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Accueil du site > Actualités > Société > La corruption du XIXe est celle d’aujourd’hui

La corruption du XIXe est celle d’aujourd’hui

Ça n'est pas la première fois que la société est corrompue. Dans une société corrompue, peu de gens réfléchissent. Il devient ainsi de plus en plus facile d'agir pour ceux qui réfléchissent, pour peu que ceux-ci partagent leur réflexion. Voici la corruption qu'ont vécu Friedrich Nietzsche et Henry Charles Carey. Les meilleurs auteurs du XIXe siècle décrivent très bien le système actuel.

  • 23. Les symptômes de la corruption.

Prêtez votre attention aux symptômes de ces conditions de la société, nécessaires de temps en temps, et que l’on appelle « corruption ». Chaque fois que la corruption se manifeste quelque part une superstition multiple prend le dessus, et la croyance générale qu’un peuple a acceptée jusqu’alors devient pâle et impuissante : car la superstition est une libre pensée de second ordre, - celui qui s’y soumet choisit certaines formes et formules qui lui plaisent et se permet de choisir. Le superstitieux, comparé au croyant, est toujours plus « personnel » que lui ; et une société superstitieuse sera celle où il y aura déjà beaucoup d’individus et du plaisir à tout ce qui est individuel. Considérée à ce point de vue, la superstition apparaît toujours comme un progrès par rapport à la foi et comme un signe annonçant que l’intellect devient plus indépendant et veut avoir ses droits. Les partisans de la vieille religion et de la vieille religiosité se plaignent alors de la corruption, - c’est aussi eux qui ont déterminé jusqu’ici l’usage dans la langue et qui ont fait à la superstition une mauvaise réputation, même auprès des esprits les plus libres. Apprenons donc qu’elle est un symptôme de l’émancipation. - En second lieu, on accuse de relâchement une société dont s’empare la corruption : il est visible en effet qu’alors la valeur de la guerre et de la joie de la guerre diminue et qu’on aspire aux agréments de la vie avec autant d’ardeur que l’on aspirait autrefois aux honneurs de la guerre et de la gymnastique. Mais on a l’habitude de passer sous silence que cette vieille énergie populaire, cette passion populaire, qui, par la guerre et les tournois, recevait une visibilité magnifique, s’est transformée maintenant en passion privée divisée infiniment et moins visible ; il est même probable que, dans l’état de « corruption », la puissance et la force de l’énergie qu’un peuple dépense sont plus grandes que jamais, et l’individu en use avec beaucoup plus de prodigalité qu’il n’a pu le faire précédemment : - car alors il n’était pas encore assez riche pour cela ! C’est donc précisément aux époques de « relâchement » que la tragédie court les maisons et les rues, que naissent le grand amour et la grande haine et que la flamme de la connaissance s’élève avec éclat vers le ciel. - On prétend, en troisième lieu, que, pour compenser en quelque sorte le reproche de superstition et de relâchement, aux époques de corruption, les mœurs sont plus douces et que, comparée aux époques anciennes, plus croyantes et plus fortes, la cruauté est maintenant en diminution. Mais je ne puis pas non plus accéder à cet éloge, tout aussi peu qu’au blâme qu’il contient : je ne reconnais qu’une chose, c’est que la cruauté s’affine maintenant et que les formes qu’elle revêtait anciennement lui sont dorénavant contraires : la blessure et le supplice, cependant, au moyen de la parole et du regard, atteignent, en temps de corruption, leur développement complet, - c’est maintenant seulement que la méchanceté se crée et la joie que procure la méchanceté. Les hommes de la corruption sont spirituels, et calomniateurs ; ils savent qu’il y a encore d’autres façons d’assassinat que par le poignard et la surprise, - ils savent aussi que l’on croit tout ce qui est bien dit. - En quatrième lieu : lorsque « les mœurs se corrompent », ces êtres que l’on nomme tyrans commencent à surgir : ce sont les précurseurs et, en quelque sorte, les précoces avant-coureurs des individus. Encore un peu de patience : et ce fruit, qui est le fruit des fruits, sera suspendu, mûr et doré, à l’arbre d’un peuple, - et ce n’est qu’à cause de ces fruits que cet arbre existe ! Lorsque la décomposition a atteint son apogée, de même que la lutte des tyrans de toute espèce, le César arrive toujours, le tyran définitif, qui met fin à ce combat épuisé à la conquête de la prépondérance, en faisant travailler pour lui la fatigue. A son époque, l’individu est généralement le plus mûr, et, par conséquent, la « culture » est la plus élevée et la plus féconde, non grâce au tyran, ni par lui : quoique ce soit le propre des hommes d’une culture supérieure de flatter leur César en se faisant passer pour son œuvre. La vérité est cependant qu’ils ont besoin de repos du dehors puisque l’inquiétude et le travail se trouvent en eux. En ces temps, la corruptibilité et la trahison sont les plus fréquentes : car l’amour de l’ego qui vient d’être découvert est maintenant beaucoup plus puissant que l’amour de la vieille patrie, usée et rabâchée ; et le besoin de se mettre à l’abri d’une façon quelconque contre les terribles ballottements de la fortune, ouvre même les mains les plus nobles, dès qu’un homme riche et un puissant se montrent prêts à y jeter de l’or. L’avenir est alors si incertain qu’il faut vivre au jour le jour : un état d’âme qui donne jeu facile à tous les séducteurs, - car on ne se laisse séduire et corrompre que pour « un jour » et l’on se réserve l’avenir et la vertu ! On sait que les individus, ces véritables hommes « en soi » et « pour soi » songent aux choses du moment, bien plus que leurs antipodes, les hommes de troupeau, parce qu’ils se tiennent eux-mêmes pour aussi imprévisibles que l’avenir ; de même, ils aiment à s’attacher aux hommes de puissance, parce qu’ils se croient capables d’actions et d’investigations qui, auprès de la foule, ne peuvent obtenir ni compréhension ni grâce, - mais le tyran ou le César comprend le droit de l’individu, même dans ses transgressions, il a intérêt à favoriser une morale privée plus courageuse et même de lui prêter main-forte. Car il pense de lui-même et veut que l’on pense de lui-même ce que Napoléon a exprimé une fois avec le tour classique qui lui était particulier : « J’ai le droit de répondre à toutes vos plaintes par un éternel moi. Je suis à part de tout le monde, je n’accepte les conditions de personne. Vous devez vous soumettre à toutes mes fantaisies, et trouver tout simple que je me donne de pareilles distractions. » C’est ce que Napoléon dit un jour à son épouse, celle-ci ayant des raisons pour mettre en doute sa fidélité conjugale. - Les époques de corruption sont celles où les pommes tombent des arbres : je veux dire les individus, ceux qui portent la semence de l’avenir, les promoteurs de la colonisation intellectuelle et de la formation nouvelle des liens de l’État et de la société. Corruption - ce n’est là qu’un terme injurieux pour les temps d’automne d’un peuple.

La pauvreté du monde conduit alors à l’essor de l’économie physique, car les peuples peuvent prendre conscience du libéralisme, quand il leur amène beaucoup de problèmes. Pour arriver à cela des économistes comme José Antonio Abreu ou Lyndon Larouche ont créé des réseaux mondiaux montrant qu’il est plus intéressant de s’épanouir par sa créativité, que de se divertir avec son animalité.

Maintenant il s’agit d’expliquer la partie économique. La corruption sert à ce que l’oligarchie se sente plus intelligente que les peuples, par le trafic. Le trafic consiste à vendre cher pour produire pas cher, afin de créer des ressources humaines. Cela conduit les industries à leur anéantissement par les services. Voici une description du système anglais par Henry Charles Carey, dans la dernière partie du Tome 1 de Principes de la Science Sociale. Ce système consiste à appauvrir les peuples, y compris le peuple anglais.

Développement du paupérisme, sous l’influence du système anglais, il coïncide avec l’accroissement de l’empire de l’homme sur les forces naturelles.

Le but du système mercantile, objet d’une si vive réprobation de la part de Smith, était de se procurer à bas prix toutes les matières premières servant à l’industrie, telles que la laine, le coton, les subsistances et le travail. Jusqu’à ce jour, ainsi qu’il s’en était aperçu, ce système avait produit les résultats les plus funestes ; il avait augmenté la dépendance des individus à l’égard des instruments de trafic et de transport ; il avait engendré cette croyance, que plus les hommes étaient profondément séparés les uns des autres, et plus était considérable la distance à parcourir, plus grand était aussi le profit à tirer du commerce ; il avait entretenu les tendances belliqueuses des peuples ; il avait amené une division malentendue de la population, et avait contribué à favoriser la création d’immenses fortunes, aux dépens des individus qui n’avaient à vendre que leur travail. Telles étaient, ainsi qu’Adam Smith en avertissait ses compatriotes, les conséquences nécessaires du système ; mais il fallait une nouvelle expérience de vingt années pour prouver qu’il en était certainement ainsi, et pour donner lieu à cette découverte extraordinaire que, bien que la demande du travail fût devenue plus constante à mesure que la population avait augmenté, et à mesure que les individus avaient acquis, depuis l’époque des Plantagenets jusqu’à celle de Georges III, plus de richesse, et avec cette richesse, plus de facilité à associer leurs efforts, aujourd’hui que dans les cinquante dernières années, ils avaient conquis un accroissement extraordinaire de puissance, commencé à utiliser les immenses gisements de houille et de minerais de cuivre et de fer, appris à disposer en maîtres de la force merveilleuse de la vapeur, appris à l’appliquer à la transformation de la laine en drap, obtenu une augmentation considérable de richesse, facilité, dans une proportion considérable, le développement des facultés latentes de l’individu et la puissance latente de la terre, et produit ainsi un immense accroissement dans le mouvement de la Société ; aujourd’hui, cependant, la demande du travail devait devenir plus instable et le paupérisme s’accroître, en vertu d’une grande loi naturelle, en vertu de laquelle plus était puissant l’instrument de culture, moins devait être considérable la récompense du travail appliqué à développer les ressources de la terre.

C’était là certainement une remarquable découverte ; mais, heureusement, c’était la découverte d’un fait qui n’avait jamais existé et n’existera jamais. L’étendue des trésors de la nature est illimitée ; et ces trésors n’attendent qu’un individu qui les réclame. Par malheur, cependant, la théorie était exactement celle dont on avait besoin pour empêcher l’adoption d’aucune des mesures proposées comme remèdes par Smith. Cette théorie prouvant (ainsi qu’elle le proclamait) : que le paupérisme existait, conformément aux lois divines ; que le taux naturel du salaire « était juste, suffisant et non au-delà, pour permettre aux travailleurs, l’un dans l’autre, de subsister et de perpétuer leur espèce, sans accroissement ou diminution ; » que l’inégalité des conditions existait en conformité des lois divines ; que les individus riches et puissants n’avaient que des droits à exercer et point de devoirs à remplir ; elle prouvait aussi qu’ils pouvaient impunément, et en toute sûreté de conscience, « boire, manger et mener joyeuse vie » en se consolant avec cette réflexion que les pauvres avaient leur sort entre leurs propres mains, et que s’ils manquaient à exercer « la contrainte morale » qui devait amener le renoncement à l’association régulière des sexes, cause de la reproduction de l’espèce, la faute en était à eux-mêmes, et que c’était avec justice que devait retomber sur eux le châtiment imposé à la transgression.

Caractère belliqueux et monopolisateur du système.

Première guerre de l’opium — Wikipédia - La drogue puis la guerre découlent du trafic, car il s’agit de créer des ressources humaines

Le système qui avait pour but exclusif le commerce étranger, fut donc non-seulement maintenu complètement, mais encore continué, chaque année, sur une plus grande échelle. Depuis l’époque où vivait Malthus jusqu’à nos jours, rarement le temple de Janus a été fermé, s’il l’a même jamais été, en témoignage de l’existence de la paix dans l’étendue de l’empire britannique. La guerre dans laquelle l’Angleterre était alors engagée fut suivie d’une autre avec notre pays (les États-Unis), et depuis la fin de celle-ci, d’autres ont succédé pour l’annexion du Scind et de l’Afghanistan, pour la conquête du royaume d’Ava et du Punjab, pour le maintien du trafic de l’opium, l’extension de la puissance britannique dans l’Afrique méridionale, le développement de nouveaux débouchés à ouvrir au trafic dans l’empire turc et d’autres États ; toutes guerres tendant à un but unique et principal, celui d’obtenir à bas prix les produits bruts de la terre, et conséquemment les travaux des individus dont les bras défrichaient le sol.

Ce fut pour atteindre ce but, ainsi que l’a déjà vu le lecteur, que fut accomplie l’union avec l’Irlande et que ses fabriques furent anéanties. Dans le même but encore, on exigea du peuple indien qu’il reçût les étoffes de coton de l’Angleterre affranchies de tout droit, tandis qu’on lui enlevait la faculté d’acheter au dehors des machines d’un emploi plus avantageux et qu’on taxait, dans une proportion inouïe, l’emploi de celles qu’il possédait déjà ; c’est dans ce but que Gibraltar a été conservé comme un entrepôt de contrebande pour l’Espagne, en même temps qu’Héligoland, les îles Ioniennes et d’autres colonies nombreuses ont servi à introduire des marchandises en contrebande, en Allemagne, aux États-Unis et dans plusieurs autres pays, le contrebandier étant regardé aujourd’hui « comme le grand réformateur du siècle. » C’est pour atteindre ce but qu’il est devenu nécessaire que les maîtres se concertassent entre eux pour maintenir le travail à bas prix, pour limiter le nombre d’heures pendant lesquelles les machines devaient être mises en jeu, avec le dessein arrêté d’empêcher la hausse des matières premières et de décourager le développement des manufactures dans les autres pays. On se convaincra que tous ces actes sont des actes de guerre, et qu’on doit avec raison les regarder comme tels, en lisant l’extrait suivant que nous empruntons à un document officiel publié récemment par ordre de la Chambre des communes (4) :

« En général, les classes laborieuses, dans les districts manufacturiers de ce pays, et principalement dans les districts où se trouvent les mines de fer et de houille, ne savent guère jusqu’à quel point elles sont souvent redevables d’être occupées, à tout événement, aux pertes immenses, dont ceux qui les occupent courent volontairement la chance dans les époques défavorables, pour anéantir la concurrence étrangère, pour conquérir et garder la possession des marchés étrangers. On connaît parfaitement des exemples authentiques de chefs d’industrie ayant, à de pareilles époques, continué la fabrication de leur produits, avec une perte, s’élevant, dans l’ensemble, à trois ou quatre cent mille livres sterl. dans l’espace de trois ou quatre ans. Si les efforts de ceux qui encouragent les associations formées en vue de limiter la somme de travail disponible, et de produire des grèves, devaient réussir, pendant quelque temps, il ne serait plus possible de former de ces accumulations de capital, qui peuvent permettre quelques-uns des plus riches capitalistes de terrasser toute concurrence étrangère aux époques de grande détresse, de déblayer ainsi le terrain, pour l’industrie tout entière, lorsque les prix remontent, et de continuer d’immenses affaires, avant que le capital étranger puisse se former de nouveau, dans des proportions assez considérables, pour établir une concurrence sur les prix avec quelque chance de succès. Les immenses capitaux de ce pays sont les grands instruments de guerre (si l’on peut se permettre cette expression) avec lesquels on lutte contre la concurrence des pays étrangers, et les instruments les plus essentiels qui nous restent aujourd’hui pour maintenir notre suprématie industrielle. Les autres éléments, le travail à bas prix, l’abondance des matières premières, les moyens de communication et le travail habile sont en voie d’être bientôt réduits au niveau d’égalité. »

Le système retracé ci-dessus est caractérisé très-justement comme un état de guerre, et nous pouvons demander avec raison dans quel but et contre qui elle est soutenue. C’est une guerre, ainsi que le lecteur le voit, entreprise pour obtenir à bas prix le travail et les matières premières ; et ce sont là précisément les objets que recherche le système mercantile, dont l’erreur a été si parfaitement exposée dans la Richesse des nations. C’est une guerre qui a pour but de forcer les peuples des autres pays de se borner à l’agriculture, — d’empêcher, dans les autres pays, la diversité des travaux, — de retarder le développement de l’intelligence, — de paralyser tout mouvement qui tend ailleurs à utiliser les trésors métalliques de la terre, — d’augmenter la difficulté de se procurer le fer, — de diminuer la demande du travail, — d’engendrer le paupérisme, — de produire tous ces résultats à l’intérieur et au dehors, et d’amener ainsi cet état de choses dont l’approche avait été pronostiquée par Adam Smith.

C’est aux mesures que nous venons de retracer ici qu’il faut attribuer la clôture de toutes les fabriques de l’lnde, suivie de l’exportation du coton en Angleterre, pour y faire concurrence avec les produits de la Caroline et de l’Alabama. Plus le système peut être complètement mis en pratique, plus l’industrie peut être bornée à l’Angleterre, plus les matières premières seront à bon marché ; mais plus sera considérable l’exportation du travail à bon marché au Texas et à l’île Maurice, pour y produire une plus grande quantité de coton, de canne à sucre et autres matières premières et dès lors pour se faire concurrence l’un à l’autre, afin de réduire les prix et d’asservir plus complètement les travailleurs de tous les pays.

Il est également préjudiciable au peuple anglais et aux peuples des autres pays.

On prétend que l’état de guerre retracé ci-dessus est avantageux pour le peuple anglais. S’il en était ainsi, il en résulterait l’établissement de ce déplorable fait, que la guerre pourrait être profitable ; que les nations et les individus pourraient constamment s’enrichir en commettant des actes d’injustice, et que, telle étant la loi divine, les sociétés seraient autorisées à exercer leur puissance de manière à empêcher le développement de la civilisation dans les pays où elle n’existerait pas encore, et à l’anéantir dans ceux où elle existerait. Il n’y a, heureusement, aucune loi pareille. Les nations ne peuvent prospérer d’une façon permanente qu’en obéissant à la loi excellente du christianisme ; et lorsqu’elles manquent de l’observer, Némésis ne manque jamais de réclamer ses droits. Le lecteur se convaincra peut-être que celle-ci l’a fait en cette circonstance, et que le paupérisme de l’Angleterre doit être attribué à la faute commise à cet égard, lorsqu’il aura quelque peu examiné le résultat du système sur ses propres ouvriers voués au travail manufacturier et au travail agricole.

Les manufactures de l’Irlande tombèrent peu à peu en décadence à partir de l’Union, en 1801. Lorsqu’elles cessèrent de réclamer les services des hommes, des femmes et des enfants, ceux-ci furent contraints de chercher du travail dans les champs ; et c’est ainsi que la production des subsistances augmenta, tandis que la consommation à l’intérieur diminuait. Les exportations, conséquemment, s’élevèrent, de 300 000 quarters, dans les premières années du siècle, à 2 500 000, trente ans plus tard ; ce qui fit tomber le prix en Angleterre, du chiffre moyen de 4 liv. par quarter, dans les années comprises entre 1816 et 1820, à celui de 2 liv. 12 schell. dans celles comprises entre 1821 et 1835. Au premier coup d’œil, cette réduction du prix des subsistances peut paraître un avantage ; mais, malheureusement et nécessairement, elle fut accompagnée d’un abaissement encore plus considérable dans le prix du travail ; un des traits caractéristiques du système qui vise à faire baisser le prix des matières premières, étant de diminuer la demande des services de l’individu. Au moment où le blé était à si bon marché, des millions d’Irlandais étaient complètement sans ouvrage et cherchaient avec ardeur, mais vainement, du travail, à raison de six pence par jour, sans être vêtus ni même nourris. Comme conséquence d’un pareil fait, l’Angleterre, ainsi que le disait un journal anglais (5), « fut inondée de multitudes de Celtes, demi-vêtus, demi-civilisés, abaissant l’étalon de l’existence » parmi les ouvriers anglais, et fournissant « cette quantité abondante de travail à bon marché, » à laquelle, dit le Times, l’Angleterre est redevable de toutes « ses grandes usines. » « L’individu, pour citer encore les paroles de ce journal, dut passer ainsi à l’état de poison, et la population devenir une calamité ; » et les choses durent arriver ainsi par suite de l’anéantissement du commerce au sein de la population irlandaise. Le travail, autre matière première de l’industrie, ayant donc baissé plus rapidement que les subsistances, le paupérisme de l’Angleterre s’était accru si rapidement, qu’il n’y avait pas moins d’un neuvième de la population aidé par la bourse publique, et que la taxe des pauvres s’était élevée, en trente ans, de 5, à près de 9 millions de liv. sterl., tandis que le prix du blé avait baissé d’environ 40 %. Les subsistances étaient à bas prix, mais le salaire était si bas, que l’ouvrier ne pouvait les acheter. Le travail était à bas prix, mais les subsistances étaient à si bon marché que le fermier ne pouvait payer le fermage et le salaire. C’est ainsi que le propriétaire de la terre et l’ouvrier anglais souffraient à la fois de l’absence de la circulation des individus et des denrées en Irlande, circulation qui serait résultée de l’établissement, en ce dernier pays, d’un système sous l’empire duquel tout homme aurait pu vendre son travail et acheter celui de ses voisins, de leurs femmes et de leurs enfants ; d’un système grâce auquel le commerce irlandais se serait développé.

On pourrait supposer, cependant, que la population manufacturière avait profité du meilleur marché des subsistances. Au contraire, elle en souffrit, parce que l’abaissement du salaire attribué à d’autres travaux, fut accompagné d’une diminution dans le pouvoir d’acheter des vêtements ; et avec l’abaissement dans le prix des subsistances, le fermier fut mis hors d’état d’acheter les instruments de culture. Tous souffrirent pareillement. L’anéantissement du marché intérieur pour les subsistances et le travail en Irlande, résultant de l’anéantissement de son commerce, avait produit le même effet en Angleterre. Le grand manufacturier en aura peut-être profité. Au contraire, son marché en Angleterre avait été amoindri, en même temps que celui de l’Irlande avait presque complément cessé d’exister ; et c’est ainsi qu’une nation avait été presque entièrement réduite â néant, sans aucun profit pour ceux qui avaient accompli cette œuvre, mais en amenant pour tous la perte la plus grave, résultant de ce fait, que le niveau moyen de la vie et de la moralité avait été réduit dans une proportion considérable ; que le mal de l’excès de population avait fait des progrès bien plus étendus, et que l’abîme qui sépare les classes supérieures des classes inférieures de la société anglaise s’était agrandi considérablement. Nulle part au monde on ne trouvera une preuve plus forte de l’avantage à recueillir, pour le maniement des affaires publiques, de la mise en pratique et de l’observance la plus rigoureuse de la grande loi fondamentale du christianisme, que celle qui s’offre à nous dans l’histoire de l’Union entre l’Angleterre et l’Irlande au siècle actuel.

En anéantissant parmi les autres peuples la faculté de vendre leur travail, il anéantit la concurrence pour l’achat du travail anglais.

En enseignant que pour permettre au capital d’obtenir une rémunération convenable, le travail doit être maintenu à bas prix, il tend à produire partout l’esclavage.

Le pouvoir d’acheter le travail des autres dépend entièrement de l’existence du pouvoir de leur vendre notre propre travail. Le pouvoir d’acheter les denrées est subordonné à celui de produire celles à l’aide desquelles nous achèterons. L’individu qui ne peut vendre son propre travail, ne peut acheter celui des autres ; et l’individu hors d’état de produire les denrées ne peut acheter celles que produisent ses semblables. En anéantissant la puissance d’association an sein de la population irlandaise, les manufacturiers de l’Angleterre anéantirent la faculté d’acheter les produits des métiers anglais, les propriétaires du sol anéantirent la faculté de consommer les produits de la terre, les ouvriers la faculté de consommer le travail irlandais, et la société anglaise le mouvement de la société, c’est-à-dire le commerce, de l’Irlande ; les conséquences de tout ceci se révélèrent dans ce fait, que la terre et le travail de l’Angleterre elle-même diminuèrent en valeur et en puissance productives, au profit des classes dont l’existence dépend de leur pouvoir d’appropriation.

On pourrait supposer cependant que les autres marchés qui avaient été acquis étaient de nature à établir quelques compensations pour les pertes subies par la terre et le travail anglais, résultant de la poursuite constante d’un système si complètement contraire aux idées éclairées de Smith ; et c’est pourquoi nous considérerons le trafic entretenu avec les milliards d’individus qui composent la population de l’Inde. L’exportation du fil et des tissus de coton en ce pays ne s’élevait pas alors à 70 000 000 de livres, et l’importation du coton brut à 200 000 balles, chacune de 400 livres ; et cependant c’était là le seul article de trafic avec ce pays qui eût quelque importance réelle, ou qui fût sérieusement indispensable au maintien du système que nous avons déjà retracé. La quantité de coton aujourd’hui convertie en tissus dans la petite ville de Lowell, où l’on compte 13 000 ouvriers, étant de 40 000 000 de livres, il suit de là que deux petites localités semblables exécuteraient tout le travail nécessaire pour tout le trafic auquel l’Angleterre est redevable de la destruction des fabriques d’étoffes de coton et du commerce de l’Inde, mesure qui a amené à sa suite une misère et une indigence « auxquelles on ne trouve rien à comparer dans les annales du commerce. »

Pour accomplir cette mesure, il a fallu que les enfants anglais de l’âge le plus tendre fussent tenus de travailler 12 ou 14 heures par jour, qu’ils employassent les matinées du dimanche à nettoyer les machines, et que les hommes, les femmes et les enfants fussent abrutis à un point que peuvent se figurer ceux-là seulement qui ont étudié les rapports des commissions instituées à diverses époques, dans le but d’amender quelques-uns des maux nombreux résultant du système (6). Nous ne devons pas nous étonner que la théorie de l’excès de population, théorie de la centralisation, de l’esclavage et de la mort, ait pris naissance dans le pays qui a engendré un pareil système.

Quiconque étudie l’histoire de l’Inde éprouve un sentiment pénible en lisant le récit de l’invasion de Nadir-Shah, qui se termina, ainsi qu’on le sait, par le pillage de Delhi, la destruction de ses édifices et le massacre de cent mille de ses habitants ; et cependant, combien était complètement insignifiante la perte causée en cette circonstance, comparée avec celle qui résulta de l’anéantissement d’une manufacture qui seulement depuis un demi-siècle donnait du travail à la population de « provinces entières, » une manufacture dont les progrès dans leur histoire n’embrassaient « pas moins que la vie de la moitié des habitants de l’Hindoustan. » Cette perte était complètement insignifiante, comparée avec la déperdition de capital, à chaque jour et à chaque moment, résultant alors de l’absence totale de la demande des efforts physiques et intellectuels accompagnée de la décadence et de l’anéantissement du commerce, de la ruine de Dacca et d’autres villes renommées et florissantes, de l’abandon de terres fertiles, de l’épuisement incessant du sol, du partage final de la société entre une corporation d’avides préteurs d’argent, d’un côté, et de l’autre, de misérables cultivateurs, et de l’inauguration de la famine et de la peste, devenues les maladies chroniques d’un peuple qui ne le cède à aucun autre sous le rapport des qualités morales et intellectuelles, et qui comprend le dixième de la population du globe. Le butin recueilli par Nadir a été évalué à cinq cents millions de dollars (2 500 000 000 de fr.), et cependant, quelque immense que fût une pareille somme, bien plus considérable est la taxe annuelle imposée au peuple de l’Hindoustan par un système qui, en interdisant l’association, en interdisant le concert des efforts humains, le développement des facultés humaines, et l’existence du commerce, à l’aide duquel seulement se forme le capital, transforme toute la masse de la population de ce vaste pays en candidats cherchant à se faire admettre dans les services publics, comme le seul moyen possible d’améliorer leur position. Quelque considérable que soit la perte subie, le gain n’en est pas moins inférieur pour ceux qui l’ont causée. Nadir conquit un butin énorme, mais le peuple anglais n’a gagné que le privilège de s’employer comme agent de transport, filateur et tisseur d’une quantité insignifiante de coton, privilège qu’il a acquis au prix du sacrifice des droits de huit cent mille individus au dehors et l’établissement à l’intérieur de la doctrine proclamée en 1825 par M. Huskisson ; à savoir « que pour permettre au capital d’obtenir une rémunération convenable, il faut que le prix de travail soit maintenu à un taux peu élevé, » c’est-à-dire, en d’autres termes, que pour permettre au trafiquant de s’enrichir, les individus doivent être asservis. La destruction du temple d’Éphèse par la torche de l’incendiaire Érostrate, poussé par le désir de perpétuer le souvenir de son existence, ne paraîtra probablement aux âges futurs qu’un acte de la plus haute sagesse, comparé avec l’anéantissement du commerce au sein de sociétés immenses, sous l’influence de cette idée erronée, que la prospérité, pour une seule société quelconque, devait s’obtenir en suivant un système semblable à celui qu’avait dénoncé Smith, système qui se préoccupait uniquement et exclusivement d’acheter toutes les matières premières de l’industrie, le travail compris, à des prix bas, et à vendre les tissus produits à des prix élevés.

Si nous tournons nos regards vers les Antilles, vers le Portugal et la Turquie, nous rencontrons partout, ainsi que le lecteur l’a déjà vu, le même résultat ; le pouvoir d’acheter les produits du travail anglais a disparu avec le pouvoir de vendre leurs propres produits. Tous ces pays sont paralysés. Dans tous, le mouvement de circulation a cessé à un tel point qu’ils ressemblent plus à des cadavres qu’à des corps vivants ; et l’Angleterre offre aujourd’hui le spectacle extraordinaire d’une nation possédant plus que tout autre le pouvoir de rendre service à l’espèce humaine, et cependant entourée de colonies et d’alliés, qui arrivent lentement, mais infailliblement, à un dépérissement complet, en même temps qu’elle-même épuise son énergie dans des efforts incessants, pour étendre au monde entier l’application du système à l’aide duquel ces colonies et ces alliés ont été tellement affaiblis.

Un livre plus récent, celui de Lyndon Larouche, décrit le système médiatique actuel, comme un jeu d’orateurs talentueux et de vauriens utiles. Si l’orateur commence à réfléchir, il peut facilement être détruit médiatiquement.

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Les Principes de la Science Sociale T1 - Henry Charles CareyRetour ligne automatique
http://www.solidariteetprogres.org/documents-de-fond-7/economie/alors-vous-voulez-tout-savoir-sur-economie


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3 réactions à cet article    


  • matthius matthius 11 octobre 2014 15:30

    Monsieur Abreu a permis la création d’un réseau d’apprentissage musical en France :
    http://www.elsistema-france.org
    Des maires veulent que leurs futurs citoyens deviennent sociaux et créatifs. À vous de les convaincre.


    • Daniel Roux Daniel Roux 11 octobre 2014 19:27

      Bonjour Mattius,

      Énorme travaille de compilation de données textes. Cela a dû vous prendre du temps.

      Si je puis me permettre, vous devriez écrire en pensant aux lecteurs. Votre article est très intéressant mais trop long et trop dense. Agoravox n’est pas le Monde Diplomatique.

      Que retenir de cette somme d’extraits ? Que le capitalisme est un fléau pour la société humaine ? Que les riches sont des prédateurs ? Que la corruption ne date pas d’hier ? Que l’esclavagisme est toujours présent ? Que l’homme est un loup pour l’homme ? Que les Anglais sont plus roublards et plus criminels que les autres peuples ? Que chaque citoyen doit faire sienne cette fière devise : Vivre libre ou mourir ?

      Cordialement.


      • matthius matthius 11 octobre 2014 19:37

        Oui effectivement. J’essaye d’expliquer votre interrogation dans d’autres articles.

        Pour une république c’est un état-nation qui se développe. Il y a les démocraties républicaines puis les monarchies républicaines. Les vidéos que je publie parle de ces aspects.

        Le système des trente glorieuses était un capitalisme d’état, appelé crédit productif public. Le communisme de croissance fonctionne lui aussi sur le crédit productif public. Vous avez donc dans l’économie physique le moyen de lier la droite et la gauche vers la république, pour peu qu’elles y trouvent leur intérêt.

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