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Accueil du site > Actualités > Société > La colère qui gronde

La colère qui gronde

De HP France à la SNCM pour les plus récentes, on assiste bien à une radicalisation et à une montée en violence des actions liées aux revendications sociales. Sur fond de profond malaise persistant, d’insécurité au sens strict du terme à la déstabilisation sociale, la lente montée de la violence se fait sentir à tous les niveaux. Il ne s’agit pas ici de porter un jugement sur ces faits, mais de regarder ce que cette situation recouvre dans notre société.

Sauf à accepter que la violence soit le moyen le plus naturel pour exprimer ses revendications, il nous faut regarder l’état actuel de nos relations sociales.

L’individualisme d’une part, la non-représentativité des organismes syndicaux d’autre part, ainsi que l’approche systématiquement financière de l’économie, ont créé les plus mauvaises conditions qui puissent exister pour des relations sociales « raisonnables ». Mais, hélas, cela n’est pas le pire.


Il se trouve que je suis administrateur d’une petite association d’insertion sociale de personnes en difficultés dites « passagères » (chômage, divorce, sans papiers, mères célibataires, etc.) par l’art (peinture, sculpture, photo, écriture, etc.). Cette association existe depuis peu (2001) mais ce laps de temps nous laisse suffisamment de recul pour regarder l’évolution des choses. Chaque personne faisant appel à cette association est suivie, aussi bien par les animateurs d’ateliers que par un cadre de l’association ,pour évaluer avec elle sa situation, ses perspectives et ses attentes. Que constatons-nous ? Partant de personnes en réelles difficultés financières et psychologiques, nous assistons à une progression considérable de gens « désocialisés », c’est-à-dire rejetés purement et simplement. D’une violence issue des conditions matérielles, avec leur impact psychologique, nous sommes passés à une violence pure, qui fait que ces personnes, d’une part, n’ont pas la possibilité de se « resocialiser », et, d’autre part, refusent cette socialisation ; elles répondent à cette violence par une violence du désespoir, avec le comportement que cela induit : rien à gagner, mais rien à perdre. Il est triste - le mot est faible - de constater que nous ne pouvons pas grand-chose pour elles.

Il serait dangereux de penser que cette situation concerne un nombre limité de gens. L’exclusion stricto sensu est à l’œuvre. Je ne sais si, consciemment ou pas, ceux qui se battent chez HP ou la SNCM le sentent, et si cela influe sur leur mode d’action. Mais il y a là un problème considérable, dont, hélas, on parle bien peu.


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6 réactions à cet article    


  • Denis (---.---.163.119) 2 octobre 2005 21:03

    M. Vincent, vous commencez votre article fort intéressant sur le thème du monde du travail, en passant trop vite sur un fait accablant qui fournirait une explication au problème que rencontrent les personnes désocialisées que vous rencontrez. Un facteur de cette « chute » ne serait-il pas un monde économique perdant le repère de son but : être un lien socialisant pour tous, des plus « fragiles » au plus « armés ».

    Et cette opposition quasi-constante que nous retrouvons entre patronat et syndicat est affligeante. Un excès de zèle du premier (à l’échelle mondiale, j’entends) conduit à suivre des actions totalement décalées par rapport à leur objectif initial, défendre une certaine équité et un droit au travail pour tous, dans des conditions dignes. Quand le salarié du haut de la vague peut arriver à se passer des syndicats, celui du bas va inévitablement devoir entrer dans le jeu, ou s’en exclure pour ne pas subir quelque « inconvénient » (pressions de son employeur, ...) que ce soit. Comment dans ces conditions ne pas avoir une catégorie de salariés sur le fil du rasoir, à la merci des décisions de leur employeur et qui ne peuvent suuivre le rythme imposé par une société très exigente en termes de compétences et de « paraître social », et qui laisse peu de place aux initiatives individuelles pour éventuellement travailler pour soi (encore faut-il en être capable, certains ne sont pas fait du tout pour ... les appels aux créations de petites structures restent en général vains, et ce ne sont pas les gens en difficulté qui constituent le gros du troupeau en ce domaine, à mon avis). Encore faut-il également ne pas être dans une période de faiblesse, comme cela peut arriver à n’importe qui. Les barrières sont vite franchies jusqu’à la marginalisation d’un individu, ce monde (occidental) ne pardonne rien. Comment reprocher ensuite à ces semblables certaines facettes de leur individualisme, ils sont à l’image de ce qui les entoure et fait vivre. Malheureusement.

    Ce qui pose la question : le modèle n’est-il pas biaisé par une catégorie social plus qu’une autre ? La réponse, vous l’avez comme moi.


    • Proof Ok (---.---.28.210) 6 octobre 2005 11:31

      SNCM et HP sont deux sujets d’actualite tres differents a ne pas globaliser : Dans l’un un syndicat autonomiste veut sa part du gateau, et l’autre syndicat fait de la surenchere pour ne pas laisser echapper une part du gateau , Certaines personnes dans cette compagnie ont 4 mois de conges ce qui leur permet d’avoir un 2eme job dans une autre compagnie maritime, et cela dans une ville ou 50/60% des emplois sont publics. Dans l’autre , on passe de la delocalisation passive (acceleree en france avec les R T T) a la delocalisation active. On ne peut pas avec 1.600 H de travail par an en france lutter tout simplement avec nos voisin comme l’Espagne 1.758 H alors vous imaginer avec l’Inde et les autres pays motives , et optimistes


      • Yuca de Taillefer (---.---.152.115) 10 octobre 2005 11:33

        Je pense que par le bénévolat on ne peut aider que ceux qui souhaitent vraiment s’en sortir Mr Vincent et par exemple connaître leurs centres d’intérêt, les mettre en relations avec d’autres personnes motivés, mais parfois aussi juste leur faire reprendre le goût à la vie, aux choses simples à la campagne.. pour un nouveau départ.. mais c’est un cheminement car cela dépend des situations et du « niveau » de l’individu.


        • antoine des noyers (---.---.184.107) 13 octobre 2005 21:54

          Bonjour,

          Tout d’abord, je me permets de féliciter les créateurs de ce forum, forum qui, selon moi, répond à un réel besoin. Internet est désormais synonyme de liberté d’expression !

          Dans ce message, je tiens en premier lieu à préciser que je ne souhaite pas juger l’action syndicale ou encore les initiatives successives du gouvernement, mais seulement évoquer avec vous une tentative d’analyse sur ce drame qu’est « l’affaire SNCM ». Je parle de « drame », en effet, car dans cette affaire tragique, il n’y a ni gagnants, ni perdants : les syndicats ont désormais compris que l’emploi et la survie de leur compagnie ne tiennent plus qu’à un fil, les citoyens ont pu constater qu’ils participeraient activement au sauvetage de cette entreprise sous-perfusion et l’Etat a réalisé que le tumulte de la rue et les sondages pouvaient mettre le gouvernement dans des positions assez inconfortables. Nul ne me contredira - je pense - sur cet état de fait dont personne ne peut se satisfaire, à l’exception peut-être des médias toujours insatiables lorsqu’il s’agit de s’atarder sur la misère humaine. Mais laissons de côté le caractère ironique de cette affaire et penchons sur son contenu.

          Certains verront dans mon message des mots disproportionnés mais qu’importe. Au-delà de l’état de fait sur lequel je viens de revenir, attardons nous quelques instants sur la portée et la violence de cette affaire. A mon sens, l’Etat a multiplié les erreurs et les maladresses. Je sais bien que les gouvernements - de droite qui plus est - ne sont pas habitués à prendre position sur des questions relevant de la justice sociale notamment lorsqu’il s’agit d’agir dans l’urgence, cependant cette affaire frise le scandale. A une grève d’une violence et d’une durée inhabituelles se sont ajoutées des opérations de blocage (l’activité de la compagnie, des perturbations pour la concurence, des bouleversements pour le port de Marseilles cinquième port européen). Ces opérations ont malheuresment un coût... et ce dernier, face à une concurrence induite par l’avénement récent de la mondialisation, devient insupportable surtout lorsqu’il est assumé par une puissance en déclin, agitée par un chômage plus qu’handicapant et caractérisée par un manque cruel de croissance. Quelles étaient les solutions ? Je l’ignore.

          Ce qui est sûr, c’est que je regrette que les syndicats (la CGT et le STC en tête) n’aient pas pris conscience de la gravité de la situation : cette grève était vue par certains comme un acte désespéré à l’image du détournement du pascal paoli pour d’autres elle était un suicide. Je pense que les deux parties ont raison. Par ailleurs, il ne faut pas négliger la part de responsabilité des syndicats qui dans cette affaire, même si l’issue de la crise parait proche avec les nouvelles propositions du gouvernement, ont attisé un feu qui pourrait bien conduire, dans les jours à venir, à la disparition d’une entreprise qui souffre de déficits annuels exhorbitants et d’une masse salariale disproportionnée. Une nouvelle mise sous perfusion (l’effacement d’une dette de 113 millions d’euros) permettra-t-elle à cette compagnie de survivre, à reprendre une activité normale, à faire des efforts dans sa gestion ? Les syndicats ne sont pas les seuls fautifs et ne sont en aucun cas responsables de l’échec économique de cette société : ils n’ont fait que le dénoncer même si cette dénonciation s’est soldée par une aggravation de cet échec. L’Etat a sa part de responsabilité. Il se doit de présenter des explications : comment peut-on en effet autoriser une si mauvaise gestion dans une entreprise appartenant à l’Etat ? Comment peut-on se permettre de résoudre un conflit en prolongeant une situation qui affaiblit l’intégralité des citoyens, qui financent sans broncher une compagnie placée dans une situation inconfortable par l’incompétence de certains et dans une impasse par le manque de réalisme voire le laxisme d’autres ?

          La responsabilité de ces deux acteurs est pour moi grande et les victimes sont sans conteste les travailleurs, leurés par des syndicats jugeant inacceptable une privatisation de toute société pour des raisons purement idéologiques et étouffés par un gouvernement incompétent dans la gestion d’une telle crise.

          Cependant, je vois beaucoup d’autres victimes dans cette affaire. Vous l’aurez compris, je fais ici allusion aux citoyens. Outre l’argument financier que je juge terre-à-terre, les citoyens ont vu s’étaller dans les journaux et à la télévision une affaire qui est le reflet d’un drame actuel. Il s’agit à mon sens de la dévalorisation de cette vieille valeur qu’est le travail. Je n’aime pas beaucoup Voltaire mais je dois reconnaître que je partage sa vision du travail : je n’ai pas l’intention de devenir le jardinier de mon jardin, mais il est vrai que le travail reste pour moi une formidable et essentielle valeur, source d’équilibre, protégeant du vice, du besoin et de l’ennui. Un autre fait est pour moi d’autant plus grave : il concerne l’idée de Justice. La dévalorisation du travail n’était que le partie émergée de l’iceberg. En effet, le gouvernement a ici montré qu’il entendait la justice comme un compromis. Ce compromis, tout comme cette vision étriquée de la justice, sont tout bonnement intolérables : comment peut-on comparer la justice à un juste milieu entre l’autorité et la violence, dans la mesure où la violence n’a pas sa place sur l’échiquier politique et autour d’une table dans des négociations en démocratie ? Je simplifie ici un schéma complexe mais avouez que la décision du gouvernement, ses multiples hésitations, l’action sociale durable et rude font penser à un conflit social avec d’un côté une autorité, l’Etat et de l’autre des travailleurs qui - dans un dernier espoir - choisissent la violence comme porte-parole. Et, le fait que le gouvernement prenne ses décisions en fonction de la violence occasionnée me parait très préoccupant. On voit donc sans difficulté le côté pervers que cache cette vision de la justice : celle-ci encourage en quelque sorte le tumulte, dans la mesure où ce dernier est source d’espoirs, d’avancées. La justice ne mérite-t-elle pas mieux ? Dans un Etat de droit, est-ce cette image de la justice que l’on veut prôner et défendre ? Faut-il donc être nécessairement violent et déterminé pour se faire entendre ? Vous l’aurez compris : je pousse le débat à l’extrême... Cependant, ce qui est sûr, c’est que la France est à mon sens peut-être en train de prendre un virage dangereux...


          • Didier Vincent Didier Vincent 13 octobre 2005 23:07

            Mon propos n’était pas de de juger la légitimité des mouvements, ni de faire des comparaisons voire des amalgames entre les différents conflits. Ce qui m’inquiète c’est plus la violence des situations que la violence des actes. Je veux dire de manière un peu simpliste, que le niveau moyen de violence a considérablement augmenté et que nous sommes entrés dans une spirale de surenchères avec un point de départ - le niveau de la violence - déjà très élevé.

            Je suis quand même interpellé par la phrase de Denis sur la travail ayant pour but la création de lien social. Je m’interroge : pour moi le travail est avant tout un facteur de création de richesse. Le fait qu’il créé du lien social est pour moi une conséquence mais est ce bien son but premier ? Car dans ce cas, on pourrait travailler gratuitement non ?


            • Senatus populusque (Courouve) Courouve 14 octobre 2005 00:30

              Mais si, on peut travailler gratuitement ; cela s’appelle le militantisme et le bénévolat, de plus en plus répandus.

              Les aspects « lien social » et « création de richesse » sont indissolublement liés : on crée des richesses aussi pour les autres, pas seulement pour soi ; et même les travailleurs indépendants ne sont pas vraiment seuls dans leur travail.

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