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L’essor des inégalités sociales dans une indifférence relativement généralisée

Depuis une trentaine d’années, en France, tout comme dans les autres pays européens, les inégalités sociales ont cessé de décroitre, et depuis une dizaine d ’années il s’avère qu’elles s’intensifient.

Pourtant, ce constat mis en exergue par de nombreuses études sociologiques, suscite l’indifférence d ’une majeure partie de la population, y compris chez ceux ou celles qui en pâtissent.

Ceci résulte de différents facteurs que je vais tenter dé définir et dont la prise de conscience me semble impérative afin que ce phénomène délétère puisse être enrayé.

Alors qu’elles avaient connu une indubitable diminution durant les trente glorieuses, les inégalités sociales ont connu depuis une stagnation dans un premier temps, puis une intensification depuis le milieu des années 90.
 
Cette évolution remet en cause le postulat de mendras, fondé sur l’idée que la moyennisation de la France et plus globalement des sociétés occidentales était inéluctable, ce qui devait se traduire par la formation d’ une vaste constellation centrale, nommée classe moyenne, qui était amenée à devenir le pivot de notre organisation sociale.
 
Ce nouvel essor des disparités sociales, résulte en partie de la doxa néolibérale , qui a émergé dans le monde anglosaxon avant de se répandre dans les autres pays occidentaux,, sous une forme un peu moins radiale certes, mais suffisante pour amplifier les inégalités sociales.
 
Les décisions prises par les acteurs politiques économiques et financiers au nom de cette idéologie, furent par exemple les déréglementations et dérégulations généralisées, l’exacerbation de la flexibilité, ou encore les allégements fiscaux pour les entreprises et les ménages aises. Ces différentes mesures ont contribué à améliorer considérablement les conditions de vie d’une minorité, d’individus, tandis qu’elles ont eu des répercussions défavorables pour une proportion importante de la population, notamment pour les membres des couches populaires.
 
Ceux-ci, ont en effet subi plus fortement que les autres catégories sociales, la détérioration des statuts professionnels, caractérisée par l ’essor du temps partiel subi, de l’intérim, ou des CDD, autant de formes de sous emploi qualitatif ou quantitatif. Outre les conséquences néfastes en résultant sur leur niveau de vie, ceci a également eu pour effet pervers de les enfermer, pour les plus vulnérables d’entre eux dans une insécurité sociale et existentielle durable. L’issue la plus dramatique de cette situation constitue l’entrée dans un processus d’exclusion, phénomène social constituant une thématique politique et médiatique importante, mais dont les racines sont profondes sont systématiquement éludées.
 
En effet, la montée de l’exclusion résulte en partie de l’essor des inégalités, et de la dégradation significative des conditions de vie d’une partie de la population, victime nettement plus que bénéficiaire de l’idéologie néolibérale, qui se montre impitoyable pour les plus fragiles.
 
Après avoir mis en relief ce constat d’une augmentation des inégalités sociales et avoir tenté d ’expliquer ses causes prépondérantes, il convient de se pencher sur la relative indifférence de la population vis-à-vis de ce problème, y compris chez les individus qui en pâtissent.
 
Certes, des partis politiques ainsi que des syndicats ou encore des associations dénoncent régulièrement ce phénomène , cependant leur audience demeure assez faible dans l’absolu, a fortiori au sein des couches populaires.
 
Ce relatif paradoxe, nécessite une mise en perspective socio-historique
 
En effet, la société contemporaine, qualifiée par certains de postmoderne, se caractérise par un individualisme très fort, qui rend plus difficile l’appréhension de la société en termes de rapports de domination, pourtant toujours bien réels et d’inégalités sociales.
 
Ceci explique par exemple, outre les mutations du système productif, que le sentiment d’appartenance à une classe sociale se soit érodé voire délité. L’individu ’postmoderne" a intériorise l’idée qu’il était autonome et responsable de sa trajectoire. Cette évolution a été exacerbée par le diffusion des préceptes néolibéraux, qui exaltent ces postulats.Ceci favorise le fait que la lutte des places se substitue à la lutte des classes, ce que notre système économique fait tout pour accentuer.Il en résulte une délégitimation de l’affiliation à un groupe social porteur de valeurs et combattant les injustices, tel que le prolétariat pouvait l’incarner et plus globalement un scepticisme de plus en plus fort quant aux bienfaits potentiels de l’action collective.
 
Nous sommes donc confrontés à un paradoxe lié en quelque sorte aux sociétés démocratiques, plus précisément à certaines dérives potentielles qu’elles comportent.Ainsi, l’individu a intériorisé la centralité du principe d’égalité et la revendique pour lui, alors qu’il se préoccupe de moins en moins des mécanismes producteurs des inégalités sociales. En effet, il se sent de moins en moins concerné par les luttes visant à l’instauration de sociétés plus justes et égalitaires, dans la mesure ou il aspire avant tout à jouir personnellement de la société d’abondance et à obtenir la reconnaissance qu’il estime mériter. 
 
Ce constat est valable pour une nette majorité d’individus de condition modeste, qui ont intériorisé l’idéal méritocratique et désirent s’élever dans la hiérarchie sociale afin de s ’agréger aux classes moyennes et aux standards de consommation qui y sont associés, plutôt que de combattre pour que les injustices subies par leur catégories sociales s ’atténuent. De plus, les études faites sur les sentiments d’appartenance à une classe sociale démontrent que la majeure partie des ouvriers et employés même peu qualifiés ont l’impression de faire partie des classes moyennes. Ceci prouve la prégnance du concept de moyennisation dans les esprits et la sous estimation de la prégnance durable et renforcée des disparités sociales.
 
Cette évolution globale est en adéquation avec l’analyse qu’avait développé de Tocqueville, lorsqu’il estimait que la démocratie pouvait contribuer à exacerber un individualisme négatif, marqué par le repli sur soi et l’indifférence aux problèmes collectifs, où l’individu se préoccupait avant tout de l’amélioration de ses conditions de vie personnelles, estimant ne rien avoir à attendre de la politique, si ce n’est qu’elle satisfasse ses exigences .
 
Il reste à espérer que la crise polymorphe actuelle, permette une prise de conscience des effets délétères de notre système économique et social, et qu’elle contribuera à réhabiliter l ’aspiration à une lutte contre les inégalités ainsi que pour l’avènement d ’une société plus juste et plus solidaire.
 
 
par savouret lundi 11 janvier 2010 - 6 réactions
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  • Par Lucien Denfer (xxx.xxx.xxx.174) 11 janvier 2010 14:12
    Lucien Denfer

    Une analyse interessante et juste si l’on considère la période envisagée, soit les trente dernières années.

    Toutefois, je ne suis pas persuadé que les raisons véritables aient été évoquées. Plutôt qu’une crise de l’identification à une classe sociale, concept anachronique évoluant au gré des désirs de chacun (tout le monde veut vivre dans de meilleures conditions et s’enbougeoiser quelque peu ou si vous préférez la version comique, on est de gauche quand il s’agit de l’argent des autres mais bien plus conservateur lorsqu’il est question de son patrimoine personnel), je pense plutôt à une crise générale de la représentativité.

    Que ce soit au niveau associatif, syndical, politique, au plan local, régional, national, les individus ne se sentent plus dignement représentés. La démocratie n’est qu’une idée qui reste à mettre en application tant les moyens de contourner ses principes sont abondants.

    Quand à l’aspect moral, je ne me risquerait pas à critiquer le conportement de ceux, parmi les plus démunis, dont le seul "pouvoir" réside dans la possibilité d’exprimer un non-choix en glissant un bout de papier dans une urne, une fois tous les cinq ans, quand dans le même temps les personnes par eux désignées pour les représenter succombent aux sirènes du confort et de la recherche de pouvoir personnel.

    Si nous étions dans une véritable démocratie, ils nous serait possible de révoquer à mi-mandat, en sanction de l’échec à suivre la politique promise lors des élections. Dans une vraie démocratie, les citoyens pourraient décider sur tous les aspects de leur mode de vie, sans passer par un système de procuration qui permet aux élus de n’en faire qu’à leur convenance. Dans une vraie démocratie, une nation ne pourrait entrer en guerre contre une autre nation sans l’aval de la majorité de son peuple.

    Mais si vous préférez on peut continuer à faire semblant...

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