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L’éducation populaire doit redevenir un mouvement de transformation sociale

L’éducation populaire est à la croisée des chemins, elle doit se ressourcer ou alors sombrer dans la marchandisation ou l’instrumentalisation !

Toutes organisations confondues, les fédérations et associations d’éducation populaire regroupent plusieurs millions de personnes . La « vieille dame », créée par Jean Macé en 1866 revendique 2.200 000 adhérents répartis dans 35 000 associations .

La Ligue de l’Enseignement, puisqu’il s’agit d’elle constitue la plus grande « structure », une véritable confédération, certes, mais d’autres maisons ont aussi de larges vitrines, qu’elles soient laïques comme Léo Lagrange et les Francas ou d’origine confessionnelle comme l’UFCV.

Ce sont des organisations qui ayant pignon sur rue continuent à se maintenir, voire à se développer.

Ce sont pourtant des géants aux pieds d’argile : leur puissance est réelle, leur influence aussi mais elles ne sont plus pour la grande majorité d’entre elles peuplées de très nombreux militants et militantes.

Quand un dirigeant d’une de ces associations, permanent d’ailleurs se laisse aller à la confidence, il avoue que beaucoup d’adhérents ne sont que des clients.

Une famille qui inscrit ses enfants à une activité devient immédiatement un adhérent, le jeune qui va s’inscrire en BAFA est inscrit comme membre.

Certains seront d’ailleurs bien étonnés de recevoir quelques mois après la tenue d’un stage une convocation à une AG.

Nous sommes bien loin du temps de ces militants qui le soir et en week end s’impliquaient bénévolement, ils ont été remplacés pour la plupart par des salariés...

Les derniers pionniers passent parfois pour des dinosaures !

Les réunions départementales de la JPA, confédération qui regroupe les associations, complémentaires à l’école laïque ne comportent bien souvent les permanents et quelques retraités, survivants de l’époque héroïque.

Pour compléter le tableau qui n’est pas noirci mais malheureusement réaliste : beaucoup d’associations et fédérations glissent vers la marchandisation, l’instrumentalisation, ou les deux à la fois.

Ce sont là deux dangers qui risquent de dénaturer ces mouvements qui, dès l’origine se situent pourtant clairement dans le champ de l’éducation populaire.

L’éducation populaire si l’on s’en tient aux trois définitions suivantes - reprises dans l’excellent livre noir de l’animation publié par l’Uspaoc CGT- se réclame de la transformation sociale et non de l’accompagnement :

  • "L’éducation populaire est tout à la fois une philosophie de l’histoire, une configuration et un outil. Elle est au carrefour de l’éducation permanente, de l’éducation des adultes, de l’éducation ouvrière, de l’animation socioculturelle et de l’économie sociale1." (une définition sociale et politique)

  • "L’éducation populaire est le processus par lequel le destinataire de l’acte éducatif est associé à la définition des contenus légitimes de savoirs transmis." (une définition pédagogique)

  • "L’éducation populaire est le développement des capacités de chacun à comprendre son environnement, à pouvoir s’y situer pour agir à le transformer." (une définition politique) 

 

LA MARCHANDISATION

Beaucoup d’organisations priorisent la quête aux financements. Ils cherchent à s’inscrire dans les marchés publics et à développer le plus de formations lucratives.

Souvent d’ailleurs la rivalité est forte, même sans pitié entre les plus grands. Lorsque la gauche a pris la Mairie de Paris, la Ligue et Léo Lagrange se sont ruées pour arracher le plus de délégations de service public.

Tant pis pour les personnels, ils seront contractuels, en CDD le temps d’une campagne de stages...

J’ai dû, ainsi comme délégué du personnel défendre un enseignant mis à disposition d’une fédération implantée dans l’Isère, il était renvoyé dans sa classe parce qu’il n’était pas assez rentable.

Comment peut-on exiger en mars 2002 d’un enseignant « détaché » à la rentrée 2001-2002 qu’il « développe rapidement un chiffre d’affaire de 200 KF » ?

L’INSTRUMENTALISATION

Les gouvernements qui se sont succédé depuis 2002 se sont fixé comme objectifs de domestiquer et d’intégrer les grandes associations. Les subventions publiques ont fondu et les associations ont eu une dotation en fonction du degré de leur relation à l’école.

Pour que telle fédération obtienne un maximum de fonds provenant de l’Education Nationale, il lui faut entrer dans les dispositifs gouvernementaux au détriment de sa fonction première qui consiste à intervenir sur les temps libres des enfants et des jeunes.

Le gouvernement a même réussi à lézarder l’unité des organisations...C’est ainsi que les Pupilles de l’Enseignement Public n’ont pas signé le dernier appel unitaire contre l’étranglement des associations.

Aujourd’hui, le péril s’amplifie.

La disparition du Ministère Jeunesse et Sports et l’absorption dans la cohésion sociale sont plus que des signes de mauvaise augure. Il va falloir que les associations s’impliquent dans la réparation sociale, dans l’accompagnement de certains publics et abandonner les quelques velléités d’indépendance...

Il faut plier, s’adapter ou tant pis.

L’EDUCATION POPULAIRE CE SONT AUSSI DES PRINCIPES ET DES VALEURS AFFICHES ET PARFOIS ABANDONNES

Les employeurs associatifs ont obtenu du gouvernement Raffarin la mise en place de deux dispositifs de précarisation du personnel et de remise en cause du code du travail et ceci sans même une réelle concertation avec les syndicats.

Les animateurs dits occasionnels travaillant moins de 80 jours par an vont ainsi être payés à vie à raison de 2,2 heures de SMIC par jour ....

Ces mêmes employeurs vont pouvoir recruter des volontaires civils recevant une « rémunération » en dessous du SMIC, c’est à dire 600 €, le tout subventionné par l’Etat... Une aubaine pour les « patrons »

Beaucoup de militants et de militantes n’acceptent pas ces dérives.

Pour eux la mission éducative et sociale des associations populaire visent à lutter contre l’exclusion sociale et pour la transformation sociale permettant au peuple d’accéder aux savoirs et au pouvoir.

De nombreuses associations locales agissent au quotidien dans le cadre de l’éducation populaire ;

de nouveaux réseaux de militants reprennent le flambeau du combat social et politique-dans le sens plein du terme-qu’il s’agisse du RESF ; du DAL, des Don Quichotte, d’ATTAC ou certaines associations familiales comme la CSF ou le CNAFAL

Il ne faudrait pas abandonner les grandes associations à leur sort, en oubliant leur histoire et l’existence en leur sein de militants et de militantes voulant mettre fin aux dérives.

C’est tous ensemble qu’il nous faut réfléchir et agir pour que l’Education populaire dans son ensemble redevienne le grand mouvement de transformation sociale qui doit permettre de recréer l’espoir et de combattre efficacement l’exclusion sociale, la pauvreté et la paupérisation culturelle voulue et entretenue par le libéralisme.

Marie George Buffet a lancé une offre publique de réflexion sur l’éducation populaire (1999-2001), dont le projet d’écriture indépendante finale n’a pas pu voir le jour.... Des centaines de groupes de militantes et de militants ont discuté pendant plusieurs mois, pour déboucher sur un livre incolore alors que de nombreuses propositions émanant du collectif avaient été mises en valeur par Franck Lepage, rapporteur, remercié par la Ministre et renvoyé à « ses chères études »...

Des syndicats ont proposé des initiatives structurantes...Voici là des idées permettant qu’émergent des projets de remobilisation et de réorientation. Comme la tenue d’ Etats Généraux de l’Education Populaire ! 

    Jean-François CHALOT

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