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La France en déclin ?

Le thème est lancé dans un article de l'ancien correspondant en France du journal néerlandais Volkskrant, sous le titre « Le déclin de la France ? Laissez-moi rire ».

Le thème est lancé dans un article de l'ancien correspondant en France du journal néerlandais Volkskrant, Fokke Obbema, reproduit dans Courrier International (groupe « Le Monde ») N° 870 du 5 au 11 juillet 2007, sous le titre « Le déclin de la France ? Laissez-moi rire ». « Si on compare la France de 1975 à celle d'aujourd'hui (…), écrit l'auteur, on constate que le pouvoir d'achat moyen était à l'époque deux fois plus bas qu'aujourd'hui, la productivité par travailleur moitié moindre et l'espérance de vie inférieure de sept ans ». D'autre part remarque-t-il, l'économie s'est libéralisée depuis 1980 et la toute puissance de l'Etat a reculé.

Ce thème est repris dans « Le Monde » du 11 septembre 2007, par Jérôme Guillet, polytechnicien et banquier, dans une tribune libre intitulée « Non, la France n'est pas en déclin ». L'auteur écrit entre autres : « Le leitmotiv du déclin prend généralement appui sur la croissance plus faible de la France et sur la baisse relative de son PIB par habitant, comparé à ceux de pays comme le Royaume-Uni et les Etats-Unis au cours des dernières années ». Cela, c'est sa définition du déclin, car j'ai personnellement une idée tout à fait différente de ce qu'est le déclin comme nous allons le voir. Mais pour le moment suivons Jérôme Guillet. Et puis pourquoi comparer avec le Royaume-Uni et les Etats-Unis et non pas l’Allemagne ou le Japon ?

Mais pour le moment suivons cet auteur pour qui tout cela est faux, car toute la richesse créée dans ces deux pays anglo-saxons profite à une tranche infime de la population. D'autre part le pourcentage de pauvres est beaucoup plus bas en France que chez ses deux rivaux d'outre Manche et d'outre Atlantique. En conséquence le Français « moyen » profite mieux de la croissance de son pays, fut-elle plus modérée. Le chômage ? Si on calcule selon les mêmes critères, le taux est le même en France et aux Etats-Unis. Le temps de travail ? Il est supérieur en France à celui de la perfide Albion. La France a créé autant d'emplois que le Royaume-Uni au cours des dix dernières années : deux millions et demi. Elle a créé plus d'emplois dans le secteur privé que le Royaume-Uni ou les Etats-Unis. Conclusion : « Il paraît cependant légitime de se demander quelle partie du modèle anglo-saxon nous sommes conviés à copier ».

Ces arguments, et d'autres, sont régulièrement repris. Alain Faujas en fait la synthèse presque quatre ans plus tard (« Le Monde » du 23 mars 2011) : « Les "optimistes" lancent l'offensive contre les "déclinistes" ». « Les jeunes Français créent tous les jours des boîtes sans pour autant s'expatrier en Californie » déclare un certain J.-H Lorenzi qui s'autoproclame général en chef des optimistes. « La moitié des dirigeants des entreprises étrangères considèrent la France comme une destination attractive »

Arrêtons là la liste des citations pour constater que ce qui est mis en avant c'est l'économie. Donc l'économie Française ne se porte pas si mal. La France est très attractive on y investit beaucoup et elle investit elle-même beaucoup dans les pays de l'Est et dans les pays émergents ; le taux de chômage n'y est pas si élevé que cela, la rentabilité n'est pas si mauvaise, etc.

Mais quand on parle de déclin, parle-t-on uniquement d'économie ? Lorsqu'on parle du déclin des grands empires, on pense d'abord à une rétraction géographique, les provinces périphériques étant soit grignotées par les voisins, soit libérées par des indépendantistes. Rome du début du Vème siècle, réduit à un bout de la Péninsule, Byzance, un peu avant 1453, devenue un micro-Etat, et son vainqueur, l'empire Ottoman, à son tour en plein déclin à la veille de la première guerre mondiale qui lui portera le coup de grâce. L'effondrement de l'Empire russe, pardon de l'URSS, en est l'exemple le plus récent.

Certes puissance militaire et économique sont liées : les armées coûtent cher. Mais qu'en est-il de la culture, de la littérature, de l'art, de l'éducation ? Pour tous ces auteurs cités elle ne compte pas et c'est bien là le problème. Et n'est-ce pas là que se situe le déclin de la France ? Lorsqu'on apprend que selon une enquête approfondie publiée en février 2007 le niveau en orthographe d'une classe de cinquième était celui d'une classe de CM2 en 1987, ne peut-on parler de déclin ? (« le Monde » du 2 septembre 2009, sous la signature de L. Cé). Un rapport du Haut Conseil de l'Education, publié à la rentrée 2007, estimait à 15 % la proportion d'écoliers éprouvant des « difficultés sévères ou très sévères » en lecture (et le plus navrant c'est qu'à ces élèves incapables de lire et d'écrire leur langue maternelle on impose des cours d'anglais, mais n'anticipons pas sur la suite de cet article). Ne s'agit-il pas de déclin ?

Et la recherche ? On dira tout ce qu'on voudra du classement de Shanghai, certes imparfait, il n'en reste pas moins que seules quatre universités françaises sont classées dans les cent premières, la toute première étant à la 45ème place. Ne s'agit-il pas de déclin ? Alors on se met à publier en anglais pour être lu, comme si un article médiocre ne le restait pas lorsqu'il est traduit. Comme le fait remarquer le président de l'association internationale de Sociologie, Michel Wieviorka (« le Monde du 3 / 4 janvier 2010) : « Dans les années 1960 et 1970, chercheurs et étudiants venaient du monde entier pour assister aux séminaires de Jacques Lacau, Louis Althusser, Pierre Bourdieu, Alain Touraine, Roland Barthes, Michel Foucault, Emmanuel Leroy-Ladurie, Jacques Le Goff, etc. (…) Aujourd'hui notre présence s'amenuise dans les congrès, les grandes institutions internationales, les programmes internationaux, mais aussi dans les références utilisées par les chercheurs ». N'est-ce pas du déclin ?

Aujourd'hui ces maîtres nous ont quittés sans laisser de successeurs et les universités françaises ne sont plus attractives. Alors, pour attirer les étudiants étrangers, on lance des cursus en anglais. Un pays qui organise des cours dans une langue étrangère n'est-il pas en déclin ? Les faits sont connus et ont été depuis longtemps dénoncés : des ministres qui ne manquent pas une occasion de parler anglais, parfois même au sein de leur cabinet, un ministre de l'éducation qui veut transformer l'Hexagone en pays bilingue, la langue de Shakespeare que l'on impose à de pauvres gosses qui maîtrisent déjà mal le vocabulaire de base du français, des entreprises nationales à l'intérieur desquelles la langues de communication est celle de Byron, etc.

Les sociétés qui ne sont pas en déclin sont celles qui apportent leur pierre à l'édification de la civilisation. Ce fut parfois de puissants empires, puissances économiques et militaires. Mais ce fut souvent aussi des micro-Etats comme l'Athènes du cinquième siècle avant notre ère et la Florence de la Renaissance.

Pourquoi tout ces « optimistes » font-ils leurs comparaisons avec les pays anglo-saxons ? Prendre systématiquement les Anglo-saxons comme référence, même si c'est pour dire qu'on est aussi bien qu'eux, c'est le symptôme d'un complexe d'infériorité. La France est atteinte du complexe du colonisé, signe d'un très grave déclin. Le modèle anglo-saxon a ceci de particulier que, justement, il élimine la culture au profit de la seule économie. Et c'est ce modèle-là que nos optimistes veulent importer.

On se rappelle ce débat dont La Princesse de Clèves fut la victime. A quoi cela sert-il de lire La Princesse de Clèves pour devenir postier ou employé de mairie ? Mais c'est bien là qu'est le problème : la culture cela ne sert à rien. Périclès ou les Médicis auraient mieux fait de construire des logements sociaux plutôt que le Parthénon ou la Coupole de Brunelleschi.

Ce qui menace la France c'est l'irlandisation. Une économie qui se porte bien (c'était du moins le cas il y a à peine deux ou trois ans) et une langue nationale (le gaélique) qui n'est plus parlée que par quelques paysans en voie d'extinction. A quand le moment où on amènera les touristes visiter les deniers villages où l'on parle encore la langue de Molière, dans la Creuse ou la Corrèze ?

 Patrick Kaplanian



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