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L’Europe, terre du tourisme sexuel…

Si on parle de tourisme sexuel, on pense aussitôt à des pays lointains. Pourtant le phénomène se développe aussi en Europe et la Jonquera, Riga ou Prague sont en passe de détrôner Bangkok ou Marrakech en ce domaine.

Sur les 842 millions de touristes qui, chaque année sortent de leur pays, on estime que près de 10% choisissent leur destination en fonction de son offre de tourisme sexuel. L'Asie du Sud-Est, la République Dominicaine, par exemple, sont bien connues pour être des zones privilégiées du tourisme sexuel. Mais avec l'essor du tourisme, les destinations se sont diversifiées et le phénomène se développe désormais dans nos pays industrialisés, en Europe, à quelques pas de nous.

 

Tourisme de prostitution versus tourisme sexuel

Du fait de la diversité des régimes régissant la prostitution au sein de l'Europe, les touristes du sexe n'hésitent pas à se déplacer vers des pays où la prostitution est considérée comme une activité économique. Certaines villes ou zones frontalières sont ainsi devenues de véritables supermarchés du sexe.

La Jonquera, en Catalogne, tout près de la frontière avec la France, compterait au moins une quinzaine de maisons closes dont le Paradise, le plus « grand bordel d'Europe » (80 chambres, 170 prostituées, jacuzzis, salle de sport...), inauguré en 2010 à grand renfort de publicité. En Belgique, la zone allant de Dunkerque au Luxembourg enregistrerait près d'un millier d'établissements de prostitution. 80% des clients des bordels espagnols ou belges sont Français, certains parcourant jusqu'à 500 km pour profiter de ces établissements.

Mais le facteur des législations nationales ne suffit pas à expliquer le développement du tourisme sexuel en Europe. Depuis les années 90, le phénomène frappe les pays de l'ancien bloc communiste : la Pologne, la République tchèque, les Pays baltes, la Bulgarie..., et plus encore l'Ukraine sont devenus des destinations renommées de tourisme sexuel. Or, la plupart de ces pays interdisent la prostitution.

Le phénomène est lié en premier lieu au fossé économique qui séparait alors (et sépare encore) ces pays des pays occidentaux. La liberté de circulation vers ces pays (du fait de l'entrée dans l'Union européenne ou de la suppression des visas) a facilité les déplacements. Et le développement des vols low cost fait que pour moins d'une centaine d'euros on peut désormais s'offrir un week end à Riga, Prague ou Kiev, seul ou en bande.

Pour le touriste, il est devenu plus simple et moins cher de se rendre en Ukraine qu'en Thaïlande. Et cela nourrit tout autant son goût de l'exotisme et sa quête fantasmatique. Car, comme la femme asiatique, l'image de la femme slave est chargée de clichés attractifs : les femmes dites « est européennes  » sont considérées comme plus belles (grande et blonde), plus « fraiches » plus portées sur le sexe que les femmes d'Europe de l'Ouest, et, pour reprendre les propos d'un client, « pas encore atteintes par les valeurs d'émancipation féminine occidentale ».

 

Derrière la frontière : un espace sans limites et sans règles.

Le touriste sexuel se rend à La Jonquera ou à Kiev avec la ferme l'intention de «  s'éclater » (sic). Comme l'explique le gérant d'un hôtel de Riga, les hommes sont là « pour profiter des femmes, sans craindre le qu'en dira-t-on, sans avoir peur de croiser quelqu'un ; plus ils sont loin de chez eux, plus ils peuvent se lâcher ».Et, de fait, ils se lâchent ! C'est ce que constate Emilie Haquin, chargée de mission auprès de la ville de Bruxelles : « Je ne sais pas si c'est un effet de l'anonymat qu'ils trouvent ici, mais les Français ne se comportent pas toujours bien ». A Prague, selon la police, 20% des délits du week-end sont causés par des touristes sexuels, en l'occurrence des Britanniques. Ceux-ci ont acquis une solide réputation en ce domaine : « Ils sont particulièrement agressifs lorsqu'ils sont en groupe ; souvent ils refusent de payer leur addition et n'hésitent pas à attaquer un gardien de la paix  », déclare un policier tchèque.

Protégé par un anonymat qui libère toutes ses pulsions, le touriste sexuel joue du pouvoir que lui donne l'argent face à des populations dans le dénuement et s'autorise tout. A ses yeux, la femme est une marchandise et chaque femme une prostituée potentielle : selon une étude, 70% des étudiantes du campus de Kiev ont au moins une fois été abordées par un étranger qui leur proposait une relation tarifée.

L'enfant, aussi, est une marchandise. Même si les gouvernements refusent souvent de l'admettre, on sait que des mineurs sont la proie de touristes sexuels en Russie, en Ukraine, en République tchèque... A Kiev, selon l'ONG School of Equal Opportunities, 11% des personnes prostituées auraient entre 11 et 15 ans / et 19% entre 16 et 17 ans. Et en 2005, l'Unicef estimait que 50 000 touristes allemands traversent chaque année la frontière germano-tchèque pour abuser d'enfants.

 

Le tourisme du sexe : un marché florissant

Le tourisme du sexe en Europe est ainsi devenu un véritable marché qui fait vivre toute une frange du pays : bars, cabarets, taxis, industrie hôtelière... Dans certains pays, cette « industrie » a même pignon sur rue : les agences publient ouvertement des annonces dans la presse ou sur internet, proposent des circuits organisés, lancent des promotions...

Le tourisme sexuel en Europe (comme les pays d'Asie du Sud-Est) prend ainsi sa place dans l'économie d'un pays. En République tchèque, en 2007, le revenu mensuel de « l'industrie du sexe » sur la place Wenceslas de Prague se serait élevé à 0.5 billions CZK, 10 billions pour l'ensemble du pays (400 millions d'euros environ), dont 7 dépensés par des étrangers (estimations du CSU Bureau des statistiques tchèques).

Comment lutter contre un phénomène qui constitue une telle manne financière ‘ ? Le maire de La Jonquera, Jordi Cabezas, s'y est essayé par des actions en justice ou par un système d'amendes visant prostituées et clients dans les zones sensibles (écoles en particulier). Mais en vain : « Il est impossible d'éradiquer la prostitution au niveau local », déclarait-il à la presse en octobre 2010. Quant au président de Catalogne nouvellement élu, après avoir appelé à l'abolition de la prostitution, il semble finalement se replier sur l'option d'un meilleur encadrement.

Devant l'afflux touristique lié au sexe, les États ou les municipalités ont en effet la tentation de faire évoluer leurs politiques publiques. Officiellement, c'est pour contrôler ce commerce et protéger les personnes prostituées ; officieusement, c'est pour essayer de mieux répondre à la demande et d'en tirer profit. A plusieurs reprises, la République tchèque a ainsi tenté de légaliser la prostitution. La ville de Prague avait même le projet de définir un quartier dévolu à la prostitution, sur le modèle d'Amsterdam, pour « mieux surveiller l'ensemble de toutes les activités  », avec l'espoir d'en faire un argument touristique. Mais ces mesures n'ont, à ce jour, pas abouti.

Selon certains, la crise économique de ces derniers mois aurait fait reculer le nombre de touristes en quête de sexe en Europe. En réalité, le phénomène est loin d'être endigué et la crise a même eu pour effet principal d'accentuer le problème. Plus que jamais, les industries du tourisme multiplient les pressions sur les gouvernements pour obtenir la légalisation de la prostitution dans l'espoir de faire repartir le commerce sexuel et de faire revenir les touristes. Plus grave encore, les jeunes femmes prostituées sont aujourd'hui prêtes à prendre davantage de risques pour accrocher les clients touristes : refus du port du préservatif, en particulier (malgré la menace du VIH, déjà très présente). Il est urgent d'agir..


Fondation Scelles

infos.fondationscelles.org




par fondationscelles (son site) mardi 22 novembre 2011 - 19 réactions
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  • Par Laurent_K (---.---.---.148) 22 novembre 2011 13:04

    Je comprends la thèse que vous développez mais il faut étayer un peu :

    • « Sur les 842 millions de touristes qui, chaque année sortent de leur pays on estime que près de 10% choisissent leur destination en fonction de son offre de tourisme sexuel ». C’est qui « on » ?
    • « selon une étude, 70% des étudiantes du campus de Kiev ont au moins une fois été abordées par un étranger qui leur proposait une relation tarifée. » Quelle étude ? Réalisée par qui ?
    • « A Kiev, selon l’ONG School of Equal Opportunities, 11% des personnes prostituées auraient entre 11 et 15 ans / et 19% entre 16 et 17 ans. » Un lien ne serait pas mal (j’ai trouvé http://equalopportunityschools.org/ mais ne suis pas sûr que ce soit la bonne source).
    Aidez vos lecteurs, cela renforcera votre propos smiley
  • Par Mor Aucon (---.---.---.2) 22 novembre 2011 15:40
    Mor Aucon

    En fait, si j’en ai bien compris le but, l’article propose la prohibition de la prostitution. Je me demande vraiment sur quelle légitimité démocratique peut-on appuyer une telle revendication. Cet article entretient la confusion entre la protection des droits des personnes, en particulier les femmes et les mineurs, et la prohibition de la prostitution en général. Or, de la même manière que la prohibition de certaines drogues n’a fait que renforcer la nocivité des usages qui en sont faits et impulser le pouvoir économique des trafiquants, la prohibition de la prostitution renforce l’opacité et la puissance des réseaux clandestins dédiés à l’exploitation et marchandisation d’êtres humains. Il est, je pense, évident que prétendre à l’éradication de la prostitution est l’aspiration d’une certaine morale qui n’a pas grand chose à voir avec un cadre juridique démocratique. La loi ne peut empêcher personne de disposer de son propre corps comme il l’entend, par contre, elle se doit de protéger cette liberté. Voilà pourquoi une société démocratique ne peut interdire la prostitution mais au contraire faire en sorte que toute personne désirant se prostituer, puisse le faire sans contraintes, dans l’exercice de sa liberté. Les menaces qui pèsent sur cette liberté sont facilement identifiables. Ce sont le proxénétisme et les conditions économiques dégradantes dans lesquelles sont plongées un nombre incalculable de personnes, facteurs qui poussent un grand nombre de personnes à se prostituer contre leur gré.

  • Par Marc Blanchard (---.---.---.103) 23 novembre 2011 04:28
    Marc Blanchard

    Etant un peu dans le circuit, je me permet de réagir.

    Je travaille pour une ONG au Vietnam http://www.allianceantitrafic.org/ Nous sommes également présents au Laos, Thaïlande et Cambodge.
    Le trafic des êtres humains pour le sexe est estimé à 2.4 millions de femmes et enfants de plus chaque année. Le trafic des êtres humains génère plus de rentabilité que celui de la drogue.
    De nombreuses personnalités sont impliquées car quand on sait les contrôles appliqués à l’embarquement d’un avion et qu’on retrouve des vietnamiennes un peu partout dans le monde (20 en Grande Bretagne il n’y a pas si longtemps). C’est qu’elles ont des papiers et des visas (Qu’on leur pique à peine entré dans le bordel).
    Les 3 cas principaux de trafic.
    1) Le leurre. On leur promet un travail bien payé à l’étranger et badaboum !
    2) Forcé par la famille pour raison financière.
    3) Mariage avec un étranger riche, mais ça fini au bordel et pas de mariage.
    Au delà de cela il faut reconnaître que communiquant beaucoup avec ces filles pour leur proposer des alternatives, bon nombre me répondent « Non je m’ammuse ici et je gagne bien ma vie ». C’est en principe celles qui sont libres.
    Où l’on intervient beaucoup c’est surtout pour celles qui font cela contre leur gré. Prés de 10 000 à ce jour (on a libéré 67 filles Birmanes par la force qui étaient séquestrée la semaine dernière en Thaïlande pour exemple). http://allianceantitrafic.org/bank/...
    Pour lutter contre cela les autorités vietnamiennes et Thai sont largement au dessus de l’Europe.
    Ils ont mis en place des unités de police qui collaborent avec nous. Au Vietnam le gouvernement est en train de mettre en place des centres dans toutes les provinces du pays basés sur notre modèle avec des travailleurs sociaux formés par nous.
    On ne peut calculer exactement combien de personnes ont été sauvées par la prévention. Nous passons à la TV et sur la presse au moins 2 fois par mois (à chaque fois qu’on sauve plusieurs filles en même temps) Pour prévenir les familles contre le leurre et qu’en cas de problème financier il existe d’autres solutions. C’est à dire une formation et un travail (on propose 200 métiers).
    Pour exemple nos avons accueilli 2 soeurs il y a peu. Leur père est alcoolique et joueur. N’ayant plus le sous a voulu vendre la virginité de ses 2 filles et plus après, mais la virginité rapporte plus.
    C’est la mère qui nous a appelé car elle nous avait vu dans les médias. Les 2 sœurs sont à l’abri chez nous maintenant. C’est un exemple parmi tant d’autres mais c’est pour étayer la portée de la prévention par les médias et l’appui d’un gouvernement.
    En France ne vous inquiétez pas vous aurez du DSK. Pas plus.
    Marc Blanchard http://www.fairfashionvn.org/fairfa...

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