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L’être humain, ses droits et ses obligations

Au fil des articles que je publie sur Internet au sujet des droits de l’Homme, les mêmes questions reviennent inlassablement : Pourquoi les droits de l’homme ? Pourquoi ne parle-t-on pas des obligations des individus, notamment vis-à-vis d’Autrui, de l’Etat, de la patrie ? Le respect des droits de l’Homme ne risque-t-il pas de conduire à l’anarchie ? Ces questions ne doivent pas être éludées et des tentatives de réponses permettront de mieux faire comprendre ce que sont les droits de l’Homme et leur fondement philosophique.

Comme je l’ai indiqué dans de précédentes chroniques, la spécificité humaine repose sur une certaine capacité de l’individu à agir sur son environnement (les objets ou individus l’entourant, son propre corps…) et repose aussi sur la conscience de cette capacité. J’appellerai ce concept « créativité ». Ce fondement de l’humanité, ce qui donne le caractère proprement humain - sa dignité - à l’Homme, doit être préservé. Aller à l’encontre de cette créativité, ce serait nier l’humain. Tous les mouvements politiques (nazisme, stalinisme, mouvement écologiste radical, extrémisme religieux, mouvements d’extrême droite…) n’ont pas fondé ou ne fondent leurs visions du monde sur ces prémisses.

Je voudrais lever à ce stade une ambiguïté. Il n’est pas question de donner ici une place qualitativement supérieure à l’Homme dans le monde, comme l’a fait l’humanisme de la renaissance. Je traite dans cet article spécifiquement de l’Homme pour ne pas le rendre plus complexe. Je défendrai cependant dans d’autres articles que la biodiversité - comme la diversité culturelle - doit être activement protégée autant dans l’intérêt de l’être humain (au nom de la créativité supplémentaire qu’elle permet en puissance) que pour son intérêt propre.

Ceci posé, il n’existe pas d’autre obligation pour l’Homme que l’obligation de préserver le potentiel créatif de chacun, que cette créativité soit actualisée ou non par les individus. Une telle définition implique la réciprocité de l’obligation. Or, cette réciprocité, dans des sociétés comprenant un grand nombre d’individus, ne peut qu’être organisée. L’institution principale organisant aujourd’hui le respect entre individus de cette obligation réciproque est l’Etat.

Dans cette perspective, le respect n’est dû à l’Etat, ainsi qu’à toute autre institution, que dans la mesure où celui-ci est perçu comme permettant effectivement le respect collectif de la dignité humaine. Dans le cas contraire peut être invoqué ce que John Locke appelait le droit à la résistance. C’est de cette nécessité de la résistance face à l’arbitraire que sont nés les droits de l’Homme. A l’origine, ces derniers sont des obligations opposées aux Etats pour préserver l’intégrité humaine.

Dans le cadre d’un Etat républicain et démocratique comme la France, les droits de l’Homme exigent que l’Etat s’assure du respect de ces droits, y compris entre les citoyens et par la majorité. Le gouvernement d’un Etat, comme un citoyen, même représentant une majorité, ne doit pas empêcher un autre citoyen de s’exprimer tant que cette expression ne porte pas atteinte à la dignité et à la créativité humaines. Il n’y a pas de raison de croire que cette créativité puisse s’épuiser et qu’un criminel ne puisse, une fois sa peine purgée, changer de comportement si la société lui en donne les moyens. L’Etat, c’est aussi un système de justice indépendant qui doit faire respecter les droits fondamentaux et les règles juridiques dérivées de manière impartiale.

Il peut être de l’obligation de l’Etat, comme du citoyen (dans le cas de l’assistance à personne en danger par exemple) de protéger un individu contre lui-même quand sa conscience est considérée comme insuffisante, mais cette situation doit se limiter aux mineurs et aux personnes reconnues, après une procédure comportant des garanties suffisantes, atteint de certaines pathologies mentales. Si l’on excepte la minorité et la pathologie mentale, vouloir libérer un individu contre son gré, c’est, d’une certaine manière, le reconnaître indigne de l’humanité. C’est tout à fait inacceptable, en particulier quand le comportement n’a rien d’irrémédiable, si l’on pense au port de vêtements particuliers tels que la burqa et le niqab.

Le respect des droits de l’Homme, sous le contrôle de l’Etat et/ou des institutions internationales ou locales compétentes, est indispensable au développement de la créativité humaine. On comprend dès lors l’intérêt du respect tant des droits civils et politiques - permettant au citoyen de participer à la définition et à la prise en main de son destin politique - que des droits économiques, sociaux et culturels - permettant sa survie matérielle et sa capacité à puiser dans son environnement culturel les ressources nécessaires à sa créativité. Rappelons que ces droits, par définition, restent facultatifs pour l’individu : la liberté de religion n’implique pas que chacun doive prendre position par rapport aux religions ou à des convictions ; les droits culturels n’exigent pas non plus d’un individu qu’il se définisse par rapport à une culture particulière.

Les droits de l’Homme sont le socle général et fondamental qu’un régime démocratique peut certes modifier à la marge comme il modifie sa Constitution mais dont il doit aussi respecter les grands principes. L’énoncé et la conception que nous avons de ces droits reste imparfaite. Les règles écrites permettant un plus grand respect de la dignité et de la créativité humaines peuvent toujours être améliorées. La réalité sous-jacente demeure cependant, avec toutes les potentialités dont elle est porteuse.

La polémique naissante sur le port de la burqa et du niqab montre à quel point la logique sous-tendant les droits de l’Homme est mal comprise. La suppression du seul portefeuille au gouvernement les mentionnnant explicitement n’est pas un hasard, après la polémique entre Bernard Kouchner et Rama Yade en décembre dernier.

Cette question est pourtant cruciale, y compris pour ceux qui défendent l’interdiction du port de la burqa dans la rue au nom du respect des droits de l’Homme. Si les droits fondamentaux ne sont pas respectés, le risque est grand que se développe la revendication (violente ?) de droits particuliers pour les minorités qui se sentent humiliées. Ces revendications ne sont pourtant que le symptôme d’une insatisfaction par rapport au respect des droits individuels, dont il conviendrait de s’attaquer aux causes profondes.

 
par Eric Kaminski (son site) vendredi 26 juin 2009 - 21 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Walden (xxx.xxx.xxx.111) 26 juin 2009 12:45
    Walden

    Il est curieux de constater comme les défenseurs d’idées liberticides (comme en l’espèce l’interdiction de la burqa, mais plus généralement) sont prêts à recourir à toutes sortes d’arguments spécieux pour étayer leur propos.

    Ainsi cet argument de la sécurité est récurrent - alors que le prétexte théorique de la proposition de loi semble en tenir plutôt à la question de la sujétion supposée des femmes à cette tenue ? Or depuis le temps qu’il existe des tas de motifs d’ordre privé de circuler avec le visage dissimulé (port d’un casque intégral, d’un passe-montagne, d’un masque anti pollution, de bonnet, écharpe et lunettes noires, etc.), c’est bien la première fois que cette question est soulevée (hormis le cas récent des cagoules, mais dans le cadre spécifique des manifestations).

    Or on ne voit pas bien en quoi le port de la burqa diffère, à ce titre, des autres situations par lesquelles le visage peut se trouver dissimulé. Si l’on se préoccupait - au nom de quel principe supérieur ? - que le visage doive nécessairement être apparent sur la voie publique, il faudrait alors qu’il le soit dans tous les cas, sans quoi cet argument n’est même plus recevable au titre du débat.

    Soulignons qu’à l’heure actuelle, nul ne peut légalement se soustraire à un contrôle d’identité. Si les conditions légitimant un tel contrôle sont réunis, les agents de Police peuvent emmener au poste tout quidam pour vérification. Le port de la burqa ne saurait évidemment s’y opposer. Donc, sauf à démontrer qu’il existe un risque particulier lié à cet accoutrement, on ne voit pas bien où est le problème pour la sécurité publique...
    ________________

    Encore un excellent article de l’auteur sur le sujet des droits de l’Homme smiley

  • Par Walden (xxx.xxx.xxx.15) 27 juin 2009 16:33
    Walden

    Comparer le port d’un vêtement (comme la burqa), si contraignant soit-il, à une mutilation grave (l’excision) est absurde. Il est évident que la seconde constitue une atteinte intolérable à l’intégrité de la personne. Pour le premier cas, cela reste à démontrer, et c’est bien pourquoi débat il y a. Car le droit à l’intégrité de la personne semble bien le seul motif qui pourrait primer sur le principe de liberté individuelle.

    Il ne suffit pas que le fait d’apparaître masqué soit ressenti comme suspect pour le proscrire ; il faudrait qu’une loi l’interdise expressément pour le remettre en question. Un projet de loi pénale avait d’ailleurs naguère été élaboré en ce sens (2 mois d’emprisonnement et 15000 euros d’amende, sauf erreur), pour l’instant mis au placard.

    Mais interdire exclusivement la burqa (et le niqab) serait à l’évidence faire acte de discrimination. De plus, le problème qui surgit alors est tout de même que, sous prétexte de soustraire la femme à une soumission vestimentaire apparente, on l’exposerait à une condamnation pénale. Car c’est l’auteur d’une infraction qui est condamnable, pas la personne supposée l’influencer (en l’occurrence le mari, voire l’imam fondamentaliste ?)...

    Sauver les victimes en les envoyant en prison, voilà un drôle de prix à payer pour soulager la bonne conscience des "samaritains" que la vision d’un accoutrement inhabituel indispose. Cruelle ironie en vérité ! 

  • Par Gabriel (xxx.xxx.xxx.49) 26 juin 2009 11:54
    Gabriel

    "Le respect des droits de l’Homme ne risque-t-il pas de conduire à l’anarchie ? Ces questions ne doivent pas être éludées et des tentatives de réponses permettront de mieux faire comprendre ce que sont les droits de l’Homme et leur fondement philosophique."

    Salut Éric .

    Voilà, ce qui me frappe à moi, c’est encore un amalgame .

    A lire ceci →  Le respect des droits de l’Homme ne risque-t-il pas de conduire à l’anarchie ?

    J’ai déjà dit et je le redis, l’anarchie n’est pas le chaos ni le désordre, ceux qui ont autrefois eu comme idée politique l’anarchie, n’ont pas dit qu’ils voulaient un monde de désordre ni un monde de chaos .

    L’anarchie c’est l’ordre sans états, je sais on peut toujours rêver, mais peut importe que cela soit un jour possible ou pas, on doit remettre les vérités dans leurs contextes, dans leurs vrais contextes .

    De dire que l’anarchie c’est le chaos ou le désordre c’est manquer de respect envers ceux qui ont parlé de cette idée, ils n’ont jamais préconisé qu’ils aimeraient que le monde soit désordonné, le désordre c’est le désordre et l’anarchie c’est une idée politique comme une autre, je l’accorde sûrement plus dur à réaliser que d’autres, mais elle reste une idée avant tout .

    L’amalgame sert à rétrograder cette idée, en l’employant comme la plus part du temps certains le font, mal-sainement, assimilé à du mal saint .

    Pour le reste de ton article, j’en reviens à ceci, justement :

    L’homme doit de lui même savoir se tenir, respecter les autres et pour cela il n’a pas besoin de codes ou de lois, juste d’une morale, une morale à la hauteur de l’humanité .

    ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ 

    L’homme n’a jamais été en paix avec lui-même, il a toujours été insatisfait. La preuve en est, il a toujours cherché le progrès pour sa facilité, ne se contentant jamais de ce qu’il a, il cherche toujours à progresser même au détriment de son environnement et de bien d’autres choses, il n’y a que son petit bien être qui l’intéresse.

    Il est obligé d’établir des codes civiques ou autres pour essayer de vivre en paix, on juge, on condamne par rapport à un code, « des lois », des codes qui ne sont nullement universels, et s’ils l’ont été, on a pu constaté qu’ils n’étaient pas respectés.

    Alors à quoi cela rime d’établir des codes quand on ne puni pas ceux qui ne les respectent pas, mais surtout que l’on ne punisse pas le faible et le puissant de la même façon, où est la crédibilité dans tout cela.

    On pourrait penser qu’ils ne servent à rien, mais en fait on peut s’apercevoir qu’ils servent vraiment, ils servent à faire perdre du temps à ceux qui les établissent, ils servent à montrer que d’autres sont en dessus d’eux « en dessus des lois », ils servent à montrer aussi que ceux qui les ont établi ne les respectent pas eux mêmes, car ils ne prennent pas la défense du faible opprimé « on nomme ça la lâcheté, du fait qu’on lâche ceux que l’on était supposé défendre ». Ils servent à divisé les peuples plutôt que de les rassembler.

    A quoi bon une Organisation des Nations Unis, si ce n’est que pour diviser et être impartial, à quoi bon une Organisation des Nations Unis si là où il faudrait qu’elle agisse rapidement, attende que le mal soit fait pour remettre ce que l’on nomme par ordre « remettre de l’ordre ».

    Certains pays depuis peu ont démontré qu’ils étaient en dessus de l’ONU. Si l’ONU n’avait alors pas pris les bonnes décisions, des décisions pacifistes, des voies diplomatiques, cela pourrait se comprendre, alors que l’ONU essaie de ramener la paix d’autres veulent absolument la guerre. Face à certaines puissances ou face à l’histoire de certains peuples « pays » l’ONU ne peut rien, elle abdique et laisse des états devenir voyous, ceux qui deviennent des voyous le deviennent par leurs puissances et non pas par leurs faiblesses, car le faible de demain qui bafouerait les règles pour se défendre sans l’accord de l’ONU serait vite écrasé, tandis que le puissant lui pourra continuer face au reste du monde !

    Mais le pire dans tout ça, c’est que ces états voyous continuent à faire partie de l’ONU et que personne n’ose les en exclure, celui qui vole pour ce nourrir est exclu du système, il finit ou échoue en prison, celui qui détourne des milliards reste libre de vous croiser demain dans une rue.

    Que ce soit à petit échelle ou à grande échelle, que se soit dans un état « un pays » ou bien une organisation international comme l’ONU, le puissant reste toujours, alors que le faible, à sa moindre faute ou dérapage, peut être exclu.

    Quand des milliers, des millions de personnes manifestent à travers les rues de plein de villes et pays différents parce qu’ils s’indignent de ce qui leur est rapporté par les médias, l’ONU ne bouge pas. Lorsque des millions de personnes crie haut et fort « cela suffit » ils ne pèsent pas plus qu’un seul représentant de l’ONU qui lui ne crie rien et n’ose pas intervenir, ou plutôt refuse d’intervenir, alors que celui-ci est du même avis que les manifestants.

    La parole des peuples n’a aucun audimat, n’a aucun poids face à un seul de ces puissants.

    Si demain la planète entière manifestait, et que l’ONU soit du même avis, il suffirait qu’un seul de ces puissants soit contre pour que rien ne soit fait !

    Quand on nous parle de démocratie, où est-elle à l’état planétaire ?

    Alors tu vois Éric, code ou pas, lois ou pas cela ne change rien pour certains, car ils sont en dessus de tout cela, étant donné qu’ils sont en dessus de tout ça, cela ne te sert donc pas non plus, car demain le faible qui aurait raison, le faible qui respecterait tout cela, n’aurait pas gain de cause face à un puisant sans morale qui serait contre lui .

    Lois, codes ou pas, tant que les hommes n’auront pas de morale humaine, ils ne servent à rien, et si un jour l’humanité retrouvait une morale, on en aurait plus besoin, en résumé ils ne serviront jamais à rien, juste du blabla pour faire croire au faible qu’il est protégé face au puissant, alors que ce n’est pas le cas .

    Liberté, fraternité, égalité, ne sont pour l’instant que des mots et non pas des actes adoptés par et dans la république qui les crie haut et fort .

  • Par Daniel R (xxx.xxx.xxx.94) 26 juin 2009 19:34
    Daniel Roux

    "vouloir libérer un individu contre son gré, c’est, d’une certaine manière, le reconnaître indigne de l’humanité"

    Votre affirmation est trop générale pour être juste. Les exemples de contraintes positives ne manquent pas. Je n’en prendrai qu’un pour illustrer mon propos.

    L’école a été rendue, gratuite, laïque et obligatoire contre l’avis d’une population majoritairement paysanne (fin du 19ème siècle). Il serait absurde de prétendre que le législateur reconnaissait cette population de réfractaires comme indigne de l’humanité, bien au contraire. Il s’agissait bien en l’occurrence d’une obligation de s’éduquer. L’éducation du citoyen est l’un des pré-requis de la démocratisation d’une société.

    Puis, vous glissez sur le sujet polémique actuel (un habile paratonnerre social à mon avis).

    "C’est tout à fait inacceptable, en particulier quand le comportement n’a rien d’irrémédiable, si l’on pense au port de vêtements particuliers tels que la burqa et le niqab."

    Il est inutile de se cacher derrière son petit doigt en faisant semblant d’ignorer les us et coutumes de notre pays. En France, le fait de porter un masque vous rend immédiatement suspect. Dans notre imaginaire, seuls ceux qui préparent un mauvais coup en portent. Les gens sont mal à l’aise, en présence d’une personne masquée, tout simplement.

    J’ajouterais qu’il est inacceptable que des pratiques privées, religieuses ou culturelles, débordent sur le domaine publique lorsqu’elles sont en contradiction flagrante avec les valeurs égalitaire de notre société.

    Allez vous permettre l’excision sous prétexte qu’elle est pratiquée ailleurs, qu’elle fait partie des coutumes, que c’est la liberté créative, que ce serait reconnaitre l’indignité de ceux qui la subissent ou que c’est mieux pour la femme ?

    Bien sur que non, parce que vous savez qu’il s’agit d’une pratique cruelle et une dégradante marque de soumission de la femme à l’homme.

    Le premier devoir de l’homme est de ne pas nuire.

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