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Accueil du site > Actualités > Société > La foire au grain

La foire au grain

On y est, c’est facile à retenir, ça permet de fixer de l’émotion faute de pouvoir dégueuler à tout bout de champ. Le chiffre ne représente rien, qu’une marque de fabrique de la société humaine la plus injuste, il vient s’ajouter à la longue litanie des déraillements structurels de notre marche forcée vers le no man’s land du futur. Juste pour interpréter, imaginons une famille, deux parents et quatre enfants, dont l’un d’eux ne serait pas nourri comme les autres pour montrer aux autres ce que serait l’existence sans la générosité de leurs géniteurs.

Un milliard de personnes ne mangent pas à leur faim sur notre vaisseau ivre de certitudes, ce qui représente pour la seule année 2010, une augmentation de 64 millions d’affamés, soit la population française. 

Bien sûr les inondations, provoquées par des moussons exceptionnelles au sud-est asiatique, évidemment les sécheresses d’Afrique, forcément les immenses feux de forêts en Russie. Tous ces aléas de la météo, étant des conséquences plus ou moins prouvées des dérèglements climatiques, permettraient d’expliquer à eux seuls la pénurie de denrées alimentaires ; fermez le ban, il n’y a rien d’autre à voir.

Sauf qu’en regardant dans le marc de café, une toute autre réalité s’impose. On peut même dire que le manque arrange bien les affaires des multi-nationales qui se partagent le marché agricole planétaire. Constituées en cartels, les joueurs de blé, de thé, de maïs ou de cacao organisent et font fluctuer les cours de bourse au gré de leurs savants comptes d’apothicaires. Au bout de la chaîne de distribution, comment en douter, c’est toujours le le plus faible qui doit en subir les effets collatéraux.

Un chômage endémique, entretenu aux alentours de 10 % de la population active, permet de réguler la pression salariale et donc de garantir la paix sociale ( à partir de 30%, le chômage atteint un plafond limite qui déclenche une bascule comportementale pour la population qui n’a plus rien à perdre.), de la même manière la pénurie entretenue par les monopoles alimentaires, les grands fermiers de Wall Street et de la City (pour calquer une étiquette magnanime sur cette espèce de pilleurs au grand large), ont tout intérêt à maintenir les cours en réduisant les stocks, l’abondance étant l’ assurance pour les spéculateurs de faibles revenus. Malheureusement le rationnement systémique, qui n’est pour ces rentiers de la bouffe, ces grands livreurs de pizzas, qu’un moyen d’entretenir le prix de la tomate et des olives provoque un drame humanitaire aux quatre coins du globe.

On se souvient que la baisse de la production céréalière de Russie avait eu pour conséquence une augmentation du prix de la baguette chez nous alors que nous sommes un des grands greniers mondiaux. Autre symptôme de la globalisation du business agricole, à la mi-septembre, un des plus célèbres fonds spéculatifs anglais, Armajaro, a acheté l’équivalent du quart du stock européen de cacao. Quelques jours plus tard, le cours de la tonne pulvérisait tous les records. 

Ce phénomène est vérifiable sur le blé , le riz, le soja. Rien n’échappe à l’appétit des spéculateurs et des gourmets de la haute finance internationale, après la bulle immobilière qui s’est traduite par la faillite que l’on sait, les hedges funds ou fonds spéculatifs s’acharnent dorénavant sur d’autres os à ronger, aux métaux non ferreux et donc aux matières agricoles.

Allez donc dire au minot qui avale la terre de son village faute de mieux que la situation est totalement sous contrôle.


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2 réactions à cet article    


  • jako jako 28 octobre 2010 09:49

    C’est certainement la plus grande infamie des années 80.
    Rendre l’indispensable alimentaire un produit comme une voiture ou un téléphone.
    Quelques grands groupes accaparent la production/transformation pour les gens solvables uniquement, les autres sont oubliés, inexistants.
    Il faut savoir que la totalité des producteurs agricoles Américains pésent moins lourd qu’un seul de ces groupes ( Wall mark Nestlé etc...) , tout de même 1,2% du PIB US...

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