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Accueil du site > Actualités > Société > La fabrique des imposteurs : si le pervers narcissique m’était « (...)

La fabrique des imposteurs : si le pervers narcissique m’était « compté » ou comment le paradoxe de l’idéologie néolibérale influence nos personnalités

« Le pouvoir n'est pas une autorité s'exerçant sur des sujets de droit, mais avant tout une puissance immanente à la société, qui s'exprime dans la production de normes et de valeurs… Passage de la loi à la norme, d'une société (d'Ancien régime) centrée sur la loi on est passé à une société gestionnaire centrée sur la norme. C'est l'une des conséquences de la vaste révolution libérale. »[1]

Avant d’en venir au fond de la problématique que je souhaiterais développer ici, posons-nous tout d’abord la question : qu’est-ce qu’un imposteur ?

La définition du mot imposteur du CNTRL nous donne :

A. – Celui qui trompe, qui abuse autrui par des mensonges, de fausses promesses, dans le but d'en tirer un profit matériel ou moral ; synonyme : fourbe, menteur, trompeur.

– Sens vieilli : celui qui répand sur autrui des accusations mensongères ; synonyme : calomniateur.

B. – Celui qui cherche à abuser autrui sur sa propre personne, en feignant les apparences de la vertu, de la sagesse, de l'intégrité, du savoir ; synonyme : hypocrite.

– En particulier : celui qui usurpe le nom, la qualité, le titre d'un autre ; celui qui se fait passer pour autre que ce qu'il est.

Étymologiquement, le mot est dérivé du latin classique impõno dont les différents sens et les exemples qui s’ensuivent nous offrent une symbolique très complète sur la représentation à géométrie variable de ce qu’est un imposteur et les impostures auxquelles il s’adonne :

1. – Placer sur, poser sur, appliquer.

2. a) – Établir sur, préposer, assigner.

2. b) – Mettre quelque chose sur les épaules de quelqu’un ; lui donner la charge de quelque chose. Ex. : charger quelqu’un d’une affaire, d’un rôle.

2. c) – Imposer. Ex. : imposer à quelqu’un plus de fatigue ; faire subir à quelqu’un des injustices, des outrages ; imposer des lois à quelqu’un ; faire la loi à quelqu’un ; imposer des lois par la force à la citée ; imposer un tribut au vaincu ; imposer aux Athéniens le gouvernement des Trente ; imposer aux terres une redevance.

2. d) – Mettre la dernière main à quelque chose.

3. – En imposer à quelqu’un, donner le change à quelqu’un, abuser quelqu’un.

Cette définition sommaire, qui sera complétée ultérieurement, nous donne un premier élément de réponse afin de situer le cadre dans lequel s’inscrit cet article.

J’aborde ici la thématique maintes fois dénoncée dans mes précédents écrits sous un nouvel angle emprunté à la sociologie et à la psychopathologie sociale après avoir succinctement décrit ce fléau sous diverses approches (celle de la psychodynamique – cf. Les pervers narcissiques 1/2, Les pervers narcissique 2/2 et Comment reconnaître un pervers narcissique manipula-tueur, Le match : Psychopathe Vs Pervers narcissique –, de la linguistique – cf. Le pouvoir, les crises, La communication paradoxale et l’effort pour rendre l’autre fou, Comprendre l’emprise : la relation en-pire et La novlangue des psychopathes –, et de la neurobiologie – cf. Perversion narcissique et traumatismes psychiques : l’approche biologisante).

JPEGLargement inspiré des écrits de Michel FOUCAULT sur la production de normes dans notre société et de ses conséquences délétères sur la psyché individuelle et collective, Roland GORI, psychanalyste, professeur émérite des Universités et fondateur de l’Appel des Appels, s’attache à démontrer dans son dernier livre La fabrique des imposteurs, paru en janvier 2013, comment, selon lui, notre organisation sociale est parvenue à transgresser notre principe républicain d’élaboration des Lois en « confisquant » le pouvoir démocratique et les débats citoyens au profit de l’adoption de normes édictées par les impératifs de la « religion du marché »[2]. Autrement dit : comment notre système institutionnel a pu « glisser », en à peine quelques décennies, d’un ancien régime centré sur la Loi adoptée démocratiquement à une société gestionnaire centrée sur des normes édictées par des « experts » à la solde de la propagande capitaliste (d’où l’importance de mieux connaître le domaine de l’expertise : cf. Peut-on faire confiance à notre jugement ? La fiabilité des experts en cause). Ce détail est essentiel pour mieux comprendre pourquoi les conflits d’intérêts, les détournements de fonds publics, les escroqueries financières, la délinquance en « col blanc », etc. se généralisent aujourd’hui en toute impunité (jamais précédemment dans l’histoire, les membres d’un gouvernement venant de finir leur mandat avaient été impliqués dans autant d’affaires et de procédures judiciaires).

Mais au-delà de ce constat posé par de nombreux auteurs et critiques de notre société de consommation auxquels Roland GORI fait largement appel pour étayer son analyse, il met remarquablement en évidence la façon dont le système en place encourage désormais les impostures à grande échelle. Et c’est en cela que réside tout l'intérêt de son essai.

Pour Roland GORI ce n’est pas tant leur prime enfance que notre société de la marchandise et du spectacle qui favoriserait « la fabrique des imposteurs ». Reprenant la thèse foulcadienne « selon laquelle les symptômes des maladies mentales sont le reflet des valeurs d'une société qui refuse de s'y reconnaître »[3], Roland GORI trouve dans la rationalité pratico-formelle[4] l’essence même des impostures et invite son lecteur à envisager l’imposteur comme un « martyr »[5] et un analyste hyper-adapté à notre civilisation, témoin privilégié de l’époque où nous vivons, caractérisée par « le mensonge du message publicitaire, l’imposture de la satisfaction qu’il annonce, l’effacement des limites du vrai et du faux, la matérialisation de l’idéologie dans le spectacle et la consommation, la prolifération de “pseudo-évènements”, l’incitation aux instants gaspillés, la froide organisation sociale du travail et des loisirs sur les apparences et la maîtrise de leurs quantifications, le déguisement du temps marchandise, la fragmentation et l’homogénéisation des cultures et des conduites » [6]. Ces nouveaux ajustements que notre civilisation érige en valeurs « pseudo-consensuelles » (sous couvert de manipulation des chiffres et des statistiques) « assurent aux maîtres de l’apparence et autres faussaires un succès social incontestable »[7].

Ce type de rationalité pratique, qui émane d’une civilisation des mœurs telle que Max WEBER a pu en faire l’analyse dans plusieurs de ses essais (L’Éthique protestante et l’Esprit du capitalisme ou Sociologie des religions), n’est rien d’autre que la primauté de la forme sur le fond, de la quantité sur la qualité, de l’individualité sur l’intérêt général, des apparences sur la performance, de la réputation sur le travail, de la popularité sur le mérite, de l'opinion sur les valeurs, etc. telles que façonnées par les normes, les évaluations, les sondages, les statistiques, les bilans tronqués, etc.

Lorsque ce retournement de sens et ce type de transgression opèrent dans une société, alors le nid est prêt pour que le règne des imposteurs advienne. Cette gouvernance exercée sur le mode d’une « tyrannie de l’évaluation »[8], traduit en langage politicien, prône des objectifs de croissance intenables proférés sur un mode quasi névrotique – pour ne pas dire « hystérique » –, annihile toute créativité et tend à formater les individus qui n’ont d’autres choix que de se conformer aux désidératas des imposteurs au pouvoir pour ne pas subir l’ostracisme auquel s’expose tout penseur critique ou anticonformiste.

Bien que cet ouvrage nous offre une analyse sociologique du terreau propice aux développements de l’imposture en effectuant une longue critique des travers de notre société de consommation, Roland GORI ne manque pas de définir l’imposteur en le présentant comme « un virtuose de l’apparence et de l’apparat, qui par des identifications immédiates, des pseudo-identifications, absorbe, véritable éponge vivante, les traits, les opinions, les valeurs, les discours d’autrui » [9].

Décrit comme un véritable caméléon, pur produit de l’idéologie néolibérale et de la religion du marché (cf. la notion d’homo œconomicus citée dans l’article Peut-on faire confiance à notre jugement ? La fiabilité des experts en cause), « il ne s’agit plus pour l’imposteur d’identifications que le sujet digère, métabolise, transforme et, pour tout dire, transcende pour devenir lui-même. Non, la forme chez l’imposteur devient le fond, le ballet des silhouettes et des volutes successives, elle vient masquer ce sentiment de vide profond qu’ils avouent parfois ressentir et qu’éprouvent ceux qui les ont suffisamment approchés. Mais pas toujours, car l’imposteur est passé maître dans l’art de l’illusion. Par ses emprunts aux couleurs de l’environnement, l’imposteur témoigne d’une exceptionnelle “adaptation à la réalité” et, nageant dans les faux-semblants comme un poisson dans l’eau, respectueux plus que tout autre des règles, des procédures, des formes, il bénéficie souvent, jusqu’à ce qu’il soit démasqué, de l’estime de tous, ou presque. C’est le prototype de l’adaptation et de l’habileté sociale, le sujet idéal des façonneurs de comportements. Sentiment paradoxal du clinicien qui le reçoit : le sujet est plus que normal mais il y a quelque chose qui cloche. Malaise qui saisit parfois le clinicien qui l’écoute, impression de vide, de facticité, de politesse exagérée ou de grossièreté surfaite selon l’identification du jour, mais toujours une vive et alerte capacité à faire ce qu’il faut, dans la situation clinique comme dans l’existence. On dit de lui qu’il est sympathique, mais on ne sait pas à quel point cette opinion est vraie, pas davantage que l’on ne sait à quel point son opinion est vraie. C’est d’ailleurs un homme qui sait profiter de l’opinion, de son propre pouvoir de convaincre. Du crédit qu’il parvient à obtenir dépend le profit de son entreprise. C’est dire à quel point l’imposteur est un homme qui vit à crédit : sa vie dépend du crédit que les autres lui accordent, de leur appréciation, de leur évaluation et de leur “notation”, comme on dirait dans la finance. C’est la figure de notre temps, un “homme subprime” ! Avec des actifs aussi pourris que les titres du même nom[10], mais qui, comme eux, font que la comédie sociale se joue tant que personne ne demande de comptes… » [11]

Nous l’aurons compris au travers de ces précisions, l’identification, ou plutôt ce qui y fait défaut, tel est donc le problème majeur de l’imposteur et du pervers narcissique, car qu’on se le dise, et même si Roland GORI s’en « défend » (précautionneusement) dans l’émission « La tête au carré » de Matthieu VIDARD sur France Inter, imposteurs et pervers narcissiques s’entendent comme larrons en foire, à tel point que parler du premier évoque les caractéristiques du second et vice-versa. Et pour cause, c’est aux mêmes sources que les travaux sur l’une et l’autre de ces deux notions puisent leur inspiration (Phyllis GREENACRE pour son article sur les imposteurs, Donald WINICOOT pour ses travaux sur les faux-selfs, Helene DEUTSCH pour ses recherches sur les personnalités « as-if » – « comme-si » –, ou encore Janine CHASSEGUET-SMIRGEL pour ses écrits sur la perversion, etc.). Il n’est donc nullement étonnant de trouver de nombreuses similitudes entre ces deux concepts.

Plus récemment, Andrée BAUDUIN s’interroge dans la présentation de son essai (Psychanalyse de l’imposture) : « Imposteurs, pervers, voire pervers narcissique…, comment reconnaître à temps ses personnages insaisissables ? Comment les identifier et comment être en mesure d’en parler et d’en parler bien ? (Ce sont les écrits sur la perversion qui permettent le mieux d’en approcher la structure). »[12] Attestant par là de la forte promiscuité de ces deux approches.

Certes, des différences conceptuelles existent entre les travaux récents de Paul-Claude RACAMIER sur la perversion narcissique et ceux des auteurs cités ci-dessus sur l’imposture, mais c’est bien d’une seule et même problématique dont tous ces chercheurs ont dressé le portrait qui, si l’on comprend les apports de Roland GORI exposant un point de vue sociologique, ne peut que continuer à « muter » et à se transformer au gré des évolutions sociales que nous rencontrons. Et c’est bien là, dans cette « mutation », que réside l’une des principales difficultés de compréhension de ce phénomène social qui, s’il n’est pas compris comme un « mouvement » alimenté par une pensée spécifique (tels que présentés dans les deux premiers articles publiés sur ce cite, cf. Les pervers narcissiques et suite), ne peut être correctement appréhendé, car tout l’art de ce caméléon de la psyché humaine réside dans sa capacité à se fondre dans l’environnement dans lequel il s’immerge tant et si bien que l’imposture tout comme la perversion narcissique ont besoin d’un public pour se réaliser.

Pour rencontrer « son » public qu’il désire séduire et convaincre en « comptant »[13] ses « exploits », l’imposteur doit aller au-devant de lui sur la scène sociale dont les leaders actuels façonnent la politique, l’économie, les médias, l’industrie… la justice, etc. Autant « d’environnements instables » (au sens qu’en donne Daniel KAHNEMAN dans son ouvrage Système 1 / Système 2 : Les deux vitesses de la pensée) dont nous n’ignorons plus qu’ils sont excessivement prolixes en « décisions absurdes »[14].

Et pour cause, dans une société où l’imposture règne en maître, où « la vie quotidienne de chacun, jeune ou moins jeune, cadre ou ouvrier, à l'école comme au travail, dans les organisations publiques et privées, au niveau des politiques publiques, etc., les évaluations se font de plus en plus pressantes, diffuses, continues. Rendre des comptes, être visible, mesurable et surtout compétitif devient l'injonction permanente, stressante et très peu mise en cause. Être évalué paraît généralement aller de soi, voire être désirable : “On m'évalue, donc je suis”. Or ces évaluations sont tout à fait paradoxales[15] : au nom de la rétribution au mérite, elles dénient le mérite véritable et engendrent un climat délétère de concurrence et de sauve-qui-peut ; au nom de “plus d'efficacité”, elles créent une forme inédite d'inefficacité ; au nom de l'objectivité, elles écrasent les différences, standardisent, normalisent… La complexité de la vie sociale n'est pas respectée. Les nouvelles évaluations rendent unidimensionnelle une vie multiple, ignorent les conflits qui font le cœur de l'individu comme de la société et, surtout, prétendent être justes et efficaces en dehors de toute situation réelle, en dehors de toute territorialisation »[16].

De nombreux chercheurs en psychopathologie sociale, philosophie, psychanalyse, anthropologie, etc. ont déjà engagé de vastes réflexions sur cette problématique de société en informant l’opinion publique sur les conséquences délétères de notre soumission à cette politique d’évaluation inflationniste qui « écrase les différences, standardise, normalise » et déshumanise en niant toute altérité (souvenons-nous ici de la citation extraite du livre témoignage Si c’est un homme de Primo LEVI choisi en introduction de mon article sur Comprendre l’emprise : la relation en-pire : « Le sentiment de notre existence dépend pour une bonne part du regard que les autres portent sur nous : aussi peut-on qualifier de non humaine l’expérience de qui a vécu des jours où l’homme a été un objet aux yeux de l’homme »).

Force est de constater qu’au jour d’aujourd’hui les messages d’alerte que nous recevons sur cette « politique », qui nous conduit inexorablement à notre propre perte, ne sont pas pris en considération de la hauteur du danger qui nous guette. À l’image des romans d’anticipation dystopique d’Aldous HUXLEY ou de Georges ORWELL, il semblerait que nous soyons parvenus à un certain équilibre entre apathie et résignation où le « télécran » de 1984 joue dans notre société le rôle du « Soma » de Le meilleur des mondes.

L’idéologie néolibérale que la télévision et les médias « mainstreams » véhicule participe à la généralisation des doubles contraintes à l’ensemble de nos activités en imposant une nouvelle forme de « totalitarisme rampant »[17] bien plus pernicieuse que celles que nous avons connues lors du siècle dernier. À ce titre, elle n’en sera que plus destructrice, car je rappelle ici ce que certains chercheurs ont depuis longtemps compris : à savoir que les contraintes paradoxales sont le mode opératoire le plus fondamental de la torture (cf. interview du Nouvel Obs).

Cet état de fait génère un climat de tension ressenti par de plus en plus de personnes à l’heure actuelle, mais si nous en percevons les effets, nous avons toujours énormément de mal à identifier et à désigner les injonctions paradoxales comme facteur causal du mal-être social que nous éprouvons. Pourtant, nous n’ignorons plus à quel point ces « chausse-trappes » de la pensée peuvent être aliénantes tant elles paralysent nos capacités d’analyse, notre esprit critique et nos facultés de discernement ; ce qui équivaut à priver quelqu’un de son libre arbitre.

Tout l’intérêt de l’essai salvateur de Roland GORI (comme le nomme l’article de présentation du journal Marianne) réside avant tout dans le fait qu’il souligne avec vigueur l’influence néfaste de notre société sur la construction identitaire des individus. Ce n’est pas non sans mérite que Roland GORI démontre comment « l’imposteur relève doublement d’une psychopathologie qui s’enracine dans le social et le symbolique ». Paul-Claude RACAMIER ne disait pas autre chose lorsqu’il écrivait : « j’ajoute pour finir… que le repli d’investissement des objets sur le socius et la parole est ce qui caractérise la perversion narcissique »[18]. Roland GORI relativise ainsi la responsabilité des imposteurs vis-à-vis de leurs impostures en précisant : « que sa souffrance (celle de l’imposteur) provient de l’environnement qui l’a obligé à vivre au-dessus de ses moyens en le conduisant à une hyperadaptation aux idéaux et aux normes, formes imposées par l’autre. C’est d’ailleurs sur cette scène-là qu’il va déployer ses symptômes, symptômes qui sont autant les siens que ceux de l’autre. D’autre part l’imposteur est pris dans le social, en tant que plus que toute autre pathologie il a compris la dimension de semblant impliqué par tout discours, en particulier le discours organisé par la mascarade de l’éthique capitaliste. C’est bien pourquoi l’imposteur, du plus petit au plus grand, au-delà de toute psychopathologie, apparaît comme ce témoin de la scène sociale qui révèle l’imposture des signes qui en permettent le fonctionnement. C’est à ce titre que, pour le propos qui est le mien ici, j’ai cru bon de l’appeler à la barre des témoins d’un procès en accusation de cette pathologie de la raison formelle qui prétend aujourd’hui organiser nos existences »[19].

De nos jours, le système économique moderne (« environnement instable » selon Daniel KAHNEMAN), bien que se donnant l’image d’être « rationaliste » (mythe de l’homo œconomicus), est beaucoup plus idéaliste (au sens péjoratif « qui vit de chimères, d’illusions, sans tenir compte de la réalité » et psychopathologique selon l’expression idéaliste passionnel[20]) que les « idéalistes » qu’il rejette en les désignant sous ce terme, car les « experts » économiques (à la solde du système capitaliste) vivent dans un monde unidimensionnel formater par les évaluations et les statistiques qui ne reflètent pas les valeurs et les aspirations humaines du monde qu’ils régissent.

C’est sur ce point spécifique qu’il est nécessaire d’insister, car je rejoins ici totalement le diagnostic de Roland GORI selon lequel la rationalité formelle qu’il désigne est pathogène dans le sens où elle produit des identifications en « faux-self » à la chaine. Si nous pratiquions l’autopsie de cette « déraison », nous ne serions nullement surpris d’y reconnaître, en fond de mire, la pensée perverse décrite par Paul-Claude RACAMIER, telle que déjà présentée dans l’article Les pervers narcissiques (suite), en tant qu’elle est un type de rationalité qui encourage la déliaison des interrelations humaines par l’uniformisation des individus tout en niant leur subjectivité et toute altérité. Mais en complément de cette analyse, il me paraît important de mettre en exergue le moyen par lequel cette « malignité » s’immisce dans notre inconscient et de rappeler à ce titre que la nocivité des injonctions paradoxales, dont est particulièrement friande l’idéologie néolibérale, peut rendre « fou ».

Signalons également ici que ce type de rationalité permet au mythe de l’homo œconomicus de poursuivre son œuvre de « destruction massive » en toute impunité bien que nous ayons désormais la confirmation scientifique, grâce aux travaux de Daniel KAHNEMAN et d’Amos TVERSKY, récompensée par un prix Nobel d’économie en 2002, de son absurdité et de son ignorance (de son déni ?) quant à la réalité de la complexité humaine.

Avant de conclure, je souhaiterais formuler une mise en garde (mais Dieu sait combien les messages de prévention peuvent être « inutiles » tant que nous n’avons pas « touché du doigt » certaines réalités).

Dans une perspective évolutionniste « les traits utiles à la survie d’une espèce dans un environnement particulier devenaient, sur le long cours, caractéristiques de l’espèce. Et ceux caractéristiques d’une espèce existaient, car ils avaient contribué à la survie de lointains ancêtres. En raison d’un accès limité à la nourriture, tous les individus qui voient le jour ne peuvent survivre assez longtemps pour arriver à leur maturité sexuelle et se reproduire. Le moins adapté est donc rejeté et, au fil des générations, ce sont les mieux adaptés qui deviennent parents et transmettent cette adaptation à leur descendance. Mais si l’environnement vient à changer, et il le fait constamment, alors d’autres caractéristiques deviennent importantes pour la survie et seront finalement sélectionnées. Les espèces qui s’adaptent ainsi survivent, les autres en arrivent à disparaître »[21].

Or, si nous reportons la problématique de l’imposture à cette vision de l’avenir, il nous faut convenir que le pouvoir de destructivité dont est porteuse cette pathologie ne fera qu’amplifier le processus « de la guerre de tous contre tous » et la question, d’actualité, qui nous viens alors à l’esprit est : jusqu’à quel point ?

Pour finir, je reprendrais à mon compte la conclusion de l’excellent article d’Élodie ÉMERY, Comment les imposteurs ont pris le pouvoir, paru le 25 janvier 2013 sur le site du journal Marianne, nous exhortant à sortir des sentiers battus en retrouvant notre créativité, seule à même de nous rendre notre place de sujet et d’acteur dans notre société. Ce qui induit de facto de bannir le statut « d’objet » dans lequel l’idéologie néolibérale tente de nous circonscrire.

« Au prix de cet abyssal déficit de sens, véritable mal du siècle qui paralyse nos sociétés, l'imposture a fini par exercer une tyrannie qui nous gangrène. Seuls l'ambition de la culture, le doute salutaire et l'audace de la liberté partagée peuvent nous permettre de recréer l'avenir ».

 

Philippe VERGNES

N.B. (1) :

Pour illustrer le propos de Roland GORI concernant « La folie évaluation », je vous propose de lire ce témoignage d’un cadre informaticien dont l’article vient de paraître.

N.B. (2) :

Pour signer la pétition en ligne de l'Appel des Appels : remettre l'humain au coeur de la société.


[1] Extrait du site WIKIPÉDIA sur la présentation des idées développées par Michel FOUCAULT.

[2] Pier Paolo PASOLINI, Ecrits corsaires, cité par Roland GORI.

[3] Roland GORI, La fabrique des imposteurs, p. 237.

[4] Roland GORI, La fabrique des imposteurs, note 3, p. 52 : « A la suite de Max WEBER, je nomme rationalité pratico-formelle, une forme de pensée, de raison, réduite à la logique du droit et des affaires, « glaciation éthique » dépourvue des exigences des rationalités théoriques et « substantielles ». La rationalité formelle est une forme de pensée très présente dans le droit qui ne se préoccupe que des formes de rationalité de l’action reposant sur des processus de décision en référence à des règles formelles abstraites, rejetant toute forme d’arbitraire et de considération de personne. C’est le règne des techniques méthodiques et du pouvoir bureaucratique. La rationalité pratique est une forme de rationalité de l’action qui consiste dans des conduites de vie déduites de calculs rationnels moyens-fins pour permettre une adaptation pragmatique au mieux des intérêts immédiats et en vue d’une adaptation aux situations, sans soumission à d’autres critères de décision comme ceux de l’éthique, de la théorie, de la psychologie… Les interfaces de ces deux formes de rationalité m’ont conduit à les rapprocher de l’expression “pratico-formelle” ».

[5] Afin d’éviter toute confusion, Roland GORI précise dès les premières lignes de son ouvrage que ce terme est à comprendre selon son sens étymologique qui signifie tout simplement « témoin » et que ses écrits se situent dans une tout autre perspective que ceux de Patrick AVRANE, Les imposteurs : tromper son monde se tromper soi-même et d’Andrée BAUDUIN, Psychanalyse de l’imposture, puisqu’ils font de l’imposteur moins un cas psychopathologique qu’un martyr du drame social. Ce qui donne à cette étude une valeur sociologique malgré la formation psychanalytique de l’auteur.

[6] Roland GORI, La fabrique des imposteurs, p. 220.

[7] Ibidem, p. 220.

[8] Titre du livre d’Angélique DEL REY, La tyrannie de l’évaluation qui dénonce « l’évaluation managériale comme une forme post-moderne de tyrannie compatible avec les institutions démocratiques » (cf. l’interview de l’auteure).

[9] Roland GORI, La fabrique des imposteurs, p. 13.

[10] C’est moi qui souligne tant l’image à laquelle renvoie cette analogie est lourde de sens compte tenu de la crise actuelle qui n’en finit plus de nous révéler toutes ses supercheries.

[11] Roland GORI, La fabrique des imposteurs, p. 13 et 14.

[12] Andrée BAUDUIN, Psychanalyse de l’imposture, p. 2.

[13] Cette expression qui joue sur l’homonymie entre les verbes « compter » et « conter » est parfaitement adéquate en la circonstance tant la problématique identificatoire présente dans cette pathologie fit dire à Éric FROMM parlant de ce type de personnalité : « Si je suis ce que je possède et que je perds tout ce que j’ai, qui suis-je ? ».

[14] Cf. Christian MOREL, Les décisions absurdes I : Sociologie des erreurs radicales et persistantes et Les décisions absurdes II : Comment les éviter.

[15] C’est moi qui souligne, car nous abordons là le cœur du problème jusqu’alors négligé dans les analyses qui nous sont proposées à l’heure actuelle comme nous avons pu le découvrir dans mes précédents articles (

[17] Selon l’expression qu’emploie Ariane BILHERAN dans son excellent essai Tous des harcelés ?

[18] Paul-Claude RACAMIER, De la perversion narcissique, compte-rendu de l’exposé présenté le 21 septembre 1985 à GRENOBLE au congrès organisé par l’APSYG et édité dans la revue GRUPPO n° 3 de février 1987 ; les mots en gras ont été soulignés par lui.

[19] Roland GORI, La fabrique des imposteurs, p. 229 ; les mots en gras ont été soulignés par lui.

[20] Définition du CNRTL : « Malade dont l'exaltation se fixe sur un thème le plus souvent mystique, religieux, social ou politique qu'il transforme en un idéal auquel il peut tout sacrifier sans tenir compte de la réalité ».

[21] Joseph LEDOUX, Le cerveau des émotions, p.107.

 


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24 réactions à cet article    


  • Agor&Acri Agor&Acri 3 septembre 2013 12:46

    Article très intéressant.
    Merci.

    Je n’ai pas encore lu le livre mais j’ai prévu de la faire.

    Votre approche est utile.
    En aidant à mettre des mots, des formulations
    sur certains ressentis qui pèsent négativement sur notre existence
    sans qu’on parvienne spontanément à les décrire et les analyser,
    vous contribuez à définir les concepts
    et à développer les arguments qui permettent d’y faire face.
    et, au final, de pointer du doigt ceux qui se nourrissent des tensions qu’ils exercent sur la société.


    • Philippe VERGNES 3 septembre 2013 18:55

      Bonjour Agor&Acri,

      Merci à vous pour votre commentaire.

      Les phénomènes décrits sont assez complexes à verbaliser, d’où mon approche pluridisciplinaire, car la reconnaissance, mettre des mots sur nos maux, est le premier pas à faire pour notre émancipation.

      Cordialement


    • vieux grincheux 4 septembre 2013 11:57

      @ l’ auteur et @ touTEs


      trés bon article,auquel il ne manque qu’ une critique bien sentie du Systeme « démocratique » qui n’ est en fin de compte qu’ un écran de fumée pour que l’ Elite continue dans son Oligarchie à tenir les rênes du Pouvoir et celà depuis 1789 et la Revolution voulue par les BOURGEOIS, qui se sont vite empressés de fabriquer une « Gôche » qui n’ abuse que les gogos et les naïfs.

      En reprenant « l ’Habitus » de Bourdieu et en analysant la composition de l’ Assemblée Nationale, nous nous apercevons que seuls 2 élus proviennent des couches (j’ évite « classes » à dessein) sociales les moins favorisées : Claude Bartolone le Perché, et le député qui a connu le RMI...

      Belle représentation « démocratique » en effet, de Fils et de Filles DE qui n’ ont d’ autres préoccupations que « le changement dans la continuité » cher à Mitterand si je m’ en souviens bien.....et les accointances, lobbyings et autres jeux « démocratiques » qui hantent les couloirs, les coursives, les cuisines et dépendances sont maintenant bien connus d’ une majorité de CitoyeNEs, et pas seulement que d’ une minorité de « leaders d’ opinion » qui frequentent le Siecle comme d’ autres frequentent le Café du Commerce.....

      Mais il y a mieux !!! C ’est l’ Abstention parti Majoritaire en fRance.
      Plus de 50% aux Legislatives de 2012, 65% en Oise (Mancel) 85% pour le Lefevbre inutile et plus de 50% pour le Cas Huzac.....pas mal pour une démocratie ? non ?

      Le/la CitoyenNE lambda est en droit de se demander quelle est la Légitimité de ces gens-là ?

      L’ Expert, nous retorquera que ces gens-là sont bardés de dîplomes, issus de l’ ESSEC ou de l HEC, tu pues du Bec, de l’ Ecole Nationale d’ Auto-admiration et autres Sciences Popo pipi patakesse, ou de polytechnoconcons et autres fabriques à élite (et demie ?) qui depuis 68 et la trahison de la CGT n’ ont eu de cesse que de NOUS FOUTRE DANS LA MERDE tout en se faisant des NOUILLES ENCORE !!!! et je suis poli, monsieur l’ Auteur !!!! 
      Le pompon, c ’est la « LOI » du 3 janvier 73 dite Pompidou/Giscard qui INTERDIT à l’ Etat de se financer par la Banque de france, l’ obligeant à aller chez ROTHSCHILD (au hasard) dont Pompidou fut fondé de Pouvoir ( pas pas hasard)....l’ origine de la « dette » vient de là.....

      ALors devant autant de CONNERIES ACCUMULéES en 40 ans, Môssieur l’ Auteur (et la liste n ’est pas close) vous pourriez avoir la décence, voire l’ HONNETETé INTELLECTUELLE de vous taire et de ne pas la Ramener......devant l’ Indecence de la MISERE, DES SDF, des CitoyenNEs qui sont à découvert des le 15 du mois parce que le SHITSTEM LEUR VOLE LA PLUS VALUE DE LEUR LABEUR, vous feriez mieux de la FERMER.

      Mais on vous voit, on sait qui vous êtes et on oeuvre pour que POLITIQUE NE SOIT PLUS JAMAIS UN METIER......afin qu’ il n’ y ait plus jamais d IMPOSTEURS, que ce soit les quartiers qui decident de leurs besoins et non plus ces barons, ces marquis, ces ducs avec leur technocraties qui foutent les communautés dans la merde, Dexia n ’est toujours pas réglé....

      KONSELEDIIIIIIIIIIIIIIIIIIIISEU !!!!

      VG passeur cognitif à but non lucratif 

    • Philippe VERGNES 4 septembre 2013 12:38

      Bonjour vieux grincheux,

      Merci de votre passage ici, mais pas sûr d’avoir compris grand chose à ce que vous racontiez.

      Pas sûr non plus que vous compreniez vous-même les articles que vous commentez lorsqu’on lis ce que vous écrivez  : « Môssieur l’ Auteur (et la liste n ’est pas close) vous pourriez avoir la décence, voire l’Honnêteté INTELLECTUELLE de vous taire et de ne pas la Ramener... devant l’ Indécence de la MISÈRE, DES SDF, des CitoyenNEs qui sont à découvert des le 15 du mois parce que le SHITSTEM LEUR VOLE LA PLUS-VALUE DE LEUR LABEUR, vous feriez mieux de la FERMER. Mais on vous voit, on sait qui vous êtes et on œuvre pour que POLITIQUE NE SOIT PLUS JAMAIS UN MÉTIER... »

      A moins que ce ne soit d’un degré de profondeur humoristique qui me soit insondable, je crois que vous dirigez la pointe de vos flèches un peu à l’importe pièce.

      Mais bon... à chacun son « Soma ». smiley


    • howahkan Buddha 3 septembre 2013 14:01

      perspective évolutionniste dit l’auteur que je salue...toujours cette croyance que tout se transforme tout le temps, c’est cette même croyance qui essaye de faire croire que le corps pourra survivre éternellement, très à la mode dans certains milieux en ce moment ..et pourtant tous les animaux nous compris,plantes etc etc qui nous entourent semblent avoir atteint une maturité définie par « quelque chose »..comme Le Grand Tout !!! ils n’ « évolutionnent » plus du tout...

      il est possible, ce fut une vision, que l’homme soit un produit fini depuis longtemps.........nous croyons avoir quelque chose à atteindre à l’ extérieur mais ceci n’est basé sur absolument rien.

      Cette vision montra aussi le fait nous dégénérons sans le savoir, les améliorations techniques permettant de s’illusionner là dessus...L’Alzheimer global est maintenant proche..

      quelqu’un a dit : vivre était le miracle......il faut croire que nous ne sommes plus vivant alors...mais pure machines....qui faisons d’autres machines, des sous machines..

      Merci de cet article sur les rapports sado maso humains....

      salutations..


      • Philippe VERGNES 3 septembre 2013 19:03

        Bonjour Buddha,

        Merci à vous pour cette intervention.

        Effectivement, un processus dégénératif est à l’œuvre à grande échelle, même si je ne suis pas trop optimiste pour un proche avenir, j’essaie toutefois de ne pas tomber non plus dans une forme de pessimisme « sombre », mais je dois admettre que ce n’est pas si facile à l’heure actuelle. smiley


      • Gollum Gollum 3 septembre 2013 14:05

        Très bon article. Bien que ne provenant pas du tout du même milieu intellectuel qu’un Guénon, Gori arrive quasiment aux mêmes constatations : croissance d’une entropie psychique généralisée qui agit à tous les niveaux.. 


        Prééminence du paraître sur l’être, des imposteurs sur les gens authentiques, des faux experts sur les véritables pointures intellectuelles qui elles sont remisées au second plan, croissance exponentielle du narcissisme et de l’égocentrisme, matérialisme croissant, nivellement par le bas, homogénéisation, haine de la différence et de la biodiversité, haine de l’altérité, etc..

        Résultat en effet : la guerre de tous contre tous.

        « Le sentiment de notre existence dépend pour une bonne part du regard que les autres portent sur nous : aussi peut-on qualifier de non humaine l’expérience de qui a vécu des jours où l’homme a été un objet aux yeux de l’homme »

        Effectivement il est notable maintenant que les gens n’arrivent plus à vivre par rapport à leur fond intérieur mais sont esclaves du regard d’autrui. 

        Qui ne constate pas maintenant que quand il conduit dans sa bagnole il est perpétuellement dévisagé de façon agressive et méprisante par celui qui arrive en face, phénomène qui n’existait pas il y a 40 ans et qui n’existe pas (encore) dans les pays dits sous-développés ? L’omniprésence des lunettes noires au volant, même quand le temps est sombre (!), est le témoin de cette incapacité à affronter le regard de l’autre qui est vu maintenant comme un agresseur potentiel..

        Ce vide spirituel finira par attirer la foudre.

        Et c’est là où l’analyse de Gori s’arrête car il est incapable de remonter jusqu’au spirituel à l’inverse de Guénon. 

        Mais cette entropie croissante aura un jour sa fécondité car l’homme s’apercevra que sa santé psychique dépend d’une Source qui se trouve en dehors de lui-même et à laquelle il devra faire allégeance...

        • Philippe VERGNES 3 septembre 2013 19:22

          Bonsoir Gollum,

          Merci pour l’appréciation.

          Je ne connais pas (encore) les écrits d’un René GUENON, mais sur les conseils d’un commentateur avisé qui passe parfois sur AV et que je salue au passage, je suis en train d’assimiler les travaux d’Henry CORBIN à la « vitesse de la lumière » (pour ne pas si bien dire tant ses écrits sont « lumineux » pour moi). Mais cette dimension est une toute autre histoire et à l’heure actuelle, dans le contexte qui est le notre, difficile de reprocher à Roland GORI, de formation psychanalytique qui plus est, de ne pas traiter de la dimension spirituelle oubliée en chemin dans le « développement » de notre société « moderne ».

          J’utilise ici le mot « développement » dans le sens de « progrès », ou de « croissance », tel que l’entend l’idéologie néolibérale. Mais nous sommes bien d’accord sur l’entropie que ce dogme génère : encore une belle perversion du langage propre à la novlangue néolibérale.

          Cordialement


        • Gollum Gollum 4 septembre 2013 09:42

          A Vergne : Oui bien d’accord sur Corbin, très intéressant à lire. 


          Grand ami de Jung et d’Eliade, qui tous fréquentaient le cercle Eranos, autour de Jung (que je trouve plus fondamental que Corbin mais c’est un avis personnel)

          Sinon en ce qui concerne le vocabulaire moderne il est presque plus simple de faire une inversion pour retrouver le sens réel : Progrès veut dire régression, démocratie veut dire oligarchie, liberté veut dire esclavage, etc...

          Cette inversion, cette omniprésence du mensonge à tous les étages, est bien évidemment spirituellement signée.

          Sinon en ce qui concerne Gori il ne s’agit pas d’un reproche mais d’une simple constatation.

          Cordialement.

        • Philippe VERGNES 4 septembre 2013 10:48

          @ Gollum,

          JUNG... oui... effectivement !

          C’est une de mes « marottes », mais je n’en parle presque jamais. Difficile de trouver des gens réceptifs à ce genre de théories dans la société où nous vivons. smiley


        • Hermes Hermes 4 septembre 2013 10:50

          Bonjour,

          Bel article oui. Sans doute la densité des stimulis de la société moderne ainsi que l’intensité du stress qui se répand progressivement au fur et à mesure de l’approche des limites de l’ecosystème terre et des limites du système « économique » (qui est tout sauf économique stricto sensu), sont des facteurs qui intensifient les mécanismes d’imposture.

          Quand il y a imposture vis-à-vis des autres, c’est qu’il y a déjà imposture vis-àvis de soi-même.

          Retrouver l’esprit (ou la source comme dit Gollum) passe par un retour vers un véritable soi-même.

          Bonne journée !


        • Philippe VERGNES 4 septembre 2013 11:47
          Bonjour Hermes,

          Merci pour votre lecture et votre commentaire.

          « Densité des stimuli » et « intensification du stress » : aucun doute effectivement à ce qu’il contribue à pérenniser le climat ce tension que nous sommes de plus en plus nombreux à ressentir à tous les niveaux (mieux vaux tard que jamais).

          « Quand il y a imposture vis-à-vis des autres, c’est qu’il y a déjà imposture vis-à-vis de soi-même ». C’est bien pour cela que l’imposture (ou la perversion narcissique) est une « pathologie » de l’identité et du faux semblant.

          Votre message et précédemment celui de Gollum me font penser à un hadith longuement commenté pour Henry CORBIN dans un de ses ouvrages (que je n’ai tout d’abord pas souhaité citer, car je n’en retrouve plus l’ouvrages et les pages) : « Je cherchais Dieu est je n’ai trouvé que moi-même, je me suis cherché moi-même et j’ai trouvé Dieu » qui n’est pas sans rappeler l’injonction pleine de sagesse, amputée de sa principale signification, d’un certain SOCRATE : « Connais-toi toi même et tu connaîtra les dieux et l’univers ».

          Bonne journée à vous également !

          P. S. :

          Lire les travaux d’Henry CORBIN, nous fait comprendre les VERITABLES enjeux politiques (et non pas « économiques ») de la problématique syrienne. Ce qui est fortement d’actualité. Si le temps me le permettait, j’aurais presque envie d’en faire un article, mais je me sens beaucoup moins compétent dans ce domaine-là que sur celui que je traite abondamment ici. Et puis, je n’ai pas encore pris connaissance de thèses divergentes à celle d’Henry CORBIN et cela me manque pour avoir une meilleure opinion de cette problématique, bien que les explications théologiques de cet auteur me permettent déjà de bien situer les différences au niveau de l’islam, ce que nous ne manquons pas de rencontrer également dans la religion chrétienne.


        • astus astus 3 septembre 2013 19:44

          Merci Philippe Vergnes pour ce nouvel article si pertinent et bien documenté (comme à chaque fois) qui éclaire les caractéristiques humaines profondes de notre prétendue modernité en montrant bien les connexions subtiles qui se tissent le plus souvent à notre insu entre les champs de la psychopathologie du social et du politique, pour ne citer que ceux-là. J’aime assez cette façon de montrer des liens entre Max Weber, Racamier, Foucault ou Gori, entre autres. Les imposteurs, ou les pervers narcissiques (c’est en effet bonnet blanc et blanc bonnet) ont investi tous les leviers importants de nos sociétés où règne la toute puissante norme, comme le pressentait déjà Georges Canguilhem. Ils sont le Pouvoir, mais il est bien étonnant quand même que si peu de personnes, et sans doute faudrait-il invoquer cette fois La Boétie, se rendent compte à quel point ces soi-disant colosses ont les pieds d’argile... 


          • Philippe VERGNES 4 septembre 2013 11:02

            Bonjour Astus,

            Merci à vous pour votre visite ici et vos remarques non moins pertinentes que mes articles que vous approuvés.

            Concernant mon approche, j’ai pour habitude d’être « anti-conformiste » et la grande tendance actuelle est de pointer du doigt, ou de « stigmatiser » (au sens le plus péjoratif du terme), ce qui nous différencie les uns les autres.

            Certes, nous sommes tous uniques et personnes ne peut nier le contraire (sauf les ardents défenseurs de l’idéologie néolibérale qui souhaiteraient plutôt que nous soyons tous conformes et dociles), mais d’un point de vue théorique, je préfère m’attacher à travailler sur les liens qui unissent plutôt que de me concentrer, comme tous le font, sur les différences qui divisent.

            C’est un point de vue que j’ai adopté depuis longtemps (bien avant de connaître la pensée d’Edgar MORIN sur ses concepts de « reliance » et de « pensée complexe ») et je me félicite toujours de croiser le chemin de personnes qui ont compris cette nécessité (on se sens moins seul sur le coup smiley !).

            Bien à vous !


          • curieux curieux 4 septembre 2013 06:48

            Comme les Français sont des veaux, ils ont élu les deux plus grands imposteurs de notre histoire : Sarkozy et Hollande.


            • marko 4 septembre 2013 10:06

              Tres bon article qui donne envie de lire l’ouvrage presente.

              Sur le meme theme, je conseillerais le livre Pon2rologie Politique d’Andrzej Lobaczewski . 
              Je n’ai pas non plus encore pu me le procurer, mais l’article suivant (assez long et detaille) m’a beaucoup interesse : http://www.mondialisation.ca/sommes-nous-gouvern-s-par-des-psychopathes-dangereux/7266

              Pour avoir en revanche beaucoup etudie Rene Guenon, je suis agreablement surpris de voir son nom mentionne sur Agoravox (je ne visite plus tres souvent le site)...

              Je ne connais pas encore Henry Corbin... Je vais aller reparer cette lacune au plus vite :)

              Merci a Philippe Vergnes et aux commentateurs inspires de cet article :)

              marko


              • Philippe VERGNES 4 septembre 2013 12:21

                Bonjour marko,

                Merci pour l’appréciation.

                Mon approche de cette problématique est transversale et interdisciplinaire. Après avoir longuement abordé le sujet sous d’autres angles que celui dont il est fait état dans la presse grand public, je souhaitais le traiter sous son aspect sociologique en m’inspirant du livre que vous recommandez.

                Pour de nombreuses raisons, la lecture récente de l’ouvrage de Roland GORI m’a beaucoup plus inspiré, mais je ne renonce absolument pas à mon projet d’écrire sur le sujet en m’inspirant, cette fois plus particulièrement, de l’ouvrage d’Andrzej Lobaczewski qu’il me faudra cependant relire pour l’occasion.

                La ponérologie politique se rapproche de ce que je cherche à promouvoir au travers de mes articles, mais cela n’apparaîtra qu’en conclusion (probablement sous la forme d’un article de synthèse), mais il me reste encore quelques billets à rédiger sur ce thème avant cela.

                Cordialement


              • Muriel74 Muriel74 5 septembre 2013 11:56

                Pour avoir « touché » du doigt et avoir été contaminée dans mon milieu professionnel, vos articles m’ont aidé à comprendre l’emprise, ce virus paradoxalement matériel et immatériel qui s’attaque à la création.. Au début ce fut plutôt ardu car entrant dans un monde inconnu je manquais de bases, maintenant je commence à naviguer. La connaissance induit un début de guerison mais « le microbe n’est rien, le terrain est tout » disait Antoine Bechamps ( phrase reprise par Pasteur) et si la connaissance du virus est essentielle, celle du terrain est fondamentale que je résume dans cette phrase personnelle « en quoi croyant servir la vie je n’ai pas servi La Vie » et c’est là où je rejoins @Gollum il n’y a finalement pas d’autre choix que de revenir au spirituel
                De Roland Gori, j’aime particulièrement ses 5 clés pour une résistance constructive "http://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=1&ved=0CDMQFjAA&url=http%3A%2F%2Fwww.appeldesappels.org%2Fl-appel-des-appels-remettre-l-humain-au-crur-de-la-societe%2Fcinq-cles-pour-une-resistance-constructive-1413.htm&ei=8EgoUt7SDcSe0QWxsoC4Cg&
                voici un lien que vous connaissez peut-être sur les virus
                http://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=1&ved=0CC8QFjAA&url=http


                • Philippe VERGNES 6 septembre 2013 07:52

                  Bonjour Muriel74,

                  Content d’apprendre que mes articles vous permettent de mettre des « mots sur vos maux », car c’est le début de la prise de conscience.

                  Concernant le spirituel, je n’évoque pas pour le moment le sujet pour de très nombreuses raisons, mais je compte y faire fortement allusion dans un de mes prochains articles, car la perversion narcissique et les injonctions paradoxales, qui sont bien plus qu’un simple symptôme de cette « pathologie », ont des liens extrêmement étroits avec le monde immatériel.

                  Bien à vous,

                  P.S. :

                  Votre second lien ne fonctionne pas... dommage, j’aurais bien aimé le lire. Pour la petite histoire, P.-C. RACAMIER disait de la perversion narcissique qu’elle était le SIDA de la psyché (j’avais eu exactement la même représentation que lui de ce fléau avant que de connaître ses écrits et ses théories, mais il a la primauté sur le sujet et ses descriptions m’ont permis d’affiner mes propres analyses) et je crois sincèrement que l’image n’est pas trop forte.


                • TicTac TicTac 5 septembre 2013 12:01

                  Voilà le type d’article qu’il faut impérativement sur Agoravox.

                  Un grand MERCI à l’auteur.

                  • Philippe VERGNES 6 septembre 2013 07:29

                    Bonjour Tic Tac,

                    Merci à vous pour vos encouragements. smiley


                  • Rizia 20 novembre 2013 17:33

                    Bonjour


                    Cet article est vraiment excellent , il a mis par écrit exactement toutes les choses et la vision de la société que je ressens mais que je n arrivais pas à exprimer par des mots .
                    Dans les commentaires vous faites référence au spirituel ( en réponse à muriel 74) et au monde immatériel , et effectivement les symptomes de ces pathologies sont ancrées dans le Corps Causal que l ame humaine transporte de vies en vies 

                    • Philippe VERGNES 21 novembre 2013 08:42

                      Bonjour Rizia,

                      Et merci pour votre commentaire.

                      Dans mes articles, j’essaie de rendre visible l’invisible tout en m’imposant certaines limites (je dois vous concéder que c’est tout de même pas si simple que ça, car si je perçois bien les « forces » en présence que je tente de décrire dans mes articles, je n’ai pas toujours en réserve les mots justes pour les faire connaître et comprendre par autrui).

                      Cependant, il y a des sujets que je n’aborde pas encore publiquement pour tout un tas de raisons (peut-être cela viendra un jour, pour l’heure je l’ignore), mais le plus vieux livre de ma bibliothèque est celui de Raymond MOODY, La vie après la vie, acheté en 1986. Je ne connais personne qui puisse se passionner (très jeune) pour ce genre de sujet sans véritable raison. Depuis, je m’intéresse également, entre autre chose, aux phénomènes de synchronicité, de conscience individuelle ou collective (niveau de...), etc., etc.

                      Un commentateur a pu récemment me faire découvrir le point de vue de certains physiciens sur ces phénomènes (du point de vue de la physique quantique qui est un domaine que j’aimerais bien appréhender, mais qui m’effraie un peu de par sa complexité) et je trouve vraiment incroyable que la science puisse se rapprocher de plus en plus de certaines philosophies religieuses (loin des dogmes monothéistes prônés par les trois plus grandes religions mondiales) : Le cerveau, l’esprit, la conscience.

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