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Accueil du site > Actualités > Société > L’érotisme japonais est-il érotique ?

L’érotisme japonais est-il érotique ?

Conférence du 27 mai 2016 au musée Guimet d’Agnès Giard, anthropologue, chercheuse associée au Sophiapol.

En bonne scientifique, Agnès Giard commence par définir ce dont elle parle : l’érotisme. Elle décrit son champ : les vidéos japonaises et ces étranges sextoys que sont ces poupées grandeur nature en silicone, les love dolls. Pendant la conférence, les objets de ce champ viennent en projection. En matière érotique, il vaut mieux voir, n’est-ce pas ? Agnès Giard met ces deux productions (vidéos et love dolls) en parallèle. La première circule chez nous, avec des différences notables de contenu, et la deuxième nous est quasiment inconnue.

Ces poupées d’amour du Japon sont traitées comme des personnes : leur création est nommée naissance, leur achat mariage, elles meurent dans les honneurs funéraires du bouddhisme parfois. D’une apparence hyperréaliste, elles sont cependant calculées pour qu’on ne puisse pas croiser leur regard. Elles arrivent à la maison en pièces détachées, tête et corps séparés, démembrées… il faut acheter à part un ersatz de vagin, vendu comme accessoire, qui semble-t-il tient mal en son encoche s’il est sollicité trop fort et est susceptible de se carapater dans le « ventre » de la belle au meilleur moment de l’homme, ou au contraire, s’échapper au dehors, collé au pénis. Nombre de propriétaires (maris ?) ne sont pas pratiquants et se montrent fiers d'être dans un amour platonique, fait de rapprochement et de frustration. Ces love dolls brisent la frontière ente le vivant et l’inanimé, et font du désir en soi la valeur inépuisable de l’érotisme, dans un romantique impossible amour.

Dans les vidéos, les sexes sont pixelisés, on voit des formes floues, on voit les gestes, d’une façon suggérée, non réaliste. Avant le numérique, l'union des corps se passait derrière des pots de fleurs, ou des mains tendues charitablement retiraient au regard l’exactitude du réel, de la façon la plus artificielle qui soit.

Cet état des choses est aussi tenu par des lois de censure, certes, mais qui correspondent à un état d'esprit bien partagé : ce qu'on ne peut pas voir (le désir) est plus important que ce qu'on peut voir (le plaisir).

On voit beaucoup le visage de la femme. Le scenario qui plaît le plus est celui de la réticence vaincue. L'héroïne est torturée par des émotions contradictoires qui confinent au martyr. Ce n'est pas l'action sexuelle qui est érotique, sont érotiques les émotions, la peur, le désarroi, le conflit intérieur, la révolte, la résistance qui tombe. Il faut voir la femme perdre ses moyens. C'est pourquoi l'érotisme japonais contient beaucoup de contraintes et de violence.

Les homos des deux sexes sont dans le réel et n'intéressent pas les producteurs des love-dolls. Les tentatives de fabrication de poupées masculines n'ont pas eu le succès commercial suffisant pour les pérenniser.

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Le chemin compte, au Japon, infiniment plus que l'accomplissement : l'ouverture de l'âme est un abandon à conquérir et à donner ensemble, y parvenir n'est pas essentiel. Là est l'érotisme japonais, tel qu'Agnès Giard nous le décrit : nous sommes, nous sujets humains, êtres de désirs infinis qu'il faut chérir, exalter, tandis qu'il ne sert à rien de vouloir les combler.

Agnès Giard a écrit des livres sur le sujet, (Les Objets du désir au Japon, entre autres, elle est une grande spécialiste) et tient un blog sur Libération : les 400 culs. C'est une vraie scientifique, elle ne juge pas, elle dit ce qu'elle voit, comment c'est, d'où ça vient... on sent bien que c'est une praticienne éclairée qui connaît son sujet par tous les bouts, avec pour satisfaction d'avoir toujours un ton juste, d'être parfaitement à l'aise ; c'est une chroniqueuse (sans jeu de mots, quoique...) et on apprend toujours quelque chose sur ces 400 culs.


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5 réactions à cet article    


  • zygzornifle zygzornifle 25 août 10:18

    en tout cas c’est mieux que le voile intégral et le burkini ......


    • zygzornifle zygzornifle 25 août 10:21

      Ces poupées d’amour du Japon sont traitées comme des personnes.... quand on voit que certain hommes traitent leurs épouses (au pluriel pour certains) pire que du bétail et cela même en Europe et que nos gouvernants préfèrent fermer les yeux ......


      • attis attis 25 août 11:51

        L’héroïne est torturée par des émotions contradictoires qui confinent au martyr.
         
        Je ne sais pas si on peut parler d’érotisme, mais les plus téméraires d’entre vous pourront taper « genki genki » dans leur moteur de recherche, une pratique qui semble dériver d’un vieux conte japonais. Ames sensibles s’abstenir...


        • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 26 août 12:00

          L’érotisme, c’est la sollicitation du désir par la sublimation de l’objet de ce désir, objet que l’on ne montre jamais et qui reste d’autant plus désirable qu’il semble inaccessible.

          L’exhibition d’un objet de jouissance n’est pas de l’érotisme, mais de la pornographie, et c’est ce que vous décrivez : aucune sublimation mais l’excitation mécanique d(organes sensibles qui provoque l(orgasme ou l’éjaculation ; ce qui conduit certaines personnes à confondre soulagement et plaisir.

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