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L’homme entre folie et vérité. L’interprétation sera la question philosophique centrale au 21ème siècle

Dans une émission de France Culture fut évoquée une distorsion entre la réalité et la représentation. Ce constat n’est pas banal, bien qu’il puisse être banalisé car noyé dans le tsunami des bavardages médiatiques et autres flux informatifs. D’ailleurs, ce sont peut-être ces bavardages qui façonnent cette distorsion ou du moins y contribuent. Néanmoins, je vois un problème philosophique de taille. Qu’est-ce la réalité au juste ? Un penseur comme Berkeley nous dirait que nous d’accédons à la réalité qu’à travers la perception que nous en avons. Et donc, parler de représentation n’ajoute rien et trahit le propos que voulais signifier cet interlocuteur à la radio. Le monde est avant toute chose perception puis à cette perception s’ajoute autre chose, chez l’homme. Cette autre chose, c’est la pensée. Laquelle produit des concepts, des intuitions et surtout des interprétations.
 
Cette dualité perception (mentale) et représentation pourra être associée à deux troubles psychiatriques lourds, la paranoïa et la psychose hallucinatoire. Dans le premier cas, la perception de la réalité est parfaite mais c’est l’interprétation qui prend un tour délirant. Le jaloux maladif perçoit correctement les différents indices, un cheveu, un retard, un numéro de téléphone griffonné sur un carton. C’est ensuite que son interprétation est délirante, car il est persuadé que sa femme le trompe ; pareil pour celui qui plaint d’être espionné par ses voisins dès lors qu’il perçoit une tête passer devant la fenêtre de l’immeuble en face. Dans le second cas, ce n’est pas le dispositif interprétatif mais la perception qui défaille. Une hallucination consiste à voir quelque chose qui n’existe pas dans le « réel » et qui est le pur produit de la faculté perceptive en état de dysfonctionnement. Oui mais comment statuer sur un phénomène hallucinatoire. Tout le monde peut très bien halluciner. Sauf qu’en règle générale, le système perceptif n’est pas défaillant, pas plus chez l’homme que chez l’animal. Les gens perçoivent les mêmes choses et peuvent partager cette perception si bien que l’halluciné est assez vite détecté par son attitude décalée. Les troubles hallucinatoires ne sont pas fréquents et même plutôt rares. Par contre, les délires interprétatifs constituent un syndrome spécifique de l’essence humaine. Le délire paranoïaque en dit long sur la nature du psychisme. Peut-être que, et je pèse mes pensées, le délire paranoïaque constitue la matière pour une nouvelle science du psychisme, à l’instar de l’hystérie qui servit de guide épistémique, empirique et heuristique pour Freud.
 
Il se peut alors que le ressort du délire interprétatif relève d’une aspiration contrariée pour le pouvoir, alors qu’un psychisme raisonnable exige simplement la reconnaissance et s’en contente. Les travers, perversions et autres excès du désir de dominer sont alors les pendants du désir sexuel décelé par Freud. Aux contrariétés sexuelles et du désir de faire de la chose sa possession font place les contrariétés de la domination et la volonté de faire des choses des sortes d’automates qu’on commande et dont on se réjouit dès lors que la personne s’exécute car elle entre dans le schéma idéologique souhaité. Les racines du pouvoir et de la domination prennent des chemins souterrains inédits. La question de l’interprétation du monde devrait être centrale en ce 21ème siècle où justement, les signaux d’interprétations fallacieuses, erronées ou abusives se propagent dans les sphères médiatiques. Sans être explicite ni exhaustif, on reconnaîtra dans les peurs récentes, grippe, climat, cendres volcaniques, des interprétations fausses ou du moins, exagérées, découplées des réelles menaces. Dans les analyses politiques, là aussi on remarque des distorsions et d’ailleurs, le domaine politicien est par excellence celui où fausser l’interprétation est devenu un outil, un instrument pour influencer le citoyen qui est aussi un électeur. Comme par hasard, le politique est un champ où les luttes pour le pouvoir sont les plus intenses pour ne pas dire féroce, or, n’est-ce pas dans les manœuvres de domination qu’on trouve les distorsions d’interprétation. Dans la sphère publique, dans les coulisses du pouvoir mais aussi dans le couple, lorsqu’un des conjoints tente d’avoir l’emprise sur son partenaire et use pour cela de propos visant à déstabiliser en manipulant le réel grâce à des tactiques sémantiques assez élaborées pour détruire psychiquement l’autre. 
 
L’interprétation du réel est indispensable pour celui qui veut comprendre l’ordre des choses, leur signification, leurs ressorts. Interpréter c’est accéder à un certain sens, à une orientation, à une capacité de décision sociale ou politique. On comprend que l’interprétation orientée, certain la nomment idéologie, sert à diriger les populations dans une direction, à les faire accepter des décisions ou les inciter à voter. Le processus interprétatif se prête à toutes les dérives dès lors que des désirs exacerbés hantent des dirigeants, des réseaux ou même un simple quidam face à son conjoint, voire son enfant, cas des mères abusives. Aux extrêmes se situe d’un côté l’interprétation délirante, complètement déconnectée des réalités perçues qui prennent alors un sens autre que ce que le consensus intersubjectif convient ; et de l’autre côté l’interprétation philosophique, celle qui, accordée au réel, sonne le plus juste possible, livrant les ressorts de tout ce qui se produit, dévoilant les intentions cachées, les significations échappant à une vision prosaïque, les enjeux et les voies prises par une société ou un individu. Interpréter, c’est ajouter à la perception une manière de voir synthétique, produite par l’esprit humain. Entre l’interprétation délirante et l’autre, philosophique, se situent l’entre-deux des manipulations politiques devenues habituelles et sans doute préjudiciables au bon fonctionnement d’une démocratie éclairée.
 
L’on comprend pourquoi cette question de l’interprétation sera centrale au 21ème siècle. Car elle éclaire sur les rapports de pouvoir mais il se peut bien que des portes ouvertes soient enfoncées car Foucault avait bien cerné le rôle du savoir dans la genèse des pouvoirs. Tout en ouvrant une porte de Pandore avec ses études sur la folie. Le bon sens philosophique suppose qu’on soumette la décision à l’interprétation mais dans le monde social, les décisions sont parfois orientées en fonction d’intérêts sectoriels. Alors, l’interprétation devient une manipulation d’opinion pour justifier les opérations menées au profit de quelques-uns ou alors pour confirmer un délire idéologique ayant investi le psychisme de dirigeants. Il y pire, c’est quand l’interprétation se fait presque délirante, justifiant alors des actions débridées, contre une grippe, contre le dérèglement climatique ou les cendres volcaniques. La question freudienne concernait le désir, la question du 21ème siècle porte sur la distorsion entre l’interprétation et le réel et bien évidemment, le désir est aussi de la partie car rien de tel qu’une illusion pour motiver la passion et faire avancer, même que chez quelques cas pathologiques, la parano devient un moteur pour s’investir dans des aventures personnelles qu’un individu rationnel comprendra comme vaines pour ne pas dire stupides et vouées à l’échec. 
 
Les faux maîtres de l’interprétation sont de vrais maîtres du profit éditorial et de la gloire intellectuelle. Une dose de délire intégrée à un discours scientifiquement architecturé donne accès aux chaires, aux médias et aux ventes de livres. Entre Monsieur X et son catastrophisme éclairé aux teintes de la grisaille scientifique, Monsieur Y et ses délires spatiotemporels et autres folies sur la vitesse de la lumière, les distorsions de l’interprétation on un bel avenir et les profits aussi. Ce qui se comprend, la France s’ennuie, alors comme il n’y a plus d’espace pour les mouvements sociaux, les intellectuels délirants se chargent de donner quelque piment et autre frisson à l’existence. Vous aurez remarqué que j’ai sacrifié moi-même à cette distorsion en aggravant le cas des « distorsionnés de l’interprétation » mais pour ne pas aggraver mon cas, j’ai masqué les noms ; il eut été inélégant et injuste de citer deux noms parmi tant d’autres, connus ou moins, qui se livrent à des manipulations du réel, souvent à leur corps défendant.

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11 réactions à cet article    


  • Kalki Kalki 14 décembre 2010 11:11

    Le but des dirigeants en théorie et de diriger, de naviguer, de guider, le systeme cybernétique

    enfin : cela veut dire « prévoir, imaginer, le futur » et c’est a la fois le créer, mais aussi prendre le risque de se tromper

    ET en fait : il faut bien que des gens décident car si on laisse tout au « débat » même les scientifiques ne sont pas capable de se mettre d’accord ...


    • Kalki Kalki 14 décembre 2010 11:15

      Tout le monde a le droit de parier , et de faire valoir son droit a « jouer dans le jeu »

      Et tout le monde le devrait : car en ne jouant pas, on ne fait pas partie « du jeu »

      C’est un drôle de jeu : quand on parle de conquete interplanétaire, d’intelligence artificielle, de nanotechnologie, de bio informatique, de création de corps et de pouvoir ce que l’on veut, de controle cybernétique sur du biologique, de ressusciter les morts, en téléchargeant n’importe qui du passé dans un nouveau corps.

      Ca semble fous...

      En fait : « tout est possible »

      Mais : « TOUT N’EST PAS SOUHAITABLE » ( écrit en lettre minuscule ) ( surtout dans les transitions sociétales )


    • Kalki Kalki 14 décembre 2010 11:20

      Le fous , c’est celui qui prend des risques qui amène de grand périls.

      Qu’il soit un joyeux obnubilés au pays des bisournours, des drogués ( des drogués de la technologie ici ), ou des FACHOS du capitalisme, qui veulent une société de absolut du totalitarisme ( est ce que j’ai besoin de citer des exemples ? )


    • Kalki Kalki 14 décembre 2010 11:26

      Alors quelque exemples : la droites, le capitalisme, les patrons actuels« , tout l’ancien systeme centralisé
      et cela pour la gauche, l’extreme gauche, le ps, les marxistes, marx

      Tout ce qui veut la centralisation agit aujourd’hui contre l’humanité, car la centralisation, la grosse machine dans laquel nous humain / machine nous »évoluons" ou plutot nous obéissons : si elle devient de plus en plus forte : nous pauvres machines pouvons dire bye bye la liberté, et au final la vie

      Mais je crois pas que beaucoup de nos chères intellectuel l’ont compris : donc jouez tous, jouez, agissez  : faites quelque chose, faites ce que vous pouvez ( et meme plus si jamais vous un instint de survie )


    • clostra 14 décembre 2010 11:58

      Le sujet est magistral et cette fois, vraiment Bernard, vous exagérez !

      Qu’est-ce que c’est que ce magma primitif que vous nous soumettez sous couvert de la montre molle de DALI ?

      On reprend :

      Non tout le monde ne perçoit pas la même chose. Non non non La perception est déjà un niveau d’intégration sensorielle qui passe par le cortex, ce qui est différent de la sensation.
      Là non plus, tout le monde ne « sent » pas de la même façon. Des variations génétiques et plastiques donnent une répartition un peu différente des récepteurs sensoriels d’une personne à l’autre.

      Pour ce qui est de la distorsion je vous propose une représentation de différentes parties du corps à travers leurs projections sur le cortex somesthésique (BOUCHE,GROS POUCE, petits mollets etc). NB DALI et les surréalistes ont fait un vrai travail de psychophysiologie. Je vous conseille la visite du Musée DALI de Figuéras.

      Conclusion : sur ces points-là : nous sommes tous différents et quelque peu « difformes » en comparaison avec notre « aspect extérieur ».

      C’est pourquoi - je fais un raccourci - les artistes tentent de communiquer avec nous par leur « représentation du monde », sans cela, incommunicable.

      Je ne reprendrai pas tout parce que vous êtes un infâme manipulateur dénonçant d’autres manipulateurs et quelque part, de ce fait, vous pouvez avoir raison sans pour autant raison nous faire entendre !


        • ddacoudre ddacoudre 14 décembre 2010 12:15

          bonjour dugué

          un fou monte au mur d’enceinte, il voit un passant et l’interroge, vous êtes nombreux de ce côté.

          nous ne pouvons d’écrire notre monde que par la sémantique que nous appliquons et qui n’évolue que très lentement, elle concourt donc à la construction de l’image de notre réel seulement de celui-ci. et il n’est en rien celui du monde objectif que nous ressentons dans la limite de nos perceptions sensorielles. les maladie psychiatrique ne sont problématiques que dans nos sociétés qui ne permet pas à ceux qui en sont trop gravement atteint de circuler librement compte tenu des technologies invasives et dangereuses dont ils pourraient faire usage.
          dans certaine tribu ils vivaient librement quand ils n’étaient pas perçu comme disposant d’un énième sens.
          par ailleurs s’il y a distorsion du réel, sans retenir les pathologies récessives, celui ci se construit sur la base de recueil d’informations qu’assemble notre cerveau pour répondre a nos désirs,
          sauf que le processus d’enregistrement d’informations est organisé par une molécule dont nous ne connaissons pas grand chose qui sélectionne celles qu’elle retiendra en souvenir qui construirons l’image de notre réel.
          et là se construise toutes les interrogations que tu soulèves, et toutes tes remarques s’y trouvent, et même leurs effacements concourt à les construire.

          l’accès à infiniment petit ne bénéficie pas d’un langage approprié, nous utilisons toujours celui qui c’est élaboré par ceux qui en avaient l’intuition (l’atome pour ne citer que lui), il nous appartiendra peut-être de construire les mots qui lui siéront.

          C’est nous qui devons continuer à penser, à analyser et synthétiser, car il ne s’agit pas non plus de demander à la machine de remplacer notre activité cérébrale, nous voyons ce que cela produit, tant avec « le plan comptable », qu’avec les Livres fermés. Cette relation vous paraîtra incongrue, sauf si nous considérons l’Écriture, expression graphique de notre pensée, compilée dans des livres comme une base de données à consulter. Nous avons là l’ancêtre de nos appareils à « intelligence artificielle », et ce n’est pas parce que nous avons remplacé des lettres par des bits, et demain par le code ADN (A, T, G, C) et autres particules du monde quantique, que nos appareils seront plus dangereux que nos écrits.

          Nos appareils à « intelligence artificielle » ne deviennent dangereux que lorsque nous voulons trouver une Vérité en eux, comme nous le faisons dans certains de nos écrits, ou en définissant un réel. Ce qui justifie pleinement la position de Socrate  « ce n’est pas en lisant nos souvenirs que l’on deviendra savant, car l’on se croira savant sans l’être ».

          Je crois qu’à l’instar de l’imprimerie qui a marqué une étape importante dans la diffusion du savoir et de l’information, la connaissance des sciences de la physique, par la mécanique quantique, va marquer une autre étape dans le développement sociétal de notre civilisation. Il nous faudra regarder beaucoup de nos relations, ou « requalifier » beaucoup de nos relations sous son auspice, inventer d’autres mots, alors que d’autres rejoindrons les dictionnaires des mots rares et précieux, en mémoire du passé. Un autre réel se profile.


          cordialement.


          • clostra 14 décembre 2010 12:45

            Vous parlez de sémantique.

            Là aussi se trouvent des différences d’une personne à l’autre, fonction de son vécu.

            Ces différences - prometteuses pour des connaissances fondamentales à appliquer avec précaution car elles sont de vrais témoins du passé du sujet, à interpréter avec recul - peuvent être mises en évidence par des tests psychophysiologiques (par exemple l’Activité Electro Dermale, vous savez : ce « détecteur de mensonges ») qui détectent les associations - ou non - de différents mots (concepts) et surtout leur « importance » relative pour une même personne.

            Car les variations sont énormes d’une personne à l’autre, ici également et sont en lien avec le plaisir et la douleur (ou la répulsion).

            Contrairement à l’auteur, c’est cette voie que j’aurais mise en premier pour « faire évoluer » la société.

            Un exemple - qui me tient à coeur - le déplaisir (la douleur) empêche de mémoriser. Ainsi, lorsqu’on utilise la force, l’expérience va être inaccessible - ou très difficilement accessible - à la mémoire et tout ce qui l’entoure. D’où le travail énorme à faire pour faire resurgir des événements traumatisants lors d’une psychanalyse par exemple, et les rendre à la conscience pour les retraiter. La trace mnésique est là, oeuvre de désordre d’apprentissage parfois oblitérant la personnalité, parfois de façon quasi définitive. Or la personne n’est réellement pas responsable de cet événement.

            Ceci pour ouvrir sur le champ des « punitions », sortes d’anti apprentissage. Du même coup, l’exigence pour une société de progrès de revoir ses comportements dictés par ces mêmes « expéditions punitives » souvent dans l’enfance, l’adolescence, reprises par une certaine conception de l’ordre public et même de la justice. Tout est à inventer si nous voulons - enfin - être civilisés.


          • clostra 14 décembre 2010 13:02

            Une petite mention, pour devancer la critique du système punitif. Ce dont, je parle est très différent de la frustration qui, elle débouche sur la recherche d’ouvertures, la réflexion face à une réalité « naturelle », jamais sur le refoulement.
            Les frontières sont rassurantes, les interdits le sont beaucoup moins.


          • Marc P 14 décembre 2010 23:19

            plusieurs réflexions :

            a- la notion de grille de lecture :

            2 grilles différentes, 2 interprétations différentes,

            b- la notion d’échelles des valeurs :

            différentes valeurs, différentes lectures de la réalité

            c :-la perception des autistes :

            selon certaines theories, les ou des autistes percoivent la réalité telle qu’elle est, sans les filtres nécessaires de la sélection des informations et de l’oubli, pure économie de l intelligence et de la pensée, ils sont alors débordés et deviennet soit asperger, hyper spécialisés, soit s’isolent à différents degrés,

            d- on peut être paranoiaque et être réellement persécuté

            En fait une grille de lecture se veut plus opératoire que rendant compte fidèlement de la réalité...

            Enfin 2 individus n"ont jamais un regard ou une perception identique de ce qu’ils observent... a fortiori si leurs genre ou leurs cultures d’appartenance, etc... différent....

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