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Accueil du site > Actualités > Société > La forteresse occidentale et le syndrome de Big Brother

La forteresse occidentale et le syndrome de Big Brother

 « Une démocratie qui ne s´autocritique pas se condamne à la paralysie. (...) Le système appelé démocratique ressemble de plus en plus à un gouvernement des riches et de moins en moins à un gouvernement du peuple. La prétendue démocratie occidentale est entrée dans une étape de transformation rétrograde qu´elle est incapable d´arrêter et dont les conséquences prévisibles seront sa propre négation. Nul besoin que quiconque prenne la responsabilité de la liquider, elle-même se suicide tous les jours. »
José Saramago (Prix Nobel de littérature)

La paranoïa envahit le monde, il n’y a pas un pays où "l’industrie de la peur "ne soit pas florissante, les miradors, les hauts murs, les caméras vidéo, la surveillance, les dobermans, tout ceci participe d’une suspicion généralisée. Le marché des armes dépassait les 1000 milliards de dollars en 2007, les pays des droits de l’homme sont les premiers marchands de canon. On dit même qu’Israël aurait plus de 100 bombes atomiques et que le réacteur de Dimona dans le désert du Néguev sert à fabriquer des armes atomiques. Qui peut l’en empêcher ? Partout dans le monde, les attentats du 11 septembre 2001 fournissent de nouvelles justifications à l’extension des pouvoirs de la police. Aux Etats-Unis, se multiplient les détentions secrètes et les projets délirants de surveillance « panoramique » de la population. L’Europe n’est pas en reste. La « mise à niveau », présentée comme technique, du système d’information Schengen, sert de paravent à un glissement de ses objectifs, de l’accompagnement de la liberté de circulation vers la constitution d’une base de données de surveillance et d’enquête.
 
 « Dans le quartier du Neuhof, écrit Jelle Van Buuren, à Strasbourg, un bâtiment sous haute garde, de classe « antiterroriste », abrite l’ordinateur central du Système d’information Schengen (SIS). Les mémoires de ce serveur informatique, poumon numérique de la coopération policière européenne, stockent des millions d’informations sur les étrangers interdits de séjour en Europe, les criminels recherchés, les armes et les suspects à placer sous surveillance.(1)
 
 « L’un des projets vise à enregistrer chacun des étrangers entrant dans l’Union européenne avec un visa. Les services nationaux de douane ou d’immigration veulent vérifier que les visiteurs ont bien quitté l’Union à la date d’expiration de leur visa. Dans le cas contraire, ceux-ci seraient signalés au SIS. L’étranger serait donc marqué comme « illégal » dans toute l’Europe, et pourrait être expulsé, de toute urgence, dès son arrestation. Une mesure que les autorités défendent comme une nécessité après les attentats du 11 septembre 2001 : des documents internes du groupe de Schengen estiment ainsi que « le meilleur contrôle des personnes entrant dans la zone Schengen conduira à améliorer la sécurité intérieure » (.....) Les listes de desiderata que les Etats membres font circuler à Bruxelles ne s’arrêtent pas là : ils souhaitent intégrer dans le fichier central les photographies, les empreintes digitales, les empreintes ADN et des données biométriques. En reliant aux fichiers des systèmes de reconnaissance faciale et de l’iris des yeux, le SIS-II permettrait une meilleure identification des personnes contrôlées. D’autant qu’une demande des polices serait de pouvoir consulter le fichier sur la base d’informations « incomplètes »... Mais c’est avec l’implication des services de renseignement que les objectifs du système Schengen pourraient changer de nature. Une visée en contradiction avec l’objectif initial de ce fichier, qui était d’accompagner et de contrôler la liberté de mouvement des personnes dans l’espace Schengen. Le détournement d’un fichier nominatif vers des usages non prévus lors de sa création est, on le constate une fois de plus, le péché capital des bases de données. (...) Les attaques du 11 septembre 2001 leur ont permis de mettre sur la table des revendications s’intégrant dans le climat sécuritaire sur la question des demandeurs d’asile et des droits des étrangers. L’inspiration vient des Etats-Unis, où l’amiral John Poindexter, malgré son implication dans le scandale de l’Irangate, a été chargé du projet « Total Information Awareness », qui vise à établir la « signature informationnelle » de chaque individu, pour permettre à l’Etat de cibler de potentiels terroristes. Un document interne du groupe de Schengen le souligne : « L’idée d’utiliser les données du SIS pour d’autres objectifs que ceux prévus initialement, et spécialement pour des buts d’information policière au sens large, fait maintenant l’objet d’un consensus large qui rejoint les conclusions du Conseil après les événements du 11 septembre ». » (1)
 
 En France, la méthode de fichage des individus a toujours existé chez les forces de l’ordre. Avec plus ou moins de contrôle et d’efficacité... En 1990, Michel Rocard alors premier ministre entreprend d’officialiser et de rationaliser les pratiques existantes. Au motif qu’une bonne police est une police ayant une bonne mémoire et donc des archives bien ordonnées. Déjà, en janvier dernier, bien avant le fichier Edvige, le gouvernement français crée un fichier des étrangers expulsables baptisé Eloi. Pour Eric Fassin, sociologue à l’Ecole normale supérieure, dénonce la machine à expulser :« On rationalise la bureaucratie des expulsions, on l’« industrialise ». C’est la logique du chiffre. Mais il y a un emballement : plus on expulse, plus il faut expulser. La rationalisation devient folle. Pour la première fois avec Eloi, on fiche les enfants des sans-papiers. Pour quoi faire, puisqu’ils ne sont pas expulsables ? Ne serait-ce pas, l’actualité le suggère, pour faire partir les enfants avec leurs parents en les menaçant de séparation ? (..) Quant aux partis de gauche, ils ne jugent pas électoralement payant de s’indigner. Pour le PS en particulier, le « peuple » serait-il naturellement xénophobe ? N’est-ce pas donner raison au discours sur l’identité nationale ? Or nous sommes surtout tétanisés par l’énormité de ce qu’on fait en notre nom. Cette suspicion jetée sur les sans-papiers risque-t-elle de s’étendre à tous les immigrés.(..) Or qu’est-ce qui ressemble plus à un sans-papiers qu’un immigré légal ? Au-delà, qu’est-ce qui, pour la police et pour nos élus, ressemble plus à un étranger qu’un Français « issu des minorités visibles » ? La xénophobie d’Etat s’inscrit donc dans un continuum avec le racisme ordinaire ».(2)
 L’émotion suscitée par Edvige tranche avec la relative indifférence qui régnait en France, jusqu’ici, en matière d’atteintes à la vie privée. « A qui appartient votre ADN ? », s’interrogeait Franz Manni. Les tests ADN permettent tout à la fois d’identifier, d’innocenter ou d’inculper, de contrôler une filiation biologique, d’établir des liens entre un gène et une maladie. Ils servent aussi à retracer l’histoire des migrations humaines. Mais leur banalisation ravive la crainte d’un fichage généralisé. « Ne nous y trompons pas, prévient Eric Fassin : si l’on développe aujourd’hui des fichiers comme Edvige c’est pour s’en servir demain. Le combat pour la démocratie commence dans nos frontières. C’est à juste titre qu’on s’inquiète des libertés politiques en Chine ; mais c’est à tort qu’on négligerait de s’en soucier en France - comme si la démocratie était une propriété inhérente à notre culture. Ainsi d’un fichier comme Edvige qui, selon le Journal officiel du 1er juillet, concerne des personnes physiques âgées de treize ans et plus : le Syndicat de la magistrature nous en avertit, l’enregistrement des données à caractère personnel n’a aucune limite, ni dans le temps ni dans son contenu, puisque pourront être répertoriées toutes les informations relatives aux fréquentations, au comportement, aux déplacements, à l’appartenance ethnique, à la vie sexuelle, aux opinions politiques, philosophiques et religieuses, au patrimoine, au véhicule, etc. Or il s’agit bien d’un fichier politique. On y trouvera non seulement ceux qui, en raison de leur activité individuelle ou collective, sont susceptibles de porter atteinte à l’ordre public, mais aussi les personnes ayant sollicité, exercé ou exerçant un mandat politique, syndical ou économique ou qui jouent un rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif ».(3)

 En fait, cette paranoïa occidentale alimente un marché juteux : le marché de la peur, évalué à des dizaines de milliards de dollars. Pour Denis Duclos, les attentats meurtriers de juillet à Londres s’inscrivent dans une suite d’actes visant surtout les nations impliquées dans l’occupation militaire au Proche-Orient. Ils sont les produits d’une guerre asymétrique qui laisse peu de choix à ceux qui - religieux ou non - pensent combattre une « croisade » menée pour contrôler des ressources plus que pour exporter la démocratie(..) A plus court terme, les Espagnols ont choisi une défense efficace après l’horrible attentat qui fit 186 morts le 11 mars 2004 à Madrid : le retrait de leurs troupes d’occupation d’Irak, couplé à une diligente enquête policière. Ce n’est pas la voie empruntée par les autres grands pays concernés : priorité a été plutôt donnée à une réponse « technocentrée », visant un grand nombre d’étrangers considérés - pour des raisons indépendantes du terrorisme - comme « indésirables », ainsi que l’ensemble des populations.Quatre ans après, la machine techno-sécuritaire tourne à plein régime. Tout spécialement dans les pays dits libres. On radiographie les voyageurs et le contenu de leurs bagages, on stocke les données biométriques, on surveille les portables, on archive des myriades de numéros de téléphone, on numérise les empreintes digitales, on croise les fichiers géants d’administrations ou d’entreprises.(..) Pourquoi, malgré son inefficacité avérée et sa disproportion par rapport à l’objectif, se maintient une fringale d’encartage, d’informatisation de données personnelles et de traces corporelles, de suivi tactile, visuel, thermique, olfactif et radiofréquentiel des êtres humains, partout ? Pourquoi photographier les Londoniens 300 fois par jour, et les filmer continuellement avec 2,5 millions de caméras disséminées, puisqu’on sait que cela n’a pas empêché les terroristes de déclencher leurs bombes le 7 juillet dernier ? » (4)

 « Depuis le 11 Septembre, la politique de M.George W.Bush propose une solution plausible : remobiliser la planète entière autour de l’objectif sécuritaire. Une trouvaille. Contrairement au pétrole, le gisement d’angoisse, alimenté par la crise économique, le réchauffement climatique et le boom démographique, n’est pas près de tarir. L’urgence légitimant l’action sans garantie démocratique, les entreprises et les institutions qui vendent de la « sécurisation » peuvent s’engager à fond dans le business de la peur, sûres d’être soutenues par les Etats, bien qu’un climat d’inquiétude nuise ordinairement aux affaires. (..) Ainsi se construit, sous prétexte d’un danger protéiforme, une armada mondiale de la sécurité, dont les convergences rapides et fonctionnelles donnent à penser qu’il s’agit du noyau d’un nouveau capitalisme en gestation : un capitalisme de la peur. (...) Quelques exemples, au hasard. En France, une filiale de TF1, Visiowave, use de ses compétences télévisuelles pour détecter les comportements suspects sur les lieux publics (grâce à des logiciels d’interprétation des gestes) et produire des publireportages sur les écrans de métro et de bus. (...)Les grands de l’informatique et de l’électronique ne sont pas en reste, tels Microsoft et sa fameuse puce Palladium, capable de contrôler, de l’extérieur, la gestion des fichiers des PC. Déjà, plusieurs groupes recourent à des procédés similaires, comme la chaîne britannique Tesco qui expérimente un suivi radiofréquentiel de ses emballages ».(4)

 « La petite entreprise américaine Applied Digital, a créé la puce Verichip - injectable sous la peau ! -, qui permet de pister les personnes... On peut encore citer ce grand trust pharmaceutique (Eli Lilly), inventeur entre autres du Prozac, qui développe des recherches sur le contrôle à distance des détenus à domicile, et met au point, par exemple, un bracelet-senseur repérant la consommation d’alcool et de cannabis, pourvu d’un déclencheur de substances inhibitrices ou de chocs électriques. (..) Face au danger, le consortium électronique Gixel suggère, dans son « livre bleu », de généraliser le pistage électronique dès la maternelle pour éduquer les jeunes esprits aux bienfaits de la biométrie... Ce climat encourage les attaques toujours moins scrupuleuses des principes de confidentialité établis par la Commission des droits de l’homme de l’ONU. (..) Au Danemark, la vertu démocratique n’empêche pas de voter une loi antiterroriste qui restreint les libertés. Aux Etats-Unis, le Foreign Intelligence Surveillance Act (Fisa) permet au gouvernement de surveiller les lectures en bibliothèque. La politique de la peur l’emportera- t-elle ? »

 José Saramago, prix Nobel de littérature s’interroge : « Les Occidentaux sont-ils civilisés entre eux et barbares avec les autres ? Que reste-t-il alors des « valeurs » de l’Occident « Liberté, Démocratie et Justice » après le passage du cyclone Bush et des petites tempêtes de ses clones, vassaux et perroquets un peu partout dans le monde ? Où vont les fameuses « démocraties occidentales », missionnaires de leur
« Liberté obligatoire » comme dirait l’écrivain et dramaturge italien Dario Fo ? Une « Liberté » aux saveurs du pétrole, de l’opium, du fouet et des bombes... ». (5)
 Paul Valéry avait vu juste et tiré très tôt la sonnette d’alarme sur la précarité de toute civilisation et surtout de la civilisation occidentale : « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. » On l’aura compris après l’exemple américain avec le Patriotic Act et la cinquantaine de textes tout aussi plus liberticides les uns que les autres, l’Europe ne veut pas être en reste. Il y a une véritable compétition pour débusquer, en définitive, le basané au détour d’un contrôle de police musclé. La "Directive européenne "à l’initiative du commissaire européen Juan Manuel Barroso est encore plus drastique puisque les délais de rétention des immigrés en situation irrégulière peuvent aller jusqu’à 18 mois, même s’il s’agit d’enfants ! Qui dit mieux ? Pourtant l’égalité des droits reconnus à tous les membres de la famille humaine est le socle de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Non seulement la loi doit être égale pour tous, mais elle doit aussi assurer la protection contre des comportements qui porteraient atteinte à cette égalité. 
 Si dans les pays occidentaux les citoyens sont de plus en plus surveillés, qu’en est -ils alors, des "indus-habitants" appelés indifféremment : les immigrés illégaux, les sans papiers., les damnés de la terre.... Assurément c’est un sale temps pour les Arabes , les mélanodermes, bref tout ceux qui sortent de la "norme".

1.Jelle Van Buuren : Les tentacules du système Schengen. Le Monde Diplomatique. Mars 2003

2. Eric Fassin "On fiche même les enfants !" C. Boltanski. Le Nouvel Observateur. 10 01 2008

3. Eric Fassin : pour Regards (France) Le 01-09-2008

4. Denis Duclos : Terroristes ou citoyens, tous sous contrôle : Le Monde diplomatique. 09 2006

5.José Saramago " De la justice à la démocratie,... ". Le Monde diplomatique. Mars 2002

 

Pr Chems Eddine CHITOUR

Ecole Polytechnique Alger 


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15 réactions à cet article    


  • Je suis Fantomas 12 novembre 2008 14:12

    @ l’auteur.

    Commence deja par regarder à quoi ressemble ton pays et son approche des "libertés" !
    Tu pourras ensuite critiquer la France.


    • roOl roOl 12 novembre 2008 14:42

      Debile comme réaction.

      Ce serait comme vous demander de reflechir avant d’ecrire un commentaire.


    • cogno1 12 novembre 2008 17:11

      Aaaaah, Fantomas toujours aussi diplomate, toujours aussi lucide, posé, toujours cette incoyable capacité de prise de recul et de remise en question....

      Tellement abruti par la propagande qu’on lui a bassiné depuis sa plus tendre enfance, qu’on ne peut lui en vouloir de porter des oeillères, non... par contre, on peut et on doit lui reprocher de refuser de les enlever.
      Fantomas est l’exemple type des gens à qui l’on demande de s’indigner sur la Chine ou le Russie, tout en leur disant que chez eux, c’est bien, c’est mieux qu’ailleurs, que c’est nous les plus beaux, les plus forts, et que les autres, ben c’est tous des cons... et ces gens sont content d’obéir, il en redemandent. La preuve, avec la remarque sur le pays d’origine de l’auteur.

      Le premier paragraphe résume assez bien la chose. Oh bien sur ce n’est pas le Chili en 73, il faut faire les choses bien, en douceur et en catimini, mais ce n’est clairement pas le gouvernement du peuple. Mais ne dit on pas pour résumer que : "la démocratie, c’est cause toujours" ?


      • cogno1 12 novembre 2008 17:14

        La ou ça pose problème, c’est quand on" défends nos intérêts" en servant la "démocratie" comme prétexte... si au moins c’était crédible, mais ça ne l’est même pas.... enfin sauf pour les grands naïfs.


      • Antoine Diederick 12 novembre 2008 20:14

        a l’auteur,

        vous craignez une dérive, soit, et peut-être avec raison....

        En Europe, il est possible d’y rentrer sans contrôle pratiquement......enfin on le dit.

        "Si dans les pays occidentaux les citoyens sont de plus en plus surveillés, qu’en est -ils alors, des "indus-habitants" appelés indifféremment : les immigrés illégaux, les sans papiers., les damnés de la terre.... Assurément c’est un sale temps pour les Arabes , les mélanodermes, bref tout ceux qui sortent de la "norme". "


        Sur la chute de votre article, faut tout de même pas exagérer, nous sommes encore dans des Etats de droit avec beaucoup de portes de sortie par rapport à la norme....

        En revanche, dans certaines villes, dans quelque quartier, il n’y est pas bon de se promener avec son chien, paisiblement , au coucher du soleil....y plus un seul flic mais des ombres.


        • Antoine Diederick 12 novembre 2008 23:34

          cet article prête des intentions aux autorités des pays d’Europe, qu’elles n’ont pas, à savoir la traque de l’étranger.

          cela revient à dire :"le racisme est dans la caméra de surveillance".....un peu court...


          • Antoine Diederick 13 novembre 2008 01:18

            Le monde va mal et malheureusement les sociétés ouvertes vont devenir les premières victimes de la liberté qu’elles prônent, c’est le paradoxe.


            • ASINUS 13 novembre 2008 11:38

              @ l auteur " sales temps pour ect....."
              vous nous excuserez vu l absolue volontée de ne pas sadapter a nos societés occidentales qui pour perfectibles quelles soient sont notres,vus le modele societal proposé par les ressortissants ETRANGERS
              decrits par vous , nous sommes encore quelques un a vouloir que dans les regles etablis par nos gouvernements on veille aux frontieres et aux confins fautes de quoi comme ne cesse de nous le prometrent les maitres spirituels de ceux que vous" victimisés"nous seront contraint de nous soumetre
              ou de disparaitre , vous voudrez bien comprendre notre manque d enthousiasme


              • sisyphe sisyphe 13 novembre 2008 14:57

                *U
                — >
                Jean Ziegler : « La mémoire du Sud ressurgit ; elle attise la haine de l’Occident »


                Jean Ziegler s’entretient avec Benito Perez, pour le Courrier (Suisse), 8 novembre 2008

                En quoi La Haine de l’Occident que vous décrivez diffère-t-elle de l’anti-occidentalisme qui guida dès les années 1950 le mouvement des non-alignés et la décolonisation ?

                Jean Ziegler : L’anticolonialisme des années 1950-1960 était une libération territoriale. Le combat opposait une puissance occupante et un peuple occupé. Aujourd’hui, le sujet collectif est le Sud ; paradoxalement, l’unité tricontinentale s’est réalisée sous l’effet du capitalisme de la jungle. A la lutte contre l’occupant s’est substitué un rejet du système de domination globalisé. Quand Sartre disait : « Pour aimer les hommes, il faut haïr ce qui les opprime », tout est dans le « ce ». La réaction n’est pas dirigée contre un groupe d’hommes ou des individus mais contre les mécanismes de l’oppression. C’est la différence entre la haine que j’appelle raisonnée et la haine pathologique véhiculée par certains groupes comme al-Qaida.

                Quels sont les ressorts de cette « haine raisonnée » de l’Occident ?

                Cette haine s’enracine dans le souvenir des systèmes d’oppression précédents - la conquête de l’Amérique latine, le commerce triangulaire, le colonialisme, le travail forcé, etc. Elle combine cette mémoire des souffrances passées, qui remonte à la surface et demande réparation et repentance, avec le rejet d’un système complètement nouveau, mais dont les racines plongent dans les systèmes d’oppression précédents : le capitalisme globalisé. Edgar Morin parle de « filiation abominable ». Les enfants ne meurent plus dans les bateaux transatlantiques ou sous les bombes de la légion étrangère, comme à Sétif2, ils meurent de faim. Toutes les cinq secondes, un enfant de moins de 10 ans succombe.

                Pourquoi cette mémoire ressurgit-elle aujourd’hui ?

                C’est un grand mystère... La sociologie est incapable de saisir les méandres de la mémoire. Dans le livre, je prends l’exemple de la Shoah, qui a mis quarante ans avant de s’installer dans la conscience publique. Pour l’esclavage, il s’est passé cent vingt ans depuis son abolition au Brésil, dernier pays à l’avoir interdit. Quant à la décolonisation, elle était quasiment achevée dans les années 1960. Pourtant, c’est seulement aujourd’hui que cette mémoire devient force historique et riposte sociale...

                Quels en sont les signes ?

                Les exemples sont multiples. Regardez décembre 2007. Sarkozy arrive en Algérie pour signer des accords économiques. Avant qu’il ne s’assoie à la table, Bouteflika (le président algérien, ndlr) lui dit : « D’abord vous vous excusez pour Sétif. » La mémoire avant les affaires ! Ce à quoi Sarkozy répond : « Je ne suis pas venu pour la nostalgie. » Du coup, Bouteflika a refusé de négocier, au risque d’aller contre les intérêts matériels immédiats de l’Algérie ! L’élection d’Evo Morales, un cocalero aymara, pas un intellectuel urbain déguisé en Indien, est également un signal très clair. Il est arrivé au pouvoir en s’appuyant sur la mémoire historique de son peuple, cinq cents ans de massacres, de souffrances. Aimé Césaire disait : « J’habite un long silence, j’habite une blessure profonde. » Eh bien ce silence est terminé, la blessure s’est rouverte. Ce qu’a fait Evo - renégocier 222 contrats pétroliers en six mois, retrouver la souveraineté sur ses ressources, inverser le rapport entre rentrées fiscales et bénéfices privés - aurait été impossible sans cette mémoire historique devenue force sociale. Bien sûr, Evo peut être assassiné demain. Mais si ça devait arriver, plus aucun Occidental ne pourrait remettre les pieds en Bolivie avant trente ans ! La restauration n’est plus possible face à cette conscience.

                Ne faut-il pas parler de fierté, indigène en l’occurrence, plutôt que de haine de l’Occident ?

                Non. Le rejet est total, on le voit aux Nations Unies, dont les mécanismes sont totalement paralysés. Toute la superstructure qui légitimait la domination occidentale est emportée par cette haine. L’universalité des droits de l’homme est ainsi remise en cause, notamment du fait du double langage des Occidentaux, qui les invoquent à bien plaire et les appliquent de façon sélective. Quand un ambassadeur américain à l’ONU ouvre la bouche pour parler de la démocratie, il suscite de la haine ! De même que l’ambassadeur français lorsqu’il défend le droit à l’alimentation, alors même que la France est la force principale au sein de l’Union européenne qui organise le dumping des produits agricoles par les subventions à l’exportation. Sur n’importe quel marché africain, vous trouvez des produits français, espagnols ou portugais moitié moins cher que les locaux. Il est inacceptable d’entendre l’Europe prôner la lutte contre la faim quand elle la propage en détruisant l’agriculture africaine.

                En tant que tiers-mondiste, vous devriez être heureux de voir le Sud entrer en action. Pourquoi lancer cet avertissement à l’Occident ?

                Je suis frappé par l’extraordinaire aveuglement de l’Occident. Face à cette mémoire blessée, il oppose une mémoire arrogante. L’Occident pratique le négationnisme le plus total. Prenez Sarkozy qui va à Dakar justifier le colonialisme, car les Français ont construit des routes, des centres de santé, etc. Il y a une indécence à vouloir justifier les centaines de milliers de morts... C’est le dernier avatar du colonialisme : la colonisation de l’histoire coloniale ! Bien sûr, je suis également très heureux quand je vois ce que réalise le peuple bolivien. Normalement, les Aymaras, les Quechuas, après ce qu’ils ont subi, devraient être en miettes, liquidés, incapables d’une quelconque réaction. Or non seulement ils ont été capables de récupérer leur mémoire et d’affirmer leur identité, mais ils sont aussi parvenus à réaliser le plus incroyable transfert de richesses de ce siècle : les deuxièmes réserves gazières du continent retirées aux seigneurs transnationaux pour les confier au peuple ! Vous imaginez ce que ça demande comme force, comme capacité d’analyse et d’action. C’est un miracle absolu !

                Que pourraient faire les démocraties occidentales pour atténuer cette haine et jeter des ponts vers le Sud ?

                Cabral disait : « C’est seulement quand le nombre de cadavres de l’oppresseur est suffisamment grand qu’il commence à écouter... » Il n’y a pas de dialogue possible entre l’opprimé et l’oppresseur. Ce qu’il faut, c’est la justice ! La première chose à faire pour l’Occident, c’est de reconnaître les crimes commis, de s’excuser et de faire réparation, en démantelant les structures d’oppression. Par exemple, en revenant à la négociation des prix des matières premières.

                Après l’Irak et la Palestine, l’ONU a-t-elle encore un rôle à jouer ?

                Pour l’instant, sa crédibilité est ruinée. Je mets à part les institutions spécialisées qui ont leur utilité concrète. L’année dernière, le Programme alimentaire mondial a maintenu en vie 71 millions de personnes grâce à l’aide humanitaire. En revanche, l’ONU politique, le coeur du réacteur, a fondu. Les droits de l’homme sont un vaste champ de ruine. Les pires dictateurs du tiers monde se sentent légitimés. Si on leur reproche quelque chose, ils disent : « Et Guantanamo ? » A côté des droits humains, la Charte des Nations Unies a deux autres piliers. La sécurité collective : en cas d’agression armée, l’ensemble de la société planétaire doit réagir. Avec la guerre préventive pratiquée par les Américains, ce principe est par terre.

                Le troisième - la justice sociale planétaire - ne se porte pas mieux. Avec une société internationale qui ne fonctionne plus, aucun des Objectifs du Millénaire ne pourra être atteint. Au contraire, les inégalités se creusent, plus d’un milliard de personnes vivent dans un bidonville. La malaria progresse, la faim aussi. Près d’un milliard d’humains sont gravement sous-alimentés ; chaque jour, 100 000 personnes meurent de faim ou de ses suites immédiates. La FAO (l’organisme spécialisé de l’ONU pour l’alimentation, ndlr) affirme pourtant que l’agriculture mondiale, dans son stade actuel de développement (sans OGM), pourrait nourrir 12 milliards d’êtres humains. Il n’y a aucune fatalité à ce massacre quotidien sauf cet ordre capitaliste du monde.

                Comme critique du capitalisme, comment réagissez-vous à la crise financière actuelle ?

                Alphonse Allais disait : « Quand les riches maigrissent, les pauvres meurent. » Le Sud va souffrir infiniment plus. Sarkozy vient de supprimer 55% des programmes d’aide au développement. Au Darfour, l’ONU est contrainte de distribuer des rations quotidiennes de 1500 calories au lieu des 2200 minimales requises pour la survie, car les contributions des donateurs sont tombées. Il ne faut pas sous-estimer les souffrances de la classe travailleuse en Occident : le chômage de masse, les fonds de pension partis en fumée, des budgets étatiques qui vont baisser et la sécurité sociale s’affaiblir. Chaque semaine, des milliers d’Américains perdent leur logement.

                En même temps, il y a une chose extrêmement positive : l’effondrement de l’obscurantisme néolibéral. La théorie légitimatrice de la sauvagerie capitaliste dominait les esprits, même à l’ONU. C’était une loi de la nature qui affirmait l’impuissance à lutter contre la faim, le chômage, etc. On nous disait : « On ne peut rien faire, c’est la loi du marché, la main invisible, il faut juste libérer les forces du marché, éliminer la force normative de l’Etat, privatiser, déréguler. » L’objectif était l’autorégulation du marché, la gouvernance mondiale sans l’Etat, sans contrat social, etc. Tout ça est par terre ; les masques sont tombés et qu’est-ce qui apparaît : la vrai gueule du capitalisme, sanglant, arrogant, obsédé, avide.

                Sur quoi cela peut-il déboucher ?

                La raison analytique qui était anesthésiée par cet obscurantisme, cet irrationalisme total, va retrouver sa place. Des gens vont souffrir, mais de la souffrance naît la connaissance. Et de la connaissance naît la révolte. Les choses vont bouger en Occident et la jonction pourra se faire avec ce mouvement de révolte qui vient du Sud. La rencontre entre cette force historique déjà constituée au Sud, et la révolte de l’Occident qui va naître. Quelle force sociale la portera ? C’est encore difficile à dire, mais cela émergera de la société civile, non des partis ou des syndicats. L’apparition du mouvement altermondialiste est un puissant signe avant-coureur.


                • JJ il muratore JJ il muratore 14 novembre 2008 18:53

                  @ Chitour ; Votre texte est bien documenté et pertinent quant à l’analyse qu’il propose. Pour ma part j’ai quelques explications très simples à vous proposer pour expliquer cet étrange phénomène de peur qui règne en Occident et qui suscite autant de moyens technologiques sophistiqués.
                  Les occidentaux sont riches et psychologiquement fragiles. Dans leur monde règne une philosophie : contrôler l’incertitude, tout prévoir, éviter les imprévus douloureux etc...Leurs sociétés sont hyper organisées et protectrices. Ils ont perdus la rudesse naturelle des gens de la terre car ils sont citadins. Bref pour eux les attentats dans le métro parisien dans les années 1990, ceux de la gare d’Atocha à madrid, ceux de Londres ou ceux plus anciens commis par la Lybie sur des avions civils ont laissé une trace mémorielle douloureuse. S’il y a lieu de s’étonner c’est qu’il n’y ait pas eu plus de réactions xénophobes en Europe. Donc les occidentaux se sentent menacés. Par ailleurs ils disposent d’une capacité technologique énorme qu’ils mettent au service de leur protection. C’est mieux que rien surtout qu’ils ne sont plus capables d’égorger des imams (je fais référence aux moines égorgés en Algérie il y a quelques années) et que leurs principes ridiculement démocratiques leurs interdisent de faire voter des lois contre le prosélytisme islamique sur leur sol (je fais référence à la récente loi Algérienne qui permet de faire immédiatement expulser toute personne ou groupe suspectés de faire du prosélytisme chrétien sur le sol Algérien. Voila cher Monsieur comment les occidentaux fonctionnent. Et encore je ne vous ai pas parlé du problème des visas !
                  bien à vous.


                  • chems eddine Chitour 14 novembre 2008 19:58

                    "Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément ", disait Nicolas Boileau. Je vais à ma façon vous fair part de quelques remarques. Ma contribution n’est nullement un plaidoyer pour faire paraitre l’Europe et le monde occidental sous un jour couleur de soufre. Il est vrai que nous n’avons pas de leçons à donner venant de pays qui peinent justement à rentrer dans la modernité, encoe qu’il faille définir ce concept de modernité. Il est vrai que les exactions que vous citezsont innommables, mais faut-il pour autant diaboliser tout le monde. Terence ecrivain berbère de Constantine clamait il y a près de 2000 ans "qu’il était homme et que rien de ce qui était humain ne lui était étranger". Prenons exemple sur son humanité, Je ne veux pas tomber dans la concurrence des mémoires ou les procès en sorcellerie . Je souhaite que les débats sur agoravox gagnent en intensité et ne soient pas évaluées ou sous évaluées en fonction de leur provenance. Chacun a sa part d’ombre e de lumière qui n’est nullement sur sa naisssance ou sa provenance sociale ou géographique. Jugeons en notre âme et conscience pourquoi ce monde va mal, tout le reste est acessoire...

                    Prof.C.E. Chitour


                  • JJ il muratore JJ il muratore 15 novembre 2008 19:59

                    @ Mr Chitour. J’adhère totalement à ce que vous venez d’écrire à l’instant. C’est cette philosophie vécue au qotidien qui donne tout son sens au mot "fraternité" merci donc de l’avoir rappelé.


                  • JONAS Virgule 15 novembre 2008 23:00

                    Un article pertinent, qu’elles que soient les origines de son Auteur.

                    La démocratie est la loi du nombre ! ! !

                    Soyez rassuré, l’Occident va tomber comme un fruit mûr, grâce à l’immigration invasion, et aux ventres des femmes. Le nombre fera les élus et les lois.

                    L’avidité du pouvoir de nos politiques, leur fera pour le conserver, faire de la surenchère quand aux droits de votes des étrangers.

                    Si vous y ajoutez, les repentis de tous poils, la chute est proche ! Mais attention ! C’est un fruit pourri et en manger risque de vous contaminer durablement.

                    @ +


                    • MarcoH 17 novembre 2008 22:59

                      bonsoir tout le monde,

                      je vois avec plaisir qu’il y a de plus en plus d’interrogations sur cette culture de la peur distillée à longeur de journée par nos médias.

                      et on en revient sans cesse aux attentats du 11/9, attribués à un nébuleux "al-qaïda".
                      je dis bien ATTRIBUES, parce que je rappelle qu’il n’y a toujours pas eu d’enquète judiciaire sur ces attentats, seulement une commission d’enquète très insatisfaisante...
                      ...pas d’enquète judiciaire
                      ...des approximations, invraissemblances, voir mensonges flagrants, innombrables dans l’histoire racontée par la bande Bush
                      ...des pistes très intéressantes ignorées par le FBI (les délits d’initiés par exemple)
                      ...des gens coupables au moins de négligeance ou d’incompétence (les défenseurs de l’espace aérien) qui on reçu des PROMOTIONS après le 11/9
                      ...une réponse à ces attentats par une invasion de 2 pays souverains n’ayant rien à voir avec ces attentats mais très importants sur le plan stratégiques

                      bien entendu il faut être un affreux paranoÏaque conspirationniste pour penser que les détenteurs du pouvoir US aient pu être un tout petit peu au courant ou mélés à l’organisation de ces attentats.
                      ...comment d’ailleurs peu t-on oser soupçonner Bush et sa bande de mensonge ?

                      informez vous, recoupez les infos, et on en reparle !!
                       www.ReOpen911.info,
                      pour continuer de croire à la V.O., il faut...ne pas la connaitre, tout simplement !!

                      Cordialement,
                      MarcoH —


                      • MarcDS MarcDS 19 novembre 2008 19:54

                        Cette culture de la peur vise surtout un objectif bien précis, celui de faire accepter aux populations des pays dits démocratiques la perte progressive de leurs libertés. C’est en effet la condition sine qua non pour que le système capitaliste et sa vache à lait, la société de consommation, puisse perdurer maintenant qu’on se rend compte que la Terre arrive au bout de ses capacités, et qu’il est donc impossible de permettre à tous les peuples d’accéder à notre niveau de consommation des ressources.
                        Les forteresses doivent donc se mettre en place pour empêcher les exclus de venir grappiller les miettes du festin, et les exigences citoyennes de respect des droits de l’homme strictement contrôlées. Il s’agit d’un réflexe de survie d’un système confronté aux limites de capacité de la Terre ainsi qu’à ses propres limites.

                        Le couple société de consommation - démocratie vit ses dernières années, et le modèle capitaliste du futur est celui de la Chine. A moins d’un sursaut citoyen, qui préférera l’option Droits de l’homme à l’option Accaparation des richesses ? Sait-on jamais...

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