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L’Evalution sert-elle le progressisme ou conduit-elle à une sorte de tyrannie ?

Partout en Europe, l’évaluation est servie comme remède et outil de progrès social et économique. Ce billet se propose de réfléchir à cette question de l’évaluation en poussant la spéculation jusqu’à son terme, autrement dit en imaginant l’évaluation au cœur d’un dispositif coercitif dont le sens devrait apparaître avec une mise en miroir ou en abîme...

Première partie, quelques réflexions générales et de bon sens

Dans un précédent billet, j’ai évoqué quelques tenants et aboutissants liés à la mise en place de la culture de l’évaluation. Il serait bon d’aller un peu plus loin dans l’analyse des conséquences, notamment sur le travail effectué par l’agent évalué. Rappel : l’opérateur de service public doit en permanence réajuster son action en fonction des informations reçues sur l’évaluation de ses opérations. C’est ce qu’on appelle de la rétroaction performative. L’agent dispose d’un « contremaître » intégré. En caricaturant, chaque acteur du service public aura son propre GPS, miroir flattant son « narcissisme de perfectionniste », ou bien lui renvoyant l’inquiétude du résultat trop faible. Tout dépend en fait du dispositif, qui peut mettre avec des degrés variables la pression sur les employés.

Nul besoin d’être sorti de polytechnique pour déceler ce qui pourrait poser problème dans cette généralisation de l’évaluation. En premier lieu, le spectre d’un objectif rationnel à réaliser risque d’influer sur la manière de travailler. L’employé agira en ayant en ligne de mire des objectifs rationnels définis de manière claire et c’est ce qu’il aura en tête, étant concentré sur une cible, maniant son mode opératoire tel un archer qui visualise où il doit mettre sa flèche. Des évaluateurs, formés à la science du management, ont fixé les cibles à viser par les employés. Non sans ajuster ces cibles à un double objectif, comptable mais aussi social, répondant à des exigences standardisées formulées par les usagers des services publics. Sur le principe, on peut être d’accord en supposant une rationalisation légitime des moyens et des tâches effectuées dans le public, calquée le privé, ce qui suppose de considérer un service public comme une entreprise ordinaire, avec des clients, mais non soumise à la loi du marché. Sur l’esprit, c’est différent. Le sens de l’action publique est déplacé par rapport à l’ancienne « philosophie » où l’Etat et ses actions répondaient, par-delà l’exercice de tâches utiles, à la cristallisation d’un univers de sens commun et partagé par les citoyens de la nation. Souvenons-nous du gendarme, du médecin ou de l’instituteur. Ils avaient il y a cinquante ans une aura républicaine rayonnant par-delà le rôle exercé. Plus maintenant. C’est un des effets de la modernisation. Après on s’étonne que Sarkozy aille chercher les curés pour enseigner des valeurs qui ne sont plus incarnées par l’instit, bientôt comptable devant des objectifs éducationnels ciblés sur des jeunes apprenants !

La question de la généralisation de l’évaluation, entre autres proposée par le rapport Attali, suppose que l’on pèse le pour et le contre. La seule certitude, c’est que par ce biais il devrait être possible de baisser les coûts de fonctionnement d’un service mais est-ce un objectif prioritaire si on inclut les conséquences en termes de relations humaines et de qualité de travail, de succès éthique. L’un des risques étant que la fonction publique et territoriale devienne de plus en plus bureaucratisée et technicisée. Un agent n’ayant d’autres comptes à rendre qu’à un référentiel externe, ce qui ne lui laisse pas une conscience libre pour innover, voire rendre un service qui n’est pas codifié dans l’instance évaluatrice. L’opérateur aura le nez sur le guidon comme le dit si bien la formule.

Le nez sur le guidon et la course à l’évaluation, c’est ce qui est en place depuis longtemps pour gérer les affaires de la recherche scientifique. Certes, on n’a pas le choix diront les intéressés, le chercheur (au CNRS ou à l’université) est un travailleur comme un autre, il faut bien le recruter, promouvoir son avancement, gérer sa carrière. Mais comme le système d’évaluation ne tient compte que des publications, accessoirement des participations aux congrès, alors le chercheur oriente son activité de manière à optimiser son nombre de publications, quitte à s’associer avec des équipes ayant pignon sur Nature, Science ou PNAS, ou alors prêt à refaire les mêmes expériences avec quelques détails modifiés pour publier deux ou trois fois des résultats similaires. Voilà du temps gaspillé pour produire de la redondance au détriment d’une recherche plus innovante supposant qu’on laisse le guidon et qu’on explore lentement des théories et des données, qu’on médite, qu’on réfléchisse. Les chercheurs confirmeront comment l’évaluation peut être un frein. Un exemple édifiant. La mise en place des sciences cognitives il y a vingt ans. Les évaluateurs se demandaient où et comment des chercheurs à l’interface pourraient publier et se faire reconnaître. L’évaluateur dispose d’un cerveau très efficace dans un espace limité, mais inopérant dans des champs dépassant ses compétences. L’évaluateur n’utilise que 10 % de son cerveau, contrairement à un individu moyen qui en a l’usage complet et, de ce fait, l’évaluateur ne peut pas concevoir que des revues de science cognitives ou d’autres disciplines transversales puissent être créées et servir de lieu de publications de résultats transversaux ! L’évaluateur ignore le sens du mot créer, mais connaît parfaitement celui du mot calculer !

Autre cas de figure, l’évaluation du ministère de la Culture. Cette fois, c’est un service à l’échelle nationale qu’on jauge. Un point d’évaluation (comme il existe des points de contrôle technique), le nombre d’entrées dans les musées. Est-ce un indice pertinent ? Les gens peuvent très bien entrer voir une collection pour passer le temps, parce que c’est gratuit et que, ce jour-là, il pleut. Paiera-t-on des enquêteurs pour faire dire aux visiteurs s’ils sont bien entrés dans le musée parce qu’ils s’intéressent à l’art et veulent se cultiver ? Financera-t-on des campagnes de promotion pour visiter les musées ? Et, au bout du compte, ne risque-t-on pas de voir le ministère de la Culture délaisser quelques soutiens ponctuels, à des projets originaux, tout simplement parce que les budgets sont déjà pris pour renforcer les opérations faisant l’objet de point de contrôle et que, par ailleurs, soutenir des opérations non évaluées ne donne aucun bonus au service du ministère ? L’évaluation, si elle permet de rationaliser les moyens, risque de stériliser l’invention, le sens des relations humaines, l’esprit d’un service, sa déontologie subordonnée à la conscience professionnelle et la conscience tout court. Et faire d’un service public une morne activité routinière aux tâches mécaniquement encadrées et jaugées au final sur des résultats, comme dans une entreprise. L’œil du comptable qui ne voit que les chiffres et pas les hommes.

----------------------

Seconde partie. Totalitarismes, demandez le programme !

Par-delà ces considérations propédeutiques et pédagogiques sur les travers de l’évaluation, ne voit-on pas se dessiner quelques dérives d’un système et pour le dire franchement, le signe d’une transformation de la société dans une direction évoquant les totalitarismes que connut l’Europe au XXe siècle, mais sous une forme plus douce, moins contraignante, compatible avec l’Etat de droit. Essayons d’examiner cette affaire, en accentuant quelques traits, au risque de choquer l’opinion pour qui l’évaluation semble naturelle. Mais cette évaluation, ce besoin de réforme, n’est-il pas accepté par une majorité de Français, promue par des intellectuels reconnus ? Bien souvent, les abus de pouvoir et d’autorités sont installés par la peur. Actuellement, les peurs du déclin, de la mondialisation, de la perte de croissance économique, pourraient conduire bon nombre à accepter la « pression de l’évalumètre ».

Voici un petit jeu intellectuel. Le totalitarisme désigne un système englobant où la société et l’Etat sont confondus. Actuellement, nous sommes dans un Etat de droit et démocratique, bien que l’Etat ait parfois tendance à prendre des parts de contrôle dans les existences. Alors que l’évaluation risque d’être érigée en modèle subordonné à un réformisme dans le mode opératoire de l’Etat, un réformisme qui du reste envahit également l’entreprise, mettant tous les employés sous la coupe du « contremaître », alors qu’auparavant seuls les commerciaux étaient concernés. Essayons d’imaginer ce que pourrait être un despotisme de l’évaluation, désigné comme évalutionnisme, en le comparant sur des traits essentiels à deux totalitarismes connus de l’Histoire.

Nazisme. (a) une substance, la race aryenne et sa puissance, sa force (b) une science, la biologie raciale, para-rationnelle, émanée de la science moderne du vivant (c) une idéologie, un but, la domination planétaire de la race aryenne (d) les bénéficiaires les mieux placés, dignitaires du régime, hauts-cadres de l’Etat nazi, financiers et dirigeants des grands groupes (e) le sort des individus hors système, la déportation, la stérilisation, le génocide.

Soviétisme. (a) une substance, le collectif des travailleurs et son organisation (b) une science émanée de l’économie marxienne, le matérialisme historique, la transformation humaine coordonnée sous l’égide des règles universelles du progrès dialectique et matériel, la performation de la substance humaine collectivisée (c) une idéologie, le communisme universel (d) les bénéficiaires les plus favorisés, cadres du parti, apparatchiks, mais aucun acteur privé (e) le sort des réfractaires, l’hôpital psychiatrique, le camp de rééducation.

Evalutionnisme. (a) une substance, l’individu plastique, adaptable, formable, formatable, employable, évaluable (b) une science, celle du management, de l’utilisation la plus performante des capacités plastiques, opérationnelles et cognitives de l’humain en situation professionnelle individuelle ou en synergie avec le groupe (c) une idéologie, la croissance économique et la compétition nationale dans la mondialisation avec la participation des entreprises (d) les bénéficiaires les mieux placés, ceux qui héritent, ont quelques dons pour se placer au centre des réseaux, les notables libéraux, les stars, les hauts fonctionnaires, les politiciens, les financiers, les propriétaires (e) le sort des non-adaptés, l’Agence pour l’emploi, la surveillance des formateurs, les stages de recyclage, le contrôle des bonnes dispositions à l’employabilité.

A chacun de tirer ses propres conclusions


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22 réactions à cet article    


  • tvargentine.com lerma 22 février 2008 11:35

    Franchement avant d’écrire votre 2eme article (vous allez avoir des RTT !!!) sur l’évaluation se pose la question de savoir qui vote pour la diffusion des articles

    JE PROPOSE DONC, que pour chaque édition du jour,la liste des votants et des inscris figurent afin de constater aucunes manipulations

    Je crois que les "défenseurs" de la "liberté" qui sont en "résistance" se doivent de soutenir cette démarche citoyenne de transparence

     


    • JL JL 22 février 2008 12:00

      Bonne première partie d’article. L’on comprendrait que l’on mette la pression sur les salariés de la fonction publique, si le secteur privé avait besoin de main d’oeuvre. Mais avec un taux de chômage tel que celui que nous connaissons, on ne voit pas, sinon la volonté de faire augmenter le taux de chômage, et par là même, de faire baisser les salaires.

       


      • Bernard Dugué Bernard Dugué 22 février 2008 12:14

        A noter le nouveau parti de Besson qui se veut progressiste, et qui lorgne vers Blair, faudra que je fasse un billet la dessus un de ces jours, avec les obsédés de l’évaluation en ligne de mire

        Augmenter le taux de chômage n’est pas l’objectif. C’est plutôt augmenter le profit, la profitabilité


      • JL JL 22 février 2008 13:21

        Benard Dugué, en suivant votre lien, je lis : "Cette relation paternaliste entre l’individu et l’Etat doit changer… ".

        Comme le dit si mal Raffarin, "parler est un métier" (traduction : la Com est un métier), d’une telle déclaration peut sortir le pire comme le meilleur. Il est en effet insupportable d’entendre les responsables politiques fustiger ceux qui ne se lèvent pas assez tôt. C’est une métaphore peut-être, mais assurément un mélange des genres. Si la morale doit intervenir en politique, commençons par fustiger les mauvais exemples qui viennent d’en haut.

        S’il s’agit de mettre définitivement en pièce la protection sociale, j’en appelle au devoirs de mémoire. La protection sociale est le meilleur système pour assurer la paix sociale, et du même coup, la reproduction du Capital. Si elle n’existait pas, les capitalistes l’inventeraient. Que dis-je, il n’y aurait pas de capitalistes. Sans protection sociale, point de paix sociale. Sans paix sociale, point de profits. La cupidité, en cette période d’abondance, rend aveugles tous les prédateurs de la planète.


      • Black Ader 22 février 2008 12:56

        Comprend rien à ce débalage. si vous êtes contre l’évaluation, suprimez les notes à l’école et les diplomes !

         

        Ces parasites de fonctionnaires doivent être évaluer, et licencier, car le résultat de celle ci ne laisse aucun doute : un fonctionnaire est 10 fois moins productif qu’un salarié du privé.

         

        "Mais avec un taux de chômage tel que celui que nous connaissons, on ne voit pas, sinon la volonté de faire augmenter le taux de chômage, et par là même, de faire baisser les salaires."

        =>Ce sont donc les fonctionnaires qui sont responsable du chomage. Suprimer des emplois de fonctionnaire, c’est donc faire baisser le chomage. CQFD.


        • JL JL 22 février 2008 13:02

          Black Ader, vous êtes encore plus bête que lerma, c’est dire ...


        • Black Ader 22 février 2008 13:09

          "Black Ader, vous êtes encore plus bête que lerma, c’est dire ..."

           

          Même les socialistes le savent, et d’ailleur, c’est même eux qui l’affirme !

          Alors, ta gueule.


        • Redj Redj 22 février 2008 13:50


        • Vincent Frédéric Stéphane 22 février 2008 14:14

          Rappelle nous ta formation Black Ader, qu’on se marre un peu.


        • ZEN ZEN 22 février 2008 13:07

          La manie de l’évaluation dans tous les secteurs a connu son apogée sous le blairisme , mais avec les effets pervers que l’on sait..

          Quant à l’initiative de l’évaluation sauvage des profs, il y de quoi s’interroger quand on sait qui en est la source et qui l’encourage...

          http://www.soseducation.com/rw_chronique_43_les-bons-professeurs-n-ont-rien-a-craindre-du-site-www-note2be-com.php


          • ZEN ZEN 22 février 2008 13:09

            Voilà ce qui nous attend demain :

            http://www.ratemyteachers.com/


          • Céphale Céphale 22 février 2008 14:11

            @Bernard Dugué

             

            Très déçu par cet article.

             

            Le sujet à controverse, ce n’est pas l’évaluation, mais le principe d’évaluer une personne ou une équipe au moyen d’indicateurs chiffrés. Un manager évalue ses subordonnés parce qu’il les connaît personnellement, il n’a pas besoin de chiffres pour cela. Mais un technocrate n’est pas fondé à évaluer des personnes qu’il ne connaît pas à travers des tableaux de chiffres.

             

            C’est toute la problématique de la culture du résultat qu’on voudrait nous imposer.

             

            L’évaluation relève de la connaissance, et la connaissance ne peut pas se résumer à des chiffres.


            • Bernard Dugué Bernard Dugué 22 février 2008 18:51

              Céphale, c’est le pv du titre de ce billet, que j’ai du revoir parce que j’avais tapé fort, trop sans doute, sur quelques personnalité, alors j’ai revu l’ensemble mais si tu lis le billet, tu verras qu’il est question de l’évalutionnisme comme idéologie presque totalitaire, englobante, avec quelques politiciens en fers de lance de cette mouvance. Relis le billet et tu ne sera pas déçu !


            • jesuisunhommelibre jesuisunhommelibre 22 février 2008 19:03

              La seule façon de s’améliorer, c’est de se corriger, et donc de comparer l’objectif avec le résultat. C’est ce qu’on appelle l’évaluation.

              Donc être contre l’évaluation, c’est être contre le progrès : le sien, celui des autres, de la société.

              Parler de la tyrannie de l’évaluation, c’est aussi bête que de parler de la tyrannie du temps qui passe, sauf si vous êtes dans une démarche poëtique. Mais je n’ai pas très bien perçu la poésie dans cette discussion.


            • tvargentine.com lerma 22 février 2008 14:19

              OUI,j’ai demandé en tant que REDACTEUR que chaque jour ,la listes des votants soit affiché avec le nombre de voix par articles proposé

               

              J’invite donc les commentateurs ici présent à exiger cette mesure de transparence ceci afin d’en finir avec la diffusion des articles des DUGUE,LA TAVERNE,MORICE,qui ecrivent tout et n’importent quoi sans rendre de compte et qui curieusement se retrouvent avec encore comme aujourd’hui plusieurs articles

               

              En tant que rédacteurs et lecteurs,nous devons exiger cette mesure de transparence


              • Méric de Saint-Cyr Méric de Saint-Cyr 22 février 2008 16:56

                Je suis assez d’accord, mais pas fanatique. Disons que je pense qu’il faut respecter un principe d’égalité et que, vu qu’il y a de toute manière toujours des rédacteurs dont les articles sont refusés, je pense que plus d’égalitarisme est nécessaire. Un rédacteur ne devrait pas avoir plus d’un article publié simultanément par jour.

                Quant aux articles refusés, pourquoi ne seraient-ils pas publiés automatiquement ailleurs, dans un site qui s’appellerait "les rebuts d’Agoravox" par exemple, afin de laisser au lecteur la possibilité de lire et donc de se faire une opinion, sans subir le couperet de la censure.

                Après tout, l’histoire démontre assez souvent qu’un seul peut avoir raison et tous les autres tort…

                Ouvrez donc une pétition.


              • Jason Jason 22 février 2008 18:12

                 

                 L’évaluation fait appel à des normes, ou "standards" (en anglais, il y a aussi le "benchmarking), ou encore des critères bien définis. Mais cela a été fait dans les usines au début du XXème à l’époque du "Scientific management of labor" cher à Taylor. Or, quand il y a des normes strictes, il y a une tendance générale, de la part des salariés, à n’accomplir que ce que demande la norme ("to meet the standards"). Que va-t-on faire dans le cas présent ?

                Notons que ces techniques ont été abandonnées dans bien des entreprises/organiations.

                Cette histoire, de vouloir mettre des normes partout est absurde et... très rétrograde. Il va y avoir le "noteur" et le "noté", dans une sorte de système aveugle et bureaucratisé à outrance. Tout cela est absolument insensé et donnera lieu à des systèmes auto-réglés qui tourneront en rond tout en évacuant l’idée de responsabilité systémique. Encore, qui avaluera l’évaluateur ?

                Sommes-nous là en face d’une des dernières trouvailles de l’équipe démente des gestionnaires en chambre de l’Elysée ? Certains voient dans l’économie une science, l’enseignement croule sous les techniques et les recettes, les savoir-faire dûment répertoriés sont pléthores, on formera des générations d’évaluateurs, et tout ira comme devant. Ce sera rationnel, technique, rigoureux et imparable : quelle joie pour les nouveaux Diafoirus !

                En France, nous n’avons pas de pétrole, nous avons des usines à gaz ; et le pays, tel le malheureux patient de Molière, mourra avec l’approbation de la faculté. Mais il aura été dûment évalué.


                • Céphale Céphale 22 février 2008 19:26

                  @Jason

                   

                  Entièrement d’accord avec ton commentaire, sauf qu’il donne au mot "évaluation" un sens restrictif. C’est souvent à cause de telles imprécisions de langage qu’un débat d’idées part en vrille. J’ai fait plus haut la même critique à Bernard Dugué.

                   

                  La définition, tu la donnes toi-même : « l’évaluation fait appel à des normes  ». Il faudrait donc utiliser ici le terme plus précis d’ "évaluation normative". Oui, c’est une idéologie stupide. Elle vient des Etats-Unis, comme le salaire au mérite.

                   

                  En Grande-Bretagne, l’évaluation normative, avec des notes et des classements à outrance, a démoli l’école publique. Je conseille à tous de lire "Le royaume enchanté de Tony Blair" par Philippe Auclair, paru chez Fayard en 2006. Edifiant.


                  • ZEN ZEN 22 février 2008 19:37

                    Dans le cadre d’une étude sur le blairisme , j’écrivais ceci :

                    ....Au cœur du fonctionnement de cette machine apparemment bien huilée que fut le blairisme, quelques outils conceptuels ont émergé, indicateurs d’une nouvelle manière d’envisager l’action politique, ou plutôt de prétendre s’en abstraire, au profit de la seule gestion des affaires. La notion de « pragmatisme » s’impose avec force : ce qui importe, c’est l’utilitaire et le fonctionnel, ce qui « marche ». La politique se trouve reléguée dans le domaine des notions dépassées ou se trouve rabattue sur l’économique. Les contradictions sociales sont niées, minimisées ou envisagées comme de simples problèmes techniques à résoudre, le débat d’idées sur les projets de société est considéré comme dépassé, comme une vielle lune ou un objets idéologique dépassé.Tout cela au nom d’un « modernisme », servi comme un leitmotiv.

                    La rationalité est élevée au rang des plus hautes vertus politiques. La mesure, les statistiques investissent tous les domaines : c’est le règne des audits redondants, des rapports d’activité sans fin, l’obsession des « objectifs » (les fameux « targets ») à atteindre, même en matière de santé, quitte à engendrer une nouvelle bureaucratie d’ « experts » et une plus grande lourdeur administrative. Bref, c’est le domaine de la « gouvernance » (notion d’ailleurs empruntée à la gestion économique), les mots ne sont pas neutres. Les décisions sont de plus en plus le privilège d’un petit groupe de spécialistes (spin doctors) censés avoir des lumières sur tout, avec comme conséquence un effacement du rôle du Parlement et une abstention de plus en plus grande aux élections. L’accent est mis sur les moyens, très peu sur les fins et sur le long terme. C’est le règne du New Public Mangement, qui s’est déjà imposé dans nos écoles d’administration... ..


                    • Céline Ertalif Céline Ertalif 22 février 2008 23:36

                      Cet article pédale à côté du vélo.

                      Ce n’est pas la peine de parler d’évaluation si c’est pour la réduire à la caporalisation. Le dévoiement de l’évaluation est bien l’un des sujets actuels importants, mais ce n’est pas le seul. Loin de là. Le mérite et l’indivualisation ne sont pas au centre de l’évaluation. Il n’y a pas d’évaluation sans discussion collective et participation. Visiblement, cela paraît un mystère total pour B Dugué et pour un grand nombre de ceux qui viennent en parler ici.


                      • Céphale Céphale 23 février 2008 09:32

                        @Céline

                         

                        Depuis le début, cette discussion est faussée par un malentendu sur le mot "évaluation". Dans certains cas, comme vous l’écrivez, l’évaluation d’une performance implique la concertation de plusieurs acteurs et observateurs, mais bien souvent l’évaluation est un acte individuel. Tout dépend de ce qu’on évalue.

                         

                        Une évaluation est l’aboutissement d’un processus, individuel ou collectif. Une question essentielle est le lien de causalité entre, d’une part, la performance traduite par un indicateur et, d’autre part, l’action accomplie par la personne qui est évaluée. Dans le système d’évaluation style Attali que l’auteur dénonce à juste titre, cette question est escamotée. Un effet, une cause. C’est une erreur dramatique.


                        • vincent p 23 février 2008 12:15

                           

                          Il y a tellement d’approches différentes pour dire qu’un chat et un chat,

                          Je suis relativement d’accord avec votre article, les termes que vous avez choisis pour essayer tant bien que mal de décrire cela, représentent l’ensemble du conditionnement marchand dans lequel l’homme actuel n’a plus sa place et se tend de plus en plus vers son seuil critique.

                          Une grille d’évaluation commune ne correspond aucunement à ce que l’homme aura pensé, vécu ou médité lui-même dans sa vie, je prends pour exemple, l’individu autre, la pensée ou le propos différent, 
                          un propre vécu. De plus, ce genre de norme aliénante mise en place par les "Grands Dévoyés" de ce monde, rabaisse non seulement la dignité et l’intégrité de l’homme mais ne le libère vraiment pas.

                          Piètres Marchands de Liberté et d’Illusions !

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