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L’universalité de l’accès au logement un débat tronqué par une fausse interprétation

Le 30 novembre 2010 le quotidien Libération [1] révélait qu’il aurait eu accès à trois circulaires préfectorales du Haut-Rhin du Calvados et de l’Yonne qui exhorteraient les centres d’hébergement d’urgence à refuser l’accès à ces lieux aux sans papiers. Dans la panique qui suivit cette information, d’ailleurs peu reprise par les médias de masse, Benoist Apparu le secrétaire d’Etat au logement a surréagit en affirmant que « tous ceux qui appelleront le 115 (...) se verront proposer une place ». Affirmation veine s’il en est puisque le guet est désormais franchis, trois préfectures ont été mises à jour, mais il est légitime de penser que d’autres sont encore tapies dans l’ombre.

Une fausse piste
 
L’article 223_6 du code pénal condamne la non assistance à une personne en danger c’est bien connu. Pourtant, cette loi est aujourd’hui en France très loin de faire l’unanimité et les préfets des régions sus-citées feraient bien de ressortir leur Code Pénal. Notre pays surréaliste en ce moment dans bien des domaines vient de franchir un nouveau cap. Bien plus grave encore qu’un président insultant une profession qui selon lui serait minée par des "pédophiles" en puissance, ou même qu’un François Barouin nous expliquant à propos de l’affaire WikiLeaks qu’"une société transparente est une société totalitaire". Bien plus grave en effet car ici nous touchons du doigt un point fondamentale qu’est l’universalité du rapport aux logements mais également et surtout du rapport aux soins et à la maladie.
 
 Ces circulaires à l’arrière gout âcre de celles de 1940 triant et classifiant les gens en fonction de leurs origines et de leurs religions, nous renvois quelques décennies en arrière à l’époque ou l’on prenait le saturnisme infantile pour une pathologie réservée à la "race" africaine alors qu’elle était en réalité liée aux grands ensembles insalubres qui servaient de lieu de vie à ces familles. Non ce n’est pas exagéré, car oui il s’agit bel et bien d’une monstruosité que de ne pas accepter de loger quelqu’un prétextant son origine.
 
 Imaginez l’image qui est actuellement en train de se répercuter en France et dans chaque foyer. Que l’immigré SDF est un malpropre qui ne peut dormir dans les mêmes logements que le Français SDF ? Que va dire la mère à sa fille dans quelques années quand une loi sera passée en stipulant que les hébergements d’urgence ne s’appliquent qu’à ceux qui ont des papiers ? "Tu vois le vieux monsieur au loin qui dort sur un banc ? Et bien rassure toi tu ne pourras jamais devenir comme lui, dormir dehors c’est réservé aux étrangers aujourd’hui.".
 
Le retour en force du culturalisme
 
 De prime abord le parallèle entre l’accès au soin et l’accès au logement n’apparait pas forcément comme une évidence. Mais cela serait tirer un trait sur passé qui eut pour habitude d’inscrire le corps du migrant et du sans-papiers dans un système culturaliste à souhait. L’époque où il était écrit noir sur blanc dans les ouvrages de médecine que le migrant d’origine africaine était préposé à telle ou telle maladie n’est pas si loin et n’est apparemment pas révolue. Car si on a appris ensuite que ces prépositions n’étaient pas liées à une quelconque particularité physique mais bien à un contexte social (logement, statut, etc...) il reste sans doute possible des bribes d’un passé "racialisé" qui séduisent certainement quelques uns.
 
 N’en déplaise, le culturalisme se doit d’être révolu dans le domaine de la santé ET du logement. Aujourd’hui on se doit d’affirmer que la preuve de l’universalité de la maladie doit entrainer l’universalité des soins [2]. Or dans une période de froid aussi importante que celle que nous traversons en ce moment en France il est important de comprendre que refuser un logement à quelqu’un sous prétexte qu’il est sans-papiers est un crime aussi grave que de fermer les portes d’un hôpital à un blessé entre la vie et la mort quelque soit sa nationalité. 
 
 Ajoutez à cela l’amendement Mariani (CL 381) [3] dont Eric Besson est l’auteur qui prévoit de restreindre d’autant plus les asiles médicaux et vous obtenez un mélange qui sent mauvais la discrimination et l’inhumanité.
 
Culturalisme, politique et santé : un mélange à bannir
 
 Alors que la xénophobie est désormais devenue banale dans le discours politique (Cf : Brice Hortefeux) on peut légitimement se demander si le gouvernement est réellement compétent en ce qui concerne les propositions et les acceptations de lois en la matière. Les domaines de la santé publique et de l’assistance sociale sont des prérogatives de l’Etat, or celui-ci ne peut fonctionner de manière linéaire. Il est en effet soumis, à regret, aux aléas du système, tantôt pingre tantôt généreux, les mouvements sont pendulaires et régis en fonction du contexte économique et social du moment doublé de l’appréciation du gouvernement de l’instant. Si l’on ajoute à cela le fait que deux ans avant la fin du mandat présidentiel, la majorité se concentre davantage sur sa succession que sur les problèmes humains, on comprendra qu’il est nécessaire de créer une sphère parallèle fonctionnant indépendamment d’une quelconque idéologie politique.
 
 A l’heure actuelle, les statistiques sanitaires incluant l’origine des patients sont sensibles voir cachées. Sans l’expliciter on comprend bien que l’Etat cherche à garder cette image, aujourd’hui écornée, du modèle d’intégration européen tout en évitant d’éclairer la population sur les réalités discriminatoires du pays. Cela est extrêmement dangereux car comme l’a montré Augustin Gilloire [4] les sans-papiers sont, par exemple, bien plus sensibles au virus du Sida, non pas physiquement évidemment, mais de par leur méconnaissance des risques encourus et du fait qu’ils ont plus de difficultés à accéder aux dépistages et aux soins. En cherchant à garder un blason doré et propre la France et son gouvernement s’embourbent dans un problème qui a des conséquences réelles.
 
 Enfin, et ce sera ma conclusion, il ne s’agit pas ici de gagner ou de perdre le pouvoir, ni de jouer au coq qui aura la plus belle plume, mais bien de faire en sorte que l’Humain ne se retrouve pas abaissé au rang d’animal crevant de froid et malade comme un chien.
 
 
 
Sources :
 
[1] http://www.liberation.fr/societe/01012304988-des-sans-papiers-prives-d-hebergement-d-urgence
 
[2] Didier Fassin, Repenser les enjeux de la santé autour de l’immigration
 
[3] http://www.vih.org/20101006/loi-besson-fin-l-acces-aux-soins-pour-etrangers-18077
 
[4] Augstion Gilloire, Les catégories d’"origine" et de "nationalité" dans les statistiques du sida

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5 réactions à cet article    


  • Bélial Bélial 2 décembre 2010 11:46

    L’actuel président lorsqu’il était candidat avait parlé du droit opposable au logement, puis a nommé Martin Hirsch, que pouvait faire cette personne seule ?

    Ce qui pousse à penser que le président (et son gouvernement) s’en bat les couilles des gens qui meurent de froid comme de sa première rollex.

    Alors qu’on aurait pu écouter les associations qui travaillent sur le logement, appliquer leurs propositions...
    Et 3 ans après on en est là...


    • perlseb 2 décembre 2010 18:09

      Dans cette société gnan-gnan, on préfère s’intéresser à la sexualité des handicapés qu’aux chômeurs ou aux SDF. Vive la prostitution généralisée et remboursée par la sécu, quant à ceux qui ne sont pas handicapés, qu’ils crèvent dans la rue...

      Où comment la décadence est profondément ancrée dans les esprits.


      • ichris31 2 décembre 2010 20:29

        mais n’importe quoi pertseb.
        Alors tu penses que l’on s’intéresse trop aux personnes handicapées et à leur sexualité parce que tu as vu, je suppose, un malheureux reportage que je ne veux même pas voir. A quoi ça te sert de vouloir faire ce genre de comparaison ? 
        Tu sais ce que c’est que d’être handicapé, de pas pouvoir bouger le moindre petit doigt, d’être dans l’immobilité totale toute une vie, de ne même pas pouvoir se masturber. Il faut absolument que tu t’intéresses un peu plus au sujet que tu abordes. Tu peux pas continuer comme ça.


        • perlseb 2 décembre 2010 21:20

          Je sais exactement de quoi je parle ichris31. Si tu es gnan-gnan toi-même, c’est ton problème. Effectivement la situation des handicapés n’est pas enviable, et que dire des gens qui se suicident et qui pourtant sont en bonne santé (comme mon frère l’a fait) ? Les gens ont tous des problèmes et la gravité réelle des problèmes rencontrés n’est pas proportionnelle à ce que l’on peut voir extérieurement ou physiquement.

          Avec des gens comme toi, les gens en bonne santé physique mais dont on se contrefout dans cette société (SDF, chômeurs) vont s’automutiler pour que l’on s’occupe enfin d’eux. La comparaison est importante, car d’un côté on créé des conditions abominables pour des gens qui pourraient vivre normalement, et ensuite on vient s’apitoyer sur des gens qui, malheureusement, quelque soit la bonne volonté que l’on puisse avoir, n’auront jamais une vie normale.

          Mais peut-être croyez-vous que ceux qui n’ont pas de logement ou de travail le méritent. Si l’on veut être humain et juste, il faut prendre les problèmes dans l’ordre : de quoi se loger, de quoi manger, idéalement une activité non avilissante qui permette de se sentir utile dans cette société. Bref, on est très loin de ces besoins de base et on peut avoir honte de vivre dans ce monde. On cherche plutôt à avilir tout le monde en favorisant la prostitution, toutes les raisons étant bonne, et surtout l’apitoiement sur des problèmes certes réels. C’est ça le problème de fond de cette société, l’avilissement général : des traders qui gagnent des millions en affamant d’autres personnes, des banquiers qui gagnent leurs bonus en ruinant des pays, des hommes politiques qui se paient des rétrocomissions et se protègent derrière le secret défence...

          Une société où il faut être vil pour réussir ne peut, de toutes façons, que favoriser l’avilissement général, prostitution incluse. Moi je vais continuer comme cela et mon moral restera intact, par contre la société ne peut pas continuer comme ça, ce sont des signes anonciateurs qu’elle est sur sa fin (ça s’appelle la décadence et on est en plein dedans, il n’y a pire aveugle que celui qui ne veut pas voir). Libre à toi d’être décadent et de confondre cela avec une libération des mœurs : je trouve personnellement les gens assez coincés alors même qu’ils se croient libérés.


        • peace06 2 décembre 2010 23:48

          petite histoire.. j’habite à coté d’un acceuil de jour, centre où les SDF peuvent venir se restaurer, se laver etc... celui ci existe depuis fort longtemps, et dans le quartier, beaucoup de gens venaient, pour donner des vetements, de la nourriture etc..
          depuis quelques années, le ton a changé... une certaine partie des gens acceuillis dans ce centre ne sont plus les memes.. tous les soirs, il y a des baggarres, des degradations en tout genre dans le quartier.. les passants se font insulter, cracher dessus... les enfants n’osent meme plus passer devant.. la police est là souvent... les poubelles brulent..
          plus personne ne vient donner de la nourriture, quelques paroles reconfortantes... normal, à présent, les gens du quartier ont peur... il y a meme des petitions qui circulent pour faire partir le centre... alors ???
          On nous dit « racistes », « pas acceuillants »..mais comment acceuillir des gens qui ne nous veulent pas !!! comment aimer les gens qui nous haissent ???
           

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