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L’éducation populaire à la suédoise : la formation tout au long de la vie

En Suède, les structures d’éducation populaire se sont développées dans les années 1930 avec pour objectif de lutter contre les inégalités d’accès à l’éducation. Elles sont ouvertes à tous les milieux sociaux en donnant la possibilité aux adultes de se former en dehors du milieu académique. La diversité des activités (sculpture, photographie, cours de langue) fait de l´université populaire (Folkuniversitetet) un lieu de socialisation à part entière dans la société suédoise. Son implantation dans différentes régions et son réseau international (organisation de séjours linguistiques, collaboration avec des écoles et universités étrangères) montrent qu´elle est un acteur essentiel de la formation permanente tout au long de la vie en Europe.

1) Histoire de l’université populaire suédoise
 
Folkuniversitetet a été créée en 1917 avant que des associations d’étudiants de l’université de Stockholm ne lui donnent un véritable souffle en 1933. D’autres associations ont alors émergé en 1935 à Upsal, à Göteborg en 1941 et à Lund en 1942. C’est en 1942 qu’une organisation fédérant toutes ces structures est née en Suède : elle est devenue université populaire en 1947[1]. Dans les années 1960, ces associations sont devenues des fondations propres avec l’objectif d’offrir des cours au plus grand nombre. Celle d’Umeå a été créée en 1970, l’université populaire étant présente dans cinq régions avec 40 bureaux locaux.
 
2) Les promoteurs de l’université populaire 
 
Les pères fondateurs de l’université populaire partageaient l’idéal d’une éducation pour tous facilitant les contacts sociaux. Johannes Kjellström, le premier secrétaire de l’université populaire de 1917, souhaitait que l’université populaire contribue à l’amélioration sociale et morale des citoyens. Dans les années 1920, le chimiste Iwan Bolin, responsable des conférences à l’institut du travail de Stockholm, s’est engagé avec passion dans la structuration d’une université permettant de vulgariser les débats scientifiques auprès du grand public. Il reprenait les thèses du médecin Anton Nyström qui avait auparavant insisté sur la nécessité de diffuser des connaissances auprès des travailleurs pauvres. Nyström était lui-même influencé par les idées positivistes d’Auguste Comte sur l’éducation des classes laborieuses. L’idée d’université populaire remonte véritablement au 19e siècle avec entre autres les conceptions de Wilhelm von Humboldt, linguiste et universitaire promouvant l’acquisition d’une diversité de connaissances par le plus grand nombre.
 
3) Un complément de formation au système éducatif
 
Du point de vue de la structure, Folkuniversitetet  n’est pas réellement semblable aux universités populaires françaises. En effet, l’accès aux cours et aux activités n’est pas gratuit, il est relativement bas et prend en compte les ressources des personnes s’y inscrivant. Il se rapproche des structures de l’université du temps libre en France, les activités ont lieu toute la journée et concernent des publics différents allant de la petite enfance aux personnes âgées. Alors que les universités populaires françaises sont marquées historiquement par l’idée d’un accès gratuit à des conférences en dehors des heures de travail, Folkuniversitetet est une structure à part entière visant aussi bien à réintégrer professionnellement des individus ayant décroché du cursus scolaire et professionnel qu’à satisfaire ceux choisissant de nouvelles activités dans le cadre de leurs loisirs. Par exemple, dans les années 1950, il était devenu possible de passer ses examens de lycée grâce aux cours de Folkuniversitetet  : des séances du soir ont été organisées spécifiquement pour tous ces publics. En 1966, ils ont été développés au niveau communal et regroupés dans une institution dénommée Komvux, à savoir l’école pour adultes. Dans les années 1970, Folkuniversitetet a joué un rôle central dans l’intégration des populations migrantes puisqu’elle était la seule structure à donner des cours de suédois pour étrangers (SFI, Svenska för invandrare) avant que les communes ne développent ce système à partir de 1986. Depuis 2007, Folkuniversitetet a mis au point un diplôme spécifique de suédois pour apprenants étrangers, le Svedex, qui concerne 80 000 personnes dans le monde. Les cours linguistiques se sont considérablement développés avec actuellement plus de 35 langues enseignées par des professeurs de langue maternelle.
Folkuniversitetet promeut une forme de pluridisciplinarité et a constitué des cellules spécifiques destinées au personnel académique souhaitant se former dans une autre discipline, IVAK (Institutet för vidareutbildning av akademiker). Cette variété est l’une de ces forces, l’université de la formation continue ayant par ailleurs signé de nombreux contrats avec des entreprises pour des formations particulières. 
  
4) La qualité de l’organisation
 
Folkuniversitetet a construit des indicateurs permettant d’attester la qualité de ses cours et de son organisation en s’inspirant des certifications ISO 9000[2]. L’institut suédois pour le développement de la qualité (Svenska Institutet för kvalitetsutveckling) avait tenté au début des années 1990 d’établir des normes de qualité pédagogiques ouvertes approuvées par l’agence nationale de l’éducation suédoise (Skoleverket). Cet essai n’a pas abouti, il n’a cependant pas empêché Folkuniversitetet de se doter d’une démarche visant à limiter les effets bureaucratiques de son organisation (limitation des séminaires internes de formation, des routines de fonctionnement et des schémas pédagogiques répétitifs). L’accès au plus grand nombre ne signifie pas une déperdition de qualité, mais plutôt une autre démarche d’enseignement.   Folkuniversitetet est une institution historiquement exemplaire en matière d’intégration et de formation tout au long de la vie, elle est soutenue à la fois par l’État (fonds publics, administrations) et des acteurs privés (entreprises) ayant compris l’utilité de cette organisation. Cette institution a su proposer un fonctionnement viable d’éducation populaire présent dans toutes les régions et répond à une volonté d’accéder aux connaissances en dehors du monde académique.


[1] « Tyst i kupén », pendlarna pluggar, Pressklipp om Folkuniversitetet 1942-1992, Impressions Folkuniversitetet 5. 1992.
[2] Själens fiende heter kvalitet, ett samtal om bildnings- och kvalitetsfrågor inom Folkuniversitetetet, 2007, Publications de Folkuniversitetet, p. 18.

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L'éducation populaire à la suédoise : la formation tout au long de la vie L'éducation populaire à la suédoise : la formation tout au long de la vie

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3 réactions à cet article    


  • Odal GOLD Odal GOLD 14 avril 2009 20:42

    « L’accès au plus grand nombre ne signifie pas une déperdition de qualité, mais plutôt une autre démarche d’enseignement. » 

    La Suède a bien cent ans d’avance et votre article est intéressant.


    • Bois-Guisbert 15 avril 2009 09:50

      La Suède a bien cent ans d’avance et votre article est intéressant.

      Et concrètement, du point de vue des Suédois, elle se traduit comment cette avance de cent ans ? Les Suédois sont-ils plus heureux ? Moins suicidaires ? En meilleure santé ? Plus aisés ?

      Parce qu’avoir cent ans d’avance en soi, c’est de la co...rie smiley


    • MR MERLIN Perpleks 15 avril 2009 19:14

      Excellent article !!!!!!!!!!!!

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