Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Société > « L’Union est devenue une entreprise de liquidation de l’Europe (...)

« L’Union est devenue une entreprise de liquidation de l’Europe comme civilisation et comme projet » (1/3)

Dans un livre sur "La démocratie à l'épreuve de l'intégration européenne" (LGDJ éd.), Christophe Beaudouin, docteur en droit, accuse les classes dirigeantes d'avoir utilisé le rêve européen pour trahir la démocratie : "Sentant le vide ronger la nation de l'intérieur, l’élite française n’imaginait plus depuis longtemps, pour la nation, de destin propre. Plutôt que de penser une architecture européenne souple conjuguant respect des démocraties, besoin de frontières et économie de marché, les États d’Europe se collèrent les uns aux autres sous l’égide de l’administration bruxelloise, comme des poules malades dans un coin du poulailler. Ce n’était plus la paix ou la fraternité européenne qui les poussaient cette fois, mais l'angoisse du monde qui changeait. L’intégration supranationale est l’ultime voyage de démocraties fatiguées, presque soulagées d’en finir, sans mauvaise conscience, avec les responsabilités décidément exigeantes de la souveraineté." 

Christophe Beaudouin

Entretien avec Christophe Beaudouin, auteur de « La démocratie à l’épreuve de l’intégration européenne », pour le mensuel Nouvelles de France d’octobre 2013.

Dans votre ouvrage analysant le sort de La démocratie à l’épreuve de l’intégration européenne. Tome 278 (éditions LDGJ, 556 p.), vous affirmez que nous sommes en train de vivre un changement « discret » de régime. Qu’est-ce-qui vous permet d’affirmer cela ?

Oui, tout s’est accéléré depuis vingt ans. Dans le grand tournant de la fin du XXe siècle, sans bruit, sans violence, sans proclamation solennelle, les Européens ont changé de régime politique. En déplaçant le gouvernail vers des autorités supranationales indépendantes, à Bruxelles, Francfort, Genève et Strasbourg, la démocratie a basculé. Il y a manifestement devant nous bien autre chose qu’un simple « déficit démocratique », expression piégée comme sait les fabriquer le système. Avec cette formule en trompe-l’œil, répétée sur le mode de la dénonciation incantatoire, une doxa européenne a pu faire, par la négative, de la légitimité démocratique de l’Union et de son droit un postulat indiscutable : en concédant une insuffisance, on présuppose l’existence du tout. Un « déficit », au moins, peut-il être comblé. En l’espèce, on jure la main sur le cœur que le système doit corriger absolument son « déficit » de légitimité et ce, généralement, en accélérant sa marche unificatrice et le transfert de compétences au profit d’organes technocratiques. En fait, l’unification supranationale européenne semble constituer l’achèvement du programme démocratique lui-même, sa destination finale. Débarrassé de la nation, son enveloppe charnelle, et du politique – lieu de formation de la conscience et de la souveraineté collectives – donc du dèmos, notre régime européen d’intégration marquera l’achèvement, au double sens du terme – accomplissement et terminaison – du cycle démocratique, un achèvement annoncé de Platon à Tocqueville.

Pouvez-vous nous expliquer en quoi ce changement de régime consiste concrètement ?

Les États européens eux-mêmes dans le cadre des Nations unies et celui de l’Union fournissent les indicateurs. En particulier, ils ont formalisé au Conseil européen de Copenhague en 1993 et dans les traités actuels les critères constitutionnels de la démocratie et de l’État de droit, qu’ils exigent d’ailleurs des pays candidats d’observer scrupuleusement. Or, le moins que l’on puisse dire c’est que l’organisation qu’on appelle Union européenne aujourd’hui, avec son système institutionnel centralisé et ses vingt-huit démembrements étatiques, prend de sérieuses distances avec ses propres critères. Dans ce régime européen, il ne reste plus grand chose des fondements constitutionnels du gouvernement démocratique et de l’État de droit, en particulier : la souveraineté inaliénable, indivisible et imprescriptible, la séparation des pouvoirs sans laquelle il n’y a « point de constitution » (disait Montesquieu), la primauté de celle-ci au sommet de la hiérarchie des normes ou encore la « forme républicaine du gouvernement » théoriquement interdite de révision par l’article 89 de la constitution française. Sur ce dernier point, Jacques Delors lui-même voit dans ce nouveau régime européen un « despotisme éclairé et doux » et José-Manuel Barroso, l’actuel Président de la Commission, un « empire non-impérial ». L’article 88-1 de notre constitution autorise la participation de la République française à une organisation de l’Europe qui ne ressemble plus guère à l’Europe issue des traités actuels. On y lit que les Etats y exerceraient « en commun » et seulement « certaines de leurs compétences » en vertu des traités TUE et TFUE. Jetez ensuite un simple coup d’oeil au sommaire de ces traités et vous aurez compris que cette rédaction de l’article 88-1 est symptomatique du grand déni français sur la nature et le degré d’intégration européenne. L’Union accomplit le songe saint-simonien du passage « du gouvernement des hommes à l’administration des choses ».

Qu’est-ce qui l’a permis ? En d’autres termes, ce changement est-il inscrit dans l’ADN de l’UE ou s’agit-il d’une dérive malheureuse ?

Le traité de Rome de 1957 est ambivalent. Il y avait les outils pour construire l’Europe de différentes façons. Mais tant que nous étions six pays réunis pour faire une Europe agricole, un marché protégé avec la préférence communautaire et nos souverainetés intactes grâce au compromis de Luxembourg, nous construisions l’Europe des nations. L’Europe était alors une formidable addition de forces, qui aurait pu réussir tant de choses : s’élargir convenablement aux pays de l’Est après 1989, lancer des coopérations à géométrie variable, bâtir notamment l’Europe industrielle, de la souveraineté alimentaire, un internet européen, que sais-je encore… Mais c’est une autre direction qui a été prise. Avec la double rupture fédéraliste et mondialiste à partir des années 80-90. Au tournant de Maastricht et Schengen, accéléré avec les traités d’Amsterdam et Lisbonne, on est passé de l’union comprise comme une communauté de nations, à un projet de fusion des nations, et d’autre part du marché commun au marché mondial. Comme si le processus dit « européen » était piloté par un passager clandestin visant toute autre chose qu’à « faire l’Europe »…

« La révolution culturelle des enfants du babyboom était portée par le rêve d’un monde sans limites. La finance mondiale, le commerce et l’industrie de l’information l’ont réalisé. Le capital lui aussi a voulu jouir sans entraves ! »

A-t-il donc quelque chose à voir avec une idéologie que certains appellent le mondialisme ?

On ne peut effectivement plus isoler l’analyse de l’intégration supranationale européenne – identifier et comprendre ce qui la propulse, formate ses institutions et programme ses politiques – du mouvement historique plus vaste de mondialisation des échanges, de la finance et de l’information. Ceux-ci avaient besoin d’États mais d’États faibles. Enclenchée au début des années quatre-vingt, la dernière phase de la mondialisation fut l’accomplissement, sur le plan économique, du mouvement de libéralisation amorcé sur le plan culturel à la fin des années soixante. Le capital lui aussi a voulu « jouir sans entraves ». Ainsi et sous l’impulsion de la Commission, les Européens ont rapidement abandonné leur ambition de « Communauté » de producteurs et de consommateurs – protégés depuis le traité de Rome par un tarif extérieur commun élevé – au profit de l’ambition inverse : entrer ensemble de plain-pied dans le jeu du libre-échange mondial. Pour passer d’une Europe protégée – la « préférence communautaire » – à une Europe ouverte – le « libre-échangisme » mondial -, les droits de douane ont été abaissés de 14,5% en 1992 à 1,5% en 2012, faisant d’elle l’union commerciale la moins protégée du monde. Les États européens ont ainsi rompu avec leur responsabilité vis-à-vis de la politique macro-économique. La fonction de l’État souverain était de maintenir ce que Castoriadis appelle « l’équilibre dynamique » de la production et des échanges, c’est-à-dire « l’égalité approximative des rythmes d’augmentation de la consommation et d’élévation de la productivité ». Cette tâche consistait pour les États à réguler le niveau de certaines importations et exportations par des écluses douanières, voire à en interdire, ainsi qu’à stimuler la demande intérieure de consommation et d’investissement par une politique keynésienne. Or, les instruments et la volonté politique nécessaires à l’accomplissement de cette tâche ont été volontairement abandonnés par les États. En abolissant peu à peu les frontières, les droits de douane et les législations protectrices, on abolissait la distinction entre « l’intérieur » et « l’extérieur » des États. De sorte qu’il n’existe plus aujourd’hui de distinction possible entre marché interne ou européen et marché mondial. La révolution culturelle des enfants du babyboom était portée par le rêve d’un monde sans limites. La finance mondiale, le commerce et l’industrie de l’information l’ont réalisé. Épousant de plus ou moins bonne foi la cause européenne, ces derniers trouvèrent chez les Européistes sincères de précieux alliés. On vit ainsi converger des armées d’« Européens convaincus », aux motivations variées, souvent opposées, pas toujours avouées, mais ayant un ennemi commun : l’État nation. Plus de soixante ans après la Déclaration Schuman, la volonté d’extension du libre-échange et de sa culture d’accompagnement semblent l’avoir emporté sur le désir politique de ceux qui rêvaient vraiment d’Europe.

Comment expliquez-vous ce basculement ?

Ce basculement de l’ordre ancien a connu une accélération sous l’effet d’une conjonction : le souvenir coupable et horrifié des guerres ainsi que des idéologies et valeurs qui leur ont servi de justification, l’orgueil prométhéen grandissant à la mesure de la domination humaine de l’univers via la technique, l’industrie et les sciences, la révolution culturelle individualiste, la société de l’urbanisation, de la consommation et de l’interconnexion, et la mondialisation libre-échangiste. Les sociétés européennes se sont dès lors rapidement converties aux valeurs de la modernité : le pluralisme, la tolérance, le nomadisme et l’ouverture. Elles ont traduit juridiquement ces valeurs dans des traités et des politiques européennes à travers deux principes à usage multiple : la libre circulation et la non-discrimination. La « société démocratique » européenne, composée d’individus « libérés » des anciennes médiations et institutions – l’État et par extension l’école, l’armée…, au-delà la nation, la famille, les morales laïque et religieuse – a ainsi peu à peu adapté son régime politique à ses nouvelles valeurs. « L’État démocratique », fondé sur la souveraineté du peuple, doit laisser progressivement la place à la « société démocratique », fondée sur la souveraineté de l’individu, bénéficiaire de multiples droits subjectifs. Le bousculement des États-nations par des entités administratives transnationales – près de 2 000 organisations de niveau mondial – est le début de réalisation de cette « démocratie sans peuple », ou « post-démocratie » dont l’Europe est le laboratoire expérimental.

À suivre demain !

> La démocratie à l’épreuve de l’intégration européenne. Tome 278, par Christophe Beaudouin


Moyenne des avis sur cet article :  4.71/5   (28 votes)




Réagissez à l'article

20 réactions à cet article    


  • Alpo47 Alpo47 13 décembre 2013 16:09

    "... Qu’est-ce qui l’a permis ? En d’autres termes, ce changement est-il inscrit dans l’ADN de l’UE ou s’agit-il d’une dérive malheureuse ?...« 

    Ce changement est le fait de la volonté délibérée de ceux qui dans l’ombre, décident vraiment de notre avenir. Leur but ultime est d’abolir les nations et les frontières. L’augmentation de l’immigration économique en est le moyen le plus visible. La remise du pouvoir entre les mains d’une »élite" soumise, le moyen le plus sur. L’UE en est l’application locale.

    Il est très probable qu’une période de grand chaos économique et social est prévue et va venir maintenant très prochainement. A partir de là, les peuples seront demandeurs d’ordre et de solutions . Alors, on nous mettra en place une armée mondiale, et surtout ...un gouvernement mondial.

     Quelle autre solution pour un petit groupe pour prendre les rennes et controler 7 milliards d’individus divisés et indociles ? Sept milliards d’esclaves -enfin ceux qui auront survécu- pour renforcer quelques psychopathes. Merci à Flamby -très dévoué serviteur du NOM- et consorts ...

    Ordo ab chao .


    • claude-michel claude-michel 13 décembre 2013 16:54

      A l’époque du franc sous Jospin...nous étions a 3% sur une année...le chômage en baisse et surtout du pouvoir d’achat...(je ne suis pas Jospiniste)..au passage à l’euro ce fut le début de la fin...Bizarre non..c’était en 2002.. !


      • Piotrek Piotrek 13 décembre 2013 19:56

        C’est un excellent article, car il met bien en perspective qu’il existait bien une idée d’Europe qui est radicalement differente du résultat qu’on connait aujourd’hui.

        Pas besoin de théorie du complot mais juste un glissement quasi naturel de l’économie mondiale et des mentalités (où bien évidemment il y a eu et il y a toujours un festival d’abus, c’est là où l’on peut placer le complot)

        le début de réalisation de cette « démocratie sans peuple »

        Belle conclusion, et c’est ce qui me force à chaque fois à pousser les anti-UE dans leurs retranchements car sommes nous certains de retrouver une France ou une démocratie avec un peuple par le simple fait de sortir de l’Europe ?
        Cela reste une question ouverte.


        • kimbabig 14 décembre 2013 01:48

          certain de retrouver une démocratie avec un peuple par le simple fait de sortir de l’Europe ?

          On ne peut en être totalement certain, mais c’est tout de même quasiment sûr : la France est une nation constituée qui hérite d’une longue histoire démocratique, une communauté humaine et politique laquelle chacun est conscient d’appartenir (voir la ferveur des discussions politiques entre quidams au moment des scrutins nationaux).

          Par contre, ce qui est totalement certain, c’est qu’on ne retrouvera jamais une démocratie avec un peuple en restant dans l’union européenne, conçue pour priver les peuple de leur démocratie.

          Par conséquent le choix qui s’impose est donc la sortie de l’union européenne.


        • Piotrek Piotrek 14 décembre 2013 15:25

          Tout se déciderait à Bruxelles ? Tout le mal vient de Bruxelles ?

          Je ne crois pas, l’UE n’est qu’un intérmédiaire. Nos politiques l’utilise souvent comme excuse pourtant c’est leurs partis et leurs amis qui siègent la bas.

          Quelle garantie ai-je si l’on sort de l’UE, si cela se passe mal, qu’un autre politicien me dise c’est pas sa faute ?

          Faut que celui qui me propose de sortir de l’UE ait un argumentaire suffisement blindé sinon ça sera la politique comme d’habitude mais juste sans l’Europe !

          On dirait que vous essayez de me convaincre sans arguments. Comme si vous me disiez que supprimer toutes les fusils du monde supprimerait tous les conflits.


        • kimbabig 14 décembre 2013 18:28

           

          Regardez le nombre de domaines qui relèvent de la compétence exclusive de l’union européenne, ou de sa compétence partagée avec ses pays membres, et vous verrez que la liste de ce qui se décide à Bruxelles est énorme.

           

          Or, vu comment cette organisation a été créée (sous la houlette des USA) et dirigée depuis sa création (pour satisfaire des lobbys au services de multinationales), vu que cette organisation regroupe des pays aux intérêts contradictoires, il ne peut pas en venir du bien.

           

          C’est plutôt à ceux qui ne veulent pas en sortir de trouver des raisons valables d’y rester ! Je n’en ai jamais trouvé aucune.

           

          Au contraire, plus le temps passe et plus on trouve de raisons tout à fait valables, et même vitales, pour en sortir, avec tous ces drames dans les pays Méditerranéens ruinés par l’union monétaire (si, si, 9 prix Nobel d’économie le disent) et la crise de la dette qu’elle a provoqué chez eux, les émeutes en Italie, la famine en Grèce, les Espagnols qui émigrent au Maroc pour cause d’avenir bouché dans leur pays... Avec ce référendum qu’on nous a volé en 2005, cette austérité qui s’impose à nous indifféremment de notre vote.

           

          Or cette austérité était justement l’issue immanquable du chemin tracé par les traités fondateurs de l’union européenne. Et ce n’est pas un accident, mais le but de cette construction supranationale, et ce depuis ses débuts.

           

          Austérité car les pays les plus riches voulaient, veulent et voudront toujours à tout prix éviter d’avoir à payer, que ce soit par de l’inflation ou par des transferts massifs (ce qui se comprend finalement), pour les déficits des pays les plus pauvres dont l’économie est étranglée à monnaie égale avec des pays plus compétitifs.

           

          Au niveau national, on peut changer les choses avec une pleine souveraineté. Si l’on sort de l’UE, et qu’ensuite les choses tournent mal, ce sera uniquement parce que nos dirigeants n’auront pas fait ce qu’il fallait.

           

          La seule chose qu’ils pourront dire en tel cas c’est « J’ai cru bien faire et je me suis planté. Désolé. ». Ils n’auront plus d’excuses. C’est d’ailleurs pour cela qu’ils s’accommodent bien de cette structure supranationale ou la position du gouvernement Français peut être mise en minorité dans les instances de décision (pour la plupart des domaines, il faut réunir des pays regroupant 35% de la population cumulée des pays de l’union européenne contre une proposition de la commission pour former une minorité de blocage au conseil).


        • Piotrek Piotrek 14 décembre 2013 21:11

          Regardez le nombre de domaines qui relèvent de la compétence exclusive de l’union européenne, ou de sa compétence partagée avec ses pays membres, et vous verrez que la liste de ce qui se décide à Bruxelles est énorme.

          Oui mais dans toutes les compétences de l’union, il n’y a vraiement que la politique monétaire qui pose problème. Tout le reste c’est de facto des négociations internationales EU ou non EU.

          Et ça si ça se décide à Bruxelles, c’est aussi par les représentants français la-bas.

          C’est plutôt à ceux qui ne veulent pas en sortir de trouver des raisons valables d’y rester ! Je n’en ai jamais trouvé aucune.

          Toute notre économie repose désormais sur l’Europe. Quite à sortir faut savoir vers quoi : du communisme ? de l’isolationisme ? du protectionnisme ?

          et la crise de la dette qu’elle a provoqué chez eux, les émeutes en Italie, la famine en Grèce, les Espagnols qui émigrent au Maroc pour cause d’avenir bouché dans leur pays...

          La crise de la dette ne peut être résolue en sortant de l’UE, la crise du chômage ne peut être résolue en sortant de l’UE, la crise des retraites ne peut être résolue en sortant de l’UE
          On fait quoi une fois qu’on est sorti ? On imprime de la monnaie ? On collectivise et on controle les prix ?
          Faut du détail, hein et il en faut beaucoup avant que je signe.

          Au niveau national, on peut changer les choses avec une pleine souveraineté. Si l’on sort de l’UE, et qu’ensuite les choses tournent mal, ce sera uniquement parce que nos dirigeants n’auront pas fait ce qu’il fallait.

          Non seulement ça ne répond pas à mes questions, mais ça m’inquiète.

          Globalement, on est d’accord sur le fait que l’UE est une fraude. Mais comprenez-vous mon inquiétude ? J’ai pas l’impression que sortir de l’Europe sera plus facile que la changer, de plus je pense que la changer est nettement moins risqué.
          D’ailleurs, les pays que vous citez, sont dans la même problématique socio-économique que la nôtre, n’est-ce pas un argument de plus pour l’union plutôt que la division.


        • kimbabig 15 décembre 2013 22:47

           Bonsoir Piotrek,

           

          Vous dites que :

           

          « dans toutes les compétences de l’union, il n’y a vraiment que la politique monétaire qui pose problème. »

           

          Relisez bien la liste des compétences exclusives (réservées à l’union) et des compétences partagées (ou l’union peut s’arroger le droit de se substituer aux pays membres si elle estime qu’elle ferait mieux qu’eux).

          http://fr.wikipedia.org/wiki/Piliers_de_l%27Union_europ%C3%A9enne

          Et vous verrez que quasiment tout pose problème.

           

          Au hasard, l’Union douanière.

          On a vu que ce n’était pas une bonne idée quand il faut négocier avec la Chine des tarifs douaniers pour l’ensemble des pays de l’union européenne, sur la base d’un compromis entre :

           

          -d’un côté l’Allemagne, qui ne veut pas de tarifs trop élevés parce que les produits Chinois ne concurrencent pas les siens et qu’elle veut qu’en échange les Chinois ouvrent leur marché aux Mercedes, BMW, au machines-outils (dont un pays en plein essor industriel est forcément friand), et ses produits pharmaceutiques

           

          -de l’autre côté, nous, Français, qui avons intérêt à nous protéger de la concurrence des produits Chinois.

           

          S’imposer un compromis au niveau européen avec des pays aux intérêts contraires aux nôtres pour négocier ensuite au niveau mondial sur base de ce compromis est une aberration, quand on y réfléchit. Il serait bien plus efficace de rechercher, pour chaque sujet, les pays dont les intérêts s’accordent aux nôtres afin de défendre au mieux nos intérêts.

           

          Voilà, comme pour la politique monétaire, un bel exemple de contradiction d’intérêts entre les pays membres qui amène forcément à ce qu’une politique décidée au niveau supranational européen soit néfaste. C’est tout autant le cas pour les autres domaines régis ou susceptibles d’être régis au niveau européen :

           

          -Les règles de concurrence du marché intérieur,

           -La politique commerciale commune,

           -La politique (anti-)sociale,

           -La politique agricole, environnementale,

           -La politique des transports et de développement de réseaux transeuropéens (qui forcément délaisse des parties entières du territoire Français, voir comment les 9 corridors jugés prioritaire)

           -La protection des consommateurs (avec les lobbys à la manœuvre, on a pas fini de bouffer de l’OGM)

           

          Dans tous ces domaines, chaque pays doit se contenter d’un compromis forcément foireux avec des pays dont les intérêts sont contradictoires et souvent incompatibles avec les siens. Je ne vais pas faire le détail pour tout, j’en aurait pour la nuit entière et mon message est déjà long !

           

          Dans tous ces domaines, il est préférable que chaque pays puisse décider de la politique qui lui convient, parce dans tous ces domaines, une politique commune, qu’elle soit décidée dans un cadre intergouvernemental ou purement supranational, aura forcément des conséquences inacceptables pour la majorité de la population d’un certain nombre de pays.

           

          Heureusement, toute notre économie ne repose pas sur l’europe ! la France exporte aussi hors zone euro, et elle va sûrement exporter encore plus dans le Monde une fois qu’elle aura repris le contrôle de sa monnaie !

           

          La conséquence de cette reprise le contrôle sera une amélioration de la compétitivité qui ne peut pas être obtenue en zone euro, les politiques de déflation salariale imposées par l’appartenance à la monnaie unique étant trop inefficaces en plus d’être extrêmement douloureuses pour obtenir une amélioration de compétitivité notable.

           

          La crise de la dette ne peut être résolue en sortant de l’UE, la crise du chômage ne peut être résolue en sortant de l’UE, la crise des retraites ne peut être résolue en sortant de l’UE

           

          Mais si ! J.Sapir a démontré que la simple sortie de l’euro, même dans les conditions les plus mauvaises, c’est, en France, 5% de croissance (du fait de l’amélioration de la compétitivité), 2 millions de chômeurs en moins (cette croissance fera mécaniquement redémarrer l’emploi), et plus aucun déficit (les comptes publics à l’équilibre du fait de la croissance qui augmente les recettes et réduit mécaniquement les dépenses, de la possibilité de contrôler les flux monétaires entrants et sortants et donc d’avoir une redistribution plus efficace et plus juste, et la dévaluation de notre dette, qui sera remboursée pour 85% de son total, contrairement à ce que voudraient faire croire certains bonimenteurs, en monnaie nationale Française, que ce soit la monnaie commune aux pays de l’union monétaire ou une monnaie purement nationale).

           

          Quite à sortir faut savoir vers quoi :

           

          Ce sera justement au peuple Français de le décider, puisque la sortie de l’union européenne lui rendra les moyens de le faire. C’est cela la souveraineté nationale. Le peuple décide comment et par qui il va être dirigé. C’est quand même le fondement de la démocratie. Ce n’est pas rien.

           

          Comme Sapir l’a si bien démontré, la sortie de l’euro (et donc de l’union européenne, car on ne peut sortir de l’euro sans sortir de l’ue) sera bénéfique quoi qu’il advienne, mais ensuite, une fois la souveraineté retrouvée, et donc après avoir bénéficié des bienfaits de la sortie de l’euro (5% de croissance, 2 millions de chômeurs en moins et plus aucun déficit) , les choses iront plus ou moins bien selon les actions des gens que le peuple mettra aux affaires du pays. Dirigeants que le peuple aura le loisir de reconduire ou de sanctionner selon leurs résultats, car ces résultats ne dépendront que de leur action et non des intérêts de nos voisins qui sont incompatibles avec les nôtres et des diktats d’une commission supranationale.

           

          Cela n’a pas lieu de vous inquiéter, car ce serait tout simplement le rétablissement du fonctionnement normal de la démocratie : le peuple qui détermine la façon dont le pays est dirigé.

           

          Alors qu’avec l’union européenne, si l’on vote pour quelqu’un qui ne souhaite pas en sortir, on a forcément une politique de merde, quelque soit celui pour qui l’on vote, car on aura forcément une politique contraire aux intérêts du pays et aux attentes des Français.

           

          Il me semble que votre inquiétude est due à une mauvaise perception de la situation de votre part.

           

          Vous semblez voir l’europe comme un radeau, certes fort inconfortable et peu sûr, au milieu d’un océan en furie qu’on pourrait supposer encore plus hostile, et considérer le fait de quitter ce radeau comme un saut dans l’inconnu.

           

          La réalité est toute autre.

           

          L’union européenne est un immeuble en flammes qui finira tôt ou tard par s’effondrer, tant l’incendie que le risque élevé d’effondrement étant les conséquences d’une conception calamiteuse et de l’usage de matériaux inappropriés et incompatibles. On a plus à se demander si ça vaut la peine de partir parce qu’on n’a pas la certitude qu’il fasse beau temps dehors. Il y a danger donc il faut en sortir au plus vite !

           

          Contrairement à ce que vous croyez, on ne peut pas changer l’union européenne. Celui qui vous promet le contraire n’est rien d’autre qu’un fieffé menteur ! Lors de la campagne du référendum de 2005, les européistes nous avaient avoué leur faiblesse en voulant nous forcer la main à signer : « il n’y a pas de « Plan B » car les traités européens sont le fruit d’un compromis à 25 », disaient-ils à l’époque pour répondre aux partisans du NON qui s’inquiétaient de voir gravé dans le marbre de traités ne pouvant être modifiés qu’à l’unanimité des signataires (ce qui est normal pour un traité international) des politiques ultralibérales et austéritaires. En effet, en y réfléchissant, le dénominateur commun entre des pays aux intérêts incompatibles ne peut être guère différent de cette union infecte. C’est bien pour cela que les USA ont poussé depuis le début la construction européenne. Ce projet leur a permis de neutraliser et vassaliser des concurrents potentiels.

           

          Les pays Méditerranéens, les plus touchés par la crise de l’euro, sont bien dans la même problématique, à savoir supporter les conséquences néfastes de la perte de leur souveraineté. Leur triste sort nous attend la France ne quitte pas cette union au plus vite, et eux continueront de s’y enfoncer tant qu’ils resteront dans cette union mortifère européenne. La solution pour eux comme pour nous est donc la sortie de l’union européenne.


        • Piotrek Piotrek 15 décembre 2013 23:43

          Oui je connais bien Sapir il dit beaucoup de choses vraies, mais je suis un hyper sceptique de nature. Début 2012 il estimait qu’à fin 2013 nous aurions 3.750.000 chômeurs, or nous sommes toujours (enfin si on peut qualifier cela en tant que bonne nouvelle) à 3.275.000

          Aussi cohérent qu’un raisonnement puisse paraître, l’économie demeure profondément chaotique et un « plan » même cohérent n’atteindra pas les effets escomptés car on va systématiquement minimiser ou ignorer certains effets qui comptent : La création de l’Europe en est la preuve, c’est un plan « cohérent » qui a échoué.

          Donc quand on me promet « 5% automatiques de croissance » je me permets de douter (sans douter de vos intentions louables)

          Quant au rôle de l’UE c’est aussi un cadre positif de la négociation des ressources, un cadre sain pour la négociation de l’exploitation de la mer entre voisins : l’UE renforce la protection des ressources maritimes face à des économies patriotiques qui pêcheraient à qui peut le plus (un hypothèse mais une hypothèse crédible)

          Dire que dans l’UE absolument tout est mal est absolument faux et je n’en ai donné qu’un seul exemple. C’est l’union monétaire qui est le problème central.


        • kimbabig 16 décembre 2013 00:06

          Gestion commune de la mer à cause de laquelle les pêcheurs Français ne peuvent que déplorer de voir leurs homologues Espagnols ravager les eaux Françaises.

          Allez parler de gestion commune de la Mer aux Gibraltariens qui ont placé des blocs de béton pour empêcher les pêcheurs Espagnols de venir chez eux...

          Au fait : même si les chalutiers de grande profondeur sont bien en majorité la propriété d’une multinationale Française (Intermarché), c’est bien le parlement européen qui a bloqué l’interdiction du raclage des fonds marins, et non le gouvernement Français, qui s’est retrouvé en porte à faux en raison de la forte mobilisation des Français pour cette interdiction (pétition)...

          Mais c’était aussi quasiment le seul pays à le faire. Donc c’est bien l’europe qui permet aux capitalistes Français des choses qu’ils ne pourraient se permettre dans un cadre national vu la mobilisation publique contre leur saccage des fonds marins. Mais vous comprenez, c’est bien plus facile pour la multinationale en question quand elle peut se payer via des lobbys des eurodéputés slovènes qui ne sont pas du tout concernés par une mobilisation publique Française, plutôt que lorsqu’elle ne peut compter que sur un gouvernement national qui doit rendre des comptes aux électeurs qui se mobilisent !

          Comme toujours, la souveraineté est toujours préférable !


        • kimbabig 16 décembre 2013 00:10

          Sinon, pour les 5% de croissance en cas de sortie de l’euro, Sapir démontre ce qui les provoquerait de façon mécanique dans son débat contre Mélenchon cet été :

          http://www.dailymotion.com/video/x11xmux_faut-il-sortir-de-l-euro-jl-melenchon-et-jacques-sapir-en-debattent_news


        • Piotrek Piotrek 16 décembre 2013 02:04

          Je vous parlais d’une mise en place de quotas entre pêcheurs (ou fermiers) capitalistes.
          L’histoire de la pêche de fond, c’est des sociétés françaises qui gagnent contre des écolos français... je vais y revenir.

          Mais vous me donnez un lien fantastique vers une vidéo que je ne connaissais pas.
          A 43:52 Mélenchon malgré l’implacable logique de Sapir, me donne raison en disant :

          Le monde n’obéit pas qu’à des considérations rationnelles

          Et le plus dramatique dans ce qu’ai j’ai pu voir à présent dans cette vidéo c’est : Sapir est d’extrème gauche on le sait, c’est visiblemet un ami de Mélenchon.
          Il présente sa réflexion à un Mélenchon qui ne trahit pas l’esprit international du communisme et sur des doutes fondés (essentiellement face au monde capitaliste) il n’est pas prêt à appliquer totalement et directement ce que qui lui est préconisé par son ami.
          Marine Le Pen quant à elle, reprend mot pour mot le discours de Sapir pour conforter son « patriotisme » (à géométerie variable) et emballer son discours xénophobe bien creux dans la solution cartésienne de Sapir.

          Moralité : Marine Le Pen gagne non pas grâce à sa cohérence de son message avec les théories de Sapir, mais par la simplification entre son combat nationaliste et les théories de Sapir.

          Et je ne crois pas que Marine va privilégier les poissons ou les manifestants face aux pêcheurs.

          Autre remarque réaliste sur le monde que j’opposerai au rationel : L’Islande souvent cité en exemple, a dû rembourser, en douce, la moitié des fonds perdus par la faillite la banque Icesave, et ce malgré un référundum national qui était contre (à 98% des votes)

          Faut surtout pas croire que les créanciers de la France vont s’asseoir sur une dévaluation de 10, 30 ou 50% qu’elle soit rationnelle ou pas ! C’est la vraie regle du jeu.
          La souvraineté ne garantit rien, ce n’est qu’un mot dans lequel on place ses espoirs.

          Mélanchon a raison, il est communiste avant tout.


        • Antoine Diederick 13 décembre 2013 20:46

          il y a une nouvelle idéologie qui est en train de naître en Europe, le « démocratisme » au lieu de la Démocratie.

          le « démocratisme » c’est une sorte de démocratie formelle mais sans âme qui se fonde sur l’indifférence des citoyens ....une sorte de liberté sans voix tant il est acquis que nous sommes libres de faire des choix....


          • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 13 décembre 2013 20:54

            A lier avec la notion de « gouvernance » ...


          • kéké02360 13 décembre 2013 21:06

            Le logiciel de paie Louvois vient encore de faire des siennes , après l’armée, l’agriculture , mais à priori personne n’en parle, curieux non !!!! ?????? Ce nouveau bug de Louvois concernant ce trop perçu des agriculteurs porterait sur 3 Milliard d’euros !!!!! 

             

            J"ai appris cet après midi par un agriculteur victime, que ce même logiciel sert aussi à verser des primes aux agriculteurs, ainsi Louvois vient de verser deux fois une prime aux agriculteurs qui voyant leur compte abondé , confiants, se sont mis à payer leurs factures !!!!!

            Problème les banques des agriculteurs concerné sans les avertir ont rendu ( à qui !? ) le trop perçu mettant certains agriculteurs à découvert !!!!!!

            Au delà de ce nouveau gros bug de Louvois, je me demande si légalement les banques peuvent reprendre l’argent trop perçu sans l’autorisation du titulaire du compte !!!?????

            Cela laisserait à penser que les banques ont tous les droits et vont pouvoir ( demain quand çà va aller mal comme en Grèce ) vider nos comptes sans nous en avertir pour payer la dette !!!!???

            Je m’étonne que ce logiciel de paie Louvois serve aussi aux agriculteurs pour des primes émanant de l’europe !!!???

            J’en suis d’autant plus étonné que la presse avait officiellement annoncé l’abandon de cette merde de Louvois qui a coûté en plus la peau des fesses aux contribuables !!!

            http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2013/12/03/01016-20131203ARTFIG00395-paie-des-militaires-un-nouveau-systeme-pour-remplacer-le-desastreux-logiciel-louvois.php 

            http://discours.vie-publique.fr/notices/133002820.html 

            Ce logiciel Louvois ne serait-il pas une grosse machine à laver les primes payés par ????? Une énorme usine à gaz gérant des Milliards d’euros, hé oui l’agriculture et la guerre çà coûte très cher aux contribuables !!! Mais çà profite à qui !!!????

            çà mériterait un article sur Agoravox il me semble !!!!! 

             A vos plumes citoyen(ne)s journalistes d’investigation ..............


            • kéké02360 13 décembre 2013 21:07

              suppléments d’infos :

              http://www.lefigaro.fr/societes/2013/12/09/20005-20131209ARTFIG00280-le-credit-agricole-verse-en-double-les-aides-de-la-pac.php 

              à noter que l’agriculteur victime de ce bug ( que j’ai rencontré ) est au Crédit du Nord, mais bon toutes les banqes doivent en croquer


            • Arnaud69 Arnaud69 13 décembre 2013 23:46

              C’est dans l’ADN de l’Europe depuis la première fois que cette idée est née.
              Cherchez vous trouverez qui a eu cette idée, il n’était ni Français ni même Européen.

              L’Europe est juste un outil de destruction des peuples, cultures, modes de vie, ce depuis le départ TOUS nos politiques actuels et même les anciens Européistes le savent parfaitement.

              « Le nouvel ordre mondial, personne je dis bien personne ne pourra l’arrêter »’
              Joli avertissement pour se rassurer lui-même s’il savait à quel point il se trompe...
              Quand il faudra payer la facture de leurs actes tous diront « nous ne savions pas ».

              L’addition risque d’être aussi indigeste que le repas pour ceux qui sont habitués à ne jamais rien payer de leur deniers.
              Quand le vin est tiré il faut le boire même s’il est à la grande-cigüe, qu’ils boivent donc nos « élites » le plus vite sera le mieux !


                • Arnaud69 Arnaud69 14 décembre 2013 12:11

                  @ Musima

                  Ou les trois vidéos que vous trouverez sur ma page de profil, ça parle de la même illusion.


                • JL JL 14 décembre 2013 12:22

                  « Le secret d’une autorité, quelle qu’elle soit, tient à la rigueur inflexible avec laquelle elle persuade les gens qu’ils sont coupables. » (Raoul Vaneigem)

                  Culpabiliser les gens, c’est un peu ce que fait cette petite vidéo, non ?

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès