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La communication politique au détriment de la justice

Ce matin s’est ouvert le procès de jeunes gens renvoyés devant le tribunal correctionnel d’Evry pour avoir commis des violences aggravées en 2006 dans le quartier des Tarterêts à Corbeil-Essonnes.

A l’époque, l’affaire avait fait grand bruit. Elle méritait très certainement qu’on s’y intéresse puisque en l’espèce deux CRS avaient été violemment agressés par plusieurs personnes. L’un d’entre eux a failli perdre un œil, a eu un tendon d’un poignet sectionné et a dû subir plusieurs opérations chirurgicales.

Mais si l’affaire avait attiré l’attention, c’est surtout en raison de l’attitude des autorités (préfet, procureur) et du ministre de l’Intérieur de l’époque aujourd’hui président de notre République.

En premier lieu, on a immédiatement indiqué que les CRS étaient tombés dans un guet-apens, Nicolas Sarkozy déclarant aux journalistes présents que les services chargés de l’enquête avaient pu faire de nombreux prélèvements permettant de mettre en évidence l’ADN des agresseurs sur des boîtes de pizza qu’ils dévoraient tranquillement en attendant l’arrivée des deux CRS agressés.

Ces déclarations sont intervenues quelques heures après les faits...

En second lieu, un déploiement impressionnant des services de police intervenait à la suite des faits puisque 200 fonctionnaires étaient mobilisés pour interpeller les responsables de l’agression et procéder à une enquête de voisinage pour recueillir des témoignages.

Et effectivement, une douzaine de personnes était arrêtée sous le regard des caméras et journalistes convoqués pour l’occasion.

Une instruction était ouverte à la demande du parquet d’Evry pour tentative de meurtre (ndla : j’aurais dit tentative d’assassinat si la thèse de la préméditation était alors retenue).

Un an plus tard, ce qui, soit dit en passant, est rapide pour une procédure d’instruction, l’affaire est donc sur le point d’être jugée. Qu’en reste-t-il ?

A écouter les avocats de la défense, pas grand-chose si l’on peut dire.

D’une part, le juge d’instruction a écarté la thèse de la préméditation puisqu’il a requalifié les faits en violences volontaires aggravées (par la qualité des victimes, par la réunion de plusieurs auteurs), dégradations et menaces de mort.

On est donc passé en un an d’une tentative d’assassinat valant un renvoi devant la Cour d’assises à un délit. Cela étant les faits restent graves.

D’autre part, des onze personnes interpellées à grand renfort de publicité médiatique, seules six sont jugées.

Les autres ont été mises hors de cause dont certaines parce qu’il a été établi qu’elles ne pouvaient être présentes sur les lieux des faits au moment de l’agression. Hasard heureux, ce sont précisément les fameux prélèvements ADN qui auront permis de les disculper !

Et dire que le ministre de l’époque en faisant un élément à charge "béton".

Enfin, la défense dénonce le fait que le dossier ne reposerait plus aujourd’hui que sur les témoignages de deux témoins anonymes alors même que ces témoins avait mis en cause trois personnes qui ont pu établir qu’elles n’étaient pas impliquées.

De plus un seul des deux témoins aurait assisté à la scène (et de loin disent les avocats de la défense).

Je ne sais ce qui sortira de ce procès. Si parmi les personnes renvoyées devant le tribunal se trouvent les agresseurs de ces policiers alors qu’on les sanctionne à hauteur de leurs actes. S’il s’avère qu’ils n’ont rien à se reprocher ou qu’un doute subsiste, qu’on les relaxe.

Mais au-delà des faits et des personnes qui sont jugés, comment ne pas dénoncer la politique spectacle à laquelle certains s’adonnent.

Ont-ils un instant pensé à ces deux policiers qui seront peut-être victimes (une seconde fois) de la précipitation dans laquelle cette affaire a été menée à son origine ?

Car à vouloir absolument et dans l’urgence trouver des coupables on a pris le risque de présenter aux juges un dossier vide de tout (ou presque) et de laisser pour le coup une infraction d’une particulière gravité impunie.

On risque de laisser aussi sur le bord du chemin deux victimes.

Et dire que notre président se positionne "du côté des victimes"...

Et que dire de la politique de son gouvernement en matière judiciaire lequel annonce au gré des faits divers telle ou telle réforme sans qu’aucune réflexion de fonds ne soit véritablement menée au point même que les services du ministère de la Justice s’interrogent sur leur faisabilité.

C’est navrant.


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6 réactions à cet article    


  • non666 non666 13 septembre 2007 10:46

    L’ere du sarkosisme sera assurement celle de la generalisation de l’apparence, sur les faits , celle de la primauté du « faire savoir » sur le « faire ».

    La justice, comme la police a un bilan terrible. Tous les crimes et delits ne sont plus, et depuis longtemps, traités. On classe sans suite de plus en plus d’affaires, aussi bien du coté policier que du coté « justice ». ...sauf quand le cyclomoteur volé est celui d’un heritier du nobliau austro-hongrois(Nicolas sarkozy de Nagy Bosca), evidemment.

    Bref la com a remplacé le bon droit, voir l’Etat de droit.

    Sarkozy lui-meme avait echoué dans le combat contre l’immigration clandestine, quand il etait ministre de l’Interieur, alors qu’il avait promis juré qu’il serait rigoureux.

    Moins de 40 000 expulsés en 2006 alors qu’il est rentré 10 fois plus de clandestins !...

    Cette semaine les pouvoirs publics ont cédé au miserabilisme mediatique en promettant de reloger les squatteurs du jour, mais en meme temps on met la pression sur les prefets qui ne remplissent pas leurs « quotas ».

    « Que les prefets aient le courage que nous n’avons pas ! », disent les politicards vassaux de Sarkozy.

    Notre Etat sombre, nos elites ont capitulés, voir sont complices de fait de cet effondrement.

    Quelqu’un envisage t’il desormais d’autres pistes que la violence et les revolutions pour traiter nos problemes ?


    • NPM 13 septembre 2007 11:42

      La grande question, c’est de savoir pourquoi les agresseurs n’ont pas été abatus, comme cela aurait lieu dans toute autres démocratie. Il est plus que temps d’ordonner au force de l’ordre de tirer pour tuer : même les Bobize le font.


      • MagicBuster 13 septembre 2007 14:56

        La mort d’un jeune de banlieue (mineur éventuellement) c’est tout ce qu’il manque pour que les banlieues explosent.

        Gardez en tête les effectifs policiers (140.000 en gros). S’il y a un mécontentement global ... c’est déjà le cas , quoique TF1 dise ... les forces policières sont dépassées en 3 minutes.

        Le problème se pose dans les banlieues, dans les stades, dans les gares . . . partout en fait ou il y a des gens.


        • non666 non666 13 septembre 2007 15:30

          Pour info, lors des emeutes precedentes, la trentaine de CRS et EGM disponibles etaient a la limite de la rupture.

          La premiere chance a été que toutes les cités touchées par les emeutiers n’ont pas explosé en meme temps. Si cela avait été le cas, la seule reserve operationelle etait l’armée et ses techniques ne sont pas vraiment les memes que celles de la polices...

          La deuxieme chance a été que le « general hivers » a convaincu les petits cheris d’arreter leur bordel. Car la pluie et le froid, plus que n’importe quel autre parametre , sont les seuls responsables de l’arret des hostilités.

          Les colons sont ils moins nombreux aujourd’hui ?

          Les effectifs de polices ont ils augmenté ?

          L’economie et l’emploi sont ils annonciateurs d’un mieux etre social, d’une diminution du chomage ?

          Si c’est le cas et que vous y croyez , alors il n’y aura plus d’emeutes...

          Sinon, contentons nous de dire que la dernière fois, les pillards s’etaient arretés a la destruction des biens publics, a la porte de nos maisons et que seuls quelques rares autochtones avaient été tués.

          Le prochain coup, on verra bien hein ?


        • Briseur d’idoles 13 septembre 2007 19:05

          Mr l’Ami de la Cour et de la Basse-Cour, vous vous inquiétez pour les poulets qui auraient perdu quelques plumes...

          Rassurez-vous, Mr l’avocat, au quotidien, ce sont davantage les citoyens qui sont victimes des flics tabasseurs, voire tortionnaires, dans certains cas !


          • Laurent Binet 15 septembre 2007 14:03

            J’avoue ne pas trop saisir votre commentaire et le rapport avec l’article. J’évoque une affaire précise, vous nous infligez une généralité non étayée ....

            Vous auriez pu vous en dispenser.

            Je vous propose de relire l’article et de revenir quand vous l’aurez compris.

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