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Accueil du site > Actualités > Société > La France est-elle finie ? de Jean-Pierre Chevènement

La France est-elle finie ? de Jean-Pierre Chevènement

Un fil rouge trans-partisan court depuis quelques années dans la pensée française, et de bons livres le mettent en œuvre : L’Ame de la France, de Max Gallo, par exemple, en 2007, ou Mélancolie française de Zemmour l’année dernière. En cet hiver 2011, Jean-Pierre Chevènement expose à son tour ses craintes et ses espoirs sur l’avenir de notre pays dans un ouvrage qui lui ressemble, grave et libre : La France est-elle finie ? On sent l’auteur frappé que la question se pose de nouveau : notre pays va-t-il sortir de l’histoire après l’avoir si souvent faite, ne s’offrant plus à l’intérêt du monde que pour ses charmes de « parc d’attractions » ?

La réflexion s’organise en quatorze chapitres. Dans les neuf premiers, M. Chevènement demande raison au passé du dévoiement présent ; dans les cinq derniers, il s’attache à tracer les chemins qui, selon lui, permettraient à ce pays d’éviter la relégation. Il s’agit donc de « creuser l’histoire » pour « donner à la France l’envie de la continuer » puisqu’il n’est pas possible de « réinventer l’avenir de notre peuple » sans avoir éclairci « l’énigme de son effacement ».

Si l’on excepte quelques percées jusqu’à la Révolution et l’Empire, la « plongée dans l’histoire » se concentre en fait sur les trente dernières années, celles du cycle néo-libéral inauguré par l’élection de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan, et qui volens nolens pousse bientôt un François Mitterrand marqué par l’effondrement de 1940 à voir dans l’Europe un au-delà pacifique de la nation, « un mythe de substitution au projet de transformation sociale qui l’avait porté au pouvoir ».

L’analyse du « Che » ne réjouira guère les gardiens du temple PS. Sans acrimonie, mais sans bienveillance dévote, le sénateur de Belfort dresse sinon un réquisitoire, du moins un bilan sévère de l’action de F. Mitterrand dès la « rupture libérale de 1983 », cette fuite dans l’abandon de la souveraineté au nom de l’Europe : de « L’Acte unique » en 1986 visant à déréglementer l’économie, jusqu’au traité de Maastricht de 1992, qui, nous ôtant la maîtrise de notre monnaie, célébrait « la victoire conjointe du marché et d’une démocratie post-nationale ». Parfois pointe la colère contre « toutes les Excellences socialistes » qui, ayant applaudi à cette dépossession, nous chantent aujourd’hui « leur geste antilibérale », contre un système « dont ils ont soutenu la mise en place ». Et M. Chèvenement de détailler les conséquences de ce « péché originel » : chômage, destruction du tissu industriel, délocalisations, brouillage des repères républicains, dépendance politique de la France aux Etats-Unis et à l’Allemagne.

Alors, finis Franciae  ? Non, dit l’auteur, « le retour de la France au XXIe siècle est un projet raisonnable ». Les cent dernières pages du livre tentent d’ouvrir des issues dans l’impasse où notre pays, gauche et droite co-responsables, s’est laissé enfermer. « Après avoir décrit la manière dont la gauche française avait été piégée par son histoire, je veux montrer que désormais, le social-libéralisme ayant fait son temps, il existe pour la gauche, dans l’exigence républicaine, un chemin de régénération », et pour la France une voie de salut. La république, la nation , la citoyenneté, voilà la perspective salutaire pour une France, non pas frileuse et repliée, mais recentrée sur ses valeurs et son génie, dans l’intérêt même de l’Europe et du monde.

Quelques pistes précises ? Au plan européen, en finir avec des institutions « hors-sol », avec toute « surenchère fédéraliste » , avec « la boulimie technocratique » d’une Commission où la France ne dispose plus que d’une voix ; changer les règles de l’euro et le statut de la Banque centrale ; revenir à « l’Europe européenne des nations » fondé sur un partenariat franco-allemand rééquilibré. Au plan national : « refaire de la République une idée neuve », en restaurant les fondamentaux d’une école qui relance « l’ascenseur social » et fournisse de nouveau une armature civique et morale à la jeunesse déboussolée ; en recréant un service national de six mois, facteur de cohésion ; en rompant avec la dictature d’un « actionnariat rentier » pour fonder « un nouveau statut de l’entreprise » ; en priant les élites de cesser la repentance et de réaffirmer une fierté nationale seule capable d'inciter à s'assimiler les jeunes issus de l'immigration. Autour de ce corpus, pense M. Chevènement, un vaste rassemblement devrait être possible, non pas une fade « ouverture », mais un bel élan national qui prendrait le meilleur à gauche comme à droite, ce qu’avait su faire le général de Gaulle au sortir du gouffre.

Quel rôle se voit jouer dans un tel projet l’homme qui échoua à rassembler en 2002, et soutint Ségolène Royal en 2007 ? L’avenir proche le dira. En attendant, nul égotisme dans la présente contribution contribution. Au déclin de l’âge -soixante et onze ans-, l’énarque fils d’instituteurs n’est jamais pris en flagrant délit de nostalgie intimiste. Acteur de ces décennies, il rappelle bien sûr quelques jalons d’un parcours politique cohérent : son rôle décisif à la tête du CERES pour appuyer François Mitterrand aux Congrès d’Epinay en 1971 et de Metz en 1979 ; son travail à la rédaction du Programme commun qui mène la gauche au pouvoir en 1981 ; son action successivement aux ministères de la Recherche, de l’Education nationale et de la Défense ; ses démissions pour désaccord de fond (le tournant libéral, la guerre d’Irak) et jusqu’à son départ du PS en 1993 par hostilité déclarée au traité de Maastricht.

Mais, en dépit de l’implication personnelle, M. Chevènement sait se maintenir à un haut niveau de rigueur. Il n’est pas homme à chercher « le buzz », ne cède jamais à la tentation de la formule passionnée, du trait d’ironie méchante, de l’hyperbole démagogique. La France est-elle finie ? est parfois à Qu’ils s’en aillent tous ! ce qu’un concert de Radio-France est à un tournoi de catch. Jean-Luc adore décocher des mandales , Jean-Pierre nous prie d’éteindre nos portables. C’est fait. Nous écoutons touchés sa petite musique. Sérénade ? Aubade ? Il fait si trouble à bord, suivant la belle métaphore conclusive : « Au carré des officiers, c’est la confusion ! Le moment est venu de redonner un cap au navire. Car, en définitive, le vaisseau France a encore plus d’honneur et d’allure que les bateaux pirates qui rôdent à l’horizon ! »

Arion


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7 réactions à cet article    


  • Cocasse cocasse 7 février 2011 14:59

    « Au carré des officiers, c’est la confusion ! Le moment est venu de redonner un cap au navire. Car, en définitive, le vaisseau France a encore plus d’honneur et d’allure que les bateaux pirates qui rôdent à l’horizon ! »

    Comme le disent si bien les gars de la Marine : Cap 2012 !


    • Nanar M Nanar M 8 février 2011 08:02

      Cap 2012 pour le pouvoir au peuple, pas vrai m’sieur Cocasse ?


    • Brazouzen Brazouzen 8 février 2011 11:27

      T’emballe pas trop tu viens de t’echouer sur une caille !le probleme c’est qu’en pleine marée haute qui vient de commencer a descendre...va faloir attendre !avec un peu de chance les coef. remonte...avec moins de chance t’as un coef de 119....et la ca risque d’etre plus long....
      En attendant tu peux toujours faire un peu de peinture sur ton canot’...mais ce coup ci faut bien « piquailler » les vielles couches avant d’appliquer la nouvelle....
      Ah,et puis les marins d’eau de vaisselle qui etaient a la passerelle au moment du crash,n’hesite pas a leur filer des ecopes et une serpillere,direction fond de cale,qu’ils mettent bien le nez dans leur connerie !


    • Arthur 7 février 2011 16:08

      Encore un livre de mea-culpa de la politique, dernièrement, j’ai eu connaissance des derniers propos de Mitterrand avant sa mort pathétique, il révele que entre l’Europe et l’Amérique qu’il y a une lutte à mort, bref des propos qui me laisse dubitatif. le président de gauche le plus Atlantisme, qui nous à fourvoyer dans le traité de Maastricht, qui a imposer à l’Allemagne les missiles pershing, bref encore un mea-culpa de la politique.
      Jean-Pierre Chevènement propose un vaste rassemblement encore un, décidément il y embolie dans nos hommes politiques pour courtiser la populace qui du reste du temps, ils en foutent comme de l’an 40.
      A quand le livre de Sarkozy, et de Marine que l’on rigole dans leurs professions de foie.


      • JL JL 7 février 2011 16:12

        Bel article.

        Je lis : «  le sénateur de Belfort dresse sinon un réquisitoire, du moins un bilan sévère de l’action de F. Mitterrand dès la « rupture libérale de 1983 », cette fuite dans l’abandon de la souveraineté au nom de l’Europe »

        Quelqu’un a comparé le raisonnement de Mitterrand vis-à-vis de l’UE au choix de Pascal vis-à-vis de la croyance en dieu. Le pb c’est que l’UE a un réel pouvoir, elle : celui des autres, surnos affaires ! 

        Peut-être que, si Mitterrand avait choisi Chevènement plutôt que Bérégovoy, nous n’en serions pas là, et ce dernier serait encore en vie ?

        Miantenant, si le Front de gauche réussissait à convaincre, je crois que Chevènement ne devrait pas se présenter mais devrait rejoindre Mélenchon.


        • Ariane Walter Ariane Walter 8 février 2011 00:51

          J’ai été frappée en lisant ce livre par l’incroyable « mise à mort » de Mitterrand ! C’est bien pire que ce que vous dites !
          En tout cas, il est bien évident que nous lui devons la situation catastrophique dans laquelle nous nous trouvons !
          Que de prétentions chez ce mec.... !
          Quant à Chevènement qio propose un livre très classe et très intéressant, on regrette qu’il n’ait pas le m^megoût pour détruire les socialos actuels. Là il est plus discret.
          Alors, le courage qui porte sur les années antérieures, merci !

          Aujourd’hui et maintenant !
          A mort le socialisme libéral !


          • Cocasse cocasse 8 février 2011 10:41

            A mort le socialisme libéral !

            On est au moins d’accord là dessus.

            De quel livre parlez vous, celui de Chevènement ?
            De quoi parle t-on exactement sur la « mise à mort de Mitterrand » ?

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