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L’injustice de la norme

Tranche de vie au collège

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Témoignage de Zoé.

Zoé est une élève de sixième dans un collège rural sans histoires ni difficultés notoires. Zoé est hémiplégique, ce qui, avouons-le, n'est certainement pas de sa faute. Pourtant c'est sans doute ce qui explique son envie de s'appliquer, de bien travailler à l'école. Elle veut se donner des chances de réussir, elle qui ne dispose pas de toutes les facilités offertes à ses camarades.

Ceux-ci lui reprochent certaines choses par jalousie ou par méchanceté, par bêtise à coup sûr. Qu'elle ait de bonnes notes par exemple ; non par facilité mais grâce à son travail acharné. Celui-ci est remarqué par ses professeurs qui la citent en exemple : erreur à ne pas faire dans la dictature de la norme qui constitue nos chers collèges.

Même sa meilleure amie, qui l'a connue à l'école primaire, lui fait la tête. Elle l'évite, la fuit en récréation ou à la cantine mais se retourne toujours vers elle quand il y a un contrôle. Elle lui reproche d'être parfaite, trop sérieuse, trop appliquée. Ce qu'elle ne supporte pas c'est que ses parents citent Zoé en exemple. Cela lui est intolérable !

Les autres se liguent comme la pauvrette. Ils la traitent de chouchoute des professeurs. Ils justifient ses bonnes notes à cause de préférences dont elle profiterait. La présence de son AVS à ses côtés, lors des devoirs, provoque la suspicion sur ses résultats et l'envie chez les jaloux. Zoé subit, sans rien dire, cette mise à l'écart.

Dans la cour, personne n'accepte de discuter avec elle. Zoé se retrouve seule ; elle tourne en rond, dans son coin, comme en pénitence. Si elle parvient à se joindre un groupe, c'est pour se retrouver à la marge sans qu'on lui adresse la parole. Le plus souvent, malgré son désir d'aller vers ses condisciples, elle s'entend répondre : « Pourquoi tu t'incrustes ?, » et finit par partir.

Souvent ces nobles âmes lui disent : « Nous avons quelque chose à nous dire en privé. Est-ce que tu peux partir, s'il te plaît ? ». C'est souvent des histoires de filles, des amourettes et Zoé en est exclue. Qu'a t-elle de différent ? C'est un mystère !

En fait, une seule fille comprend Zoé. Elle lui pose des questions, lui demande pourquoi elle est toute seule. Cette fille est de sa classe ; elle agit ainsi par gentillesse. Mais elle n'est pas vraiment son amie. Elle n'est pas souvent à ses côtés. Le plus douloureux est le comportement de sa meilleure amie qui est sans cesse à la recherche de « vraies amies » (sic) . Elle préférerait se démarquer de celle dont l'amitié l'embarrasse désormais.

Beaucoup de professeurs remarquent qu'on la rejette. Ils sont impuissants devant cette injustice. D'après Zoé, seules la professeur principale et la CPE pourraient l'aider. Sa professeur lui a d'ailleurs posé des questions en tête-à-tête, lui a promis d'en parler à certaines filles de la classe. Quant à la CPE qui est vraiment très gentille, Zoé pense qu'elle ne peut rien faire.

À la cantine, les surveillants sont vigilants. Ils ne veulent pas qu'un élève se retrouve isolé à une table. Grâce à eux, Zoé ne mange jamais à l'écart. Par contre, pendant la queue, elle est bien seule avec son chariot sans personne pour l'aider à porter son plateau. Jamais un camarade ne se propose. Zoé pense qu'ils doivent se dire qu'elle peut parfaitement se débrouiller. Quant à demander à un plus grand, elle n'ose pas.

En sport, Zoé est systématiquement écartée de la composition des groupes ou des équipes. C'est le professeur de sport qui doit intervenir pour l'intégrer. Zoé reconnaît qu'en début d'année, ce n'était pas ainsi. Vers le mois de décembre, tout a changé. En fait, tous ses ennuis sont survenus à cette époque, d'un coup. C'est sans doute suite au premier conseil de classe.

En sport, quand elle est dans une équipe, Zoé reconnaît qu'elle risque de la faire perdre. Elle est maladroite avec sa main qui ne répond pas. Mais est-ce une raison pour la stigmatiser encore plus ? Le professeur ne lui a en pas parlé même s'il a remarqué cet affreux manège. Zoé aimerait qu'on la considère un peu mieux.

Ce qui la blesse surtout, c'est l'attitude de sa meilleure amie. Plus Zoé évoque ce problème avec elle, plus elle semble s'éloigner. Que faire ? C'est douloureux et si injuste ! J'écoute ses plaintes, je la vois triste et gênée alors que, d'habitude, c'est toujours un vrai plaisir de travailler avec elle.

Que vais-je faire de ce cri du cœur ? À qui le confier pour qu'il ne se retourne pas contre cette jeune fille formidable ? L'adolescence est une période redoutable ; le collège un monde sans pitié où les adultes sont souvent démunis devant les phénomènes de groupe.

Il me vient un doute, une inquiétude dont je ne peux me défaire. Zoé est la seule musulmane de sa classe. Serait-ce une extrapolation de ma part ou bien une simple coïncidence ? N'est-elle vraiment ostracisée que du seul fait de son handicap ? Comment le savoir ? Tant de questions sont en suspens. Que cet âge est douloureux quand on n'est pas dans la norme !

Normativement leur.


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13 réactions à cet article    


  • Berkano Othala 5 juin 2015 13:24

    Bonjour C’est Nabum .


    Il y a quelques années , j’étais pion dans un collège près de Lyon , avec pleins de gosses sympas .Ils avaient comme seule professeur de musique une enseignante aveugle qui malgré son handicap, ne relachait pas sa vigilance auprès de certains dissipés ... probablement dûe à une acuité auditive augmentée ? Et bien les élèves de la 6è aux 3è ,ils ne lui épargnaient rien, aucun d’entre eux n’évoquaient son handicap, je pense qu’ils ne la voyaient pas comme les adultes .

    Pour votre petite Zoé , je ne pense pas que ce soit sa religion qui l’a met à distance , mais plutôt les notes , et l’aide des adultes qui les horripilent , ils veulent la même attention et affection qu’elle, c’est de la jalousie affective, du moins c’est moins point de vue . 
    Sa classe devrait passé une journée dans un fauteuil roulant , et au moins un élève comprendra la douleur de cette petite 
    Cordialement 
    Berkano

    • C'est Nabum C’est Nabum 5 juin 2015 13:49

      @Berkano Othala

      Je pense comme vous et la remarque religieuse n’arrive qu’à la fin car pour Zoé, cette particularité n’est pas si sensible que pour d’autres. Elle demeure discrète à ce propos.

      Les notes sont un sujet bien plus grave. désormais, dans certains milieux, réussir est une tare. Nous courons à la catastrophe avec de tels comportements ...


    • tf1Groupie 5 juin 2015 14:09

      Comme quoi les enfants savent être des salauds.
      Peut-être que la société y est pour quelque chose ?
      Peut-être qu’il faudrait arrêter de dire que c’est la faute des politiques...

      Remarque : dans mon collège font des très belles affiches sur « la discrimination c’est pas bien ».
      Mais les enfants font-ils la différence entre les beaux discours et les actes ?


      • C'est Nabum C’est Nabum 5 juin 2015 14:27

        @tf1Groupie

        Les politiques n’y sont pas pour grand chose
        La société de consommation, la dictature de l’apparence, les injonctions de la pub font bien plus de ravages qu’eux

        Les affiches ? Ont-elles un rôle dans ce domaine ?


      • Samson Samson 5 juin 2015 17:18

        Comme j’en avais fais part en commentaire à la très belle « Lettre à Soufiane » sur le blog d’Agnès Maillard, dans l’école de mon enfance, il y avait dans ma classe un garçon obèse. Le grand jeu dans la cour de récréation consistait à jour après jour lui tourner autour en le traitant de « gros plein de soupe » sous l’œil indifférent des instituteurs ! Il ne réagissait pas, mais je me souviens m’être un jour demandé ce qu’il ressentait ou ce que je ressentirais à sa place : sans pour autant - au risque sinon de subir à mon tour le même rejet - me rapprocher de lui, j’ai du moins refusé de continuer à participer à de tels « jeux ».
        Encore aujourd’hui, je ne me sens pas très fier de ce souvenir dont j’ai depuis, peut-être à tort, acquis la conviction que la pire des cruautés est « innocente », enfantine.

        J’ai plus tard avec tristesse observé le même type de réaction dans la classe de ma belle-fille vis-à-vis d’une enfant souffrant d’obésité et particulièrement douée et travailleuse, tant la désignation d’un bouc émissaire et son rejet semblent indispensables à la constitution de l’identité d’un groupe. Le seul espoir d’éventuellement modifier cette dynamique du groupe réside dans le basculement d’opinion d’un ou plusieurs de ses leaders, encore faut-il à cette fin trouver tant l’angle que l’opportunité d’approche judicieux.

        Quant à l’aspiration unanime de toutes les personnes « différentes » avec lesquelles j’ai travaillé à une inaccessible « normalité », je crois n’avoir pu mieux faire qu’autant que possible en dissiper l’illusion par la reconnaissance et la valorisation de leurs talents propres.

        « Ce qui ne nous tue pas nous fortifie ! », dit le philosophe.
        Bon courage donc à Zoé et - pour le prix qu’elle en connaît déjà - souhaitons lui le meilleur et beaucoup de bonheurs dans la vie !

        Cordialement ! smiley


        • C'est Nabum C’est Nabum 5 juin 2015 19:08

          @Samson

          Encore faut-il que ça ne tue pas  !


        • Samson Samson 6 juin 2015 14:05

          @C’est Nabum
          Bien d’accord avec vous !
          Face au rejet de ses pairs, je me trouve réduit à - de tout cœur - lui souhaiter le meilleur.
          Faute de mieux, vous pouvez du moins lui transmettre !
          Quant à l’attitude la plus judicieuse à adopter pour soit mettre terme à son exclusion par le groupe, soit la soutenir face à cette exclusion, j’imagine que c’est l’équipe interdisciplinaire dans laquelle vous vous inscrivez qui est la plus apte à la déterminer.

          Bonne chance et bon courage à Zoé, et à vous ! smiley


        • C'est Nabum C’est Nabum 6 juin 2015 14:48

          @Samson

          L’équipe est composée de spécialistes qui se préoccupent de leur spécialité
          Ce n’est que moi qui n’en ai aucune qui me soucis de la jeune fille


        • Samson Samson 6 juin 2015 17:55

          @C’est Nabum
          Désolé de le lire !
          Si même ma carrière s’est achevée sur un burn-out, j’ai eu la chance de travailler dans une équipe multi-disciplinaire rassemblée un temps autour de la réalisation d’un projet éducatif collectif.
          Évidemment, c’était en Belgique (où - outre les éducateurs spécialisés eux-mêmes - diverses disciplines (psychologues, orthophonistes, assistants sociaux, ergothérapeutes, ....) ont accès à la fonction et faisaient partie constitutive de l’équipe.
          Dans l’institution où je travaillais (home d’hébergement pour personnes handicapées mentales adultes), nous avions chaque semaine une réunion de trois heures, soit 1h30 pour la partie éducative, 1h30 pour la supervision de l’équipe, alternativement par une psychanalyste, deux fois par mois, et des rencontres régulières avec le neurologue, le psychiatre, le médecin traitant et le psychologue référents. Chaque éducateur suivait plus particulièrement 3 ou 4 résidents, assurait avec l’assistant social le contact avec la famille, et présentait à l’équipe un bilan et une évaluation annuels de chaque résident.
          Cela demandait beaucoup de moyens, mais on nous les donnait et, sans miracle, pour des résultats - si même ils revenaient à nous faire perdre des subsides - à l’avenant. Ne vous imaginez pas pour autant que la patrie du surréalisme soit un paradis éducatif, j’ai simplement eu l’immense chance de tomber au bon endroit au bon moment. C’était même un peu trop beau pour avoir duré ! smiley
          Malgré toute votre compétence et votre bonne volonté, vous n’avez ni à porter, ni à trouver seul de solution à cette situation qui relève de la dynamique institutionnelle. Si les autres acteurs institutionnels ont mieux à faire que de se préoccuper de la réalisation du projet éducatif, je doute fort de l’efficacité à laquelle celui-ci peut prétendre.
          Ayant moi-même jeté l’éponge, je ne peux que vous souhaiter bon courage et saluer votre dévouement !
          Cordiales salutations à vous ! smiley


        • zygzornifle zygzornifle 5 juin 2015 18:23

          j’ai 58 ans et ça existait déjà à mon époque et ça existera toujours comme les bons et les méchants.....


          • C'est Nabum C’est Nabum 5 juin 2015 19:10

            @zygzornifle

            Il n’y a donc rien à faire ?

            La nature humaine est bien triste


          • elpepe elpepe 6 juin 2015 00:13

            eh oui meme les enfants sont cruels, l inconsequence c’est seulement un avatar des adultes

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