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La condition des noirs en France du XVIIIe au XIXe siècle

Les Noirs, c'est l'appellation convenue dans certains milieux pour parler des Africains ou des personnes d'origine africaine. Il s'agit de ce fait de comparer celles-ci aux blancs, deux extrêmes qui dissipent toute ambiguïté. En agissant de la sorte, on classifie l'humanité selon les couleurs de peau des uns et des autres : noirs, blancs, rouge, jaune... Les ethnologues habités par des esprits peu évolués ont par la suite utilisé cette classification pour déterminer le degré d'humanité des uns et des autres. Et comme on n'est jamais mieux servi que par soi- même, dans leurs travaux le blanc est au dessus de l'échelle alors que le noir est réduit à presque rien, pas trop loin d'autres espèces animales connues. 

Pouvait-il en être autrement ? Déjà dans l'imaginaire collectif occidental, la couleur noire s'apparenre à quelque chose d'effroyable, de piteuse, l'enfer et le diable tout le contraire du blanc qui est lumière, bonté, beauté, paradis.

De ce fait, l'homme noir va tout simplement perdre sa qualité d'Homme aux yeux de nos ethnologues qui vont réussir à convertir à leurs thèses des esprits plus faibles que les leurs. L'homme en est réduit à sa couleur, comme si une voiture Peugeot de marque 406 et de couleur verte perdait sa qualité de voiture 406 pour sa simple couleur : la verte. 

Ce raccourci, quoi que l'on dise, témoigne du malaise qui circule dans certains milieux à admettre l'africain comme entièrement Homme, car s'ils le faisaient, ils admettraient ipso- facto l'égalité des Hommes au-delà de leurs couleurs de peau.

De ce fait, il était socialement convenable que cet homme soit nommé Noir c'est -à-dire réduit à sa couleur. Ce postulat une fois posé, la querelle entre les militants de l'égalité entre les Hommes (Société des amis des Noirs fondée en 1788 à Paris par exemple) et ceux qui prétendaient (ou prétendent encore) à la suprématie de l'homme blanc prenait des formes moins irréconciliables.

Il n'en reste pas moins que le Noir est réducteur et fait référence à tout ce passé douloureux où les Occidentaux avaient le monopole de la race humaine. 

 

Heureusement, pour les Africains, certains africains comme les Bantous chez qui les couleurs prennent d'autres significations. En effet, dans la mythologie bantoue, la couleur noire est une couleur paradisiaque en revanche la couleur blanche est infernale, elle évoque un précipice. Les choses en étaient là jusqu'à l'arrivée du catholicisme sur le continent. Les religieux venus en Afrique s'étaient donné pour mission d'imposer leur conception des choses chez les Africains, notamment, faire croire que la couleur blanche est préférable à la noire selon Dieu.

 

 Les Africains qui adoptèrent cette nouvelle religion acceptaient au même instant la vérité selon laquelle le blanc est paradisiaque alors que le noir est infernale. Plus la religion s'imposait, plus la couleur noire devenait diabolique. C'est la naissance de tous les complexes liés à la couleur de peau. Il devenait naturellement acceptable chez certains africains d'admettre l'évidence : la supériorité de l'homme à la peau blanche. Le catholicisme soutenu par tous les exclavagistes venait de gagner l'une de ses missions en Afrique.

 

En Occident, la question relative à la couleur noire de la peau des africains a donné des arguments aux idéologues esclavagistes qui voulaient par ailleurs satisfaire des intérêts économiques de l'Europe. Ainsi, 1685 les esclaves sont soumis au "Code noir" qui recommande dans ses articles :

 

Art. 2. Tous les esclaves qui seront dans nos îles seront baptisés et instruits dans la religion catholique.

 

Art. 12. Les enfants qui naîtront de mariages entre esclaves seront esclaves et appartiendront aux maîtres des femmes esclaves. 

 

Art. 38. L'esclave fugitif aura les oreilles coupées et sera marqué d'une fleur de lys sur l'épaule. S'il récidive, il aura la jambe coupée et sera marqué d'une fleur de lys sur l'autre épaule. La troisième fois, il sera puni de mort.

 

Jusqu'en 1787, les Noirs ne sont pas considérés comme une espèce humaine malgré toutes les idées véhiculées par les philosophes de lumière. Dans un acte notarié enregistré à la Rochelle, on peut encore lire :

 

39 nègres valent........................................ 86 650 F

18 négrillons (garçons) valent................ 14 650 F

40 négresses valent .................................55 220 F

6 négrittes (filles)....................................... 4 050 F

70 animaux de ferme.................................11 400 F

125 hectares de terres.............................. 110 000 F

 

Il ressort que que le Noir est une marchandise comme toutes les autres marchandises. Son prix témoigne de la place qu'il occupe dans la société française d'avant 1789. 

 

Pour tous les esclaves l'avènement de la Révolution française devait marquer la fin de cette condition. Mais, lors de la Révolution de 1789 qui inaugura une nouvelle ère de liberté pour l'Homme, l'Assemblée constituante maintient l'esclavage et la traite des Nègres et ce malgré les revendications de la Société des amis des Noirs, sous l'influence des idées des philosophes, qui réclament son abolition. Le débat à l'Assemblée constituante de 1791 sur l'égalité des droits "des hommes de couleur et des Noirs libres" est cruellement à la faveur des esclavagistes.

 

Les esclaves qui espéraient retrouver la liberté à la faveur de cette révolution furent contraints aux révoltes notamment dans la partie nord de Saint- Domingue en Août 1791. Mais, partout sur le territoire français, ces révoltes sont mortellement réprimées.

Les esclavages attendront le 4 Février 1794 pour goûter à la liberté. En effet, en cette année, la Convention dominée par les Jacobins, "partisans de l'égalité et de l'universalité" abolit enfin l'esclavage.

 

Le Décret de la Convention nationale du 14 Février 1794 déclare que " l'esclavage des Nègres dans toutes les colonies est aboli ; en conséquence elle décrète que tous les hommes, sans distinction de couleur, domiciliés dans les colonies, sont citoyens français, et jouiront de tous les droits assurés par la constitution".

 

 

Mais la question de l'égalité entre "les Noirs" et les "Blancs" pose un sérieux problème à Bonaparte qui arrive au pouvoir en 1799. Considérant que pour des intérêts économiques de la France les Noirs n'ont pas à jouir de la liberté comme tous les Hommes, comme tous les Français, Bonaparte rétabli l'esclavage le 20 mai 1802. En effet, le décret stipule dans ses articles :

 

Art. 3. La traite des Noirs et leur importation dans les dites colonies, auront lieu, conformément aux lois et règlement existant avant 1789. 

 

Partout l'esclavage fut rétabli sauf en Haïti où les esclaves venus du Kongo, sous la protection spirituelle de Kimpa nvita, infligèrent une lourde défaite aux troupes françaises, l'armée la plus puissante du monde sous le commandement de Napoléon 1er. 

 

Ailleurs, la condition des Noirs bascule une fois de plus dans l'innommable. Ils perdent leurs droits les plus inaliénables. Ils continuèrent les travaux dans les plantations de la canne-à-sucre et autres au profit des riches propriétaires blancs et français. 

 

C'est en 1848 que officiellement l'esclavage sera aboli en France grâce à l'action de Victor Schoelcher sous la deuxième république après les U.S.A., la Grande- Bretagne, la Hollande, la Belgique. La France a été l'un des derniers pays esclavagistes à abolir cet odieux et honteux crime contre l'humanité.

Mais, nous savons aussi que cela n'a été possible qu'une fois que la production du sucre de betterave ( moins gourmande de la main d'oeuvre) a remplacé en grande partie celle de la canne- à- sucre. Par ailleurs, nous savons aussi que l'abolition de l'esclavage a inauguré une nouvelle forme d'exploitation de l'homme noir : la colonisation. 

Enfin, nous savons aussi que les bateaux français ont continué le commerce des noirs bien au-delà de 1848 dans l'atlantique et ce malgré des patrouilles britanniques qui tentaient d'empêcher le traffic de ces navires. 

Documents joints à cet article

La condition des noirs en France du XVIIIe au XIXe siècle La condition des noirs en France du XVIIIe au XIXe siècle La condition des noirs en France du XVIIIe au XIXe siècle
par Brice (son site) lundi 20 juin 2011 - 42 réactions
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  • Par Alois Frankenberger (xxx.xxx.xxx.13) 20 juin 2011 12:59

    C’est toujours étonnant de lire un article historique où il est question de francs et d’hectares AVANT la Révolution de 1789 !

    En outre, l’auteur semble oublier qu’il y a eu la guerre de sécession aux USA entre 1860 et 1865 ( souvenez vous des tuniques bleues ... ) qui a été declenchée entre autres par la volonté des Etats du Nord d’ABOLIR l’esclavage aux USA alors que les Etats du Sud voulaient continuer à exploiter les esclaves dans leurs champs de coton.

    L’esclavage a donc été aboli aux USA après la France bien que certains Etats du Nord avaient déjà aboli l’esclavage avant.

  • Par Clavdio (xxx.xxx.xxx.139) 20 juin 2011 16:45

    Merci de nous passer 2 siècles sur l’’esclavage, cette tranche pour aussi honteuse qu’elle fut pour nous Français n’est pas celle du pire pour nous. Certes nous étions dans le fond de l’abominable mais outre les colons présents sur les iles, et les fortunes immorales bâties dessus, nous en assurions le transport et ce, pour un petit pourcentage.
    Les Américains, les Portugais , les Hollandais avaient des comptoirs entiers ou ils y faisaient leurs razzias, aidés en cela sur place par qui ? Par les rois nègres eux mêmes qui avaient mis sur pied une collecte tellement guerrière que ces pauvres gens pour moitié décimés, n’avaient plus pour seul refuge, que la forêt elle même. Certains rois locaux ont même vendu non seulement leurs propres sujets mais aussi les membres de leur nombreuse famille y compris femmes et enfants...
    Cette page, celle de la traite des noirs, sur l’échelle de l’esclavage n’est qu’une très petite partie de l’esclavage dans sa globalité. Nous même Français que sommes nous ? Des francs ou les descendants de leurs nombreux esclaves ? Sans parler des Grecs, des Romains. Le pire étant le millénaire d’esclavage Barbaresque Afrique du Nord/Turquie avec ses caravanes Qui s’enfonçaient très loin en pays noir et ou sur le chemin de retour des points spécialisés étaient prévus, non seulement pour le ravitaillement mais aussi pour énucléer les garçons ou tel autre pour "amadouer" les filles destinées aux harems etc.... Ce trafique alimentait non seulement ce que nous appelons maintenant le proche mais aussi le moyen et l’extrême orient, Inde comprises. La plaque la plus marquante étant Alger point de ralliement des caravanes et des navires qui y amenaient des esclaves blanches razziées en France, Italie, Grèce mais surtout dans les pays slaves. Et cette partie de l’esclavage est souvent occultée au bénéfice de sa dernière partie. Pourquoi ?

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