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Accueil du site > Actualités > Société > L’hippopotame modèle 1929

L’hippopotame modèle 1929

L’État est le plus froid des monstres froids. Il ment froidement ; et voici le mensonge qui s’échappe de sa bouche : « Moi, l’État, je suis le peuple ». Friedrich Nietzsche

Constat

Avant - c’était il y a quelques décennies - c’était L’État qui faisait progresser les sociétés. On avait des projets, des rêves, des visions et des réalisations. Pour l’heure, il n’émerge des dirigeants qu’un filet de discours insipides, un inside patois et, surtout, une addiction au pouvoir à l’odeur d’une morue qui ne sait pas nager.
 
Les grands changements se faisaient, il y un demi-siècle, aux décennies, voire aux vingt ans. Le monde a changé : les changements sont rapides. Tout au plus cinq ans.
 
La structure actuelle de l’État n’a plus sa fluidité : elle patauge dans la mélasse. La beurrée est lourde et on l’on tente, sans trop de succès, d’y coller la mouche qu’est le citoyen.
 
L’État blâme le citoyen.
Le citoyen blâme l’État.
 
Les États modernes

Les États modernes ont bâti leur cible sur la pauvreté et la misère qui a régné avant les années cinquante. Mes parents qui sont passés à travers la crise de 1929, dans une société où le savoir était l’apanage d’un groupe de dirigeant liés au grand pouvoir de l’Église catholique, ont souffert de la faim…Ou des menus pauvres en diversité. Les valeurs véhiculées étaient, elles aussi, tout aussi pauvres : souffrir, mourir, pour aller au ciel. La souffrance était un moyen pour atteindre le Nirvana. Mais plus tard, dans une autre vie…
 
Vive les usines à fabriquer des âmes !
 
Et pour ce qui est de l’ouverture d’esprit et de l’amnésie, le présent pape condamne l’homosexualité, la contraception, l’avortement. La liste est longue.
 
Je reviens à mes parents.
 
Ces gens-là se sont nourris de légumes-racine, de jarrets de porc, de quelques œufs et de fèves au lard. Quand ils en avaient…
 
Issu d’un milieu pauvre, j’y ai goûté.
 
Le menu m’a rempli le ventre. Le vomi qui m’en est resté est celui du bourgeois bien-pensant dont l’œil crachait un regard fielleux sur la pauvreté. La pauvreté n’étant qu’une impuissance, un manque de volonté, dans un monde au nez collé au front.
Le bourgeois-pape a ses valeurs dans une boîte scellée.
 
C’est pour ça qu’au boxing-day, il se débarrasse de son trop avoir pour chariter les pauvres.
 
Il vide sa maison.
 
Finalement, le pauvre est la poubelle de ce gentils bourgeois. Sauf qu’il ne passait qu’une fois par année.
 
Le stress et la pharmacologie

La génération qui a suivie est devenue de par les richesses acquises, le savoir-margarine, une classe de petits bourgeois se nourrissant d’une cuisine fine, grasse, et pensée… Il est devenu cérémonieux et d’apparat. La valeur se mesurait à ses avoirs, tant culturels que matérialistes.
 
Le ridicule ne les a pas tués, mais il en a fait mourir plusieurs de crises cardiaques, les artères plus bouchées qu’un discours papal.
 
Ils ont élevé leur progéniture à la manière de leur façon d’être, sûrs qu’il n’y aurait plus jamais de misère. Dans une vie sans histoire…
 
Une vie sans Histoire

Vint une nouvelle maladie : le stress. Mais la société découvrit une belle usine : les pharmacies. La pollution, le rythme de vie, les grandes ambitions, firent en sorte que notre humain se rendit compte qu’il travaillait sous pression… Mais… On pouvait le décompresser. Comme un fichier RAR. En capsules, en poisons de tout acabit et de couleurs composites.
 
Quand on vit vite, on se guérit vite…
 
Beau crédo !
 
Une vie sans histoire, ça n’existe pas. Du Houdini chimique. Comme les pubs à la télé : le type avale une pilule et en quelques secondes il s’en va en patins à roulettes poursuivre un bus.
 
Non, ça n’existe pas.
 
On a cru aux menteurs. Et encore on y croit.
 
Et le mensonge est tellement beau que tous les pays de ce « monde » qui ont tous pour nom 1929, voudraient vivre notre rêve.
 
De la voiture à l’âme

Après avoir eu le ventre plein, au point de gonfler - toujours comme la morue - notre Homme, une fois débarrassé de la fausse religion, fut convaincu qu’il était à la mesure de son sac de vidanges : une denrée périssable, un montage de chair, une caverne à émotions.
 
L’état et la science (sic) l’y encourageait. Une fois parti, et sous terre de six pieds, que reste-t-il de nos amours ? La science travaille sur ce qu’elle voit et sur une dose contrôlée d’imagination. De peur de sombrer …dans le doute. La certitude étant le nouveau crédo. Une pomme + une orange = 2.
 
L’intelligence ne veut pas s’aventurer plus loin que ses yeux à travers un prisme cartésien.
 
Hubert Reeves doute…
 
Et il est si savant qu’il nous fait douter.
 
Pourquoi ne pas douter de lui ?
 
Comment tuer le matérialisme

Platon n’a jamais pensé que l’Homme irait un jour sur la lune. Et au coût de près de 300$ milliards USD.
 
Non.
 
Il rêvait :
La recherche de la meilleure constitution est le principal souci de Platon, car le but d’une cité bien constituée est de faire mener à ses citoyens une vie heureuse, vie heureuse qui ne se peut réaliser qu’en fonction de l’état de l’âme. L’âme est ainsi toujours la finalité des spéculations, tant politiques que métaphysiques, de Platon.

L’état de l’âme… Dans un monde matérialiste, consumériste - ce bouche-trou qui camoufle les nids de poules de nos cervelles de poulet à la Kentucky, on a l’impression que nos États nous ont créé un Auswitch tellement discret, que même un Hubert Reeves ne pourrait pas le voir.
 
Les brûlures sont intérieures.
 
La pharmacie un glaçon.
 
Il rêvait ce à quoi nous rêvons…
 
Un monde où le véhicule utilitaire ne mène nulle part, sauf ce long chemin qui va du cerveau au nombril.
 
Les États incompétents

L’État est aux prises avec le plus de la même chose, l’argent. N’étant plus compétent dans la manière de gérer les vies des citoyens, c’est le citoyen qui devra tuer l’État pour accéder à une certaine forme de bonheur.
 
L’État est un hippopotame dans la mélasse.
 
Et on attend de lui qu’il nous apprenne à bouger.
 
Il n’y a plus rien à attendre. Tant qu’il aura des gaz et que les masques à gaz seront disponibles, nous serons dans un coma.
 
En fait, nous le sommes déjà : on est branchés à des appareils qui nous nourrissent d’un liquide encore plus épais que la mélasse.
 
C’est sucré.
 
Mais ça nourrit quoi ?
 
Un corps de 1929 ?
 
Mais nous ne sommes plus en 1929.
 
Sauf dans ces pays de la Terre où on a gardé des humains sur leur faim. La raison est simple : nous, les riches, nous mangeons des humains. Et des enfants, en plus… Et quand on ne les mange pas, on en tue dans les guerres.
 
On vit encore dans une monarchie : celles des idées.
 
Oups ! Celle de l’idée…


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12 réactions à cet article    


  • patroc 25 février 2009 17:28

     Etrange article où on se laisse bercer par le ton poétique et les idées noires d’une société prête à son dernier râle... De l’optimisme derrière tout çà ?... Nous sommes tous et toutes dans le même bordel (certains appellent çà l’univers !), qui n’est jamais séparé de nous (moi, je, dira Sarko0 !) même en rêve. Cette perspective du fonctionnement du bordel dans lequel je me trouve via ce corps ne dure que le temps du corps. Avant, après, cela ne me concerne plus et pendant, je fonctionne sans savoir même combien de temps çà peut durer mais au pire (ou au mieux c’est selon !), allez 100 ans qui, dans l’instant, ne veulent absolument rien dire puisque le temps est une idée humaine (le futur est l’imagination du présent qui s’écoule déjà dans le souvenir du passé !) et que l’humain que je suis peut dans l’instant ne plus l’être (çà s’appelle la mort !) dans quel cas cela ne me concerne plus !... Comme je dis, c’est le bordel et c’est la faute au bordel d’être là à penser pour un temps sans que çà ait aucuns sens sinon que le bordel aime se regarder de partout (je suis pas tout seul !), mais pas trop quand même car des fois, il s’oublie et je dors en paix !... La paix, c’est le sommeil, mais c’est le bordel qui décide !...


    • Gaëtan Pelletier Gaëtan Pelletier 25 février 2009 17:44

      Patroc,
      Je ne sais pas trop ce que j’y ai laissé comme « impression ».
      On dirait un dernier râle, comme vous dites. Cependant, comme plusieurs, je crains que le passage soit obligatoire à une société plus humaine.
      Le « bordel » est inquiétant. Certes. On peut toujours dire« Après moi le déluge ». J’ai deux enfants dans la vingtaine. Je me demande quel monde nous allons leur « livrer ».
      J’ai d’autres activités que celles d’écrire. Et je me demande parfois à quoi ça sert.
      Et je ne crois pas avoir à dire plus sinon qu’à le dire de façon un peu plus « différente ».
      Sauf, que dans ma vie quotidienne, je vois des gens affolés, se tuer au travail... Comme on dit en anglais : « For What ? ». Si nous n’améliorons pas nos vies, à quoi sert tout cet arsenal de gadgets, de financiers, de compagnies ?
      À nous tuer un peu plus chaque jour ?

      Bonne journée !



      • John Lloyds John Lloyds 25 février 2009 18:18

        Comment l’humanité dépendante et agonisantse ? Merci de nous rappeler que nous sommes tous anesthésiés, et en sursis dans la file d’attente. Superbe article.


        • Alain-Goethe 25 février 2009 19:13

          Bon article !
          Vous écrivez notamment :
          " Vint une nouvelle maladie : le stress. Mais la société découvrit une belle usine : les pharmacies. La pollution, le rythme de vie, les grandes ambitions, firent en sorte que notre humain se rendit compte qu’il travaillait sous pression… Mais… On pouvait le décompresser "

          C’est assez vrai .. Quand j’étais technico-commercial itinérant, je me souviens de cette "course contre la montre" . Etre efficace, performant, "tirer sur la machine" qu’est le corps ..
          Maintenant que je suis "en retrait " (et à la campagne), je me dis : j’étais courageux, mais aussi plutôt conditionné ..
          Bon courage aux + jeunes.. car il va leur en falloir.. et de + en +


          • Gaëtan Pelletier Gaëtan Pelletier 25 février 2009 19:33

            Bonjour Alain,
            J’ai été pendant une certaine période enseignant itinérant. Trois écoles dans la même journée. De huit heures du matin jusqu’à oonze heures le soir. Et le Québec, c’est grand smiley
            Je n’ai pas pris conscience du rythme de vie que je vivais... Sauf le jour où j’ai craqué. Burn-out !
            Je suis maintenant en « retrait », comme vous dites, et à la campagne.
            Mais je me questionnne, quand je regarde les jeunes sur le monde qu’ils devront maintenant « façonner ». Espérons qu’ils ne seront pas trop « acheteurs » de certaines valeurs plus ou moins durables.
            Bonne journée ! Et bon retrait !...
            P.S. : Je vous envoie une des pages de mon blog. Une balade en skis... C’est peut-être ce que je devrais faire au lieu d’écrire sur Agora.
            Quelques photos sont en direct sur le Fleuve Saint-Laurent par où sont entré les français qui ont colonisé le pays... Un français dont je suis de par descendance.
            http://gaetanpelletier.wordpress.com/2009/02/10/balades-en-skis-de-fond-au-kamouraska/



          • Gaëtan Pelletier Gaëtan Pelletier 25 février 2009 19:19

            Bonjour John,
            Je ne sais trop que dire... J’ai des amis, parents, cousins, cousines, proches, etc. Ils veulent simplement vivre une vie paisible, travailler.
            La « machine » à rendre esclave ces travailleurs est devenue trop énorme. Elle s’est « mondialisée », sauf que dans cette « mondialisation » il y a des écharpes de compagnies, de l’argent simulé, et pour tout dire, des gens de mauvaise foi ou totalement incapable de « gérer » un capital humain.
            Le tissus social est en train de se faire charcuter par les « requins » de la finance...
            Les financiers se soucient-ils du quotidien du travailleur simple et honnête ?
            L’État est-il devenu trop « accroc » à ces cartels qui ont maintenant tout le loisir de ...n’avoir aucun pays ?
            Sauf, cette nouvelle église dans laquelle ils vont déposer leur avoir : la banque.
            On ne sait plus trop où elle est cette banque... smiley


            • Christoff_M Christoff_M 26 février 2009 05:52

               le mirage du progrès les grands termes progrès techniques qui servent à dissimuler une mascarade commerciale qui ne produit plus que des gadgets à l’image du nombre d’airbags ou de haut parleurs sue les voitures au lieu de changer le système de propulsion....

              comment croire aux sornettes de l’Europe des financiers qui ouvre ses portes à des pays qui ne respectent rien et qui payent leurs ouvriers 300euros par mois, comment peut on imaginer le progrès à moins d’etre totalement abruti par les discours de propagande serinés par les mentors de ce système à générer des pauvres d’un coté et des fortunes accumulées sur de la main d’oeuvre à bas prix...

              sans compter tous les traffics et les planques à argent sale que représentent ces pays bizarrement subventionnés par les grands de l’ouest ; trouvant sans doute de nouveaux établissements pour absorber leurs profits et contourner les lois et les taxes...


              • Gaëtan Pelletier Gaëtan Pelletier 26 février 2009 06:32

                Christoff,
                Merci d’avoir résumé tout un monde en trois paragraphes.
                Je ne sais pas ce que tu connais en Économie, mais tu es lucide.
                Et cette « infâmie » de ne changer que les apparences pour mieux rendre esclave notre consommateur vient du concept d’un certain Joseph Schumpeter : http://fr.wikipedia.org/wiki/Destruction_cr%C3%A9atrice,
                La destruction créatrice.
                Elle était « naturelle » avant. Mais il y a des gens qui ont abusé du concept et l’ont perpétué dans une série de gadgets et « faux changements ».
                Mieux. Je te suggère un texte de Pierre JC Allard, Doctorat en Économie, Paris, qui lui est moins poétique que moi et mieux articulé. Un must. Un grand humaniste.
                La société obèse.

                http://nouvellesociete.wordpress.com/2009/02/15/1691/

                Merci de ton passage et de ton commentaire.
                Bonne journée !



                • JL JL 26 février 2009 10:34

                  Etrange et intéressante réflexion. Je ne saurais que dire, sinon citer cette phrase qui me paraît y répondre en écho, et que j’ai lu dans le  Manifeste pour les produits de haute nécessité : " En valeur poétique, le PIB des sociétés économiques révèle sa brutalité."


                  • Philou017 Philou017 26 février 2009 12:09

                    "Le vomi qui m’en est resté est celui du bourgeois bien-pensant dont l’œil crachait un regard fielleux sur la pauvreté"
                    Pourquoi se gênerait-il ? Le pauvre en redemande à chaque fois. C’est ainsi qu’on voit sur Agoravox des gens défendre becs et ongles le capitalisme. Il n’y a pas mieux, assurent-ils.

                    Des esclaves qui vantent la solidité de leurs chaines. Alors, évidemment, les maitres portent un regard moqueur sur leurs esclaves. Quels imbéciles, se disent-ils !
                    De ce point de vue, je ne les blame pas.


                    • Gaëtan Pelletier Gaëtan Pelletier 26 février 2009 16:25

                      JL,
                      Merci pour le lien. J’ai jeté un oeil sur le document. Je suis au travail. Je le lirai plus tard.
                      Très intéressant.
                      Bonnne journée !


                      • Gaëtan Pelletier Gaëtan Pelletier 26 février 2009 21:40

                        @Philou017,
                        Je me rends compte que parmi ceux qui font des commentaires, plusieurs ont écrit des articles.
                        Je vais donc aller lire un peu...
                        Pour ce qui est du capitalisme, il est en train de « consommer » des travailleurs...pour le capital.
                        Bonne journée !

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