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Accueil du site > Actualités > Société > L’indicateur qui manque aux statistiques de la délinquance

L’indicateur qui manque aux statistiques de la délinquance

Á peine publiées, les statistiques de la délinquance suscitent de nombreuses, et parfois virulentes, polémiques sur leur fiabilité. Des statistiques contestées non seulement par les partis de gauche, mais aussi par des universitaires spécialisés et, fait marquant, par un nombre croissant de policiers. Il est vrai que l’exercice d’autosatisfaction de Claude Guéant est très largement contredit par le sentiment d’insécurité persistant que ressentent nos concitoyens, mais également par les analyses des experts indépendants. Cette cacophonie démontre de manière éclatante qu’il manque un indicateur fiable et indiscutable du niveau global de la délinquance dans notre pays...

Les enquêtes d’opinion sont formelles en ce début d’année 2012, sur fond de campagne électorale : les questions d’emploi et de pouvoir d’achat viennent très largement en tête des préoccupations des Français. Le contraire eût été étonnant en cette période de crise économique aigue qui affecte très durement des pans entiers de notre population et, mois après mois, accroît la précarité des plus faibles.

Mais on sait aussi – les enquêtes le montrent clairement – que le sentiment d’insécurité reste fort dans l’esprit de nos concitoyens, qu’il s’agisse de personnes réellement confrontées à des actes de délinquance, ou de personnes conditionnées par l’évidente augmentation des incivilités et, de ce fait, plus ou moins consciemment conduites à faire des amalgames.

De même que l’on sait par expérience que l’UMP et son candidat n’hésiteront pas, comme ils l’ont déjà fait à plusieurs reprises avec la complicité des grands médias noyautés par « Les nouveaux chiens de garde  », à focaliser l’attention de nos concitoyens sur des faits divers odieux. Et cela dans un double objectif : détourner l’attention des difficultés socioéconomiques et, au prix d’une propagande éhontée, accréditer la conviction que seule la droite, courageuse et déterminée, peut venir à bout de l’insécurité là où la gauche, par nature laxiste, est vouée à l’échec.

Une manipulation désormais usée jusqu’à la corde tant les Français les plus exposés constatent, dans leur cadre de vie, à quel point la délinquance a progressé – et en particulier les atteintes aux personnes – alors que les pouvoirs publics, depuis les rodomontades qui ont caractérisé l’arrivée de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur, se félicitent pourtant, année après année, de résultats globalement positifs.

Positifs, vraiment ? Sans même caricaturer le débat en évoquant le satisfecit donné par Claude Guéant au préfet de police de Marseille après deux agressions mortelles à la kalachnikov, ouvrons une parenthèse et observons ce qui se passe dans les entreprises de service qui veulent masquer des résultats médiocres à leur clientèle. Comment procèdent-elles ? Elles mettent en place des contre-feux sous la forme de leurres destinés à enfumer cette clientèle via une communication manipulatrice. Cela va du simple slogan du type « Notre volonté : mettre le client au centre de notre action » à l’ambitieuse « démarche qualité », en passant bien évidemment par l’incontournable « charte qualité » qui, comme toutes les chartes, relève du vœu pieux et sert surtout à faire mousser le prétendu volontarisme des dirigeants auprès de la clientèle.

Une « démarche qualité » qui, dans les entreprises les plus exposées aux critiques du fait du traitement médiocre de leur clientèle, s’appuie le plus souvent sur des indicateurs savamment travaillés en trompe l’œil car destinés à être médiatisés pour démontrer à tous l’excellence de l’action des dirigeants. Des dirigeants qui, en l’occurrence, ne veulent pas – ou ne peuvent pas, souvent par incompétence – se remettre en cause et choisissent par conséquent de faire prendre à leurs clients les vessies pour des lanternes.

Ainsi en va-t-il du ministère de l’Intérieur tel qu’il a été modelé par Nicolas Sarkozy et, sur l’ordre du patron, géré par des successeurs zélés et pas toujours très finauds. Avec à la clé des statistiques en trompe l’œil que dénoncent la plupart des observateurs de la délinquance car manifestement manipulées par une batterie d’artifices sur fond de déclarations volontaires du personnel politique – président en tête – et de chartes placardées ici et là dans certains locaux de police. Bref, tout concourt à diminuer le nombre et la gravité des faits, notamment en mélangeant ici et là les choux et les navets, ou en modifiant d’un rapport à l’autre la période de référence pour faire passer à la trappe quelques pics de délinquance inopportuns pour la communication des gouvernants. Sans oublier bien sûr l’inscription sur la main-courante d’un nombre croissant d’atteintes aux biens ou aux personnes qui, naguère, faisaient systématiquement l’objet d’une réception de plainte en bonne et due forme. Conséquence : ces actes délictueux échappent à toute transmission aux services du procureur et n’entrent dans aucune statistique.

La culture du chiffre, pas celle du résultat !

Par chance, il se trouve ici et là quelques journalistes sérieux et des experts compétents qui mettent en lumière le détail peu reluisant des méthodes ayant servi à élaborer ces statistiques mensongères. Á cet égard, le constat de Jean-François Herdhuin est accablant. Ex-commissaire de police – il est en retraite depuis 2010 –, M. Herdhuin sait de quoi il parle, lui qui a effectué toute sa carrière en banlieue parisienne ; c’est donc le regard d’un professionnel de terrain qu’il posait dans son édifiant article du 25 janvier 2011 intitulé « La délinquance n’a pas diminué : la vérité sur les statistiques ». Depuis, rien n’a changé. Comment pourrait-il en aller autrement alors que c’est toujours la trompeuse logique du chiffre voulue par Nicolas Sarkozy qui prévaut ? Une logique du chiffre dénoncée en avril 2011, ici-même sur AgoraVox, par l’ex-lieutenant Bénédicte Desforges* dans un article caustique intitulé « Le Chiffre ». On est décidément bien loin de la « culture de résultat » qui impliquerait une approche qualitative des données, autrement dit une analyse objective de l’action des policiers et des gendarmes tenant compte d’une hiérarchisation des crimes et délits.

Que manque-t-il, au-delà d’une volonté de transparence avérée des pouvoirs publics qui fait actuellement tant défaut, pour que le public puisse chaque année, en complément des statistiques détaillées officielles de la délinquance et de la criminalité, mesurer en un clin d’œil s’il y a eu progrès, stabilité ou aggravation du résultat global de la lutte contre la délinquance ? Une photographie instantanée de la délinquance, autrement dit un indicateur global actuellement inexistant. Un indicateur simple, fiable et pérennisé qui, exercice après exercice, fasse ressortir clairement la tendance en prenant en compte la gravité des faits. Un indicateur qualitatif indiscutable.

Facile à réaliser, cet indicateur annuel pourrait prendre, tant au niveau national qu’au niveau local, la forme d’un simple taux calculé en trois étapes :

1° affectation à chaque crime et délit d’un coefficient de gravité allant de 1 à 10, conformément à un barème de la criminalité et de la délinquance** ;

2° addition de tous les chiffres obtenus après affectation à chaque crime et délit de son coefficient de gravité ;

calcul de l’indicateur : pourcentage du total de l’année n par rapport à celui de l’année n-1.

L’intérêt de la création d’un tel indicateur est évident : il deviendrait impossible, dans la donnée statistique générale présentée par le ministre de l’Intérieur, de noyer les faits graves en les amalgamant avec des délits mineurs. Impossible du même coup de dégager une fausse tendance. Actuellement, un meurtre = un vol de bicyclette, un viol = un chèque sans provision, un acte de barbarie = une insulte publique. C’en serait définitivement terminé de cette présentation manipulatrice des statistiques qui ne vise qu’à enfumer nos concitoyens et à leur masquer la réalité de l’insécurité qui règne en France.

Sans doute l’illusion est-elle grande de croire qu’un tel outil de transparence puisse voir le jour, tant les gouvernements successifs se montrent frileux dans le domaine hypersensible de l’insécurité, le très opaque pouvoir sarkozyste se prêtant encore moins qu’un autre à une telle innovation. Mais il n’est pas interdit de faire pression sur ces pouvoirs publics, particulièrement en période électorale, pour leur imposer, tôt ou tard, de présenter aux citoyens des statistiques sincères et étayées, en termes de tendance, par un indicateur qualitatif clair, pertinent et instantanément compréhensible par tous.

Bénédicte Desforges a écrit deux livres directement inspirés par son expérience personnelle : « Flic, chroniques de la police ordinaire » aux Editions Michalon (2007), et « Police, mon amour – Chroniques d’un flic ordinaire » aux Editions Anne Carrière (2010).

** Exemple (très) simplifié de nomenclature d’affectation des coefficients :

Coefficient / Nature du crime ou délit

10 : assassinat, viol aggravé sur mineur de – 15 ans

9 : meurtre, viol sur mineur de – 15 ans, viol en réunion, actes de barbarie

8 : viol, attaque à main armée, coups et blessures ayant entraîné une incapacité ˃ 30 jours

......

2 : vol sans violence ni effraction, grivèlerie, exhibitionnisme

1 : injures sans caractère raciste, rébellion sans violence


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25 réactions à cet article    


  • Robert GIL ROBERT GIL 20 janvier 2012 08:52

    chercher pas d’indicateur, en voici un, donc ni la droite, ni le PS ne voudrons entendre parler :

    http://2ccr.unblog.fr/2010/12/10/stop-a-linsecurite/


    • Fergus Fergus 20 janvier 2012 10:53

      Bonjour, Robert Gil.

      Excellent papier. Il est vrai que la pire délinquance, relativement à nos droits et à nos acquis sociaux, est celle, occulte et pernicieuse, qui agit avec la complicité de politiques relais des intérêts des grands groupes industriels et financiers. Et de cela, malheureusement, la population n’a qu’une conscience limitée. Ces agissements sont pourtant appelés à pénaliser tôt ou tard la très grande majorité d’entre nous. D’où la nécessité, comme vous le faites, de les dénoncer. Et de mettre en lumière la scandaleuse manipulation qui consiste à désigner des boucs émissaires parmi les humbles et les immigrés.

      La criminalité et la délinquance « ordinaires » n’en sont pas moins des réalités qui doivent être mesurées de la manière la plus objective possible.


    • Robert GIL ROBERT GIL 20 janvier 2012 11:16

      tout a fait Fergus,
      la delinquance quotideienne est en contact direct de la population et donc est ressenti beaucoup plus epidermiquement si l’on peut dire. Mais la delinquance decrite dans mon article est a la sortie la cause de toute les autres....et j’ai la terrible impression que l’on stigmatise l’une pour passer l’autre sous silence.


    • Fergus Fergus 20 janvier 2012 16:22

      @ Robert Gil.

      Il est clair que la chasse aux petits délinquants est ouverte toute l’année et conduite avec beaucoup de zèle en comparaison des affaires politico-financières et des magouilles politico-industrielles nauséabondes qui se développent ici et là.

      Mais de ces dernières on ne parle effectivement pas beaucoup, leurs effets sur la société éatnt fort peu relayés par des médias nettement plus prompts à mettre en évidence des petits faits divers sordides mais d’une effrayante banalité.


    • brieli67 20 janvier 2012 10:28

      Salü Fergus !


      L’ Etat manipule. Les circuits des drogues sont connus. Chirac s’est même rendu avec le jeune roi du Maroc dans le riff pour voir les plantations royales. 
      Toute cette énergie pour contrer le cannabis et ses dérivés : le chanvre dont l’indien pousse tres bien en France. Faudrait libérer ............ la maréchaussée de cette activité de contrôle et de répression.
      On a même des commissaires actifs dans le milieu !!
      banalité alors que dans un passé récent 

      On nous entube royalement 




      remarque qui a connu Bâle, Zurich, Bern ....avant et après le programme méthadone ??

      • Fergus Fergus 20 janvier 2012 11:06

        Salut, Brieli.

        Merci pour ces liens. J’ai bien apprécié les deux séquences musicales.

        En revanche, je n’ai pas tout compris à l’intervention de Ströbele, mais j’ai cru comprendre qu’il est pour la légalisation du cannabis à usage thérapeutique.

        Pour ce qui est de la Suisse, je me souviens notamment des drogués de Zürich, visibles jusque sur le Lindenhof. Tout cela a disparu. mais méthadone ou pas, je présume qu’il reste des lieux de trafic.

        Bonne journée.


      • brieli67 20 janvier 2012 12:02

        H.C. Ströbele :
        production, vente et distribution de dérivés de chanvre
        sous « régie » comme c’était le cas de l’ex SEITA

         cette drogue banale - ne mérite pas cette attention des services répressifs de l’Etat.
        C’est si facile d’avoir des chiffres !!!
        En laissant ce marché dans l’illégal..... normal que la délinquance progresse ? persiste et dure.

        Y a mieux à faire pour la police de proximité , en « service » civique et républicain.


      • Fergus Fergus 20 janvier 2012 16:14

        @ Brieli.

        Je suis moi-même plutôt favorable à la légalisation du cannabis, d’une part en raison de la nocivité limitée du produit dans la plupart des cas, d’autre part (comme toi) pour permettre aux flics de traquer les vrais délinquants au lieu de faire du chiffre bidon avec des revendeurs minables

        Bonne fin d’après-midi.


      • SATURNE SATURNE 20 janvier 2012 11:28

         

        Pas mal d’inexactitudes et de contradictions dans cet article. Néanmoins, l’auteur ne faisant pas mystère de ses sympathies au PS, on en comprend mieux l’objectif, néanmoins :

        • 1/ L’état 4001 (nom technique du système en vigueur depuis 1980) a le mérite d’exister, et il faut surtout de ne pas changer régulièrement, ce qui interdirait toute comparaison à long terme. En effet, au delà du système statistique employé, l’important est d’avoir le même sur une longue période, pour faire des comparaisons valides. Changer de système en cours de gué , en particulier à l’occasion d’échéances présidentielles et d’alternance, serait désastreux. Quelque soit le parti politique au pouvoir, l’opposition et l’opinion l’accuserait aussitôt de casser le thermomètre pour qu’on ne puisse plus contrôler l’évolution de la fièvre ( ou plutôt de changer les degré Celsius par des Fahrenheit).

          Tout politique qui ferait cela serait accusé de ne pas avoir confiance dans son action future et de vouloir par avance empêcher de mesurer l’efficacité de son action.

          Par ailleurs, avoir 20 ou 30 de recul est très intéressant. Par exemple, on glose beaucoup sur les règlements de comptes à Marseille. Ils existent et sont préoccupants, certes. Mais qui se souvient ( hormis quelques vieux flics, magistrats ou journalistes du Soir) que le record absolu date de 1985( 61 morts, contre 28 cette année). Avoir beaucoup de recul permet de relativiser certaines psychoses. Évidement, si personne ne travaille sur les chiffres et le recul, ce n’est pas la faute du système, qui , lui, est là pour cela.

        • 2/ L’état 4001 ne mélange pas les torchons et les serviettes. Seul le chapitre « total des crimes et délits constatés » et son évolution en % le fait, pour avoir une idée générale. Le problème est que ni la presse ni le public ne s’infuse les 60 pages du rapport, qui détaille par crime ou délit et par agrégat. Mais cela existe. Celle qui est intéressée par l’évolution des viols peut le faire, le banquier ou le bijoutier concerné par les vols à main armée trouvera sa réponse, etc. Mais personne ne fait l’effort de consulter, hormis les criminologues.

        • 3/Personne ne prétend que le système actuel est parfait. Bien sûr que personne de sérieux ne prétend que si 22 000 viols ont été enregistrés en 2011, par exemple, ca veut dire qu’il n’y en a pas eu un de plus ou de moins. Evidement que 3 à 4% sont des faux viols, enregistrés pour nuire à des proches. Evidement qu’à l’inverse, un nombre important de viol n’ont pas été portés à la connaissance des autorités de l’action publique.

          Mais que proposer à la place ? Les études de victimation ? Mais tous les gens sérieux, hormis ceux qui vivent de ces études, savent qu’elles ne sont pas fiables, mais en sens inverse (exagération, volontaire ou non, du nombre d’affaires). Comme un sondage ne fait pas le chiffre réel du résultat de l’élection, il y beaucoup de trous dans la raquette. Les sondés sont peu nombreux par rapport à la population générale, ils restent anonymes et peuvent donc déclarer n’importe quoi. Je peux dire au sondeur qu’on m’a volé 3 fois ma voiture cette année alors que c’est faux, victime 2 fois d’attouchements dans le métro ou d’incivilité, sans aucune vérification ni recoupement.

          Par ailleurs, nombres d’infractions n’ont quasiment pas de « dark number » et sont donc incontestables. Les homicides volontaires (hormis quelques « disparitions inquiétantes » qui s’expliquent par le fait que le cadavre n’a pas été retrouvé), les braquages de fourgons blindés, ça ne passe pas inaperçu, il n’y a rien qui « passe à l’as ». Il y des témoins, des plaignants fiables, un préjudice constaté.

          Et enfin, quand bien même (et c’est déjà le cas depuis 3 ans) on croise pour un délit donné (vol de portable ou de CB) l’état 4001 qui donne 230 000 annuels et l’enquête de victimation qui donne 500. 000, on fait quoi ? On sait qu’aucun des deux chiffres n’est exact. Alors on met la balle au centre et on dit au doigt mouillé : « bof, environ 350 000 ».

          Pas très sérieux ni scientifique. Il y a ceux qui sur-déposent plainte (pour l’assurance qui ne rembourse pas la perte ou le vol simple de portable ou par négligence), ceux qui sous-déclarent en disant que ça ne sert à rien de perdre 2 heures au commissariat, vous ne changerez jamais cela.

          L’enquête de victimation relativise certains chiffres officiels, mais n’en donne pas un autre qui soit crédible pour autant, assez pour être substitué.


        • Fergus Fergus 20 janvier 2012 12:57

          Bonjour, Saturne.

          En tout premier lieu, je ne vois pas où vous avez pu voir, dans mon article, une quelconque « sympathie avec le PS ». Je n’ai jamais été encarté et, depuis au moins 2 décennies, j’ai toujours voté au 1er tour des élections (ou au tour unique) systématiquement PC ou NPA (LCR).

          Merci pour vos précisions et notamment pour la mention de cet « Etat 4001 » qui recense en effet par catégories tous les crimes et délits constatés à la fois par la police et par la gendarmerie. Un outil effectivement précieux pour établir des comparaisons dans la durée et qu’il convient par conséquent de maintenir tel qu’il est. Aucun problème sur ce point, et ce n’est d’ailleurs pas mon propos dans l’article, celui-ci visant la communication politique réduite le plus souvent à une affirmation de progrès de l’action des forces de l’ordre basée précisément, non sur les données de l’Etat 4001, mais sur des amalgames plus ou moins flatteurs.

          Ce que je propose, c’est d’empêcher un ministre de l’Intérieur, quel qu’en soit la couleur, de venir affirmer devant micros et caméras, que l’action de ses services a été couronnée de succès lorsque ce n’est pas le cas. D’où mon indicateur général d’évaluation, en positif ou en négatif, de la gravité de l’insécurité. S’il existait, cet indicateur pourrait, par exemple, donner pour l’année en cours (année n) un indicateur de 1,04 ou un indicateur de 0,97. Dans le premier cas, cela signifierait que la pondération de gravité des faits constatés dans le pays est en hausse de 4 % par rapport à l’année précédente (n - 1) alors qu’elle serait en baisse de 3 % dans le second. Autrement dit que la gravité des crimes et délit a globalement augmenté dans le 1er cas et globalement diminué dans le second.

          Bref, un indicateur qui permettrait d’éviter aux communicants officiels de nous prendre pour des buses !


        • SATURNE SATURNE 20 janvier 2012 11:45

           


          @ l’auteur,

          J’en viens maintenant à vos « contre-propositions » :

          Vous regrettez le manque de clarté et de fiabilité des chiffres actuels, mais vouloir introduire une pondération subjective est pire que tout. Cela va entrainer confusion et erreurs.

          Affecter aux crimes et délits une pondération par la gravité pose beaucoup de difficulté.

          D’abord, qu’est ce que « grave » ? Pour la victime, tout est grave, puisque cela lui arrive à lui.

          Pour celui qui est tranquille devant son feu de bois, qui n’a ni fille ni femme, par exemple, les viols, c’est triste, mais « y’a pas mort d’homme ». Vous voyez l’écueil ? Les personnes âgées sur-pondéreraient les agressions sur personnes âgées, les femmes les agressions contre les femmes, les employés de banque , bijoutiers et convoyeurs de fonds les VMA ( Vols à main armée).


          Les catégories que vous proposez sont assez étonnantes. Mettre dans le même panier les VMA ( y compris un braquage de fourgon à l’explosif – qualification criminelle- et des CBV de plus de 8 jours (simple délit), ce n’est pas sérieux.


          Alors, prendre comme critère de gravité les peines encourues ? DE 0 à 1 ans, de 1 à 5, de 5 à 10, etc...

          Mais les peines encourues en droit pénal français ne stipulent que la peine maximale encourue, presque jamais prononcée (sauf circonstances aggravantes, état de récidive de l’auteur).

          Ca ne veut rien dire.

          La moyenne des peines effectivement prononcées, alors ? Mais la chancellerie ne tient pas cet état statistique (c’est le Ministère le plus sinistré en matière de statistique et il le revendique fièrement).


          Irréalisable.

          Et pourquoi introduire de la subjectivité là où le système actuel, avec ses limites, est objectif et froid ?Pourquoi se focaliser sur un indicateur global de « tous crimes et délits confondus » ?

          Ce dernier n’intéresse pas grand monde, à part le journaliste fainéant.

          Le breton va courir vers les statistiques pour la Bretagne (car il y a aussi une approche régionale dans le système actuel), les femmes vers les viols, le gros rouleur vers les délits routiers, l’usager du métro vers les statistiques des crimes et délits dans les transports en commun.

          Le système actuel permet à chacun de prendre l’exacte mesure de ce qui l’intéresse et le concerne.


          • Fergus Fergus 20 janvier 2012 13:09

            @ Saturne.

            Je vous invite à lire ma réponse ci-dessus, et vous comprendrez qu’il ne s’agit nullement dans mon esprit de remplacer l’Etat 4001. Si tel était le cas, je l’aurais clairement exprimé.

            Mon but n’est donc pas de supprimer quelque chose, mais d’ajouter un indicateur indiscutable de la progression globale de la délinquance d’année en année.

            Cela nécessite effectivement d’en passer par l’établissement d’une nomenclature de pondération des crimes et délits. Où est la difficulté ? Ce travail pourrait être aisément fait par une Commission ad hoc composée de magistrats, de policiers, de gendarmes et de représentants d’associations de victimes.

            En réalité, rien ne pourrait sérieusement contrarier ce travail pour des raisons techniques. Seule la volonté politique, désireuse de ne pas sortir de l’opacité, est à même de s’opposer à ce projet.

            Bonne journée.


          • Mycroft 23 janvier 2012 13:27

            Le soucis n’est pas dans les outil statistique, il est dans le mode d’exposition de l’information par le milieux journalistique.

            Tel est le message de Saturne.

            Le fait est qu’en effet, avec un système d’information différent, le 4001 suffirait largement. Mais, les médias étant ce qu’ils sont, ce n’est pas le cas.

            La question première est donc : où faut il faire les réformes.

            Il va de soit que réformer le domaine médiatique est de toutes façon une nécessité. Il faudrait peut être effectuer cela avant d’instaurer une « notation de la gravité des délit et crimes » qui est à mon sens, et je rejoins Saturne sur ce point« une notion complètement subjective qui ne repose sur rien de concret.

            Néanmoins, il se peut que, après réforme, on en arrive à conserver cette limite du système informatif qui veut que l’information doit être »sur-résumée". En ce cas, Il faudra en arriver à créer une statistiques plus représentative que le simple nombre de délit commis. Le faire par une simple pondération de la gravité me parait cependant cavalier.


          • Abou Antoun Abou Antoun 20 janvier 2012 11:51

            Bonjour Fergus,

            Certes on fait mentir les chiffres pour ce qui concerne la sécurité.
            Mais on le fait également pour les statistiques du chômage (radiations et modification des critères).
            On le fait pour l’augmentation du coût de la vie (revision perpétuelle des composants des indices).
            On le fait pour l’éducation (taux jamais vus de réussite aux examens), alors que le niveau des étudiants est de plus en plus nul.
            Etc., etc.
            Bref, c’est le mensonge institutionnalisé dans tous les domaines.
            Cela dit, votre proposition de pondérer les délits est intéressante.


            • Fergus Fergus 20 janvier 2012 13:15

              Bonjour, Abou Antoun.

              Merci pour votre commentaire.

              Vous avez raison, les statistiques sont truquées dans de très nombreux domaines, et cela notamment dans ceux qui donnent lieu à une communication officielle par les ministres.

              Mon indicateur vise précisément à mettre le ministre de l’Intérieur (quel qu’il soit) devant une réalité globale qu’il masque année après année en présentant des amalgames de statistiques visant à diminuer son échec ou à faire mousser sa modeste réussite.


            • David Meyers 20 janvier 2012 12:09

              La sécurité, je vois à peu près ce que c’est. Y’a des règles établies pour parer à des incidents prévus ou éventuels. Y’a même une ceinture qui porte ce nom.

              L’insécurité ??? la ça commence à être du Front National dans le texte, notion floue et évasive qui serait quoi ? le contraire de la sécurité... admettons. mais les politicards incompétents ont trouvé mieux...

              Le sentiment d’insécurité, vaste nébuleuse, hors du droit, qui ferait dire à certains « je me sens en insécurité donc j’ai l’impression que je ne suis pas en sécurité... » donc j’ai peur donc faites ce que vous voudrez pour que j’ai plus ce sentiment là, puis tant qu’à faire, que je n’aie plus de sentiment du tout.

              Bon voilà, je rapelle quand même la première devise de la république française de souche des bons franchouillards de racine de celte à béret et baguette-pinard-pastis : LIBERTE.


              • Fergus Fergus 20 janvier 2012 13:25

                Bonjour, David.

                Vous avez raison de souligner que le « sentiment d’insécurité » n’est pas « l’insécurité ». Il en va de même pour la qualité dans les services : la « qualité perçue » par les clients diffère souvent de la « qualité constatée » par les professionnels.

                Mais dans une entreprise comme dans un état, il faut faire avec la « qualité perçue » d’un côté, et avec le « sentiment d’insécurité » de l’autre. On peut le regretter, car on introduit alors de la subjectivité dans les rapports sociaux, mais il n’existe aucun moyen d’y échapper totalement ; tout au plus peut-on essayer d’en atténuer les distorsions par de la pédagogie.

                Cela dit, vous avez raison de souligner que ce « sentiment d’insécurité » est très largement instrumentalisé par certaines composantes de l’échiquier politique.


              • David Meyers 20 janvier 2012 16:03

                 « Il est lié au fait que nous connaissons presque tous personnellement, au moins une personne qui, au cours des trois derniers mois, a subi une agression portant soit sur elle-même soit sur ses biens. »

                Je comprends bien vos points de vue. Cependant je connais moi aussi des personnes victimes d’accidents de la route, ou des proches d’amis victimes d’accident d’avion, voire des amis victime d’accident de tsunami et pourtant, allez savoir pourquoi (y aurait il instrumentalisation) ca fait pas pareil que quand JPP ou Lolo Ferrari vient nous parler du sentiment d’insécurité de Madame Michu. 

                Il faut reconnaître que les « chiffres de la délinquance » ne veulent pas dire grand chose hors du contexte ou de la gravité des faits (et bien d’autres variables). Alors comme on est à la culture du (soi disant) résultat, on présente des chiffres (pas trop faux) mais avec une interprétation bidonnée, où le sentiment d’insécurité vient faire la part belle.

                Mon exagération tenait à faire prendre conscience que le « sentiment d’insécurité » est finalement un produit marketing politique, un élément de langage, un blister sous lequel on tente de faire entrer toute la complexité d’une société déjà bien pourvue en sécurités de toutes sortes.


              • Fergus Fergus 20 janvier 2012 16:08

                @ Scipion.

                En réalité, vous touchez là l’un des problèmes de notre époque : le cercle vicieux qui s’installe de manière insidieuse. Plus le sentiment d’insécurité est grand, et plus il alimente une politique sécuritaire anxiogène, elle-même génératrice d’un sentiment d’insécurité amplifié...

                Et cela dans un domaine qui suscite une passion prenant trop souvent le pas sur la raison. Au point qu’il devient urgent que les pouvoirs publics jouent la carte de l’apaisement, du dialogue et de la concertation avec tous les acteurs de la sécurité publique, y compris les travailleurs sociaux, trop souvent écartés par l’actuel pouvoir politique.

                Bonne fin d’après-midi.


              • le journal de personne le journal de personne 20 janvier 2012 13:05

                Les étrangers

                Comment vont faire les autorités pour expliquer aux étrangers leurs devoirs les plus élémentaires ?
                On dit qu’ils sont analphabètes… et alors ? Qu’est-ce qu’on attend pour leur apprendre l’alphabet ?
                Vous me direz que même si nous nous y mettons à plusieurs, ça prendra des années…
                Ce sont des étrangers qui n’arrivent pas à se mettre dans la tête ou dans la peau d’un étranger. Même avec ceux qui les chassent, ils sont familiers.
                Du coup, je me suis penchée sérieusement sur la question. Comment leur apprendre l’alphabet pour qu’ils puissent au moins ne plus confondre ENTRÉE et SORTIE.
                Et puis je suis tombée dessus… la phrase qui tue puisqu’elle contient à elle seule toutes les lettres de l’alphabet :
                « CHEF ! SUIVEZ LE KLAXON
                DU JOLI TRAMWAY BEIGE QUI PUE ».
                Si cette formule, une fois apprise et bien comprise ne les dégoûte pas du français, c’est Que leur langue matérielle a plus d’impact sur eux, que sur nous la langue maternelle.
                C’est nous qui devons évacuer les lieux, pour qu’en y revenant, on se sente bien chez eux.

                http://www.lejournaldepersonne.com/2012/01/les-etrangers/


                • Fergus Fergus 20 janvier 2012 13:28

                  Bonjour, JdP.

                  J’avoue humblement ne pas avoir compris le sens de votre commentaire ni de son rapport avec l’article, sauf à pointer une nouvelle fois les étrangers comme des fauteurs privilégiés de délits. J’ose croire que ce n’est pas le message sous-jacent.


                • Fergus Fergus 20 janvier 2012 13:48

                  Bonjour, Scipion.

                  Un commentaire... ironique, mais il est vrai que l’on donne parfois trop d’importance à des insultes relativement aux faits gravissimes qui sont constatés ici et là. Cela dit, les insultes racistes n’en sont pas moins inacceptables à mes yeux.


                • Fergus Fergus 20 janvier 2012 15:59

                  Bonjour, Lübeck.

                  Merci de m’annoncer ce décès dont je n’avais encore pas eu connaissance.

                  Il s’agit là d’une grande perte pour la musique baroque. Que ce soit comme organiste, comme claveciniste ou comme chef d’orchestre, Leonhardt a inconstablement marqué son époque par son immense talent, et ce n’est pas par hasard qu’il a formé quelques-uns des meilleurs interprètes de ses instruments de prédilection, que ce soit Hogwood, Hantaï, Koopman ou Sempé, pour ne parler que de ceux-là.

                  Dans son oeuvre enregistrée sur instruments anciens, outre Froberger (effectivement), je retiens surtout ses interprétations de Bach bien sûr, mais aussi de Balbastre, Duphly ou Forqueray. Et peut-être plus encore ses collaborations avec les superbes Kuijken, Bruggen ou Bylsma. Bref, un grand monsieur auquel les amateurs de musique doivent énormément.

                  Cordilement.


                • Annie 20 janvier 2012 20:18

                  Bonsoir Fergus,
                  J’ai apprécié votre article mais aussi les interventions de Saturne. S’il est vrai qu’il faudrait empêcher les politiciens de manipuler les statistiques, celles-ci sont quand même consultables pour ceux que cela intéresse. Je suis aussi d’accord avec Saturne lorsqu’il dit qu’il faut conserver un système même imparfait, parce qu’il permet de faire des comparaisons. Mais il faudrait alors également encadrer les médias qui publient leurs dépêches de manière sélective et qui selon la tendance politique crée un sentiment de panique irraisonnée chez certaines personnes, surtout en périodes électorales. J’ai une mère de 84 ans qui se sent de plus en plus vulnérable, et qui se cadenasse littéralement chez elle le soir.
                  Ce qui me semble beaucoup plus grave est l’influence de cette manipulation des statistiques sur la police de terrain. Parce que c’est à ce niveau que s’établit une hiérarchie des crimes, et donc une hiérarchie des réponses.


                  • Fergus Fergus 20 janvier 2012 21:06

                    Bonsoir, Annie.

                    Comme je l’ai indiqué dans mes réponses à Saturne, je ne demande pas la suppression des documents existants car ils permettent effectivement, pour tous ceux qui en ont l’envie, de les consulter et de se faire une opinion sur l’évolution de la situation sécuritaire dans notre pays au fil des chapitres du rapport de l’Etat 4001.

                    Malheureusement, les politiques sont ainsi faits qu’ils manipulent les chiffres pour leur donner une apparence plutôt positive pour leur action ; quant aux journalistes, ils vont en général au plus simple et prennent rarement la peine de disséquer les chiffres avancés par les ministres,ce qui serait pourtant possible moyennant un minimum de travail. D’où cet indicateur global.

                    Entièrement d’accord avec vous pour dénoncer les effets de la politique conduite depuis quelques années sur les flics de terrain. Les policiers auxquels j’ai fait référence ne disent pas autre chose.

                    Cordialement.

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