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Accueil du site > Actualités > Société > L’orientation en panne. A quand la dépanneuse ?

L’orientation en panne. A quand la dépanneuse ?

Richard Descoings, directeur de Sciences-Po Paris, été chargé par le gouvernement de mener la réforme du lycée. Nous entrons maintenant dans la phase de propositions.

Lancée au début de l’année, la mission de consultation sur la réforme du lycée avait pour objectif de recueillir les témoignages, les attentes et les propositions des acteurs du lycée, un marathon qui a vu se succéder les visites de terrain sur une centaine de départements, avec plus de 15 000 personnes rencontrées.

Parallèlement, une plate-forme internet conçue en partenariat avec YouTube, a été lancée pour permettre aux lycéens, professeurs et familles, de donner leur avis et de trouver en écho quelques éléments de réponse à leurs questionnements et préoccupations.

Aujourd’hui, à l’heure des propositions, on notera au passage ce constat de bon sens fait par Richard Descoings sur la question de l’orientation, un terrain sérieusement miné, à en croire le long chapelet d’experts et de délégués interministériels portés disparus après être passés dans ce qui s’apparente au triangle des bermudes.

Pour une fois, il est pointé l’importance d’une orientation qui laisse le temps au temps, qui s’appuie sur une recherche personnelle encadrée par des adultes et facilitée par l’entreprise, une orientation qui ménage le temps de la maturation et surtout le droit à l’erreur.

Tant d’années pour accoucher d’une évidence....

Alors, pourquoi ce retard ?

Probablement, parce que le modèle français de l’orientation scolaire n’a jamais été posé sur le bon rail. Son péché originel : réduire l’orientation à une intervention d’urgence sanctionnant l’échec, l’inadaptation au système scolaire ou la sortie des études secondaires.

Richard Descoing n’hésite pas à reprendre à son compte les mots qui fâchent : orientation par l’échec, orientation par défaut.

Au centre de toutes les critiques : les Cops, (Conseillers d’Orientation Psychologues), victimes certes d’un système mal ficelé qui ne leur laisse guère de moyens pour faire face aux besoins, mais aussi coupables... de corporatisme doctrinaire et accusés de bloquer systématiquement les réformes visant leurs missions et attributions.

"J’ai été orienté en LEP", entend-on trop souvent. Des filières de relégation aux yeux des élèves, d’autant que trop souvent, c’est le Cop ou l’institution qui suggère et choisit pour eux et parfois malgré eux.

Un coût insensé pour la collectivité lorsqu’on examine à la loupe les taux de réussite aux examens, les chiffres de l’absentéisme et les réorientations qui s’en suivent. Un résultat plus que médiocre, des chiffres lamentables et une situation ubuesque qui perdure malgré les nombreux rapports de carence.

En regardant ces videos où s’expriment jeunes et adultes, on mesure à quel point l’orientation se réduit trop souvent à un choix d’une filière d’études, que l’on veut bien sûr prestigieuse et efficace à la fois.

La question du choix d’un métier est à peine effleurée, on verra plus tard !. C’est dire la préférence dévastatrice pour le modèle dominant des études pour les études, censées protéger et bâtir l’avenir.

Pourtant c’est une évidence, c’est le choix d’un métier qui devrait dicter la feuille de route, et non l’inverse.

De ce point de vue, un "dis moi où tu vas et je te montrerai le chemin" est tellement plus pertinent qu’un "vas ton chemin et tu verras plus tard où il te mène".

50% d’échec à l’université : un piteux résultat, en partie imputable à la faillite du système d’orientation.

Aider les jeunes à élaborer leur projet professionnel et personnel, en leur permettant de se frotter à la réalité des métiers, en les outillant pour leur permettre de faire des choix plus éclairés, voilà le chantier.

Mais voilà, la motrice attend encore la dépanneuse...


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10 réactions à cet article    


  • Fergus fergus 5 juin 2009 15:33

    Salut, Johan.

    Il est évident que l’orientation est l’un des problèmes majeurs du système éducatif français, principalement parce que, comme tu l’as souligné, elle n’intervient le plus souvent qu’en situation d’échec ou de contrainte, et par conséquent de manière négative, avec toutes les frustrations que cela peut engendrer.

    Espérons que la réflexion qui vient d’être conduite et qui semble marquée au coin du bon sens pourra déboucher sur une approche pragmatique et constructive, tant de la part des professionnels de l’enseignement que des parents d’élèves qui, souvent mûs par une ambition élitiste, ne sont pas moins responsables des errements dont nous payons tous le prix !


    • Yohan Yohan 5 juin 2009 17:00

      Salut Fergus
      J’espère aussi qu’il en sortira quelques améliorations. Le CV de Richard Descoing est peut-être plus porteur que celui de ses prédécesseurs pour faire bouger les choses. S’il y a un accord sur le diagnostic et ces propositions de bon sens, il y a une chance pour que les choses commencent à bouger. Il faudra quand même trouver des moyens...ça c’est un autre problème


    • nemopsy nemopsy 6 juin 2009 13:19

      Il était temps !
      Mes premiers contacts avec l’orientation remontent aus années 50... A l’époque il fallait faire la queue pendant des heures pour avoir une liste d’écoles ou de lycées... Et encore fallait-il s’inscrire soi-m^me et passer les concours d’entrée.

      Hier il fallait prendre rendez-vous pour... avoir une liste d’écoles et un choix « imposé ». Pour un eadmission le plus souvent sur dossier. 

      Peut-être que demain il sara possible de choisir vraiment en fonction du porjet qui aura été élaboré patiemment en concertation : le jeune, les parents, l’institution et les sources d’informations quelles qu’elles soient.

      C’est à souhaiter.


      • é-cop-on 6 juin 2009 14:21

        Constater que plein de jeunes vont à l’université par défaut d’avoir une place dans des formations professionnelles de types BTS/DUT, prises d’assaut par les meilleurs dossiers de lycéens (et qui eux auraient les moyens de faire des études longues...), avoir des bac+5 qui « manquent d’expériences » et se sentent obligés d’étoffer leur CV d’un diplôme professionnel de type CAP/Bac pro pour « pénétrer » le monde de l’emploi en piquant au passage la place à des collégiens en rupture d’apprentissages fondamentaux et qui espèrent via l’apprentissage se maintenir à long terme dans l’emploi ...C’est le serpent qui se mord la queue dans un pays qui MANQUE cruellement d’emplois dignes de ce nom pour nos nouvelles générations en mal d’insertion !!!
        Maintenant encore une fois culpabliser les professionnels de l’orientation alors que par exemple dans mon coin on « décrute » dans l’agroalimentaire des BTS IAA tant attendus il y a moins de 10 ans !!! c’est se tromper de bouc émissaires...
        Le problème vient d’une incapacité en France de sécuriser un parcours professionnel tout au long de la vie...
        Je m’arrête là Yohan car tu cèdes de nouveau à la facilité en pensant que les conseillers d’orientation-psychologues sont incapables de changement alors que notre histoire professionnelle depuis un siècle maintenant montre au contraire nos capacités à évoluer ...mais reste ignorant et continue d’ignorer que par exemple mai 68 a profondément bousculer nos pratiques et que nous sommes aussi rendus à un effectif de 3500 qui correspond à moins de 10% des professionnels du secteur...secteur que tu connais je crois ?!...
        J’aimerai que ta critique soit plus étayée et constructive... et par rapport au « travailler ensemble » que dans tes articles sur les maisons de l’emploi tu préconises, laisse à la porte tes a-priori STP à moins que cela soit peine perdue et en ce cas ce sera mon dernier post...


        • Yohan Yohan 7 juin 2009 09:59

          « Constater que plein de jeunes vont à l’université par défaut d’avoir une place dans des formations professionnelles de types BTS/DUT, prises d’assaut par les meilleurs dossiers de lycéens (et qui eux auraient les moyens de faire des études longues...), »

          D’où sortez vous ça ? Je crois au contraire qu’ils vont à l’université parce qu’ils pensent encore qu’il s’agit d’une filière d’excellence, conseillée d’ailleurs par les parents et les enseignants. J’aimerai qu’il y ait plus de jeunes qui optent pour des études courtes et professionnalisantes de type BTS.
          Par ailleurs sur les professionnels, je ne fais que redire ce qui ce dit. Relisez ce que j’ai écrit. Vous n’êtes effectivement pas nombreux pour faire ce travail mais, vous êtes arqueboutés sur votre statut.


        • Alexandre 7 juin 2009 08:45


           Encore un article qui confond orientation et affectation.

           Combien de fois faudra-t-il expliquer que ce ne sont pas les COPs qui décident de l’admission des élèves de collège et de lycée en lycée général, en LEP ou en STS ou DUT, mais les conseils de classe et les commissions d’affectation essentiellement composés de profs et principaux de collège ou proviseurs ?

           Les COPs sont chargés d’accompagner et de guider les élèves dans l’élaboration de leur projet professionnel qui inclut bien évidemment la connaissance des filières de formation scolaire, mais aussi celle des professions. Leur formation les prépare aux deux. Elle leur donne également des connaissances en psychologie de l’adolescence ce qui leur permet de ne pas réduire le processus d’élaboration d’un choix professionnel à une meilleure connaissance de « la réalité des métiers » qui résoudrait tout. Ils connaissent le poids des stéréotypes et encouragent les élèves à effectuer des stages en milieu professionnel.

           Le chiffre de 50% d’échec en première année à l’université n’a aucun sens : Il inclut la première année de médecine et de pharmacie où l’échec n’est pas de 50 mais de 85%, en raison du numérus clausus, ne tient pas compte de la réussite en redoublement de première année et du fait que l’université étant la seule poursuite d’étude non sélective après le bac, elle est choisie par défaut par les bacheliers technologiques et professionnels qui n’ont pas obtenu de place dans une formation sélective, et qui n’y sont pas préparés et y vont en attendant d’obtenir une formation qui corresponde à leurs intérêts et études secondaires l’année suivante.

          On sait qu’avec l’angoisse justifiée des familles concernant l’avenir professionnel de leurs enfants, l’orientation est un marché juteux qui s’ouvre pour les boites privées, « coach » et autres spécialistes de l’esbroufe. La première étape de la privatisation étant comme dans tous les domaines de dénigrer le service public..


          • Yohan Yohan 7 juin 2009 10:05

            @ Alexandre
            Vous confirmez donc que vous ne servez à rien, puisque d’un côté vous n’avez pas de moyens et que de l’autre, ce n’est pas vous qui décidez des affectations.
            Encore une preuve que ce système dysfonctionne.
            Je préfèrerai de votre part des propositions constructives pour changer cet état de fait.
            Pour ma part, je suis pour un regroupement des professionnels de l’orientation, un brassage, entre COPs, conseillers de l’AFPA, consultants des CIBC, tous ceux qui oeuvrent et proposent des avancées en matière d’orientation.


            • Alexandre 7 juin 2009 10:50

               @ Yohan

               Dans la même logique (?) vous pourriez dire qu’avocat ne sert à rien,
               puisque ce n’est pas lui que rend le jugement.


              • é-cop-on 7 juin 2009 12:06

                Pour les nombreux problèmes qui se posent dans nos universités, on ne peut pas dire non plus qu’il n’y a pas en son sein des filières de qualité... et en cela il ne faut pas non plus être binaire en étant pour le <tout BTS> qui a vraiment ses limites (...) et penser entre autres que les master pro sont inadaptés aux besoins des entreprises...
                Mais ceci est un sujet bien complexe et ancien maintenant, c’est d’avoir fait aussi le choix en France de créer des grandes écoles qui a rendu la concurrence complètement déloyale et inégalitaire...
                Quant au statut de fonctionnaire que vous semblez avoir dans le collimateur, cela reste pour moi la meilleure garantie d’une indépendance par rapport à des lobbies professionnels... Pour vous en convaincre, je vous donnerai l’exemple de la mission locale de mon coin, en mal chronique de financements, et qui pour se sortir de là fait appel justement au lobbying du secteur agroalimentaire très influent politiquement...Je ne vous fais pas un dessin quant aux politiques de formation et d’insertion des jeunes dans mon coin...
                A part cela, je ne vous ai pas attendu pour travailler en complémentarité avec les autres professionnels que vous listez...pour avoir d’ailleurs aussi été avant d’être Copsy, Conseiller-bilan et formateur Greta ou encore animateur MGI...Cela s’appelle s’arquebouter ?!


                • Yohan Yohan 7 juin 2009 13:05

                  Pour moi, c’est là où on veut aller qui détermine le chemin, je n’ai pas plus de préférence pour le BTS que pour le master, du moment qu’il ne conduit pas à des impasses et qu’ils soient ouverts à ceux qui en veulent le plus, et non uniquement à ceux qui ont des facilités à étudier ou qui des moyens financiers.
                  Déjà que ceux qui réussissent à l’école ne savent pas toujours où ils vont.
                  Au lieu de parsemer un chemin déjà caillouteux de clous, on ferait mieux de bitumer.

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