présentable que ses trains.

           En entrant un peu dans le détail, on voit que Gümbel a déjà choisi son camp : celui de Meirieu et des pédagogistes, pourtant bêtes noires désormais des enseignants du second degré. Le système de notation par 4 lettres est d’une totale hypocrisie, car un D ne vaudra jamais un A, et le saura, et cela rend très difficile les évaluations précises.
          la méthode est totalement « suiviste ». Ce n’est plus à l’élève de marcher vers un savoir émancipateur, mais onconforte son côté consomamteur, sa propension à raisonner en mode binaire et pulsionnel selon l’alternative « j’aime, j’aime pas », contre laquelle luttent tous les pédagogues (pas les pédagogistes, attention !)

           Ensuite, des contre-vérités sont à relever : par exemple, un inspecteur ne passe pas « par dessus » le professeur, qui garde une entière liberté pédagogique. l’inspecteur vérifie essentiellement que le programme officiel est suivi. Son premier regard va vers le cours et son insertion dans une progression conforme aux Instructions Officielles, nationales et représentatives du système républicain .
           Ce qui amène au point suivant : l’autonomie des établissements, qui serait précisément la dislocation des programmes nationaux, et l’apparition d’inégalités encore plus grande sur le territoire français, le tout sous la houlette de chefs d’établissement transformés en « managers », représentants l’exécutif et non plus le savoir scientifique, comme les inspecteurs, même si le système n’est pas parfait. « Managers » non exempts de pressions extérieures des lobbies locaux, politiques, entreprises, parents d’élèves, etc.. Par exemple, suppression de matières « inutiles », établissement où l’on fait du hip-hop pour la paix scolaire , où l’on surnote, tandis que quelques kilomètres plus loin, on travaille. Sans compter la porte ouverte aux divers communautarismes, en fonction du lieu.
           Et que vont devenir les élèves qui veulent vraiment une bonne école , qui ne « souffrent » pas ? Vont-ils être obligés de se démener encore plus pour contourner la carte ? Seront-ils obligés d’aller dans le privé ?

          Un tel système est le négatif, et même la négation du fondement républicain de l’école.

          On me rétorquera que les défauts que je cible plus haut existent. Certes, mais tout le travail devrait consister à les corriger. Gümbel ressemble plutôt à un médecin qui déciderait de couper une jambe avant toute tentative de la sauver.
          Voilà un pamphlet qui devrait réjouir un homme qui affiche et proclame son anti-républicanisme provocateur (« je hais cette République »). j’ai nommé Gabriel Cohn-Bendit.


          • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 23 septembre 2010 20:24

            "je pense que ce sont tous les enseignants qui devraient le lire,pour affiner leur propre réflexion sur l’école et être peut-être plus réceptifs à une évolution possible.« 

            Tout à fait d’accord. Mais les enseignants auraient bon dos s’ils étaient les seuls à devoir le lire.

             »Un hebdomadaire titrait un peu maladroitement à propos du livre de Gumbel : »le livre que tous les parents devraient lire » ;pour quoi faire ?"

            Je vais vous dire : non pas pour monter les parents contre les enseignants mais contre les gouvernements qui nous fossilisent dans ce grand n’importe quoi d’une violence institutionnelle qui crée une somme incroyable de souffrance. Même ceux qui réussissent n’en sorte pas forcément indemne.
            Les parents sont des électeurs. Il importe qu’ils prennent conscience des enjeux de l’école dans des aspects encore trop méconnus.


            • jmsatto jmsatto 23 septembre 2010 21:01

              Il est certainement bon que les parents ,citoyens,soient éclairés,je suis d’accord.Mais j’ai bien peur que les résistances au changement ne viennent pas principalement des autorités politiques.On a vu ce qui est arrivé au malheureux Savary avec sa Réforme dans les années 80 par exemple.


            • Serpico Serpico 23 septembre 2010 20:44

              Ajouter à cela le profil « assistante sociale » acariâtre des profs...bourrés de préjugés et qui essaie à tout prix de confirmer leurs stéréotypes.


              • jmsatto jmsatto 23 septembre 2010 20:51

                - Toute l’argumentation de Gumbel repose sur ces tests comparatifs intérnationaux qui tendent à montrer la relative faiblesse de notre école par rapport à d’autres,aussi bien dans la promotion des élites que dans la lutte contre l’échec scolaire.
                A partir du moment où l’on met en doute ces chiffres,tout son raisonnement s’effondre en effet:mais qu’est-ce qui permet de les mettre en doute ?
                D’autre part,il ne parle pratiquement pas de l’école anglaise,mais fonde son raisonnement essentiellement sur la « réussite » finlandaise.De l’école américaine,très décriée en France,il retient un élément positif:la possibilité supplémentaire pour les élèves de se valoriser dans des activités autres que les matières purement intellectuelles,mais est conscient de la nécessité d’un meilleur équilibre entre contenu intellectuel et diversification des possibilités de réussite.

                - Les solutions qu’il préconise à travers l’exemple de la Finlande rejoignent en effet ce que propose depuis des années par exemple Meirieu.J’ai pu constater,en suivant tardivement des cours en sciences de l’Education,l’écart qu’existait entre les préconisations de la recherche pédagogique en France et le système scolaire tel qu’il existe (ce qui est assez logique puisque la recherche tend à chercher des solutions pour améliorer le système,et donc a une approche critique du statu quo) et surtout la difficulté depuis des années à ce que les fruits de cette recherche soient pris en compte par le système.

                Mais les performances de l’école finlandaise sont elles elles aussi contestables ou sont elles réelles ?Sont -elles liées ou non aux dispositifs qualifiables de « pédagogistes » choisis ?Et peut-on réellement régler le problème de l’échec scolaire en France avec juste quelques heures de soutien -comme semble le dire ci dessus Théodore,ou un dispositif plus important est-il nécessaire ?
                Le système aurait juste quelques défauts,qu’il suffirait de corriger,mais comment ?

                - Certains ne souffrent peut-être pas du système (et encore,c’est à voir:l’auteur évoque l’atmosphère des classes préparatoires,que j’ai connues aussi et rapporte un intéressant échange avec le proviseur du lycée Henri IV).Mais cela ne règle pas le problème de tous ceux qui en souffrent,et parfois perdent l’estime d’eux-mêmes....Que faire exactement pour eux ?
                Ce qui m’a paru intéressant aussi dans son livre,c’est qu’il souligne l’idée que même l’élite s’épanouit moins qu’ailleurs dans notre système,et que donc une réforme à la Finlandaise ne se ferait pas en faveur des uns au détriment des autres...
                Mais encore une fois,si l’on conteste les chiffres...
                Merci en tous cas de votre intéressant commentaire.


                • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 23 septembre 2010 21:02

                  J’ai oublié d’indiquer que si cette violence institutionnelle persiste c’est d’abord parce qu’elle vient d’une reproduction par les enseignants de ce qu’ils ont eux-même vécu et qui leur sert de référence étant donné qu’ils n’ont pas reçu de formation psychologique suffisante pour questionner des pratiques qui sont parfois d’une incroyable brutalité.

                  Et la question de la formation, comme chacun sait, est une question politique, car c’est avant tout une question de moyens. Dernièrement la logique néolibérale qui prévaut l’a faite passer à la trappe.
                  J’ai bon espoir qu’après les grandes tribulations qui s’annoncent à l’horizon, après un retour à la raison, il sera possible de poursuivre nos dirigeants actuels à un titre ou un autre pour mise en danger de nos enfants.

                  Toutes choses égales par ailleurs, c’est en effet un peu comme si ils décrétaient que les médecins et chirurgiens devaient être formés par des stages en alternance durant un an avant d’accéder au plein exercice.

                  Nous sommes en plein délire et les parents, les citoyens ne bougent pas. C’est incroyable. Car bien plus grave que les retraites à mes yeux. Même si ce sujet mérite bien les luttes actuelles.


                  • jmsatto jmsatto 23 septembre 2010 23:42

                    Importance de la formation,oui,d’accord,depuis longtemps insuffisante en ce qui concerne par exemple la pédagogie et plus globalement la réflexion sur l’école et le rôle de l’enseignant.
                    Le pompon est cette année d’envoyer des jeunes collègues 18h devant des élèves sans aucune formation à la pratique de classe.C’est proprement ahurissant ;


                    • UltraLord 24 septembre 2010 09:24

                      Les notes et les classements, en voila un gros problème.

                      Je me rappelle de mon frère, relativement doué qui avait de très bonnes notes sans travailler. Au final, il n’en glandait pas une et profitait de ses acquis sans réellement progresser. De l’autre côté de l’échelle, l’élève qui décroche s’en moque puisqu’il sait qu’il ne sera jamais parmi les meilleurs ...

                      Ce qui compte c’est l’évolution individuelle, et pas le classement dans le groupe.

                      Quant à la notion d’échec, c’est encore pire. Pauvres élèves qui redoublent et qui se sentent humiliés. Alors qu’on devrait leur présenter comme la chance de pouvoir ne pas décrocher ... on leur présente comme la honte de ne pas avoir réussit.


                      • jmsatto jmsatto 24 septembre 2010 09:39

                        « ce qui compte c’est l’évolution individuelle »:oui c’est-ce que dit Gumbel,à la suite d’ailleurs de la recherche pédagogique depuis des années...
                        « On leur présente(le redoublement ») comme la honte de ne pas avoir réussi...:non,les profs leur présentent toujours (officiellement) le redoublement comme une 2e chance,même si souvent en réalité c’est dans leur esprit une sanction.
                        « L’élève qui décroche s’en moque » :en apparence,il faut bien sauver la face ;et il déclare aussi qu’il« n’aime pas » l’école,ou le français ,ou les maths,quand il a des difficultés (comment aimerait-on ce qui nous renvoie une image négative de nous-mêmé)-autre façon de sauver la dite face ;il peut aussi rire de ses résultats,ou se venger en chahutant (autant d’attitudes qui cachent à mon avis une amertume profonde).Et cet apparemment détachement est peut-être moins vrai dans les petites classes.


                        • antonio 24 septembre 2010 10:21

                          Ce que je constate et déplore, c’est le massacre de l’enseignement de la langue française et de la littérature depuis des années : les heures consacrées à l’apprentissage de la langue n’ont cessé d’être réduites dès le primaire et ensuite dans le secondaire . Ajoutez à cela une terminologie grammaticale absconse, un vocabulaire technique prétentieux pour l’analyse des textes, la négation de toute chronologie, le phagocytage des fameuses séquences où il faut glisser comme on peut de la grammaire du texte , etc..., tout est fait pour dégoûter les élèves du plaisir de la lecture...
                          Comment un élève qui ne maîtrise pas les structures fondamentales de sa propre langue peut-il
                          avec profit apprendre une langue étrangère ? Je ne compte pas le nombre de professeurs de langue obligés de rappeler des notions aussi élémentaires que celle de l’accord de l’adjectif en français par exemple pour faire comprendre aux élèves ce qu’il en est dans une autre langue.
                          Je peux multiplier les exemples : une fiche de lecture est véritablement une horreur : comment lire avec plaisir en étant obligé de s’arrêter pour prendre des notes ? Sans compter que maintenant, elles sont souvent « pompées » sur Internet et autres.
                          Exemple tout récent : une élève de 4ème doit rédiger une biographie de Maupassant à partir d’un texte-support de son livre de français et ...on lui demande de juger la langue de Maupassant ( facile, claire, etc...) alors qu’elle n’a jamais lu un mot de cet auteur !

                          Maintenant le grand mot à la mode, c’est « souffrance » et on nous dit que bien des élèves « souffrent » tout cela après avoir supprimé des milliers de postes, chargé les classes, etc...On veut nous faire « pleurer » sur les élèves stressés, en souffrance alors que tout a été fait pour en arriver là . Et on va nous proposer quelques rustines bien médiatisées car le « compassionnel » c’est beau ! Il ne s’agit pas de gémir avec ou de plaindre, il s’agit de se battre, parents, enseignants tous concernés pour qu’enfin l’enseignement soit de qualité et rende aux élèves leur dignité : le plaisir d’apprendre, de faire des efforts, de réussir chacun avec ses moyens.


                          • Krokodilo Krokodilo 24 septembre 2010 10:54

                            Je crois qu’il y a quand même depuis des années un retour aux méthodes classiques, si j’en juge par mes enfants (école publique), récitations, poèmes, fables au primaire, lectures au secondaire. Après il y a le hasard, les goûts de chaque enseignant : l’une avait un fort penchant pour le lyrisme médiéval et l’amour courtois, sujets et styles plutôt insolites pour ses élèves...


                          • jacques lemiere 24 septembre 2010 11:55

                            Ce qui est navrant est que le diagnostic est connu ....

                            Le fait que l’école soit rébarbative pour la plupart des enfants va permettre à ceux qui en maitrise les ressorts de se sentir appartenir à une élite intellectuelle, c’est d’ailleurs très rassurant...la quasi nature officielle de cette affirmation.. tu es un nul je suis intelligent...et d’ailleurs, quand on donne des cours privés à un enfant , l’affirmation « je suis nul » revient souvent...Beau travail d’avoir persuadé un enfant de 10 ans qu’il est un crétin...( surtout si les parents font écho).
                            Ce confort intellectuel, cette microsatisfaction de se penser une élite explique en partie l’inertie du système...
                            Il faut l’améliorer..Tout le monde le sait, l’immense majorité des profs le sait...
                            mais on continue à procéder de façon absurde, les professeurs sont inspectés...et un bon professeur n’est pas celui qui fait progresser ses élèves...

                            On peut faire une remarque...l’idée de vouloir donner à chacun une bonne éducation dans un pays entier ne correspond pas à l’idéologie libérale individualiste ...Ce n’est pas anodin car la qualité de l’enseignement est en partie conditionnée par le financement et donc la part de la richesse nationale qu’on lui consacre et donc toute perte de citoyenneté entraîne une tentation d’un repli vers une politique plus individualiste.. pas clair...j’entends par là....si des étudiants français vont étudier en Belgique commet arriver à justifier de façon simple aux contribuables belges de payer pour financer cela... comment expliquer à un contribuable qu’un individu ayant reçu une formation de qualité dans un pays au frais de la collectivité puisse aller faire profiter un autre pays de ses aptitudes....
                            L’éducation pour tous dans un pays est intiment lié à la notion de destin collectif , ou bien, il faudrait imaginer que le droit à une education de qualité soit un droit universel garanti par des accords internationaux ( et un financement international).


                            • jmsatto jmsatto 24 septembre 2010 14:36

                              1) Gumbel lui-même ne prétend pas que les capacités des enfants sont toutes les mêmes.
                              Il ne propose pas 100°/° des élèves arrivant à l’élite !
                              Ce que semble montrer son livre c’est simplement que l’école PEUT MIEUX FAIREpour TOUS,par comparaison avec l’étranger et notamment la Finlande.
                              Qu’elle peut faire progresser tout le monde,au lieu de sacrifier plus ou moins une partie des élèves.
                              Et que pour cela il faut d’autres méthodes et d’autres dispositifs.
                              On ne voit pas pourquoi ce qui réussit ailleurs n’aurait pas d’effet chez nous !!!!

                              Et puis il y a suffisamment de tensions et de conflits (ou pire) dans notre école pour qu’on regarde un peu les expériences plus heureuses et qu’on en tire des leçons !!

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