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L’enjeu alimentaire

Pour le directeur général du FAO, Jacques Diouf, la sécurité alimentaire traverse une « crise sans précédent » qui a sa source dans 20 ans de réduction des aides publiques au développement concernant l’agriculture, qu’il est urgent de rétablir à leur niveau de 1980

La « libre concurrence » mondialisée fait-elle baisser les prix des denrées alimentaires et, par conséquent, fait-elle reculer la sous-alimentation, les famines, la pauvreté qui frappent plus d’un milliard de personnes ?
 
La réponse est NON ! C’est exactement le contraire qui se produit. Pour l’agence de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture, les causes ne sont pas à chercher du côté de la démographie, ni des conditions climatiques extrêmes qui, certes, constituent des handicaps certains pour toute une partie de l’humanité maintenue dans un sous-développement chronique.
 
Mais dans l’insuffisance de l’aide publique à l’agriculture qui n’a cessé de diminuer comme peau de chagrin depuis les années 1980. Ce qui fait que les programmes visant à éradiquer la faim dans le monde d’ici la fin du 20è siècle, non seulement n’ont pu se concrétiser mais, faute de moyens financiers, la part de l’agriculture dans les aides publiques au développement a reculé. Elle était de 17% en 1980 du total de ces aides, elle est tombée à 5,2%.
 
Jacques Diouf, lors de la journée mondiale pour faire reculer la faim dans le monde, n’a pas hésité à comparer les 44 milliards de dollars d’aide à l’agriculture dont ont besoin les pays pauvres, aux 365 milliards $ d’aide au soutien de l’agriculture dans les pays riches, aux 1350 milliards $ de dépenses d’armement, sans parler des trillions de dollars pour « sauver » les banques en 2008.
 
« Nous savons ce qui doit être fait et comment cela doit être fait. Les programmes, projets et plans existent. Ils attendent simplement la volonté politique et les ressources pour devenir opérationnels » a-t-il déclaré le 16 octobre, à la veille du sommet mondial des Chefs d’Etats sur la sécurité alimentaire qui se tiendra à Rome les 16, 17 et 18 novembre prochain.
 
Un sommet qui n’attire pas autant l’attention que celui de Copenhague, c’est le moins qu’on puisse dire, et pourtant…ne s’agit-il pas de la question centrale et urgentissime qui devrait mobiliser les énergies détournées vers un hypothétique et irréversible réchauffement de la planète qu’il dépendrait de nous d’atténuer pour résoudre les grands problèmes du monde ??
 
Quelle aubaine, pour les responsables et les bénéficiaires de la crise et de la spéculation qui a repris de plus belle, y compris sur les produits alimentaires de base rendus inaccessibles aux populations qui en ont le plus besoin, que de tenter d’être disculpés en prenant la tête de la croisade contre le climat ? Maintenant on a le marché du carbone où l’on pourra acheter des droits à polluer ! Enfin si on est riche et gros pollueur. Les pauvres, eux, seront taxés. Mais les dirigeants des banques se reconstituent leurs bonus, le climat des affaires s’améliore, les paradis fiscaux ont encore de beaux jours devant eux.
 
Des pauvres, il y en a de plus en plus dans les pays riches. Comme l’illustrent ces images terribles aux Etats-Unis où l’on tire au sort dans d’interminables files d’attentes, ceux qui auront droit à une consultation gratuite ! Le président Obama est en échec pour instituer un minimum de sécurité sociale. En France Sarkozy continue de la vider de sa substance en déremboursant de plus en plus de médicaments !
 
Il y a chez nous 8 millions de pauvres (avec moins de 910 euros par mois pour une personne seule), y compris chez des salariés. 17,9% des jeunes de moins de 18 ans sont sous ce seuil, 22% des 18 à 24 ans, selon ATD Quart monde. Et on nous invite à manger moins de viande ! Alors que des millions de Français peuvent à peine en consommer une fois ou deux par semaine !
 
Nos agriculteurs, en majorité dans de petites exploitations familiales, n’y arrivent plus. Ils travaillent énormément et à perte, ne pouvant même plus rembourser leurs emprunts. Des exploitations disparaissent, les surfaces agricoles diminuent à la vitesse d’un département tous les 10 ans ! De 2,3 millions en 1955, les agriculteurs ne sont plus que 590 000 aujourd’hui.
 
Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond : tout se passe comme si on pouvait se passer de l’agriculture au point de ne plus assurer notre propre sécurité alimentaire, ce qui devrait être l’objectif prioritaire de chaque pays, on en est loin. Et que dire de la déforestation à grande échelle pour produire des agro-carburants !
 
Jusqu’à quand va-t-on réussir à nous faire prendre des vessies pour des lanternes ? Tout ceci n’est pas le fait de technocrates de Bruxelles ou d’ailleurs…qui ne sont que les instruments destinés à servir les intérêts des donneurs d’ordre capitalistes.
 
On serait au bout de la crise tandis que licenciements, délocalisations et privatisations poursuivent leur ascension, que les salariés vivent dans la hantise de perdre leur travail et y laissent leur santé, parfois leur vie ?
 
Comment réussissent-ils encore à faire croire que nos intérêts seraient liés à ceux des actionnaires et des dirigeants d’entreprises l’œil rivé sur la bourse et sur la rentabilité financière quel qu’en soit le prix social à payer ?
 
Bref, leur système, moyennant quelques retouches de détail, un peu de peinture verte, pourrait se moraliser, devenir écologique et social ! La grande illusion, quoi.
 
Il n’y a pas que la crise alimentaire qui soit sans précédent. C’est d’abord celle des valeurs qui fondent les sociétés capitalistes dominant le monde, imposant leurs lois en fonction de leurs intérêts égoïstes. Cette crise-là n’est pas derrière nous, elle est devant. On peut toujours faire preuve de cécité volontaire ou faire partie des gens « qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes » comme disait Bossuet.
 
On peut difficilement nier que le capitalisme a fait son temps, qu’il n’est pas la fin de l’histoire même si l’avenir n’est écrit nulle part.
 
René Fredon

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3 réactions à cet article    


  • manusan 27 octobre 2009 11:56

    On a de plus en plus faim et les prix de la bouffe s’effondrent chez les producteurs. C’est à n’y rien comprendre ou plutôt si, c’est pour bousiller l’investissement agricole des pays importateurs.

    Précisons que le commerce mondiale de céréales est à flux tendu, ce qui donne une sacré force de frappe diplomatique pour les pays exportateurs, il suffit d’une sécheresse en Australie pour que les prix s’envolent sur la planète. Cette situation, elle est voulue et préparée depuis longtemps.


    • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 27 octobre 2009 13:38

      Jacques Diouf :
      « Nous savons ce qui doit être fait et comment cela doit être fait. Les programmes, projets et plans existent. Ils attendent simplement la volonté politique et les ressources pour devenir opérationnels » a-t-il déclaré le 16 octobre 2009.

      Depuis des dizaines d’années, les pays sous-développés (« en développement ») bénéficient de l’Aide Publique au Développement Économique (APD) financée par les pays riches qui, aujourd’hui, se situe aux environs de 50 milliards d’Euros annuellement.

      Dans ces conditions, comment se fait-il que cette aide n’ait pas été investie de manière productive dans les projets de développement que Jacques Diouf déclare connus (depuis longtemps) ?

      Réponse : Parce que les « investissements » réalisés l’ont été dans des programmes totalement ineptes qui ont transformé ces « investissements » en gabegie, en gastillage intégral.
      Exemple : Gestion totalement aberrante et stérile de la problématique du stockage et de la commercialisation des produits vivriers qui perpétue pauvreté paysanne et sous-nutrition.

      Pendant combien de temps continuera-t-on ces « investissements » stériles ? Continuera-t-on à réclamer plus d’aide au développement sans rentabiliser d’abord les financements qui y sont déjà consacrés (en oubliant les financements passés qui ont été totalement perdus) ?

      Lettre ouverte à Elinor Ostrom et Oliver E. Williamson, prix Nobel d’Économie 2009, et à tous leurs prédécesseurs (encore vivants)
      http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/lettre-ouverte-a-elinor-ostrom-et-63684

      • Alois Frankenberger Alois Frankenberger 27 octobre 2009 15:41

        En Europe, il y a aussi un problème inter etatique : les pays contributeurs en ont assez de payer pour les pays producteurs.

        C’est pour cette raison que les subventions européennes se réduisent : aucun politicien européen n’est manifestement CAPABLE de faire comprendre à son opinion publique la nécessité de subventionner l’agriculture dans les autres pays européens ... malgré leurs plantureux salaires !

        On voit ce que ça donne : les agriculteurs ne gagnent plus leur vie en travaillant dur et à terme, on aura de nouveau des problèmes d’approvisionnement en nourriture !

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