Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Société > La culture du travail au sein d’un fastfood (1/3)

La culture du travail au sein d’un fastfood (1/3)

Dans le monde merveilleux du fastfood, image « idéalisée » que la culture anglo-saxonne vend outre-mer sur son mode de vie rapide, simple et plaisant, nous apprenons que Burger King va « enfin » se réinstaller à Paris, dans le centre commercial de la gare Saint-Lazare, en décembre 2013 (après l’aéroport de Marseille le 22 décembre 2012) depuis son départ de la métropole en 1997, et que McDonald’s va s’installer au Vietnam, où se trouve déjà KFC et Burger King.

Pourtant, malgré l’enthousiasme de ces enseignes à se propager à travers le monde pour promouvoir la culture alimentaire anglo-saxonne comme un signe de progrès des pays d’implantation (sic), tout n’est pas aussi moderne et progressiste qu’on veut nous le faire croire au sein même de ces enseignes. Au pays de l’Oncle Sam, des salariés de la restauration rapide de New York (de McDonald’s à Burger King en passant par Pizza Hut, Domino’s Pizza, KFC, Taco Bell, Wendy’s) font grève pour dénoncer des salaires trop bas et pour demander le droit de former des syndicats

Payés 7,25 dollars de l’heure (soit 5,47 euros), les salariés de la restauration rapide se retrouvent en dessous du seuil de pauvreté selon Les Echos, alors même que le marché représente 200 milliards de dollars par an.

Une pétition a même été mise en ligne pour soutenir leurs revendications : http://fastfoodforward.org/.

Un mouvement à soutenir complètement pour des personnes exploitées par les entreprises supranationales qui génèrent des milliards de profits sur le dos de leur fourmilière. Parce que le problème est le même en France. Et il est temps de dire un peu ce qui se passe derrière les comptoirs de votre fastfood adoré, où les gens vous accueillent avec un sourire forcé et vous servent en un temps record une bouf grasse et vite faite, que vous redemandez encore et encore en critiquant la culture anglo-saxonne.

En France, travailler dans un fastfood est tout aussi difficile, dégradant et mal payé. C’est de l’exploitation, quelle que soit l’enseigne. Un employé de Quick a utilisé un compte Twitter pour « dénoncer », selon lui, ses conditions de travail. La chaine a cependant décidé de le poursuivre en estimant que les déclarations de cette personne étaient mensongères.

Ne me méprenez pas, j’adore la junk food, c’est un péché comme un autre ! Il ne s’agit donc pas ici de critiquer un mode alimentaire ou des produits en particulier. Mais j’ai travaillé un an ½ au total dans 2 enseignes de fastfood en France au cours des 6 dernières années. Je ne dirai pas dans quelles enseignes, ni à quel endroit : de toute manière, des amis m’ont confirmé que c’était bien pareil ailleurs. A vous de vous faire votre jugement et de faire un peu plus attention aux gens qui vous servent sous la contrainte pour survivre et qui doivent prétendre le faire avec plaisir pour ne pas vous embarrasser. Ainsi, aujourd’hui, je propose un premier témoignage, un parmi tant d’autres, des conditions de travail dans lesquelles les salariés de certaines de ces chaînes sont obligés de travailler.

 

 Un rapide aperçu des conditions sanitaires, tout de même, dans lesquelles la nourriture est préparée et servie. On trouve de tout sur Internet et tout le monde suppose que c’est horrible (ce qui n’empêche pas les gens d’y retourner !). Un mot pour expliquer peut-être pourquoi l’eau des glaçons est réputée plus sale que l’eau des toilettes, selon une étude britannique. Je ne parle pas de ces enseignes en particulier, mais dans celles où j’ai travaillé : lorsqu’on court partout entre les glaces et les boissons avec des produits pleins les mains, des choses diverses et variées tombent dans le bac à glaçons, et interdiction de s’arrêter pour ramasser le truc en question ! Pourquoi ? Parce que 1/ ce ne serait pas propre d’y mettre les mains selon les règles du restaurant (sic) et parce que 2/ les managers refusent que l’on perde 30 secondes à nettoyer au lieu de servir le client. Voilà voilà… on ne nettoie le bac à glaçons que lorsqu’il est enfin vide !

Cependant, quelle que soit l’enseigne où j’ai travaillé, je n’ai jamais vu personne ramasser un aliment tombé par terre et le remettre dans le circuit des produits vendus. Jamais ! Pourquoi ? Parce que comme disent les managers, ces produits, on en a en quantité, un de plus ou de moins ne fait pas de grande différence. Alors que dans un restaurant français classique, j’ai déjà vu, en tant que cliente, un serveur ramasser un steak tombé par terre et le remettre dans les plats avant de les apporter au client. Sans doute que là, les produits ne sont pas en quantité infinies…

De toute manière, à cause des différents scandales entendus ici et là, il y a maintenant des caméras partout dans un fastfood : directement au dessus des caisses pour vérifier les éventuels vols, les passages de produits en douce, le soin des mains ; dans tous les coins de la cuisine, dans tous les couloirs et escaliers qui mènent aux chambres froides et au vestiaire et au bureau de la Direction.

 

Pourquoi avoir travaillé dans un fastfood ? Pourquoi ce masochisme ?

Comme beaucoup, en tant qu’étudiante, j’ai dû parfois financer seule mes études, en partie ou en totalité. Ou tout simplement, comme beaucoup aussi, je voulais un peu d’argent de poche que les parents ne pourraient me fournir pour les mois à venir. Et il n’y a pas 36 secteurs qui emploient rapidement sans expérience et sans diplôme dans la branche que l’on se destine à exercer plus tard. Aussi, tous les étés, et même pendant l’année universitaire, j’ai dû trouver ces jobs étudiants pourris qui motivent (énormément !) à continuer ses études pour ne pas terminer là ! C’est triste à dire mais c’est la réalité.

Travailler dans un fastfood n’est pas une vocation, personne ne le fait par plaisir, pour « le goût du commerce et du contact avec la clientèle », pour s’amuser entre potes ou acquérir de l’expérience.

On le fait parce qu’on n’a pas le choix.

 

Le recrutement ?

Justement, inutile de chercher à briller. Les fastfoods ont besoin de main d’œuvre, de bras et de fourmis anonymes. Peu importe d’où vous venez et ce que vous faites, vous allez vous retrouver à faire la même chose que votre collègue recruté 5 ans plus tôt.

Pour être embauché, dites que vous avez besoin de travail, d’argent et que vous bossez dur sans vous plaindre (et aussi que vous savez récurer des chiottes, que vous recherchez le contact avec la clientèle et que estimez que le fastfood est une restauration qui peut avoir autant de classe que les autres…, ça marche à tous les coups).

 

Une fois embauché, c’est la découverte des vestiaires :

Il faut s’y faire tout de suite, c’est une cage à lapins. Impossible d’écarter parfois les bras à fond entre les murs. J’ai parfois vu une douche, mais d’un état assez douteux. Ces vestiaires sont donc souvent sales, avec des trous pour laisser passer les souris. Et c’est là dedans que vous enfilez votre uniforme, hérité du dernier « équipier » comme on dit dans les fastfoods, et qui colle toujours même après avoir été lavé 2 fois. Puis vous chaussez vos chaussures de sécurité, héritées aussi d’un ancien équipier, dont les semelles se décollent allègrement.

Ces chaussures, c’est un bonheur : quand vous travaillez 9 heures debout non stop (parce que interdiction de s’assoir pendant le service ou de s’accoler à un mur ou au comptoir), il devient impossible de soulever un pied lesté de ces petits poids. C’est toujours là que votre manager vient vous engueuler de ne pas monter les escaliers assez vite (lui il est assis depuis le début du service dans un bureau caché du public).

 

Les casiers ?

Il n’y en a pas pour tout le monde, c’est comme ça. Que ce soit dans le vestiaire femmes ou hommes, les plus récemment recrutés se débrouillent pour poser leur sac quelque part avec toutes leurs affaires. Donc les vols arrivent souvent, histoire de mettre un peu d’ambiance au sein de l’équipe.

 

La visite médicale ?

Une blague. Lorsque vous commencez ce job, vous êtes plutôt en forme, votre corps est encore en bon état. A la visite médicale, donc, on veut surtout vérifier que vous n’allez pas vous plaindre. « L’ambiance est bonne ? ». Oui, oui. Et mon dos ? mes mains ? mes pieds ? Ma sécurité ? Ma santé ? Un coup d’œil est c’est torché, vous êtes aptes. On prend votre poids (tout habillé) et on vous reproche de ne pas faire un kg de moins (de quoi j’me mêle ?), ce qui ne va pas s’arranger avec la plupart des fastfoods où travailler en France ! Indépendamment du problème des médecins un peu trop dragueurs et aux allusions douteuses, on n’examine pas votre aptitude réelle à soulever des caisses toute la journée, dans les escaliers, sur des étagères plus hautes que vous, à alterner entre la chambre froide et la cuisine, ou votre capacité à rester debout pendant 9 heures, bref, votre aptitude à la manutention constante et difficile. Le médecin ne regarde pas vos mains brûlées par le grill…En 3 mois consécutifs de salariat, pas un seul jour je n’ai vu la peau de mes mains sans blessure : brûlures contre le grill, coupures avec les ustensiles de cuisine, peau sèche et ridée par les produits d’entretien. Aucun soin : un pansement et on nous renvoie aux fourneaux. Et à force de devoir rester debout 9 heures par jour, 3 ou 4 jours par semaine, sans pouvoir s’assoir, à trimballer caisse sur caisse lourde, une scoliose se rajoute à une autre, les vertèbres se tassent et les hernies discales apparaissent, sans compter les problèmes de circulation du sang, comme pour beaucoup d’autres salariés avant, avec et après moi. La visite médicale a lieu une fois par an, donc si vous restez moins d’un an, le médecin du travail ne voit pas cette détérioration due au travail et aucun constat n’est fait sur ces dégâts non pris en charge par l’employeur. Les douleurs au dos, elles, restent à vie et vous empêchent de rester debout bien longtemps dans la vie courante.

 

Après ces quelques préliminaires, je verrai dans mes prochains articles les rapports conflictuels entre le salarié et l’équipe de managers/ la direction d’une part, et entre le salarié et la clientèle d’autre part. Des rapports où le salarié est bien évidemment le soumis humilié qui doit fermer sa gueule pour garder son job s’il veut au moins gagner ses propres et quelques sous.

 

Aussi, quand j’entends les syndicalistes se plaindre à tout va du travail que les autres (!) salariés doivent faire le soir et le week end, j’ai encore envie de leur dire de fermer leurs gueules : le week end et le soir sont les seuls moments où l’étudiant peut travailler, s’il ne veut pas rater ses études et sa vie professionnelle future. C’est vrai pour les fastfoods, plus souples sur cette réglementation car bénéficiant du statut de restauration, mais c’est aussi vrai pour n’importe quel autre magasin où les étudiants sont souvent les principaux salariés de ces heures ingrates. On se demande à quoi pensent les syndicats, à part à empêcher les étudiants de travailler et de les foutre encore plus dans la merde financière. De toute manière, en un an de travail au sein de fastfood, je n’ai jamais vu un seul syndicaliste venir jeter un œil dans un resto ou demander aux salariés ce qu’ils pensaient de leur condition de travail, s’ils avaient d’éventuelles demandes ou plaintes. Jamais.

De même, la CGT a bloqué récemment les accords que proposait la direction de Monoprix, consistant en une augmentation de 25% de salaire pour les horaires travaillées le soir, au motif que ce travail portait atteinte à la santé des travailleurs et qu’il doit donc être interdit… On rit jaune devant autant d’obstination syndicale… Ont-ils pensé à tous ces salariés qui ne peuvent travailler que le soir et qu’une augmentation de salaire de 25% satisfaisait pleinement ? Ont-il pensé que la santé des travailleurs ne passe pas tant par l’heure à laquelle on travaille mais bien plutôt par une durée normale ou courte d’un travail dont les conditions physiques sont difficiles et mal encadrées par les différentes directions ? Non, et résultat : on ne peut plus gagner sa vie aux moments où on le voudrait. Et non, résultat : la santé des travailleurs de fastfood est toujours autant dans la merde, et on ne va pas remercier les syndicats pour ça. Parce que si le syndicalisme français actuel prétend défendre les salariés, il se trompe lourdement. Je ne vois pas quel intérêt leur blocage défend, mais pour des salariés, à la fois étudiants, dans un fastfood ou autre magasin, il ne défend certainement pas le leur.


Moyenne des avis sur cet article :  4.33/5   (18 votes)




Réagissez à l'article

6 réactions à cet article    


  • jef88 jef88 18 octobre 2013 12:30

    Et l’inspection du travail ?
    Elle sait pourtant bien em***der les petits patrons ......


    • foufouille foufouille 18 octobre 2013 14:52

      c’est plus facile. comme pour le beurre frelaté (grosse boite et zéro contrôle)


    • Bruce Baron Bruce Baron 18 octobre 2013 19:13

      L’inspection du travail se pointe de temps en temps mais pas toujours, loin de là. Et puis elle mise surtout sur les petits ateliers de confection et les petits commerces pas très proprets.


    • foufouille foufouille 18 octobre 2013 14:50

      je n’ai jamais vu un seul syndicaliste venir jeter un œil dans un resto ou demander aux salariés ce qu’ils pensaient de leur condition de travail, s’ils avaient d’éventuelles demandes ou plaintes. Jamais.

      je pense pas qu’il soit bien acceuilli
      sur le net, il y a une vidéo censuré par M6 dans laquelle on peut voir la « fraicheur » des aliments infini chez macbouffe


      • Ruut Ruut 18 octobre 2013 15:31

        Merci pour ce témoignage.


        • julien 19 octobre 2013 10:27

          Article très intéressant même si je suis en désacoord avec la conclusion anticgt.


          « je n’ai jamais vu un seul syndicaliste venir jeter un œil dans un resto ou demander aux salariés ce qu’ils pensaient de leur condition de travail, » 
          je trouve ca un peu injuste comme reproche dans la mesure où l répression syndicale est assez fort dans ces entreprises. Pour avoir essayé de monter un syndicat cgt dans une enseigne fast food, faut etre un quand meme un combattant.
          + sur le travail du dimanche : si les salaires n’étaient pas aussi indécents en semaine, il n’ y aurait pas nécessité à travailler la nuit ou le we. Les enseignes fasfood ont largement de quoi mieux payer vu leurs profits. 

          mais sinon à part ces réserves, l’article est tres intéressant

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON

Auteur de l'article

Anna Flow


Voir ses articles






Les thématiques de l'article


Palmarès